(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Fragments d'une histoire des Arsacides, ouvrage posthume de M.J. Saint-Martin, publié sous les auspices du Ministère de l'instruction publique"

-en 



■CNJ 



:Lr) 



•CD 



CO 



Digitized by the Internet Archive 

in 2009 with funding from 

University of Ottawa 



Iittp://www.archive.org/details/fragmentsdunehis01sainuoft 



7 5 "^^ 






-41 



FRAGMENTS 






D'UNE 



HISTOIRE DES ARSACIDES 



OUVRAGE POSTHUME 



DE M. J. SAINT-MARTIN 



PUDLIE SOUS LES AUSPICES 



DU MINISTERE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



TOME PREMIER 




PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 



M DCCC L 



^t>^- 






f, 



FRAGMENTS 



HISTOIRE DES ARSACIDES 



TOME PREMIER 



FRAGMENTS 



D'UNE 



HISTOIRE DES ARSACIDES 

OUVRAGE POSTHUME 
DE M. J. SAINT-MARTIN 

POULIli SOUS LES AUSPICES 

DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 

I 

TOME PREMIER 




^ '■^>^^'''i' 



PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 



M DCCC L 



AVERTISSEMENT 

DE L'ÉDITEUR. 



La commission^ chargée du soin de publier, 
sous les auspices du ministère de l'instruction 
publique , les œuvres posthumes de MM. Abel 
Rémusat et J. Saint-Martin, termine cette hono- 
rable mission en livrant au jugement des savants 
les fragments laisses par M. Saint-Martin d'une 
histoire des Arsacides, qui fut son œuvre de pré- 
dilection dès les pi'emières années de sa vie lit- 
téraire et scientifique. Le titre que nous donnons 
à cette dernière publication indique suffisamment 
l'état d'imperfection où se trouvait l'ouvrage , 
lorsque le fléau qui, en 1882 , désola la France 
et tant d'autres contrées, ravit M. Saint-Martin 
à l'amitié de ses confrères et aux justes espé- 
rances qu'ils fondaient sur la vaste érudition d'un 
auteur qui venait à peine d'atteindre sa quarante 
et unième année. Non-seulement le monde savant 
regrettera avec eux que M. Saint-Martin ait laissé 
inachevé un travail où devait être traité, d'une 
manière complète, un des plus beaux sujets que 

' Cette commission se compose de MM. Hase , Félix Lajard 
et Eugène Burnouf, membres de l'Instilnl (Académie des ins- 
criptions cl bclles-tetlres). 



V, AVERTISSEMENT. 

présente l'histoire ancienne de l'Asie occidentale, 
mais on déplorera la fatalité qui a voulu qu'une 
mort prématurée l'ait même empêché de revoir 
et de coordonner les parties de ce travail qu'il 
avait rédigées. Publiés par lui, les fragments de 
son histoire des Arsacides n'auraient présenté ni 
les lacunes, ni les imperfections, ni les incohé- 
rences qu'on y remarquera. Les unes et les autres 
doivent être imputées au manque de temps. Les 
incohérences sont, en particulier, le résultat des 
modifications que subissent inévitablement les 
opinions de tout écrivain consciencieux qui, ayant 
entrepris un ouvrage de longue haleine, ren- 
contre sous sa plume , à mesure qu'il avance dans 
l'accomplissement de sa tâche, des faits, des rap- 
prochements , des conséquences que d'abord il 
n'avait qu'entrevus, ou qui avaient entièrement 
échappé à son attention. On approuvera, sans 
doute, que la commission se soit abstenue de 
chercher à remplir aucune des lacunes qui existent 
dans le manuscrit de M. Saint-Martin. On approu- 
vera certainement aussi qu'elle y ait laissé sub- 
sister les passages qui offrent quelques contradic- 
tions. Elle a voulu que le lecteur pût constater 
lui-même quelles modifications avait successive- 
ment éprouvées le sentiment de l'auteur sur l'au- 
thenticité de tel ou tel récit des historiens de 
l'antiquité et sur les conséquences qu'il convient 
de tirer des faits avérés. A l'exception de la rec- 
tification d'un petit nombre d'erreurs que l'auteur 



AVERTISSEMENT. vu 

avait reconnues lui-même dans des notes volantes, 
les seuls changements, les seules améliorations 
que la commission ait permis à l'éditeur d'ap- 
porter au texte de M. Saint-Martin , se sont bor- 
nés à faire disparaître quelques négligences de 
style, à supprimer plusieurs répétitions inutiles , 
et à remplir les citations, presque partout restées 
en blanc. Ce dernier soin, l'éditeur se plaît à re- 
connaître ici qu'il n'aurait pu l'accomplir conve- 
nablement, s'il n'avait eu le secours de la riche 
érudition de ses deux collègues, MM. Hase et Eu- 
gène Burnouf. 

Les recherches de M. Saint-Martin, commen- 
cées dès l'année i 8 1 6 ou j 8 1 7 ^ s'étaient éten- 
dues aux quatre branches royales des Arsacides : 
les Arsacides de Perse, ceux d'Arménie, les Ar- 
sacides 4? rinde ou de la Bactriane, appelés rois 
de Kouschan dans les auteurs arméniens, comme 
dans les auteurs chinois; et les Arsacides sep- 
tentrionaux , fréquemment désignés sous la dé- 
nomination de rois des Massagètes ou des Alains. 
L'auteur s'était proposé de remonter à l'origine 
et de tracer l'histoire de chacune de ces quatre 
branches royales, en y rattachant l'histoire de 
toutes les branches collatérales qui régnèrent sur 
quelques petits royaumes ou sur des principautés 
héréditaires. Les fragments qu'il nous a laissés 

' Voy. Noiiv. Piech. sur l'époque de la mort cT Alexandre et sur 
la chronologie des PloUmées, etc.; Avertissement, p. i. Paris, 
Imprimerie royale , 1820. 



vm AVERTISSEMENT. 

comprennent seulement le résultat de ses re- 
cherclies sur Toriglne des Arsacides de Perse et 
des Arsacides d'Arménie, et l'histoire des pre- 
miers depuis leur avènement au trône des Aché- 
ménides jusqu'au moment où Corbulon s'efforce 
d'amener Vologèse, roi des Parthes, à conclure 
un traité de paix avec les Romains, et Tiridate à 
recevoir des mains de Néron la couronne d'Ar- 
ménie, plutôt que de tenter, par la voie des 
armes, la conquête de ce royaume. Mais si le 
manuscrit de M. Saint-Martin s'arrête là, on au- 
rait tort d'en conclure que là aussi s'arrêtaient les 
investigations de l'historien. Ecrire était pour lui 
le plus pénible des labeurs. Il ne s'y livrait qu'avec 
répugnance, confiant, trop souvent peut-être, à 
sa prodigieuse mémoire le soin de retenir et de 
classer les faits , et préférant toujours <4e plaisir 
de courir après la découverte de nouveaux faits 
à l'obligation, fastidieuse pour lui, de coordonner 
par écrit ceux dont il avait déjà acquis la con- 
naissance. Toutes les personnes qui , comme nous, 
ont été à portée de l'entendre parler de ses tra- 
vaux historiques, attesteront, d'un commun ac- 
cord, que, longtemps avant le jour où il a suc- 
combé à une violente attaque de choléra asiatique, 
il avait déjà lu tous les historiens orientaux ou 
occidentaux qui pouvaient lui fournir des ren- 
seignements pour achever la tâche qu'il s'était 
imposée. On en trouvera d'ailleurs une preuve 
irrécusable dans son Mémoire sur l'époque de la 



AVERTISSEMENT. ix 

fondation de la dynastie des Arsacides, que nous 
avons placé, comme appendice, à la iin dn second 
volume des Fragments de son histoire des Arsa- 
cides; dans ses Mémoires sur la géographie et 
l'histoire de TArménie, imprimés en 1829^; dans 
les nombreux articles qu'il a fournis à la Biogra- 
phie universelle de Micliaud; dans les notes sa- 
vantes dont il a enrichi son édition de l'Histoire 
du Bas-Empire par Lebeau; et enfin dans ses Re- 
cherches sur la Mésène et la Characène, que nous 
avons publiées en 1 838^. L'auteur avait, dès 1818, 
présenté ces Becherches à l'Académie des belles- 
lettres comme un fragment détaché de son Histoire 
des Arsacides. Deux ans plus tard, il annonçait^ 
cette histoire comme n'étant elle-même qu'une 
partie d'un travail beaucoup plus considérable, 
qui devait embrasser l'hisloire ancienne de toute 
l'Asie occidentale, méridionale et septentrionale. 
En 182 1, il lisait, dans une séance publique de 
la même académie , un discours très-remarquable 
sur Torjgme et l'histoire des Arsacides, qui a été 
imprimé dans le Journal asiatique^. Nous le re- 
produisons ici^, parce qu'il contient, sur certaines 
institutions des peuples de l'Orient et des Parthes 
en particulier, des vues neuves et des observations 

' Paris, Imprimerie royale, 2 val. in-8°. 
" Paris, imprimerie royale, 1 vol. in-8°. 

Voy. ses iS^ouvelles Recherches sur l'époque 'le hi mort d'A- 
lexandre le Grand; Averlis.semcnt, p. 1. 
'' Tom. I (aoùl 1822), p. f^b-'j-j. 

Toni. Il, p. 293-306. 



X AVERTISSEMENT. 

qui ne se trouvent point dans les autres écrits de 
l'auteur. 

M. Saint-Martin avait étudié, avec une atten- 
tion particulière, l'origine et l'histoire des deux 
branches royales des Arsacides que l'Europe sa- 
vante connaît le moins : les Arsacides indiens et 
les Arsacides septentrionaux. Mais il ne nous a 
laissé siu" ces deux branches qu'un résumé très- 
succinct de ses recherches. Il l'a fait entrer dans 
son Mémoire sur l'époque de la fondation de 
la dynastie des Arsacides \ mémoire dont, pour 
cette raison surtout, la commission n'a pas hé- 
sité à proposer au ministre l'impression intégrale , 
bien que la plupart des autres renseignements 
qu'il renferme se trouvent déjà, et avec plus de 
détails , dans les Fragments qui le précèdent. 
Combien les amis des sciences historiques n'au- 
raient-ils pas à s'affliger si, en leur annonçant que 
la mort a surpris M. Saint-Martin avant la rédac- 
tion de son travail particulier sur les deux bran- 
ches royales dont il s'agit, nous n'avions à ajouter 
que , de l'aveu de l'auteur, ce travail aurait été fort 
incomplet^. Les historiens orientaux, pas plus que 
les historiens grecs ou latins, n'avaient pu lui 
fournir les renseignements nécessaires pour le 
rendre satisfaisant. Il ne faut donc pas s'étonner si , 
malgré le grand nombre de médailles nouvelles , 

' Fragm. d'une hist. des Arsacides, l. II, p. 372-377, 283, 
285-289. 

' ïbid. 1. I, p. 38. 



AVKRTISSEMENT. xi 

découvertes, depuis une trentaine d'années, sur le 
sol de la Baclriane et de quelques autres provinces 
de la haute Asie ^ le monde savant n'est point en- 
core doté d'un ouvrage qui puisse suppléer aux deux 
parties de l'histoire des Arsacides que M. Saint- 
Martin n'avait pas eu le temps de rédiger. 

Il s'était vraisemblablement proposé de divi- 
ser par cliapitres chacune des parties dont son 
ouvrage devait être composé. La commission, 
tout en regrettant qu'il n'ait introduit aucune 
division de ce genre dans le manuscrit de son 
travail, a pensé que néanmoins elle ne pouvait 
pas se substituer à l'auteur pour l'accomplisse- 
ment d'un tel soin. J'ai dû me conformer à une 
résolution dont chacun comprendra les motifs. 
Toutefois, pour remédier à quelques-uns des in- 
convénients qui résultent de ce manque de siJd- 
divisions dans un travail aussi étendu que celui 
de M. Saint-Martin, je me suis imposé l'obliga- 
tion de placer, à la fin du second volume , une 
ample table des matières qui, tout à la fois al- 
phabétique et analytique , suppléera, en quelque 
sorte, aux titres et aux sommaires des chapitres 
que l'on aurait certainement trouvés dans l'ou- 
vrage , si l'auteur avait pu y mettre la dernière 
main. J'ai jugé aussi qu'il ne serait pas inutile de 
faire précéder cette table des matières de quel- 
ques remarques et additions que le texte de 
M. Saint-Martin me semblait rendre nécessaires 
en plusieurs endroits. Les additions comprennent 



XII AVERTISSEMENT. 

trois tableaux, chronologiques , qui présentenl , 
l'un, la série des rois arsacides de Perse, les deux 
autres, la série des rois arsacides d'Arménie de la 
première et de la deuxième branche. J'ai placé en 
regard de la date qu'assigne à chaque règne le sa- 
vant académicien , les dates qui résultent des re- 
cherches de feu M. Tychsen et des travaux récents 
de MM. Cil. Lenormant, Adrien de Longpérier, 
Cappelletti et H. T. Prinsep. 

L'intention de M. de Saint-Martin, formelle- 
ment exprimée à la fin de ses observations sur 
l'origine des Arsacides , avait été de discuter , 
dans deux appendices ou mémoires très-étendus, 
tout ce qui concerne la chronologie et la succes- 
sion des rois parthes de Perse et d'Arménie. 
C'est là qu il aurait réuni les témoignages et les 
arguments les plus propres à justifier les modi- 
fications apportées par lui à cette chronologie et 
à cet ordre de succession , tels que les ont éta- 
blis plusieurs savants, dont les ouvrages sont 
antérieurs à ses recherches sur l'origine et l'his- 
toire des quatre branches royales des Arsacides. 
Les deux dissertations dont je parle ne se sont 
point trouvées parmi les papiers de fauteur; elles 
doivent être comptées au nombre de celles que 
M. Saint-Martin , se reposant sur sa mémoire , 
avait, de jour en jour, différé d'écrire ou d'ache- 
ver, lorsqu'une mort prématurée est venue le 
surprendre dans la force de fàge. 

FÉLIX LAJARD. 



TABLE 

DES DIVISIONS DE LOliVRAGE. 



Avertissement de l'Éditeur, t. I,p. v-xii. 
Première partie. Origine des Arsacides, I. I, p. i-38. 

Section I". Arsacides de Perse, t. I, p. 38-5 /i. 

Section II'. Arsacides d'Arménie, t. I, p. 5^-169. 

Deuxième partie. Histoire des Arsacides. 

Section I". Histoire des Arsacides de Perse, t. I, p. lyi-iiAS; t. II. 

p. l-2l8. 

Appendice. 

Mémoire sur l'époque de la fondation de la dynastie des Arsacides, 
t. II, p. 219-292. 

Discours sur rorigine et l'histoire des Arsacides, t. Il, p. 293-3o6. 

Notes de l'éditeur, t. II, p. 307-369. 

Tableau chronologiqvie des rois arsacides de Perse, t. II, p. 371, 
tableau d° 1 . 

Tableau chronologique des rois arsacides d'Arménie , de la pre- 
mière branche, t. II, p. 371, tableau n" 2. 

Tableau chronologlqne des rois arsacides d'Arménie, de la deuxième, 
branche, t. II, p. 371, tableau n° 3. 

Table alphabétique des matières, t. II, p. Z^i-liM. 



FRAGMENTS 



D'UNE 



HISTOIRE DES ARSACIDES. 



PREMIÈRE PARTIE. 

ORIGINE DES ARSACIDES. 

Quelques auteurs, induits en erreur par une ana- 
logie apparente de noms, ont prétendu que le nom 
de Perses et celui de Parthes, que l'on donne ordi- 
nairement aux rois Arsacides , étaient exactement les 
mêmes, avec une simple différence de prononciation, 
et qu'on avait eu tort de les distinguer. Cette asser- 
tion est en contradiction manifeste avec le témoienase 
unanime de l'antiquité. Il suffit, pour le démontrer, 
de s'appuyer de l'autorité de tous les géographes 
grecs et romains qui font mention d'une province 
de Perse , appelée Parthie ou Parthyène , où ils disent 
que les Arsacides jetèrent les premiers fondements 
de leur empire. Ce pays, dont l'étendue ne nous est 
pas bien connue et dont les limites paraissent avoii' 
considérablement varié, était borné à l'orient par 



2 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

l'Asie; au sud, par la Carmanie; au couchant, par la 
Médie, l'iiyrcanie et la mer Caspienne-, et au nord, 
par les nations scythiques qui habitaient les rives de 
rOxus. Observons cependant que le nom de Parthyène 
ne semble s'appliquer proprement qu'à une petite 
contrée située à l'orient de la mer Caspienne, et que 
celui de Parthie désigne la totalité des pays qui furent 
les premières conquêtes des Arsacides, et les seuls 
qui reconnurent leur souveraineté pendant assez long- 
temps. Le pays dont nous venons de tracer les limites 
renfermait un grand nombre de villes , parmi les- 
quelles on compte Isatis, Europus, Arsacia, Héraclée, 
Apamia, Artacoana ou Arctacana, Aspa, Hécatom- 
pylos, et quelques autres, dont il est presque impos- 
sible de déterminer la véritable position , au milieu 
du chaos dans lequel se trouve encore la géographie 
ancienne de l'Orient, par suite d'un manque absolu 
de connaissances positives sur un grand nombre de 
localités. 

Ce fut dans la Parthyène que les Arsacides se ren- 
dii'ent pour la première fois indépendants des Séleu- 
cides. Il est donc fort naturel qu'ils aient pris le nom 
de cette province , et qu'ils l'aient ensuite étendu à la 
totalité de leur empire. S'il était besoin d'autres 
preuves pour démontrer que le nom de Perses et 
celui de Parthes n'ont jamais rien eu de commun , 
il suffirait de dire qu'Hérodote, qui vivait environ 
deux siècles avant la révolte du premier des Arsacides , 



PREMIÈRE PARTIE. 3 

parie plusieurs fois des Parthes comme d'une petite 
nation de la Perse orientale, dont le nom obscur n'a- 
vait certainement aucun rapport pour l'origine avec 
celui des Perses. Enfin, les Ai'méniens, qui furent 
gouvernés par des rois de la même race que ceux qui 
régnaient en Perse, ont bien soin de distinguer ces 
deux noms. Celui de ^l\tnpufi^, Barsik'h, désigne les 
Perses, et celui de ^l\ujfi[3 Ir^ , Barthierk'h , s'applique 
aux princes issus de la race royale des Arsacides de 
Perse. Si cette dernière dénomination ne se trouvait 
que dans des écrivains modernes , leur autorité serait 
de peu de valeur; mais elle se trouve dans des histo- 
riens tels qu'Agathangélus , Faustus de Byzance , Moïse 
de Khoren et Lazare de Pharbe , qui vivaient dans les 
iv" et V* siècles de notre ère , pendant que l'Arménie 
était encore soumise à des rois Arsacides , ou peu 
après la fin de la domination de ces princes. 

Bien loin de confondre les Perses avec les Parthes , 
et de les regarder comme une seule et même nation 
habitant de toute antiquité le même pays, c'est bien 
loin de là, et jusqu'en Europe, qu'il faut rechercher 
l'origine de ces derniers. Tous les écrivains anciens 
qui parlent des Parthes les font sortir de la Scythie; 
mais ils s'expriment à ce sujet d'une rnanière vague 
et générale , sans rapporter aucune particularité qui 
établisse exactement le fait. Quin Scythœ , observe 
Quinte-Curce \ qui Parthos condidere, non a Bosporo, 

' VI, XI. a. 



fi HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

sed ex reqione Eiiropœ penetraverint. Strabon avait 
parlé longuement des Partbes dans des mémoires his- 
toriques que nous n'avons plus. Toutefois, sa géogra 
phie est le seul ouvrage de l'antiquité qui nous fasse 
connaître un peu en détail à quelle tribu de la nation 
scytbe ils appartenaient, et de quels lieux ils tiraient 
leur première origine. Voici ce qu'on y lit ^ : « En- 
ce suite Arsacès, Scythe d'origine, soutenu par quel- 
« ques-uns des Daœ, je veux dire ceux que l'on appelle 
iiParni, peuples nomades, riverains de XOxns, entra 
«dans la Partliyœa et s'en empara. Cette nouvelle 
« puissance , dans le principe , fut assez faible ; Arsacès 
«et ses (premiers) successeurs eurent toujours à se 
« défendre contre les princes qu'ils avaient récemment 
« dépouillés. Mais, peu à peu, les rois de la Parihyœa, 
«agrandis aux dépens de leurs voisins, par des vic- 
« toires successives , devinrent très-forts ; de sorte 
« qu'enfin ils se trouvèrent possesseurs de tout le pays 
« d'en deçà de l'Euphrate. Quand une fois , déjà vain- 
« queurs d'Eucratidas , ils eurent aussi défait les 
(( Scythes , une po-rtion de la Bactriane tomba de suite 
« en leur pouvoir; et maintenant ils dominent sur un 
« pays si vaste , sur tant de nations diverses , que , par 
«la grandeur de leur empire, ils peuvent, en quelque 
« sorte , lutter avec les Romains. Ils doivent ces ac- 
« croissements à leur genre de vie et à leurs usages, 

Lib. XI, p. 5i5, éd. Casaub. — Traduct. franc, lom. IV, 
I"parlie, p. 272-276; Paris, Impr. roy. i8i^. 



PREMIÈRE PARTIE. 5 

« qui , sans doute , tiennent beaucoup de ceux des 
« barbares et des Scythes ; mais qui n'en sont pas moins 
« propres à leur assurer une domination absolue , et 
<( des succès dans la gueiTe. — Selon certains auteurs, 
«les Daœ-Parni seraient des émigrés de ces Daœ , éta- 
(( blis au-dessus du ( Paliis ) Mœotis , que l'on nomme 
« Xanifiii et Parii. Mais que, parmi les peuples scythes 
(( qui demeurent au-dessus du Palas-Mœotis , on trouve 
u certaines tribus de Daœ , tout le monde n'en con- 
<( vient pas. J'ai dit que l'on faisait descendre Arsacès 
(( des Daœ-Parni : suivant une autre tradition , il aurait 
<c été Bactrien » 

Pour le moment nous ne nous arrêterons point 
sur cette dernière opinion ; nous démontrerons plus 
loin qu'elle ne contrarie en aucune manière celle que 
nous nous sommes formée sur l'origine des Arsacides. 

L'ensemble de ce passage important nous montre 
que les Grecs regardaient les Arsacides, non-seule- 
ment comme Scythes d'origine , mais encore comme 
issus particulièrement de la tribu des Parni, division 
de la nation des Dabi ou Daœ, au sujet de laquelle 
nous allons entrer dans quelques détails pour donner 
une idée satisfaisante de ce qu'elle était et des pays 
qu'elle habita. 11 paraît qu'à l'époque où Arsace, s'é- 
tant soulevé contre les rois Séleucides , s'empara de 
la Parthyène et prit le titre de roi, les Dabi habitaient 
sur les rives orientales de la mer Caspienne , et s'é- 
tendaient vers les lieux où l'Oxus se jetait dans le lac 



6 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

que nous appelons actuellement le lac d'AraP. uNos 
c( modernes, dit Strabon^, appellent Daœ ces nomades 
«surnommés Panii, qui, lorsqu'on navigue dans l'in- 
« térieur de la mer Caspienne se rencontrent sur la 
«gauche. Après le pays des Daœ, vient un désert qui 
« le sépare de l'Hyrcanie. » Le même géographe rap- 
porte que les nations qui habitaient à la gauche des 
montagnes de la Perse orientale , appelées Caucase 
par les Macédoniens, étaient toutes des nations er- 
rantes et scythiques , qui occupaient aussi les plaines 
situées au nord de ces montagnes. Elles se compo- 
saient, pour la plupart, des Scythes nommés Daae , 
qui s'étendent jusque-là depuis la mer Caspienne. Du 
côté de l'orient, étaient les Massagètes et les Saces. 
Tous les autres s'appelaient en commmi Scythes, 
quoiqu'ils eussent chacun un nom particulier. « Tous , 
ce ou du moins la plupart , dit ensuite Strabon ^, sont 
« nomades. De ces nomades , les plus connus sont 
« ceux qui ont enlevé aux Grecs la Bactriane : je veux 
«dire (d'abord) les Asii, les Pasiani, les Tochari, les 
<i SacarauU , et puis ceux qui partirent des rives de 
« l'Iaxartès , où ils demeuraient vis-à-vis des Sacœ et des 
<•' Sogdiani; (enfin) les Sacœ, avec ces (tribus des) Daœ, 
« auxquelles on applique les surnoms à'Aparni , de 
« Xanthii et de Pissuri. Les Aparni sont les plus proches 

' Voy. Strab. Geogr. XI , 5 1 1 . 
* Ibid. 5o8. — Trad. franc, loc. cit. p. 2A2 et 2^3. 
XI, 5i 1. — Trad. franc, loc. cit. p. 2r>5 et 256. 



PREMIÈRE PARTIE. 7 

»( de l'Hyrcanie et de la mer qui borde ce pays ; les 
(( autres s'étendent jusque vis-à-vis de VAiia. — Le ter- 
ci ritoire qu'occupent ces peuples est séparé de l'Hyrca- 
«nie et de la Partliyœa par un vaste désert, dépourvu 
« d'eaux , et qui se prolonge jusqu'aux confins de 
((\Aria. (Jadis) ils traversaient (à grandes journées) 
u pour faire des incursions dans l'Hyrcanie , dans la 

« Nesœa , dans les plaines des Parthyœi » On 

aura pu remarquer que les Dabi , nommés précédem- 
ment Parni par notre géographe , sont appelés , dans 
ce dernier passage , Aparni ; légère différence , qui s'est 
peut-être introduite dans le texte de Strabon par la 
négligence des copistes. 

On voit que les Daae ou Dabi habitaient un assez 
grand pays, depuis les bords de la mer Caspienne 
jusqu'aux rives de l'Oxus, et même dans l'intérieur 
du Khorassan actuel. Il est fort probable que ce peuple 
errant, divisé en un très-grand nombre de petites 
tribus indépendantes, s'étendait encore beaucoup plus 
loin dans l'intérieur de la Perse, et que, semblable 
aux diverses tribus turques et tartares , qui envahirent 
ce même pays dans les siècles postérieurs, il se ré- 
pandit dans presque toutes les provinces. Il paraît 
qu'un grand nombre d'entre eux habitaient aussi au 
delà de i'Iaxartès , car Pline ' y place un peuple de ce 
nom. Du temps de Ptolémée^, plusieurs de leurs tribus 

' Hist. natiir. XI, xix. 
' Geocjraph. VI, ii. 



8 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

habitaient du côté de la Margiane. Actuellement en- 
core les pays situés à l'Orient de la mer Caspienne, 
vers le Tabaristan, portent le nom de Dahistan, mot 
qui signifie pays du Dabi. 

A l'époque de la conquête de la Perse par Alexandre , 
les Dase étaient déjà répandus dans les parties orien- 
tales de ce royaume, et ils avaient fourni des corps 
nombreux de troupes pour résister au conquérant ma- | 

cédonien. Après la mort de Darius, on les voit figurer 
parmi les soldats de Bessus, assassin de ce prince , dans 
la retraite qu'il fit au delà du Djihoun jusqu'à l'Iaxartès; 
ils se soumirent enfin à Alexandre , après la défaite de 
Bessus. Il est probable que , bien longtemps avant cette 
époque, les Dabi s'étaient avancés fort loin du côté 
de l'occident et du midi de la Perse, puisqu'Héro- 
dote ^ compte, parmi les tribus qui habitaient la Perse 
lors de favénement de Cyrus au trône, un peuple no- 
made nommé Daœ, et que rien , dans le texte de cet his- 
torien , ne nous porte à croire que ces Dase fussent dif- 
férents de ceux dont nous parlons. Hérodote ^ place 
encore, dans les mêmes pays qui sont assignés aux 
Dabi par Strabon , un peuple qu'il appelle Daritœ, 
et dont il ne fait mention dans aucun autre endroit. 
Ce nom n'était peut-être qu'une altération de celui 
des Dabi , altération que , dans cette supposition , il 
faudrait attribuer aux copistes qui nous ont transmis 

' I, 135. 

' III, 92. ♦ 



PREMIÈRE PARTIE. 9 

le texte de cet historien , ou bien à Hérodote lui- 
même. 

Nous avons vu , d'après le passage cité de Strabon , 
qui est relatif à l'origine d'Arsace, que la nation des 
Dabi n'avait pas toujours babité dans les pays situés 
à l'Orient de la mer Caspienne, et qu'elle était une 
division d'un peuple du même nom, qui habitait au- 
dessus du Palus-Mœotide. Parmi les peuples auxiliaires 
du satrape Bessus, Arrien^ fait mention de Dahi venus 
des bords du Tanaïs, et qui appartenaient sans doute 
à la nation dont nous parlons. Malgré l'opinion con- 
traire de savants aussi recommandables que Larcher 
et Sainte -Croix, il ne faut pas croire qu'Arrien s'était 
trompé dans cet endroit et qu'il avait pris l'Iaxartès 
pour le Tanaïs. On ne peut supposer que ce judicieux 
écrivain ait commis une erreur aussi grossière , quand 
lui-même il relève celle des Macédoniens, compa- 
gnons d'Alexandre , qui avaient confondu ces deux 
fleuves : il vaut bien mieux penser que , comme Stra- 
bon , il savait que les rives du Tanaïs européen étaient 
occupées par un peuple qui portait le même nom que 
les Dahi de la Scythie orientale. 

C'est peu de reporter l'origine des Parthes et des 
Dahi asiatiques jusqu'aux rives du Tanaïs , il faut en- 
core, avec Quinte-Curce et Strabon lui-même, l'aller 
chercher plus loin vers l'occident, jusqu'en Europe, 
et la confondre avec celle de la puissante nation des 
Expcd. Alexandr. III, xxviii , i3. 



10 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Daces, qui, depuis un temps immémorial, habitait 
les bords septentrionaux du Danube. Après avoir 
parlé de la division du pays des Gètes , Strabon ajoute^ : 
«Une autre ancienne division de ce peuple, laquelle 
«existe encore aujourd'hui, c'est celle en Daces et en 
« Gètes. On donne ce dernier nom à tous ceux qui 
« sont à l'Orient et vers le Pont-Euxin ; et l'on nomme 
h Daces ceux qui occupent la partie opposée vers la 
«Germanie et les sources de ïlster, et qui, plus an- 
« ciennement, portaient , je crois , le nom de Daï : c'est 
« de là que tirent leur origine les noms de Getœ et de 
uDaï que les Athéniens donnaient communément à 
«leurs esclaves. Il paraît moins probable de tirer ce 
« dernier nom du peuple scythe connu sous celui de 
uDaœ. Le pays de ceux-ci, situé aux environs de 
« l'Hyrcanie , était trop éloigné pour que les Athéniens 
« en fissent venir des esclaves. « Eustatbe , dans son 
commentaire sur Denys Périégètes^, rapporte la même 
chose , sans doute d'après le témoignage de notre géo- 
graphe. Sans que ce passage soit par lui-même fort 
concluant, il sert à constater que les Daces portaient 
dans l'antiquité le nom de Adoi, comme on le voit 
encore dans d'autres écrivains; et, malgré ce que dit 
Strabon, à Athènes, de son temps, on regardait les 
esclaves qui venaient du pays des Daces comme étant 
de la nation des Dabi dont nous nous occupons. 

' VIT, 3o4. — Trad. franc, t. III, p. hj et hS. 
* Ad vers. 3o2-3o5. 



PREMIÈRE PARTIE. Il 

De toute antiquité, les vastes piaines qui s'étendent 
depuis le Danube, au nord du Pont-Euxin, du Cau- 
case et de la mer Caspienne , jusqu'aux rives des fleuves 
Oxus et laxartès , le Djihoun et le Sihoun des Orien- 
taux, paraissent avoir été occupées par une seule na- 
tion, divisée en un nombre immense de petites peu- 
plades ou tribus, qui peut-être parlaient toutes la 
même langue, mais qui, bien certainement, avaient 
toutes les mêmes mœurs , les mêmes usages , et fort 
souvent un seul et même nom, selon que telle ou 
telle tribu dominait sur toutes les autres et devenait 
la plus puissante. Dès un temps fort reculé, les tribus 
de cette nation qui étaient limitrophes de la Thrace 
et du Pont-Euxin furent connues des Grecs ; ils nom- 
mèrent Scythie le pays qu'elles occupaient; et, dans 
la suite , ils étendirent fort loin cette dénomination 
vers le nord et l'orient, appelant Scythes tous les 
peuples errants qu'ils connurent de ce côté, à diverses 
époques, et peut-être bien longtemps après que la 
tribu qui portait particulièrement ce nom se fut 
éteinte, ou qu'elle eut été confondue avec les autres. 
Toutefois les Grecs désignaient plus particulièrement 
sous le nom de Massagètes les peuples qui habitaient 
les rives septentrionale et orientale de la mer Cas- 
pienne. Cette dernière appellation se conserva fort 
longtemps chez les Grecs , et même chez les Orien- 
taux, comme on peut s'en convaincre par le témoi- 
gnage des écrivains arméniens, antérieurs au x^ siècle. 



12 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Ceux-ci l'appliquaient fort souvent aux peuples qui 
habitaient au nord du Caucase, et qui, dans les ^I^ 
iv* et v^ siècles, faisaient de fréquentes incursions en 
Arménie. Le nom de Huns paraît avoir ensuite rem- 
placé ceux de Scythes et de Massagètes, et avoir été 
donné, dès le iii^ siècle de notre ère et jusqu'au milieu 
du VI*, k toutes les peuplades errantes de la Scythie , 
depuis le Borysthène jusqu'au Djilioun. Après le 
vi' siècle, ce dernier nom est effacé par celui des 
Khazars , nation obscure dans l'origine , mais qui éten- 
dit alors sa domination depuis la mer Caspienne 
jusqu'au Pont-Euxin, et même jusqu'en Grimée. Ces 
deux mers prirent alors le nom de mer des Khazars, 
qui se trouve fréquemment dans les écrivains orien- 
taux , et qui s'y conserva fort longtemps ; il en fut de 
même de la Crimée , qui reçut d'eux le nom de Gha- 
zarie. Toutefois, malgré la puissance des Khazars, 
tous les peuples scytliiques furent désignés sous une 
dénomination bien plus générique encore, sous celle 
de Turks. Nous voyons, par le récit de Ménander Pro- 
tector\ que, vers la même époque, les Turks, aban- 
donnant l'extrémité de l'Orient, s'avancèrent vers la 
Perse et vers les rives du Wolga, détruisirent toutes 
les souverainetés possédées par les Huns, vainquirent 
et soumirent les peuplades scythiques répandues jus- 
qu'au Danube, et leur donnèrent à toutes le nom de 
Turks, qu'elles conservèrent fort longtemps. Toutes 
' De leçjation. Roinanor. ad génies, ?> ili. 



PREMIERE PARTIE. 13 

les nations barbares que l'on vit alors inonder l'empire 
de Constantinople , telles que les Madjars , les Bulgares , 
les Ouzes , les Patzinaces , les Khazars , les Komans et 
beaucoup d'autres encore , toutes ces nations portaient 
généralement la dénomination de Turks, et la Hongrie 
actuelle fut alors appelée Turkie. Mais, en acceptant 
le nouveau nom qu'on leur donnait, elles ne renon- 
cèrent point à celui que chacune d'elles avait en par- 
ticulier. Il paraît cependant que les Turks , qui sou- 
mirent toutes ces peuplades , n'étaient pas assez nom- 
breux, quelle que fût d'ailleurs leur puissance, pour 
faire adopter leur langue aux vaincus ; et il est assez 
naturel de penser que , de cette immense quantité de 
nations qui portaient le nom de Turks, il n'y avait 
peut-être que les chefs qui appartinssent à la race 
étrangère des vainqueurs. Si nous en jugeons par la 
langue des Hongrois actuels , qui faisaient alors partie 
de ce peuple, nous ne conserverons aucun doute à 
cet égard : elle ne renferme qu'un très-petit nombre 
de mots turks; le reste, qui appartenait, selon toute 
probabilité, à la langue des autres peuples scythiques, 
est extrêmement différent de la langue turque, et offre 
des rapports avec les divers idiomes finnois répan- 
dus dans l'empire de Russie. Les peuples du Caucase, 
connus sous les noms de Khounsag et d'Avari, qui 
sont compris parmi les tribus des Lesghis, et qui pa- 
raissent descendre des Huns appelés Sabiriens et Té- 
trexites par les écrivains byzantins, sont absolument 



14 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

dans le même cas. Quoiqu'ils soient extrêmement éloi- 
gnés des Finnois, et que, depuis fort longtemps, ils 
ne paraissent pas avoir eu des rapports avec eux, leur 
langue, qui difFère de tous les autres idiomes, ii'ofFre 
de ressemblance qu'avec celui des Finnois ou des 
Samoyèdes. 

Il est presque impossible, en examinant les nar- 
rations des anciens Grecs , de se défendre de croire 
que les vastes pays dont nous venons de parler avaient 
été soumis à une seule domination dès les temps les 
plus reculés. Les Grecs nous parlent souvent des 
guerres perpétuelles des Scythes et des Perses. Ces 
guerres ressemblent beaucoup à celles qui sont dé- 
crites dans les anciens poèmes persans, et qui s'étaient 
perpétuées entre les Iraniens, c'est-à-dire entre les 
Perses, d'une part, et les peuples duTouran , de l'autre. 
. Les Scythes dont ils s'agit étaient aussi appelés Mas- 
sagètes. Le principal théâtre de leurs guerres avec les 
Perses, selon Hérodote \ était sur les rives d'un fleuve 
appelé Araxes, qui séparait les deux nations. Malgré 
l'opinion contraire de plusieurs savants fort habiles, 
il ne faut pas confondre cette rivière avec l'Araxe 
d'Arménie , ou avec le Wolga ; le texte même d'Héro- 
dote ne permet pas de douter qu'elle ne soit l'Oxus 
ou Djihoun , qui, dans l'antiquité, formait la limite 
du Touran et de l'Iran, de la Scythie et de la Perse. 
Les diverses tribus de la nation scythique, que les 

' I, 20/1-211. 



PREMIÈRE PARTIE. 15 

Grecs et les Romains connaissaient collectivement 
sous le nom de Massagètes , et que les anciens poëmes 
persans appellent Touraniens, étaient aussi nommés 
Saces par les Perses , au rapport d'Hérodote^ Plusieurs 
siècles après cet écrivain , beaucoup de peuplades du 
même nom habitaient encore les pays situés au nord 
de i'Oxus , d'où il paraît qu'elles firent des émigrations 
en Perse à des époques fort reculées , puisqu'une des 
provinces de cet empire a conservé leur nom jusqu'à 
nos jours. Le Sedjestan était, en effet, nommé an- 
ciennement Sacastan , et semble avoir, de bonne 
heure, été habité par ce peuple. C'est sans doute du 
nom de Sace ou Sag , qui , en persan , signifie chien , 
que vient la dénomination de jL*Xa« Sagsar, tétes-de- 
chiens , qui , dans le Schâh-namèh , est souvent appli- 
quée aux Touraniens. Ce ne serait pas la seule fois que 
la haine nationale aurait cherché, dans le nom même 
d'un peuple ennemi, un sens qui justifiât son mépris. 
Les mêmes Touraniens sont encore appelés, dans les 
poëmes persans , jL-5p , Gorgsar, têtes-de-loups. Ces 
Touraniens étaient indubitablement , à ces époques 
reculées , maîtres de la totalité des régions dont nous 
avons parlé. Les livres zends nous attestent qu'Ardj- 
asp , l'un des rois du Touran , avait , sur les deux rives 
de la mer Caspienne , des possessions qui s'étendaient 
jusqu'aux bords de l'Araxe. C'est, sans doute, pour cette 
raison que les anciens rois de Perse firent garnir de 
' VII, 64. 



16 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

fortifications tous les défilés du Caucase : ils voulaient 
défendre leurs états contre les invasions des Toura- 
niens; et, dans la suite des temps, les rois Sassanides 
firent de même , pour résister aux nations hunniques 
qui les attaquaient des deux côtés de la mer Caspienne. 
Les nombreuses traditions des Persans nous attestent 
quelle importance les anciens rois de Perse atta- 
chaient à la possession du Caucase pour arrêter les 
barbares du Nord. Ces montagnes furent le théâtre de 
sanglants combats entre les Perses et les Touraniens ; 
et c'est dans la partie de l'Arménie qui avoisine le Cau- 
case , qu'Afrasiab , l'un des prédécesseurs d'Ardjasp , 
roi du Touran , fut pris par les Perses , qui le firent 
mourir. Les Touraniens, qui étaient les maîtres des 
rives de l'Oxus et du revers septentrional du Caucase, 
étendaient indubitablement leurs possessions jusqu'en 
Europe : l'expédition entreprise contre eux dans cette 
partie du monde par Darius, fils d'Hystaspes, en est la 
preuve démonstrative. Ce prince, lassé sans doute de 
combattre infructueusement sur les bords du Djihoun 
et dans les défilés du Caucase, où la nature du terrain 
favorisait ses ennemis , pensa qu'il les attaquerait 
avec plus d'avantage à l'extrémité de leurs états , sur 
les bords du Danube, où jamais ils n'avaient eu de 
démêlés avec lui. C'est le seul motif raisonnable que 
l'on puisse attribuer à l'expédition de Darius ; car, si 
l'on n'admet pas que les états des Touraniens s'éten- 
daient jusque-là , quelle raison trouver à cette guerre. 



PREMIERE PARTIE. 17 

et comment croire que le roi de Perse aurait sans 
motif entrepris une expédition contre des peuples aussi 
éloignés de ses états et avec lesquels il n'avait jamais 
eu de différend? Cette immense domination desTou- 
raniens n'a rien de bien étonnant si l'on considère 
l'état politique de ces mêmes contrées aux époques 
suivantes. Il a fort peu changé, car on voit, plusieurs 
siècles plus tard , les Huns combattre les Romains 
sur le Danube , faire des incursions dans toute l'Eu- 
rope, et, d'un autre côté, attaquer les Perses par 
l'ouest de la mer Caspienne, ou bien franchir les som- 
mets du Caucase, et porter leurs ravages jusque dans 
la Syrie, comme avaient fait autrefois leurs aïeux. A 
une époque beaucoup plus rapprochée de nous , les 
princes monghols du Kaptchak combattent en même 
temps dans le Kharizm et sur les bords du Djihoun; 
ils passent le Caucase, pénètrent jusqu'à Tauriz, par- 
courent la Pologne , traversent le Danube et s'avancent 
vers Constantinople. En général, l'état des peuples de 
l'Asie est à peu près le même depuis l'antiquité : ce 
qui se faisait alors s'est fait dans les siècles suivants , 
et se fait encore . à présent -, il n'y a de changé que les 
noms. 

Il est souvent question , dans les livres zends et 
dans les livres pehlvis, des peuples nommés Dabi, et 
tous les passages où il en est parlé semblent s'appli- 
quer aux contrées situées au nord-ouest de la mer 
Caspienne. Dans la prière nommée lescht Farvardin, 



la HISTOIRE DES ARSACIDES. 

l'auteur adresse ses invocations aux fcroûers des 
liommes purs de chacune des grandes divisions de la 
terre connue alors. Après avoir invoqué les purs de 
l'Iran (la Perse), du Touran (la Scylhie) et de deux 
autres contrées, le Serman et le Selon, dont nous 
ignorons la position, il parle du Dahi ou Dahou^. 
Il est à croire , par ce passage , que la nation dahou 
était alors fort puissante; elle donnait son nom à la 
mer Caspienne, qui était un objet d'horreur pour les 
Perses^. Ils appelaient cette mer Tchekaët-Daêti; elle 
était, dit le Boun-Déliesch ', «au milieu du monde, 
« profonde de la hauteur de cent hommes. (Au-dessus) 
(( est le pont Tchincvad. C'est là que les âmes rendent 
« compte de leurs actions , sur le mont Albordj , qui 
(( est près d'Arzour. Le Tchekaët-Daëti est à la porte 
(( de l'enfer, où les Dews rodent en foule. » Un fleuve , 
qui paraît être le Cyrus ou le Térek , portait le nom 
de Daëtl roud, c'est-à-dire Jleuve du Dalii. Le Boun- 
Déhesch^dit: «Le Daëti roud prolonge l'Iran- Vedj et 
«paraît dans le Gopestan.» L'Iran- Vedj ou Iran pur 
est toute la partie orientale de l'Arménie qui porte 
encore le nom d'Aran; et le Gopestan, mot pehlvi 
qui signifie pays de montagnes , est certainement la 
partie montagneuse du Caucase appelée Daghestan . 

' Zend-Avesta , t. II, p. 282 et 283. 

Voyez le Zerdoust-namèh. 

Zend-Avesta, t. Il, p. 365. 
' Ihid. p. 392. 



PREMIÈRE PARTIE. 19 

nom qui signifie la même chose dans une langue 
différente. Cette position nous autorise à voir dans 
le Daëti roud l'un des fleuves que nous avons déjà 
indiqués, le Cyrus ou leTérek; et nous devons croire , 
en conséquence, que les Dahi habitaient en grand 
nombre dans ses environs. Les passages des écri- 
vains anciens que nous avons rapportés au commen- 
cement de cet ouvrage ne nous permettent pas de 
douter que les Dahi ne se fussent, depuis très-long- 
temps, établis sur les bords occidentaux de la mer 
Caspienne et sur ceux de la mer Noire. Ammien Mar- 
cellin ^ nous assure que les Dahae habitaient en grand 
nombre dans les montagnes des environs de Trébi- 
zonde; Xénophon-, qui la traversa plus de quatre 
siècles avant J. C. y trouva aussi une nation puis- 
sante, les Taochi. Ils étaient indépendants de l'auto- 
rité du grand roi de Perse. Les Ai'méniens, depuis 
un temps immémorial , donnent à ces mêmes régions 
le nom de Daïk'h , qui nous paraît leur être venu des 
peuples qui les habitaient. Enfin, de nos jours, un des 
cantons qui est situé Aers les mêmes lieux , à l'extré- 
mité de la Géorgie, est encore appelé Tahoshiri , nom 
qui signifie, en géorgien, porte de Talio ou des Dahi. 
On ne peut guère douter, après ce grand^nombre de 
témoignages fournis par tant de peuples différents, 
que la nation des Dahi n'occupât toutes les plaines qui 

' XXII, vin. 

^ Eàcped. Cyr. iv, 7. 



20 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

séparent l'Europe de l'Asie. Elle devait même s'é- 
tendre jusqu'au Danube, si l'on y Joint lesDaces, qui, 
chez les Grecs, ne portaient pas un nom essentielle- 
ment différent de celui des Dabi. On croyait, à Athè- 
nes, que les esclaves qui venaient du pays des Daces 
étaient amenés des rives de la mer Caspienne, ce qui, 
outre l'analogie des deux noms , tendrait à faire croire 
qu'il y avait entre les Daces et les Dabi une grande res- 
semblance de langage et de mœurs. Ces peuples, depuis 
une époque très-reculée, s'étaient avancés vers l'Orient , 
et avaient porté leurs armes jusque dans l'intérieur de 
la Perse, où l'on retrouve encore aujourd'hui des traces 
de leur séjour. C'est d'eux que tire son origine la fa- 
mille des Arsacides , qui monta sur le trône de Perse , et 
arracha l'empire de l'Asie aux successeurs d'Alexandre. 
Il paraît que les Dabi seuls qui habitaient vers le pays 
actuellement nommé Khorassan, furent sujets des Ar- 
sacides et les aidèrent à faire la conquête de la Perse. 
Le reste de la nation continua de vivre indépendant, 
et de faire, comme auparavant, des incursions dans 
la Perse , sans s'embarrasser beaucoup des liens de 
parenté qui l'unissaient à la famille des Arsacides. 
Plusieurs princes parthes furent forcés de soutenir de 
longues et sanglantes guerres contre les tribus dont il 
s'agit ici, et quelques-uns même d'entre eux y éprou- 
vèrent de très-grands revers : tels on vit , plus de dix 
siècles après, les Seldjoukides sortir de la nation des 
Ouzes, qui habitait les rives du Don et du Volga, et 



PREMIÈRE PARTIE. 21 

fonder, avec le secours de leurs compatriotes, un puis- 
sant empire en Asie. Un siècle plus tard , le sultan 
Sandjar est obligé de soutenir de cruelles guerres 
contre des peuples qui dévastèrent ses états , le vain- 
quirent et l'emmenèrent en captivité. Ces peuples 
étaient de son sang et parlaient la môme langue que 
la sienne. 

Il paraît cependant que les Dabi qui habitaient au 
nord du Caucase étaient aussi gouvernés par des 
princes Arsacides ; car, au milieu du iv* siècle de 
notre ère, un de ces princes, nommé Sanésan, qui 
commandait à un grand nombre de nations, fran- 
chit le Caucase et fit une invasion en Arménie, où 
régnait alors Cbosroès [Khosroa) II, fils et successeur 
de Tiiidate, premier roi chrétien de ces pays. Sané- 
san fut vaincu et tué à Oschagan , lieu situé dans le 
pays d'Ararad , au nord de i'Araxes. Voici comment 
Faustus de Byzance , historien arménien , presque 
contemporain , raconte cette invasion ^ : 

«Après avoir érigé ou restauré toutes les églises 
« des contrées dont nous avons parlé , Grégoire [Gri- 
(((jôr)- alla jusqu'au camp du roi arsacide des Massa- 
ugètes [Mazk'Jiouth), nommé Sanésan. Les rois de ce 
«peuple et ceux des Ai'méniens étaient issus d'une 

* Histoire byzantine ( Piouzantazan badmoaihioun ) liv. III , 
chap. VI et vu, p. 20-26; Constanlinople , 1780; 1 vol. in-A°. 

* Patriarclie de l'Ibérie et d'Albanie, fils de Verthanès et 
frère de Housig , patriarches d'Arménie. 



22 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

« seule et même race. Il était venu du pays des Huns 
« (Hônk'k), auprès du roi des Massagètes , une grande 
« quantité de troupes.... On amena un cheval sauvage; 
« on attacha et on suspendit à sa queue le jeune Gré- 
ce goke ^ ; puis on lâcha ce cheval sur le bord de la 
«mer, hors du camp, dans une plaine de la grande 
«mer septentrionale, la plaine de Vadnéa. C'est ainsi 
«qu'on fit périr le jeune et vertueux prédicateur de 

«J. C, Grégoire — A cette époque, Sanésan, roi 

« des Massagètes , nourrissait dans son cœur les élé- 
« ments d'une violente haine contre son parent Chos- 
'( roès [Khôsro], roi des Arméniens. Il rassembla toutes 
«les troupes des Huns, fit venir celles des Thavas- 
« barVh, des Hecljmadakk'h , des Ijmaklik'li, des Gathk'h, 
«des Ggliôvark'h, des Schetclipk'h , des Djeghpk'h, des 
u Paghasdjk'h, des Ecjersôvankli , avec un mélange 
« d'autres nations et la nombreuse armée du pays de 
« VatcJiakan , qui commandait lui-même à beaucoup 
« de troupes. — Tous ces corps s'avancèrent et s'ap- 
« prêchèrent du grand fleuve, le Kour; ils se répan- 
« dirent sur le territoire arménien. Il n'y avait jamais 
«eu une telle multitude de troupes à cheval et de 
«troupes à pied; enfin, il aurait été impossible de 
«faire fénumération complète de tous les soldats.... 
« Ils pillèrent, dévastèrent et ruinèrent tout. Ils s'éten- 
« dirent de tous les côtés, jusqu'à la petite ville de 

Dans le texte arménien, il est appelé, ici et plus bas, Gri- 
(fôrios, c'est-à-dire le grand Grégoire. 



PREMIERE PARTIE. 23 

^iSadacfha, et ils atteignirent Gandsak, frontière de 
« Y Aderhadakaà. Ils se réunirent ensuite clans une 
<( plaine , au lieu qdi avait été désigné , parce qu'il y 
« avait un grand camp dans la plaine à'Ararad. — 
«Chosroès, roi des Arméniens, prit la fuite à i'ap- 
u proche de son frère Sanésan, roi des Massagètes , et 
(( se jeta dans le fort de Tarevnib-pert , situé dans le 
« pays de Kôta. 11 avait avec lui le vénérable Verthanès , 
«grand prêtre des Arméniens. Ils jeûnaient, ils im- 
<i ploraient Dieu, pour cpi'il les délivrât de leur cruel 

«persécuteur (Sanésan) Alors arriva Vatché, fils 

« d'Artavasde [Ardavazt), de la race des Mamigonians, 
« général de toutes les troupes de la grande Arménie. 
« Depuis quelque temps il était absent : il avait été faire 
« un long voyage dans le pays des Grecs. Il rassembla 
« tous les vaillants nakharars \ et forma une nombreuse 
«armée. Il se mit en marche et fondit, au lever de 
« l'aurore , sur un poste , pendant qu'on y était occupé 
« à boire. Les ennemis étaient campés sur une mon- 
« tagne nommée Tslomjlonth; ils furent tous passés au 
« fil de l'épée ; aucun ne s'échappa , et on délivra une 
«grande quantité de prisonniers. Après cela, on ra- 
« massa le butin, on se remit en marche, on s'avança 
« et enfin on descendit dans la plaine de la province 
«d'Ararad, parce qu'on savait que Sanésan, roi des 
«Massagètes, était arrivé dans la ville de Vagharscha- 
« bad avec une armée très-nombreuse. Vatché , à la 
' Les grands ou les notables du pays des Arméniens. 



24 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

«tête de ses troupes, fondit inopinément sur la ville. 
«Le Seigneur lui livra ses ennemis. Lorsque ceux-ci 
« se virent attaqués et surpris, ils prirent la fuite , sor- 
« tirent de la ville, et se retirèrent vers une montagne 
(( d'un accès difficile , située dans le voisinage du fort 
«d'Oschagan.... Cependant, on leur livra un violent 
«combat: Pagrad Pagratide [Pa(}adroiini) , Méhentag 
« et Garégin , Erhschdounik'h , Vahan , nahabied ^ des 
« Amadounik'h , et Varaz Kaminakan, généraux des 
« Arméniens , attaquent l'ennemi la lance en main et 
«font un grand carnage parmi les Alains [Alank'h), 
«les Massagètes, les Huns et les autres troupes de 
«Sanésan, Toute la plaine hérissée de collines, où ils 
« combattaient , fut bientôt couverte de cadavres -, le 
«sang y coulait comme un fleuve.... Le petit nombre 
« d'ennemis qui échappa à la mort s'enfuit jusqu'au 
«pays des Parjhasdjk'Ji. — On porta au roi des Armé- 
« niens la tête du grand roi Sanésan. Quand ce prince 
« la vit , il se mit à pleurer et dit : « mon frère , tu 
« étais de la race des Arsacides. » Le roi se rendit im- 
«médiatement, avec le grand prêtre des Arméniens, 
« sur les lieux où s'était livrée la bataille. Ils virent 
« quel carnage on avait fait des soldats ennemis. L'air 
« était empesté par la mauvaise odeur qui s'exhalait 
« des cadavres. L'ordre fut donné d'enlever les morts 

«et de les ensevelir C'est ainsi que l'on tira ven- 

« geance de Sanésan et de son armée pour la mort de 
Ce litre répond à celui de chef ou de prince. 



PREMIERE PARTIE. 25 

« saint Grégoire. Cette vengeance fut si complète qii'ii 
« ne resta pas un seul ennemi. » 

Si les anciens écrivains nous avaient conservé 
quelques renseignements sur la langue des Dahi , il 
serait certainement curieux de comparer ces rensei- 
gnements avec les idiomes qui ont été usités dans la 
partie orientale de l'Europe. Peut-être nous révéle- 
raient-ils que les trônes de Persépolis et de Babylone 
étaient occupés , au commencement de l'ère chrétienne , 
par des Goths ou des Huns; peut-être nous appren- 
draient-ils plus encore, et nous donneraient-ils quel- 
ques lumières sur l'origine des étonnants rapports qui 
existent entre la plupart des langues européennes et 
les idiomes usités dans la Perse et dans l'Inde. Peut- 
être même, sans nous faire connaître complètement 
ces rapports, nous conduiraient-ils à envisager la ques- 
tion sous un tout autre point de vue qu'on ne l'a fait 
jusqu'à présent. 

Ainsi, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, les 
Scythes nommés Dahi ou Dahse habitaient les rives 
sud-est de la mer Caspienne , où leur nom s'est con- 
servé jusqu'à nos jours; ils étaient, en outre , dispersés 
dans l'intérieur de la Perse, et s'étendaient jusqu'aux 
rivages de la mer Noire; ils formaient dans l'intérieur 
de la Perse une population étrangère au reste des 
habitants, qui devaient les avoir en horreur, soit par 
la différence des mœurs , soit par les ravages qu'ils 
commettaient. Peut-être faut il faire remonter à 



26 HISTOIRE DES ARSACJDES. 

cette époque l'origine de la dénomination de Tadjik, 
que les possesseurs actuels de la Perse donnent aux 
malheureux descendants des anciens Iranians, et que 
les peuples dominateurs de ces contrées semblent 
avoir toujours donné h des populations qui habitaient 
au milieu d'eux, mais qui n'étaient pas de leur race. 
Ce nom de Tadjik, connu aussi des Arméniens, qui 
le prononcent Dadjig , fut appliqué par les Perses aux 
Arabes. Il ne paraît plus signifier que barbare, quelle 
que soit la nation à laquelle on l'applique ; et c'est 
vraisemblablement dans ce seul sens qu'il fut donné 
aux Arabes, de même que ces derniers désignent la 
Perse sous le nom A'Âdjem , qui , dans sa signification , 
reçoit l'extension de barbare ou étranger. Le nom de 
Tadjik n'est pas le seul que les Arméniens donnent 
aux Arabes ; ils se servent aussi de celui de Tazy, qui 
a absolument la même valeur, et dont l'origine est la 
même, selon toute probabilité. Actuellement même 
ils appliquent fort souvent à tous les musulmans le 
nom de Dadjig. C'est sans doute jusqu'au temps de la 
dynastie des ^Ai^sacides qu'il faut remonter pour trou- 
ver l'origine du nom de Tadjik que les Turks , les 
Turkomans, les Monghols, et, en général, les bar- 
bares venus de l'Orient pour s'établir en Perse, don- 
nent aux Persans. C'est sans doute aussi depuis cette 
époque reculée que les Chinois se servent du nom 
de Tiao-tclii, qui, selon leurs anciens historiens et 
géographes , est porté par des peuples situés fort loin 



PREMIERE PARTIE. 27 

du côté de l'Occident et de la mer Caspienne, dans 
le Khorassan et dans le Kharism des modernes. 

Nous avons dit que, dès le temps de la conquête 
de l'Asie par Alexandre, et longtemps même avant 
ce conquérant, toutes les parties do l'empire persan 
étaient habitées par un peuple nombreux , nommé, à 
quelques légères altérations près, Dabi; que ce peuple 
était d'origine scytbique, qu'il faisait partie d'une 
immense nation qui s'étendait depuis les bords du 
Danube jusqu'aux montagnes voisines de l'Inde, et 
que son nom a laissé des traces jusqu'à nos jours dans 
les diverses contrées qui furent le théâtre de ses 
co\irses : nous allons montrer que tous les rappro- 
chements auxquels vient de donner lieu ce peuple 
s'appliquent également aux Parthes. 

Le pays qui portait en particulier le nom de Par- 
thie était celui où les Dabi s'étaient fixés en plus 
grand nombre, et où ils formèrent la portion la plus 
considérable de la population , s'ils ne la composè- 
rent tout entière , puisque la partie de cette province 
qui était située sur les bords de la mer Caspienne a 
conservé jusqu'à présent le nom de Dahistan. C'était 
de là qu'ils partaient toujours pour faire des courses 
dans l'intérieur de la Perse, dans cette contrée fer- 
tile et remplie de vastes plaines incultes , fort conve- 
nables pour une nation nomade , qui avait besoin de 
nombreux pâturages pour nourrii^ ses troupeaux. 

Tous les écrivains de l'antiquité ont dit des Parlhes, 



28 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

comme des Dalii , qu'ils étaient Scythes d'origine. Jo- 
nandès^ leur donne la même origine qu'aux Gêtes ou 
Goths qui se répandirent en Europe. Cette opinion 
s'accorde fort bien avec ce que nous avons rapporté 
des Dabi, qui étaient les mêmes que les Daces, de 
tout temps confondus avec les Gêtes, Les anciens font 
plus; ils disent que le nom de Partbes était lui-même 
scy tbique , et ils prétendent que , dans la langue des 
Scytbes, il signifiait exilé ^, étymologie que, dans l'é- 
tat actuel de nos connaissances, nous n'avons pas le 
moyen de vérifier. Quoi qu'il en soit , l'origine des 
Partbes nous semble maintenant mise bors de doute ; 
il nous reste à dire quelques mots de l'antiquité de 
l'établissement des Scytbes dans l'intérieur de la Perse , 
et à en fixer approximativement la date , qui nous pa- 
raît devoir remonter à une époque fort reculée , puisque 
dès le temps d'Hérodote, ils étaient comptés parmi 
les peuples soumis à l'empire du grand roi. Bien 
plus, longtemps avant ils formaient un peuple puis- 
sant, car Ctésias , dont Diodore de Sicile^ nous a 
conservé le témoignage, rapporte que sous le règne 
d'Astibara ou Artibara , roi des Mèdes , qui régnait 
avant Astyage, les Partbes se révoltèrent contre ce 
prince pour s'affrancbir du joug des Mèdes, et appe- 
lèrent à leur secours les Saces, ce qui serait encore 

• De reh. Get. VI. 

* Voy. Justin , Histor. Vhilippic. XLI , i . 
' II, lO/i. 



PREMIÈRE PARTIE. 19 

une présomption en faveur de leur origine scythiqne. 
lis ne purent cependant se rendre indépendants des 
Mèdes , qui les firent rentrer sous leur domination , 
après une guerre longue et sanglante. C'est peu de 
reculer jusqu'à sept ou huit siècles avant J. C. l'exis- 
tence historique dos Parthes; si nous nous en rap- 
portions à la chronique de Malala, nous placerions 
au temps des conquêtes de Sésostris l'époque de leur 
établissement en Perse. « Sésostris, revenant de Syrie 
«en Egypte, dit cette chronique \ choisit seize mille 
«jeunes gens, puissants guerriers, qu'il transporta en 
«Perse, où il leur ordonna de fixer leur résidence, en 
« leur donnant la région qui leur plairait. Ces Scythes 
« ont habité en Perse depuis cette époque jusqu'à pré- 
« sent; les Perses les appellent Parthes , ce qui signifie 
«Scythe dans la langue persane. Ces Parthes ont con- 
« serve jusqu'à ce jour leur costume, leur langue et 
«leurs lois scythiques. Ils sont très-vaillants dans les 
« combats. » On sent bien que nous n'admettons pas 
dans toute son étendue un pareil récit; il nous servira 
seulement à prouver que les Orientaux regardaient 
les Parthes comme une race étrangère , qui s'était éta- 
blie au milieu d'eux depuis une époque très-reculée , 
et qui avait conservé , jusqu'à des temps assez mo- 
dernes, des traces de son origine. En effet , malgré leur 
long séjour au milieu des nations efféminées et civi- 
lisées de l'Asie , les Parthes n'avaient pas répudié les 
' Pag. lo, B, C; éd. Venel. 1733. 



30 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

mœurs barbares et guerrières de leurs aïeux; ils 
dédaignaient tous les arts et tous les travaux qui 
exigent une vie sédentaire; la guerre était leur seule 
occupation ; toujours k cheval , ils erraient armés 
au milieu de leurs vastes possessions , et n'avaient 
d'autre distraction que le plaisir de la chasse aux bêtes 
féroces. Ils furent plutôt les oppresseurs que les souve- 
rains des peuples soumis à leur empire. Leur langue , 
dit Justin ^ , est un mélange de scythe et de mède. Ceux 
de leur nation qui étaient attachés à la cour de leur 
roi, et qui avaient dû adopter une partie du luxe et 
des usages des vaincus, n'avaient cependant pu s'as- 
treindre entièrement à suivre les usages de peuples 
qu'ils méprisaient. Quand les rois Arsacides, devenus 
maîtres de toute la Perse , voulurent transporter leur 
résidence sur les bords du Tigre , dans la ville de Sé- 
leucie , résidence des rois de Syrie , ils furent obligés 
de bâtir auprès de cette capitale une nouvelle ville 
pour leur habitation et celle de leurs compatriotes , 
qui ne pouvaient vivre commodément avec les anciens 
habitants de Séleucie , qu'ils accablaient de vexations 
et de désagréments lorsqu'ils étaient mêlés avec eux. 
Cette ville, qu'on appela Ctésiphon, fut toujours la rési- 
dence des rois Parthes, et devint celle des princes Sassa- 
nides, leurs successeurs; elle est connue des Arméniens 
sous le nom de Dispon , et des Persans sous le nom 
de TisJ'oan ou Theysfoun, dénominations qui sont des 
' XLI, II. 



PREMIERE PARTIE. 31 

altérations du nom grec. C'est de son emplacement 
auprès de Séleucie, avec laquelle elle ne faisait qu'une 
seule ville, que lui vint le nom de Madaïm, c'est-à- 
dire les deux villes, qu'elle portait sous les derniers 
rois Sassanides. En affectant toujours de se distinguer 
de leurs sujets, les Parthes ne purent éviter do leur 
devenir odieux. Les vaincus durent attendre avec im- 
patience le moment favorable pour secouer le joug 
de leurs dominateurs, qui dédaignaient de se mêler 
avec eux, qui altéraient la pureté de leur religion, 
et qui affectaient en tout de suivre des usages bar- 
bares, ou bien d'imiter ceux des Grecs, que les Perses 
avaient en aversion. Ce fut certainement toutes ces 
raisons réunies qui amenèrent la destruction de la 
puissance des Arsacides en Perse; elle est clairement 
indiquée dans un écrivain presque contemporain , qui 
nous raconte l'histoire de la révolte d'Ardeschir, pre- 
mier prince de la race des Sassanides , contre Ardévvan , 
dernier roi des Parthes. Cet historien , nommé Aga- 
thangélus , vivait au commencement du iv" siècle de 
notre ère; Grec de naissance, comme son nom l'in- 
dique, il s'attacha au service du roi d'Arménie, ïi- 
ridate, qui, chassé de son royaume par les Perses, 
avait longtemps habité l'empire romain , et rentra 
dans ses états avec une armée. Agathangéius remplis- 
sait auprès de ce prince les fonctions de secrétaire; 
il écrivit en arménien une histoire de la conversion 
du roi Tiridate et de l'étabhssement du christianisme 



3-2 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

en Arménie, avec de grands détails sur les guerres qui 
avaient amené l'expulsion des Arsacides de Perse, et 
sur celles que les Arsacides d'Arménie avaient été 
forcés de soutenir pour venger les malheurs de leurs 
parents. 

Les anciens historiens d'Arménie , Moïse de Khoren 
et Lazare de Pharbe, parlent de cet ouvrage avec les 
plus grands éloges. Le texte arménien a été publié à 
Constantinople en i 7 i 2 . La Bibliothèque royale pos- 
sède un manuscrit où ce texte est beaucoup plus com- 
plet qu'il ne l'est dans l'imprimé; cependant, il ne con- 
tient pas tout l'ouvrage d'Agathangélus ; il y manque 
le commencement , qui renfermait ce qui pouvait nous 
intéresser le plus, c'est-à-dire les détails relatifs à l'ex- 
pulsion des Arsacides de Perse; mais heureusement 
nous pouvons y suppléer par une traduction grecque, 
qui paraît remonter au viif ou au ix" siècle, et qui 
reproduit l'ouvrage entier. Elle est insérée dans la 
collection des Bollandistes. Nous rapporterons ici un 
morceau du discours qu'Agathangélus met dans la 
bouche d'Ardeschir [Artasiras), au moment où il est 
près de se révolter contre les Parthes : « Nobles Persans 
«et Assyriens, dit-iP, nous connaissons depuis long- 
« temps le faste des Parthes ; ces étrangers nous ravis- 
ce sent le fruit de nos travaux. Ils sont dans la joie quand 
«ils nous accablent d'injures; ils ne cessent de don- 
«ner la mort sans motifs. Ils détestent les Perses et 

' BoUand. Act. SS. septcmhr. t. VIII, p. 821 C, el 322 A. 



PREMIERE PARTIE. 33 

u les Assyriens , ces Parthes , qui sont venus de la terre 
u des barbares s'établir chez nous. Que direz-vous donc? 
«Si mes paroles sont fausses, que le tyran continue 
(ide régner et de nous maltraiter. Mais si je n'ai rien 
« dit qui soit hors de la vérité , courons aux armes ! 
« Il vaut mieux mourir que de sei'vir un despote qui 
«nous outrage. » Les nobles persans, ajoute notre his- 
torien \ écoutèrent favorablement cette allocution , 
parce qu'ils désiraient d'être délivrés du joug des 
Parthes , et d'avoir un roi de leur race. Enfin , dans le 
message qu Ardeschir envoya à Ardéwan , au nom des 
gi'ands de la Perse, il se sert de ces paroles ^ : « roi, 
« c'est chez nous, Perses , la coutume d'être soumis au 
«roi, car il est le maître de toutes choses; mais il 
« faut aussi que le roi administre avec justice et équité, 
« qu'il gouverne sans cruauté , qu'il soit terrible pour 
«ses ennemis et bienveillant pOur ses sujets.» Ardé- 
wan , voyant que les Perses s'étaient révoltés contre 
lui, se prépara h leur résister avec les Parthes et avec 
quelques Perses qui n'avaient point pris part à la cons- 
piration de leurs compatriotes. 

Il nous paraît hors de doute , d'après tout ce que 
nous venons de rapporter, que les Parthes avaient 
une origine différente de celle des Perses, puisque, 
jusqu'aux derniers jours de leur domination, ils affec- 
tèrent de se distinguer de leurs sujets, soit parles 

' Bolland. Act. SS. septembr. t. VIII, p. 322 A. 
" Ibid. p. 32 2 B. 

3 



34 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

usages, soit même par le langage; les historiens orien- 
taux modernes ne l'ignorent même pas : ils parlent 
fort au long des anciennes dynasties persanes et de 
celles des Sassanides, avec beaucoup de détails fabu- 
leux, il est vrai, surtout pour les premières; mais 
quand ils arrivent aux Moulouk-al-théwaïf ou rois 
des tribus (c'est ainsi qu'ils nomment les Parthes), ils 
sont extrêmement brefs; à peine se rappellent-ils leur 
véritable nom , qu'ils ont altéré en celui d'Aschkanians. 
Ils ne parlent que d'un petit nombre de princes 
dont les noms sont très-divers, et ils fixent la durée 
de la puissance de la dynastie à la moitié de sa durée 
réelle. Remplie de fables qui mériteraient un examen 
sérieux , et dont les résultats pourraient être fort 
intéressants, l'histoire des anciennes dynasties est ex- 
trêment détaillée-, les historiens s'y arrêtent avec com- 
plaisance : on sent qu'il est question de leurs aïeux. La 
dynastie des Arsacides forme une lacune; l'histoire re- 
naît sous les Sassanides, leurs vainqueurs. Lorsque l'au- 
teur du l\Iodjmel-al-téwarikh, excellent ouvrage persan 
du commencement du xii^ siècle , parle des causes 
des obscurités et des contradictions qui se trouvent 
dans l'histoire de l'ancienne Perse , il les attribue aux 
dévastations d'Alexandre, qui fit, dit-il, détruire une 
très-grande quantité de livres et périr beaucoup de sa- 
vants, et il reproche aux princes Arsacides leur domi- 
nation et les mêmes crimes. On ne peut recueillir qu'un 
très-petit nombre de renseignements sur l'histoire an- 



PREMIÈRE PARTIE. 35 

cienne de l'Asie, ce qui a lieu de nous surprendre 
quand nous considérons tout ce que l'on sait au sujet 
des Parthes. Aussitôt qu'Ardeschir, lîls de Sassan , les 
eut défaits entièrement , il s'occupa , avec la plus grande 
ardeur, de rétablir la Perse dans son ancien état, de 
rassembler des livres , et d'en faire composer de nou- 
veaux par les savants qu'il avait réunis à sa cour. Aidé 
par un prêtre nommé Erda-Viraf, il réunit une es- 
pèce de concile, composé des principaux mages de 
ses états , pour rétablii' dans sa pureté primitive la re- 
ligion de Zoroastre , qui s'était fort corrompue sous 
la domination des étrangers. Toutefois , le nom des 
Parthes , après même la destruction de leur puissance , 
se conserva fort longtemps chez d'autres peuples; les 
écrivains grecs et les écrivains romains le donnèrent 
souvent aux princes de la race des Sassanides , comme 
ils avaient donné celui de Perses aux princes Arsacides 
qui étaient maîtres de la Perse. Agathangélus désigne 
même sous la dénomination de langue parthe la langue 
des Arméniens, qui furent gouvernés par des rois Ar- 
sacides jusqu'à l'an kiS. 

Tous les princes de la race arsacide qui se révol- 
tèrent dans l'orient de la Perse contre les successeurs 
d'Alexandre, et qui , tour à tour alliés et ennemis des rois 
grecs de la Bactriane , furent soutenus par les secours 
des Scythes , leurs parents , leurs voisins et leurs al- 
liés , luttèrent avec des succès divers contre les rois de 
Syrie , qui cherchaient à rétablii' leur autorité dans la 

3. 



36 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

haute Asie. Enfin, vers le milieu du ii* siècle avant notre 
ère , Mithridate , sixième successeur du premier Arsace , 
vainquit plusieurs fois les rois Séleucides , prit Baby- 
ione, détruisit le royaume de laBactriane, étendit fort 
loin ses conquêtes dans la Scythie et dans l'Iude, 
s'empara de la Médie et de l'Arménie, et plaça sous 
son sceptre tous les pays renfermés entre l'Inde, l'Eu- 
phrate et le mont Caucase. La puissance des Arsacides 
s'accrut encore par la suite , et l'on serait fondé à dire 
qu'ils partageaient avec les Romains l'empire du 
monde. Si nous nous en rapportons au témoignage 
des historiens arméniens que nous aurons plusieurs 
fois occasion de citer, les princes Arsacides eurent sous 
leur domination tous les pays qui environnent la mer 
Caspienne -, leur immense puissance fut partagée entre 
quatre branches qui étaient issues de la même race , 
et dont les trois dernières reconnaissaient la supré- 
matie de la branche aînée. Celle-ci gouvernait la 
Perse , prise dans sa plus grande étendue , et les pays 
limitrophes. Agathangélus , que nous avons déjà cité, 
décrit en ces termes ^, dans la partie de son histoire 
dont nous ne possédons que la version grecque , le 
vaste empire des Arsacides : « Les Parthes , lorsqu'ils 
«(étaient au plus haut degré de leur fortune, possé- 
« daient les royaumes de Perse et d'Arménie , celui 
«des Indiens limitrophes des parties orientales de la 
« Perse , et celui des cruels Massagètes. Ils étaient par- 
' Bolland. Act. SS. seplemhr. t. VIII, p. 3ao. 



PREMIÈRE PARTIE. 37 

« tagés ainsi : le premier de la race des Parllies qui , 
«par la suite, changèrent leur nom en celui d'Arsa- 
(icides, le premier, disons-nous, qui alors occupait le 
« premier rang et qui se distingua par sa bravoure , 
« devint maître du royaume des Perses; celui qui te- 
« nait le second rang obtint l'Arménie; le troisième eut 
« en partage les Indiens voisins de la Perse ; le qua- 
«trième, le royaume des Massagètes. L'ordre ainsi 
« établi dans la race des Parthes se maintint très-long- 
« temps dans cet état de prospérité. » Le même Aga- 
thangélus et Faustus de Byzance , historien arménien 
qui vivait à la fin du iv* siècle , nous fournissent plu- 
sieurs renseignements importants , qui prouvent que , 
de leur temps, cet ordre subsistait, à quelque chose 
près , malgré l'expulsion des Parthes de la Perse , et que 
des rois d'origine arsacide existaient dans des pays situés 
à de très-grandes distances les uns des autres. L'impor- 
tant passage d'Agathangélus , que nous venons de rap- 
porter, nous servira pour classer les renseignements 
que nous possédons sur chacune des branches de cette 
race illustre. Nous ferons ensuite connaître les divers 
rejetons de la même famille qui se sont perpétués dans 
l'Arménie jusqu'à des époques fort rapprochées de 
nous, aussi bien que les autres rejetons qui s'éta- 
blirent dans l'empire grec , et qui parvinrent à s'as- 
seoir sur le trône de Constantinople. Nous ne nous 
attacherons pas , pour le moment , à fixer la série 
chronologique de chacun des princes de ces diverses 



38 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

branches; nous nous bornerons à les faire connaître 
d'une manière générale ; et il nous serait même impos- 
sible , faute des renseignements nécessaires , d'entrer 
dans de grands détails sur les branches établies chez les 
Indiens et chez les Massagètes. Dans deux appendices 
fort étendus, nous discuterons tout ce qui concerne la 
chronologie et la succession des rois parthes d'Armé- 
nie et de Perse; nous espérons, malgré le petit 
nombre de documents qui sont à notre disposition, 
et malgré les contradictions souvent apparentes des 
historiens, présenter sous un jour tout nouveau la 
chronologie de cette dynastie intéressante; et, si nous 
ne pouvons lever toutes les difficultés, nous parvien- 
drons du moins à restreindre les chances d'inexactitude 
et d'erreur que présente la recherche de faits qui nous 
ont été transmis d'une manière fort incomplète, ou 
dont la relation historique s'est entièrement perdue. 

SECTION r. 

ARSACIDES DE PERSE. 

Un grec, que quelques auteurs appellent Agatho- 
clès, et qu'Arrien^ nomme Phéréclès, avait été chargé 
par le roi de Syrie Antiochus II , surnommé Dieu , du 
gouvernement de toutes les provinces de son empire, 
situées au delà de l'Euphrate. Il se conduisit d'une 
manière si tyrannique, et commit même tant de cruau- 

In Parthic. apud Phot. Bibliothec. l. I, p. 17; éd. Bekkjer. 



PREMIERE PARTIE. 39 

tés , qu'il rendit le joug des Macédoniens insupportable 
aux peuples placés sous son administration. Les Grecs 
eux-mêmes, qui s'étaient fixés dansées contrées éloi- 
gnées, cherchèrent à se soustraire à l'oppression. 
Théodote ou Diodote, gouverneur de la Bactriane, se 
révolta, se fit déclarer roi de cette province, et trans- 
mit la souveraineté à ses descendants. Cet exemple 
tut bientôt suivi par les peuples des provinces voi- 
sines. Arsace et son fi:ère Tiridate , qui appartenaient, 
par leur origine, aux nombreuses tribus scythiques 
établies depuis longtemps dans la Perse, avaient été 
particulièrement offensés par le gouverneur macédo- 
nien; ils levèrent, à leur tour, l'étendard de la révolte, 
tuèrent Phéréclès, et, avec le secours de leurs com- 
patriotes qui habitaient la Parthyène, s'emparèrent 
de cette contrée, ainsi que des pays limitrophes. C'est 
là qu'ils jetèrent les fondements d'une monarchie qui, 
dans les siècles suivants , devint une des plus puissantes 
de l'Asie. 

Nous croyons avoir établi plus haut^ que les princes 
arsacides tiraient leur origine de la nation scythique 
des Daœ ou Dalii. Mais , si l'on remarque que les Ar- 
sacides se rendirent pour la première fi^is indépen- 
dants des Séleucides dans la partie orientale de la 
Perse , du côté du pays appelé par les Grecs Bactriane , 
on reste moins étonné que quelques historiens de l'an- 
tiquité, peu instruits des faits, aient avancé que les 
Voy. ci-dessus, p. 3 et suiv. 



40 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Arsacides étaient Bactriens. C'est Strabon qui nous 
l'apprend ^ , après avoir rapporte l'opinion de ceux 
qui les disaient issus des Daœ. De son côté , le Syn- 
celle , sur l'autorité d'Arrien , rapporte ^ que , du temps 
d'Agathoclès , gouverneur macédonien de la Perse , 
les deux frères Arsace et Tiiidate remplissaient les 
fonctions de satrapes. Le témoignage d'Arrien , histo- 
rien fort instruit , qui avait écrit un ouvrage particu- 
lier sur les Parthes ^, serait certainement d'un fort 
grand poids dans la question de? l'origine bactrienne 
des Arsacides-, mais, en supposant que le Syncelle ait 
fidèlement reproduit la pensée de cet écrivain, le pas- 
sage cité , bien loin de prouver que les Arsacides fus- 
sent Bactriens d'origine , contient la remarque impor- 
tante qu'Arsace et son frère Tiiidate appartenaient à 
la race d'Artaxerxès , roi de Perse, c'est-à-dire à la race 
des Achéménides. D'autre part, Strabon, peu avant 
de rapporter les deux traditions qui avaient cours au 
sujet de forigine des Arsacides , qualifie expressément 
de Scythe le chef de cette famille '. Il pourrait donc 

' 01 hè, HaxTpiavàv Xéyovatv aiiTÔv [ràv kptjàxrjv). {Geogr. 
XI, S 3, p. 5i 5.) 

* kpaâxïjs Tis xal TijpihâTtjs àSeX^oi, rd yévos ëXxovres àisà 
ToO Xiepaûv kpra^ép^ov, èaaTpâirevov Baxrpicov, èirl kyado- 
xkéovs MaKshôvos èiTtxpxpv rrjs Tlepatxrjs. [Chronogr. p. 284; 
éd. Goar. ) 

Apud Phot. Biblioth. cod. 58, p. 17, éd. Bekker 
Geogr. XI, S 2 , p. 5i5. 



PREMIERE PARTIE. 41 

être vrai qu'Arsace était Bactricn, sans que celte no- 
tion nous empêchât d'admettre qu'il avait une origine 
scythique. Justin ^ et Isidore de Séville^ nous attestent 
que ia Bactriane était entièrement habitée par des 
Scydies; les Daœ, en particulier, s'y trouvaient en si 
grand nombre qu'ils avaient imposé leur nom à la to- 
talité du pays. Nous avons dit ailleurs qu'en eflet , au 
premier siècle avant notre ère, les Chinois appelaient ce 
pays Ta-hia, ou, plus exactement, Da-kia. Ajoutons ici 
que , bien que les Grecs aient donné particulièrement 
le nom de Bactriane aux contrées situées à l'extrémité 
de la Perse, fort loin vers les frontières de l'Inde et 
les sources de i'Oxus , les limites de la Bactriane ne 
furent jamais fixées avec beaucoup de précision. On 
peut même croire , comme nous aurons occasion de 
le faire remarquer dans une autre partie de notre 
travail, que ia Bactriane comprenait, ainsi que l'in- 
dique i'étymoiogie de son nom, toutes les provinces 
orientales de la Perse, sans en excepter la Parthyène, 
^ patrie des Arsacides. 

Les Arméniens ont conservé, sur l'origine de la 
famille de ces princes , des traditions qui prouvent que 
c'est effectivement dans une partie de la Bactriane que 
les Arsacides jetèrent les fondements de leur puissance. 
Moïse de Khoren dit ^ qu'Arsace leva , pour la première 

' Hist. Philippic. Il , i , 1 1 1 . 
^ Origin. IX, ii. 
' Hist. urm. II, ii. 



42 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

fois, l'étendard de la révolte contre les rois séleu- 
cides, dans la célèbre ville de Balkh. Cette ville, 
dont il est nécessaire que nous disions ici quelques 
mots, est appelée par les Arméniens, Bahl ou Balh, 
et les derniers Arsacides qui étaient venus de Perse 
s'établir parmi eux , après la mort d'Ardéwan , sont 
désignés sous le nom de Balhavouni ou Balhavig (les 
Palhavans), c'est-à-dire hommes de Balh. Située à 
l'extrémité orientale de la Perse, vers les montagnes 
de l'Inde et sur la frontière du Thokharestan, la ville 
de Balkh est fort ancienne , puisque , d'après les 
traditions persanes, Zoroastre y publia sa loi, et 
qu'alors elle était la résidence des rois de Perse, qui 
l'avaient choisie pour être plus à portée de combattre 
les Scythes ou Touraniens. Elle est à coup sûr iden- 
tique avec la capitale de la Bactriane , que les Grecs 
appelaient du nom du pays, Bactra (Baxrpa), et que 
Strabon place sur une rivière qui, venant du midi, se 
jette dans l'Oxus. Si elle a conservé le nom de Balkh, 
au lieu de celui de Bactre, c'est qu'il nous semble 
très-probable que , chez les indigènes , la ville dont il 
s'agit ne s'appela jamais Bactre. Les Grecs, en la nom- 
mant ainsi, nous montrent qu'ils ignoraient le sens 
du nom de Bactriane, qui, comme l'a déjà fait ob- 
server D'Herbelot, est dérivé du mot persan bakhter, 
qui signifie l'orient. La Bactriane tirait ce nom de sa 
position à l'égard des autres provinces , selon l'usage 
où paraissent avoir été les Perses , depuis une époque 



PREMIERE PARTIE. 43 

fort reculée, de donner à leurs provinces des noms 
qui exprimaient les positions relatives qu'elles avaient 
entre elles. Dans le Schah-namèh, Firdousi appelle 
l'Asie Mineure, ou les contrées situées à l'occident de 
la Perse, jjUw Khawer, c'est-à-dire l'Occident; le Far- 
sistan, le Kirman et les provinces limitrophes sont 
appelées Nimrouz , c'est-à-dire le Midi ; enfin , les Per- 
sans donnent encore à la province qui a succédé en 
grande partie à l'antique Bactriane le nom de Kho- 
rassan , qui signifie le lieu, du soleil ou fOrient. 

Dans un autre endroit de son histoire d'Arménie, 
Moïse de Khoren appelle la ville de Balh , la maison 
originaire des princes parthes ^. Selon le même écri- 
vain, l'usage de la dénomination de Balhavig ou Bal- 
havoani, donnée aux Arsacides de Perse, remonte 
jusqu'au règne d'Arsace le Grand ou Mithridate 1", 
qui occupa le trône depuis fan i "3 jusqu'en l'an 187 
avant J. C.-«Arsace, dit l'historien arménien'-, se 
M rendit à Baih , où il établit sa puissance royale ; 
« c'est pour cela que sa postérité fut appelée Balhavig , 
« comme celle de son frère Valarsace ( Vagharschag) fut 
« appelée Arsacide, du nom de leur ancêtre Arsace. » 
Au commencement du i" siècle de notre ère , la ligne 

' p'nt.'i/ innL^U. Hist. Cimi. II, LXXI. 

ifJJtunpnL. p/î/JÎ/'i» [i i-p y qui npnj quifj^^g^'u'n^ liiu^UJi-filfD uA/nCu/h^ 
gunj , nu^ tr h"^ tqop^ 'Unpui \\uiqui[i ^uiLiuj ' (tUiufiîltL. nU usUnihi , 

V^iyk'^^bp-' Ibid. II, LXV 



44 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

directe de h race des rois parthes fut privée de la 
couronne, et une nouvelle branche fut investie de 
l'autorité souveraine. Elle se divisa bientôt en quatre 
autres branches , dont les trois dernières portèrent 
toutes le nom de Balhavicf ou Balhavouni , auquel elles 
joignirent une seconde dénomination pour se distin- 
guer les unes des autres, comme nous le verrons 
tout à l'heure. C'est de ces dernières branches que 
descendaient les Arsacides qui, dans le ii' siècle avant 
la naissance de J. C. vinrent s'établir en Arménie. 
Leur postérité y subsistait encore au xiii'' siècle de 
l'ère chrétienne, et conserva jusqu'à cette époque le 
nom de Balhavouni. 

Le témoignage des médailles qui nous restent des 
Arsacides, bien qu'il soit incomplet à cet égard, nous 
apprend qu'outre leur nom d'Arsace, chacun des rois 
parthes portait un nom particulier qui servait à les 
distinguer les uns des autres; mais ces noms n'é- 
taient sans doute que des petits noms, ou des noms 
d'un ordre secondaire, comme ceux qui étaient en 
usage autrefois chez les Arméniens et qu'on appelait 
tfnuqui^^iuliiuu, phaghaschliliagan, c'est-à-dire d'amitié. 
On en voit des exemples dans les doubles noms 
que portent beaucoup de princes cités dans l'histoire 
d'Arménie. 

La dénomination sous laquelle généralement les 
écrivains orientaux, arabes et persans, désignent les 
Arsacides, vient de la conslitution politique des pays 



PREMIERE PARTIE. ^5 

soumis à leur empire : ce nom est celui de Moulouk- 
ai-théwaïf, oLjl^iaJl tl3jX«, rois des dynasties ou des 
tribus. Il était difficile d'en trouver un qui donnât une 
idée plus exacte des fondements de leur puissance. 

La race royale des Arsacides de Perse devint extrê- 
mement nombreuse. Les historiens grecs et romains 
ne nous ont point conservé de renseignements sur sa 
division en différentes branches : ils nous parlent seu- 
lement de quelques rois de Médie qui appartenaient 
à des branches collatérales de la maison régnante. 
Les Arméniens seuls nous font connaître trois autres 
branches distinctes de celle qui possédait la puissance 
souveraine. Cette séparation des Arsacides de Perse 
en quatre branches principales s'opéra dans les pre- 
miers siècles de notre ère, après la mort d'un roi 
noumié Arschavir par les Arméniens. Nous démon- 
trerons plus loin qu'il est le même que l'Artaban qui 
régnait du temps des empereurs romains Tibère, 
Caligula et Claude. Voici comment Moïse de Khoren 
parle de la division des Arsacides de Perse en quatre 
branches ou tribus ^ : « Abgare alla dans l'Orient, où il 
« trouva qu'Ardaschès, fds d' Arschavir, régnait sur les 
« Perses , et qu'il était en guerre avec ses frères parce 
« que , en vertu de sa naissance , il prétendait régner 
«sur eux. Ceux-ci refusaient de se soumettre, attendu 
« qu'il avait assiégé ieiu-s villes et qu'il les avait me- 
«nacés de la mort; ce qui avait produit beaucoup de 

' Histor. armen. II, xxvn. 



46 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

« guerres et de désordres dans l'armée et parmi iem's 
(( autres parents. Le roi Ai^schavir avait eu trois fds et 
(( une fdle : le premier de ses fds était le roi xArdaschès 
«lui-même; le second se nommait Garen, et le troi- 
« sième Souren. Leur sœur, qui portait le nom de 
«Goschm, était mariée à un homme que son père 
« avait créé général de toutes les armées de la Perse. 
« Abgare engagea les trois frères à faire la paix , et il ar- 
ec rêta entre eux les conditions suivantes, savoir : qu'Ar- 
ec daschès serait roi, ainsi qu'il le désirait; qu'il trans- 
« mettrait la dignité royale à sa postérité; que ses frères 
<( porteraient le nom de Balhav , du nom de leur ville 
(( et de sa grande et fertile région , et qu'en qualité de 
«rejetons du sang royal, ils seraient supérieurs en 
(( rang et en honneurs à tous les autres princes persans. 
« Cet arrangement fut confirmé par des serments 
« mutuels , et on régla , en outre , que si la postérité 
« masculine d'Ardaschès venait à s'éteindre , ses frères 
« hériteraient de la dignité royale. Le roi forma ensuite 
'(de leur race trois tribus, qui furent nommées Ga- 
« réni Balhav , Soaréni Balhav et Ashahabiédi Balhav; la 
(( dernière était formée de la postérité de la sœur d'Ar- 
« daschès , et tirait son nom de la dignité dont était 
ti revêtu le mari de cette princesse. » 

Moïse de Khoren , dans la suite de son histoire d'Ai^- 
ménie\ reparle des diverses branches delà race royale 
de Perse, et s'exprime en ces termes : « Arschavir eut 

' II. LXV. 



PREMIÈRE PARTIE. 47 

u trois fiis et une fille , comme nous l'avons déjà dit ; 
« l'aîné s'appelait Ardaschès , le second Garen, le troi- 
i( sième Souren , et la fille Gosclim. Après la mort de 
«son père, Ardaschès voulut, par droit de naissance, 
(( régner sur ses frères , ce que ces derniers lui accordè- 
« rent , plutôt à cause de ses menaces qu'à cause de ses 
« paroles et de ses prières. Abgare fit entre eux un pacte 
« et une alliance, à ces conditions, qu' Ardaschès et ses 
«descendants auraient l'empii'e, mais que si sa pos- 
«térité venait à s'éteindre, ses frères hériteraient de 
«la royauté, par ordre de primogéniture. Après avoir 
« obtenu ces avantages , Ardaschès donna des provinces 
« à ses frères; ils formèrent des races qui portèrent leur 
«nom, et qu'on éleva au-dessus de toutes les autres 
« souverainetés. Chacune de ces races conserva le nom 
« de son fondateur : elles furent , en conséquence , 
«appelées Garéiii Balhav, Soaréni Balhav. Celle qui 
<» descendait de la sœur de ces princes fut nommée 
« Asbahabiédi Balhav , parce que le mari de cette prin- 
« cesse était chef des troupes. Cet ordre subsista pen- 
(( dant longtemps , et se maintint jusqu'à fépoque où 
«l'empire fut enlevé à la race des Arsacides. » Nous 
verrons que cette même organisation existait encore 
quand Ardeschir, fils de Sassan , détruisit la puissance 
des Parthes en Perse. 

A propos du nom de Souréni, que portait la troi- 
sième branche de la famille royale de Perse, et qui 
lui venait de Souren , frère du roi Ardaschès , nous 



48 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

devons faire remai'quer le rapport qui existe entre le 
nom de ce prince et le nom de Sm'éna, que l'qn est 
convenu mal à propos de regarder comme désignant 
la première dignité de l'empire persan après la dignité 
royale. La cause de cette erreur remonte à Plutarque. 
Cet écrivain dit , dans la Vie de Crassus \ que le général 
qui commandait les Parthes , et qui vainquit Crassus , 
s'appelait Suréna, qu'il était la seconde personne de 
l'empire , et qu'il tenait de son père le droit de couron- 
ner les rois. Trompé par cette prérogative, on a pris 
fort légèrement le nom de ce général pour un titre 
de dignité. Rien , dans le texte de Plutarque , ni dans 
celui du faux Appien, qui l'a copié, ne peut nous 
porter à voir autre chose qu'un nom propre dans le 
nom de Suréna. Ammien Marceilin ^ fait mention 
d'un autre Suréna, qui commandait l'armée du roi 
de Perse Schahpour, et qui fut chargé par ce prince 
de traiter de la paix avec l'empereur Jovien. Suréna 
était bien son véritable nom; ce n'était pas celui de 
sa charge. Faustus de Byzance, qui vivait à cette 
époque en Arménie , et qui a écrit en arménien une 
histoire de ce pays, parle du même personnage. Ce 
général, issu de la race royale des Arsacides, se nom- 
mait véritablement Souren , et ne paraît avoir eu aucun 
des droits et des privilèges que l'on suppose gratuite- 
ment avoir été attachés au prétendu titre de Sm'éna. 
Parmi les diverses dignités instituées dans l'ancien 
* S 21. — ^ XXV, VI. 



PREMIERE PARTIE. 49 

cmpii'e persan, il en existait effectivement une qui 
conférait le priviJégc dont nous venons de parler; 
mais son nom n'avait aucun rapport avec celui de 
Suréna. L'auteur du Modjmel-al-téwarikh, qui parle 
de cette dignité, donne à celui qui en était revêtu le 
titre de pahlatuani djéhan. Elle existait aussi en Armé- 
nie, où les rois i\rsacides avaient établi tous les usages 
civils et politiques de l'ancienne monarchie persane, 
en se modelant sur ce qui se pratiquait à la cour de 
leurs parents, surtout pour le cérémonial. Celui qui 
remplissait la fonction dont il s'agit recevait les titres 
à'asbiecl et de tliakatir : le premier signifie chevalier; 
le second, celui qui porte la couronne. Comme en 
Perse, cette dignité, chez les Arméniens, était héré- 
ditaire. Elle avait été donnée, un siècle et demi avant 
notre ère, par le premier des Arsacides, à Pagarad, 
qui passait pour être d'origine juive ^. Sa postérité, qui 
en hérita , tint constamment im rang très-distingué en 
Arménie , avant la destruction de la monarchie ; elle 
obtint ensuite la puissance royale dans l'Aiménie et 
dans la Géorgie , où les descendants de Pagarad se sont 
perpétués jusqu'à nos jours, avec une existence histo- 
rique de près de vingt siècles. 

Après avoir dominé prestpie cinq cents ans sur la 
Perse , la race royale des Arsacides fut dépossédée de 
la couronne par un Perse surnommé Ardeschir, et 
nommé indifféremment fils de Babek ( Pabek) , ou fils 



' Voyez Moïse de Khoren , Histor. armen. IT, m. 



50 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

de Sassan , selon qu'il est question de ses aïeux pater- 
nels, ou de SCS aïeux maternels. Les écrivains gi^ecs et 
les écrivains romains, ennemis de tous les princes de 
la race sassanide, ont cherché à abaisser la naissance 
d'Ardeschir; ils n'en parlent que comme d'un homme 
obscur, né dans la Perse proprement dite , qui se ré- 
volta contre son souverain et le détrôna. Ils n'auront 
sans doute fait que nous rapporter les bruits injurieux 
répandus par les Parthes fugitifs, qui se retirèrent 
en Arménie et dans l'empire romain après la mort 
d'Artaban , et qui ne devaient pas être très-disposés à 
faù'e l'éloge d'Ardeschir et de sa race. L'historien arabe 
Eutychius nous dit qu'Ardeschir était prince d'Esta- 
khar, l'une des plus puissantes et des plus anciennes 
villes du Farsistan, et, selon nous, la même que Per- 
sépolis. Les anciens historiens d'Arménie, Agathan- 
gélus. Moïse de Khoren, Elise S lui donnent le nom 
de Sdaharatsi, c'est-à-dire natif d'idahar ou d'Istakhar, 
ce qui revient au même. D'autres historiens orientaux, 
et même Agathias, disent qu'il fut adopté pai^ le prince 
du Farsistan , Babek , qui lui donna sa fille en mariage 
et sa souveraineté pour héritage ; c'est pourquoi il est 
toujours appelé, parles écrivains orientaux, Ardeschii' 
Babégan, c'est-à-dire Ardeschir fds de Babek. Il se 
nomme ainsi lui-même sur les monuments qu'il a fait 
élever, et dont M. Silvestre de Sacy a donné une sa- 
vante explication. Strabon nous apprend que, de son 
' Ecrivain du v' siècle de notre ère. 



PREMIÈRE PARTIE. 51 

temps, la Perse était gouvernée par des rois vassaux 
des monarques parthes. Babek était , sans doute , un des 
successeurs ou des descendants de ces rois vassaux; 
et Ardeschir, bien loin d'être un aventurier obscur, se 
trouvait en possession de l'une de ces souverainetés qui 
formaient la monarchie féodale des Arsacides. Aussi 
voyons-nous , dans Agathangélus , que les serviteurs 
les plus distingués d'Assyrie et de Perse , lassés du joug 
des Parthes et prêts à se révolter, s'adressent à Ar- 
deschir comme à un prince puissant , en état de les 
servir utilement. Il paraît qu' Ardeschir se prétendait 
même issu , par son grand-père Sassan , de la race des 
anciens rois qui avaient régné dans la Perse avant 
l'invasion d'Alexandre. 

Soutenu par le mécontentement des peuples de la 
Perse, qui considérèrent toujours les Parthes comme 
des étrangers, et qui détestaient leur joug, Ardeschir 
profita des divisions qui existaient entre les chefs des 
diverses branches de la race royale. Ces princes, 
possesseurs de grands fiefs, se souciaient fort peu de 
soutenir une monarchie à laquelle ils n'avaient que 
des droits fort éloignés, et ils songeaient bien plutôt 
à se rendre indépendants ou à s'agrandir aux dépens 
de leurs parents. C'est, il nous semble, ce qui explique 
poui^quoi Ardeschir fut soutenu dans sa révolte par 
deux branches de la famille royale , celles de Souréni 
Balhav et d'Asbahabiédi Balhav, qui, ne tenant que 
le troisième et le quatrième rang, se trouvaient fort 

k. 



52 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

éloignées de la succession à la couronne. La branche 
do Garéni Balhav, qui avait le second rang, et qui, 
par conséquent, pouvait espérer de faire vaioii^ un 
joui' ses di'oits, resta fidèle à la branche royale, et sou- 
tint de toutes ses forces la guerre cojitre Ardeschir. 
La mort du dernier roi des Parthes rappela à tous 
les autres princes de la même race les liens qui les 
unissaient, et leur fit sentii' la nécessité de s'unir poui' 
écraser, dès sa naissance, la nouvelle puissance des 
Perses. A peine le roi d'Arménie nommé Chosroès 
{Khosroa) , qui tenait le second rang dans la monarchie 
partlie, eut-il appris le malheur de son parent, qu'il 
rassembla des troupes, se mit en campagne, et soli- 
cita f assistance des Romains. Les princes des Scythes 
du nord, Arsacides comme lui, s'empressèrent de lui 
fournir des secours. Il envoya des ambassadeurs aux 
Parthes, qui étaient ses parents, ainsi qu'aux diverses 
familles nommées Balhav, dont nous avons déjà parlé, 
et qui tenaient de plus près au sang royal ; il ne négli- 
gea pas d'en envoyer à Balkh même , et dans les pays 
les plus éloignés , du côté de l'Orient , jusque dans le 
pays des K'houschans, où régnaient, comme nous le 
démontrerons, les Arsacides orientaux. Il paraît que 
toutes ces diverses branches ne montrèrent pas beau- 
coup de zèle pour venger l'injure faite à leur sang. Les 
familles Souréni Balhav et Asbahabiédi Balhav refu- 
sèrent leur concours à Chosroès-, et il apprit, par un 
de ses ambassadeurs, qu'il avait dirigé vers l'extrême 



PREMIÈRE PARTIE. 53 

Orienl, que Vehsadjan et la famille Garéni Balhav 
étaient seuls prêts à se joindre à lui. Aussi, après 
quelques succès infructueux, rentra-t-il dans ses états. 
Ai'deschir profita de son éloignement pour attaquer la 
race de Garéni Balhav, dont il déti'uisit tous les mâles , 
à l'exception d'un enfant, qui fut sauvé par un des 
serviteurs de ses parents. Ce fidèle serviteur l'amena 
dans le pays des K'houschans , et le confia aux soins de 
sa famille , pour le mettre à l'abri des fureurs d'Ar- 
dcscliii'. Nous parlerons plus loin de la postérité de 
cet enfant. Privé des secours de l'Orient, le roi d'Ar- 
ménie fut obligé de continuer la guerre avec ses seules 
forces et avec les secours qu'il reçut des peuples du 
nord. Cependant, il se conduisit avec tant de courage, 
qu'il mit Ardeschir dans le plus grand embarras. Ce- 
lui-ci se crut forcé de recourir à la perfidie pour se 
débarrasser d'un si terrible ennemi , en le faisant périr 
par le fer ou le poison. Dans ce dessein, il s'adressa 
à ceux des Partlies qui lui étaient soumis, et qui, par 
leur parenté avec le roi d'Arménie, pouvaient avoir 
un accès plus facile auprès de ce prince. Il promit à 
celui d'entre eux qui voudrait servir son projet de 
lui rendre la ville royale de Balkh et les anciennes 
possessions de ses ancêtres, avec le premier rang 
après lui dans la Perse. Un certain Anag, de la race 
de Souréni Balhav, lui promit d'accomplir ses désirs . 
feignit de fuir la Perse pour éviter les persécutions 
d' Ardeschir, arriva en Arménie, y fut reçu comme 



54 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

un parent par le roi Chosroès, et l'assassina quelque 
tenaps après. Nous nous occuperons ailleurs de la 
postérité de cet Anag. Délivré de son plus redoutable 
adversaire, Ardeschir s'empai^a de l'Arménie, et la 
réunit à son empire. Beaucoup de Parthes aban- 
donnèrent alors la Perse , se réfugièrent sur les pos- 
sessions romaines en Asie, formèrent des corps de 
troupes de leur nation , et se mirent au service des 
empereurs , qu'ils suivirent dans toutes leurs expédi- 
tions contre les Perses. Nous avons vu que, lorsqu' Ar- 
deschir se révolta contre Ardéwan , un grand nombre 
d'Arsacides se joignit à lui et reconnut sa domination. 
Il paraît que leur postérité subsista encore longtemps 
en Perse, car Faustus de Byzance parle de plusieurs 
généraux issus de la race des Arsacides , qui comman- 
daient les armées du roi de Perse Scliahpour II , vers 
l'an 370 de notre ère. 

SECTION II. 

ARSACIDES D'ARMÉNIE. 

Le roi des Parthes , Mithridate , chassa les Séleucides 
de la haute Asie , s'empara de l'Arménie , y plaça pour 
roi son frère Valarsace ( Va^harschag), et lui donna le 
second rang dans la monarchie partlie. Tel est le récit 
des historiens d'Arménie ; il fait remonter à plus d'un 
siècle avant notre ère l'établissement de la dynastie des 
Arsacides dans ce pays. C'est en vain que nous cher- 



PREMIERE PARTIE. 55 

(lierions des renseignements sur cet événement dans 
les écrits qui nous restent des Grecs et des Romains. Les 
historiens occidentaux ne paraissent pas avoir su qu'il 
existait en Ai'ménie une branche de la race royale 
des Arsacides; nous ne pouvons cependant pas assurer 
que l'antiquité ait ignoré que Tigrane , et la plupart des 
rois d'Ai'ménie qui vécurent avant Jésus-Christ, appar- 
tenaient à la nation parthe. Il y a , dans les ouvrages 
qu'elle nous a légués, une si grande lacune pour l'his- 
toii'e de ces temps, qu'il est fort difficile, avec le seul 
secours des fragments que nous possédons, de se former 
une idée juste de l'histoire des successeurs d'Alexandre 
et des princes orientaux qui eurent des rapports avec 
eux. De toutes les parties de l'histoii'e ancienne, 
c'est peut-êti'e celle qui laisse le champ le plus vaste 
aux discussions chronologiques. Quelques renseigne- 
ments épars çà et là dans divers auteurs nous portent 
à conjecturer que les anciens avaient, en général, sm' 
les royaumes de l'Asie, des connaissances plus exactes 
et plus complètes qu'on ne serait disposé à le croire 
après avoir lu les fragments qui nous restent de leurs 
écrits historiques. Justin, par exemple, dit^ que le Mi- 
thridate, roi des Parthes, dont nous avons déjà parlé, 
fit sur les Séleucides la conquête de la Médie , et qu'a- 
près avoir chassé de l'Arménie un roi qu'il appelle Or- 
toadiste ou Artoadiste, nom identique, sans doute, avec 
celui d'Artavasde , qui est fort connu , il éleva son frère 
' Hislor. Philippic. XLII, ii. 



56 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

à la dignité de roi des Mèdes. Si nous avions le texte 
de Trogue Pompée, dont Justin n'est que i'abréviateur, 
nous apprendrions probablement que le fi'ère du roi 
des Partlies créé roi des Mèdes n'était autre que le 
prince appelé Vagharschag ( Valarsace ) par les Armé- 
niens. Ceux-ci disent, en outre, que le roi des Parthes, 
après avoir fait son frère roi d'Arménie, lui céda la 
partie de la Médie qui porte le nom à'Aderbadagan. 
Cette province , nommée par les Grecs Atropatène, 
fit longtemps partie du royaume des Arsacides d'Ar- 
ménie. 

Justin dit encore ^ qu'après îa Parthye , l'Arménie 
est le plus grand des royaumes d'Asie, et les historiens 
nationaux affirment, de leur côté, que le royaume 
d'Arménie tenait le deuxième rang immédiatement 
après celui des Partlies. Les divers rangs établis entre 
les royaumes Arsacides ne furent, sans doute, insti- 
tués par les successeurs d'Arsace, que pom' imiter 
les usages et le cérémonial usités chez les anciens 
souverains de l'Asie, et pour justifier leur titi^e de 
grand roi, ou de roi des rois. Nous voyons dans Moïse 
de Khoren^ que, bien longtemps avant cette époque, 
Ninus , roi d'Assyrie , instruit des belles actions et de la 
puissance d'un des anciens rois de l'Arménie nommé 
Aram , lui donna le titre de second (du roi des rois), 
c'est-à-dii'c de premier prince de l'empire. Comme 
chacun des divers royaumes de l'Asie était organisé à 

' Ilislor. Pliilippic. XLII, n. — ■ Histor. armen. I, xii. 



PREMIÈRE PARTIE. 57 

rinstar de la grande monarchie , qui ne faisait elle- 
même que se conformer à d'antiques usages, il y av^ait 
dans l'Arménie, parmi les princes que comptait la 
monarchie féodale de ce pays, un souverain qui por- 
tait le titre de second , et qu'il faut bien distinguer 
de l'asbied ou thakatir dont nous avons déjà parlé. 
Celui-ci n'était que le premier des dignitaires de la 
couronne, tandis que l'autre tenait le premier rang 
entre les princes feudataires. Les chefs du pays de 
Mouratsem , situé dans les environs de la ville actuelle 
de Naklidjévan, fm^ent en possession de cet honnem' 
jusqu'au milieu du ii^ siècle de notre ère; ils passaient 
pour des descendants d'Ajtahag ou Astyages, roi des 
Mèdes. Un prince appelé Ardaschès, petit- fils du pre- 
mier des Arsacides d'Arménie et père du fameux 
Tigrane, connu par ses démêlés avec les Romains, 
usurpa , à ce que racontent les Arméniens , le titre de 
roi des rois , et , par conséquent , le premier rang dans 
l'Asie. Le roi des Pai'thes, issu de la branche aînée des 
Arsacides, fut contraint de se contenter du titre de 
second, ou du premier rang après lui. L'exemple d' Ar- 
daschès fut imité par son fils Tigrane , qui usurpa aussi 
le titre de roi des rois. 

Tacite , dans le récit des démêlés qu'eurent les Ro- 
mains avec les Parthes , rapporte que ces derniers re- 
gardaient l'Arménie comme leur pati^imoine, comme 
une antique possession de leur race , ce qu'ils n'auraient 
pu faire , si Tigrane et ses descendants n'avaient pas 



58 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

été des princes de leur famille. En plusieurs endroits de 
ses écrits, Procope nous dit que l'Arménie était gou- 
vernée dès longtemps par des Arsacides ; enfin Cédrène, 
sans doute d'après quelque auteur ancien , raconte , en 
parlant de Basile le Macédonien, empereur de Cons- 
tantinople , qu'il tirait son origine de l'illustre race des 
Arsacides , qui avait donné des rois aux Parthes , aux 
Mèdes et aux Arméniens. Si nous n'avons pas d'autres 
témoignages positifs pour affirmer que les Arsacides 
régnaient en Arménie, du moins voyons-nous les his- 
toriens de l'antiquité considérer ce royaume toujours 
comme un état parthe , et souvent même comme une 
dépendance du grand empire des Arsacides de Perse. 

Il nous reste fort peu de renseignements sur l'origine 
de Tigrane ; tout se réduit à deux passages , l'un de 
Strabon, l'autre d'Appien. Le premier de ces deux 
écrivains dit ^ que Tigrane descendait d'Artaxias, qui, 
étant gouverneur d'Arménie pour le roi de Syrie , se 
soumit aux Romains après la défaite d'Antioclius le 
Grand, et fut reconnu roi par eux. Appien ^ rapporte 
que Tigrane était fds d'un autre Tigrane et d'une fdle 
de Mithridate ; il n'ajoute rien de plus sur son origine. 
Il est très-peu question , dans les écrivains anciens , des 
divers gouverneurs qui furent envoyés par les Séieu- 
cides dans l'Arménie, et qui y usurpèrent l'autorité 
royale. On nous parle cependant avec plus de détail 
d'Artaxias; on nous apprend qu'il se rendit indépen- 

' Geograph. XI, p. 628 et 532. — " De Bello Mithrid. c. iv. 



PREMIERE PARTIE. 59 

dant; qu'après la défaite d'Antiochus le Grand par les 
Romains , il donna , pendant un certain temps , k sa cour, 
asile à Annibal, et que, d'après les avis de ce général, 
il fonda la ville d'Artaxate et en fit la capitale de ses 
états. Mais quelques lignes sont tout ce qui nous reste 
sur son compte , et on nous a laissé ignorer l'époque 
de sa mort. Nous savons seulement que depuis le 
temps qu'il fut nommé par le roi de Syrie gouverneur 
d'Arménie , époque ordinaiiement placée entre les 
années 22 k et 220 avant la naissance de Jésus-Christ, 
jusqu'aux dernières actions qu'on cite de lui, il s'é- 
coula plus de quarante ans. Il est fort difficile de 
croire que son existence se soit prolongée beaucoup 
au delà. Peu après, vers le milieu du 11" siècle avant 
notre ère , il est question d'un certain Artoadiste , 
qui fut détrôné par le roi des Paithes^ Trompé par 
la ressemblance des noms, Justin a placé ce dernier 
événement à plus d'un siècle de son époque réelle, 
peu avant la défaite de Grassus, et il aura pris cet 
Artoadiste pour Artavasde, fils de Tigrane. Nous pré- 
sumons qu' Artoadiste était fds d'.\i'taxias ; et c'est 
après qu'il eut été dépouillé du royaume d'Ai'ménie 
par le roi des Parthes, que nous plaçons l'établisse- 
ment de la dynastie des Arsacides en Arménie. Il se- 
rait fort étonnant que les Parthes , qui , à cette époque , 
avaient repoussé les Grecs de l'autre côté de l'Euphrate 
et établi leur empire sur toute l'Asie , n'eussent pas fait 
' Voyez ci-dessus, p. 55. 



60 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

la conquête de l'Arménie , où plus d'une raison devait 
les déterminer à porter leurs aimes. On aurait peine 
à comprendre qu'ils n'eussent pas fait ce qu'ils avaient 
fait ailleurs, et ce qu'on les vit faire dans les siècles 
suivants , c'est-à-dire qu'ils n'eussent pas donné l'Ai'- 
ménie en apanage à une branche de leur race. L'au- 
torité des écrivains d'une aussi ancienne nation que la 
nation arménienne doit certainement l'emporter sur 
un passage unique de Strabon. Nous ne parlons pas 
d'Appien, qui ne contredit point notre opinion; mais 
nous ajoutons que l'assertion de Strabon, bien loin 
d'être appuyée , même indirectement , par d'autres 
auteurs anciens, est plutôt infirmée, car plusieurs 
d'entre eux rapportent que les rois d'Arménie étaient 
de la race d'Ai'sace. Dans l'antiquité , on savait si bien 
que les Arméniens faisaient partie de la monEu^hie 
arsacide, que très-souvent les historiens anciens les 
appellent Parthes. On ne distingue même pas facile- 
ment , dans leui's récits , ce qu'on doit attribuer à l'un 
plutôt qu'à l'autre de ces deux peuples. Les traditions 
relatives à la communauté d'origine des Parthes et 
des Arméniens se sont perpétuées jusqu'à des époques 
fort rapprochées de nous , puisque , dans sa chronique 
écrite en syriaque, aussi bien que dans celle qui est 
écrite en arabe, le patriarche jacobiteGrégoii'e Abou'l- 
fai'adj donne le nom d'Arméniens aux rois parthes 
qui régnaient en Perse et cjui secouèrent le joug des 
successeurs d'Alexandre, 



PREMIÈRE PARTIE. 61 

Ce qui aura pu porter Strabon à faire descendre 
Tigrane d'Artaxias, qui s'était révolté contre les rois 
séleucides, c'est que le nom de ce dernier prince est 
à peu près pareil à celui d'Ardascliès , que les Armé- 
niens donnent au père de Tigrane , et que les Grecs et 
les Romains ont pu prononcer Artaxias. 

Si l'on rencontre de très-grandes difficultés pour 
fixer la succession des princes de la race arsacide 
en Perse, et pour tracer la série chronologique des 
événements de leur histoire, on en trouve de bien 
plus grandes encore lorsqu'il s'agit de l'histoire des 
Arsacides d'Arménie. Rien de plus dissemblable que 
les récits des historiens arméniens et ceux des histo- 
riens grecs ou latins. Sans quelques noms que l'on 
reconnaît de temps à autre , on aurait peine à croire 
que ces récits s'appliquent aux mêmes princes ; mais , 
quoique les faits rapportés par les auteurs occiden- 
taux soient en très-petit nombre, ces écrivains ayant 
été, pour la plupart, presque contemporains, nous 
croyons que le plus souvent leur témoignage est bien 
préférable à celui des historiens orientaux, au moins 
pour ce qui précède le if siècle de notre ère. 

Le premier roi des Arsacides s'appelait Vagharschag 
ou Valarsace, et il régna vingt-deux ans. C'est le nom 
de ce prince qui, altéré par la suite des temps, fut 
changé , chez les Arméniens , en Vagharsch ; chez les 
Perses, en Balas ou Balasch et Valasch ; chez les Grecs 
et les Romains, en Bologésès, Bolagasès et Vologèse. 



62 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Son fils, Arschag (Arsace), lui succéda, et régna treize 
ans. Il fut remplacé par Ardaschès ou Artaxès , qui en 
régna vingt-cinq. 11 faut donc, comme Michel Tcham- 
tchéan , historien moderne , auteur d'une Histoire 
d'Arménie, fixer l'établissement des Arsacides à l'an 
1/19 ou i5o avant Jésus-Christ. 

Selon les Ai^méniens , le roi qu'ils appellent Arda- 
schès, et qui fut père du célèbre Tigrane , devint 
l'un de plus puissants princes de l'Asie; d'après les 
récits de Moïse de Rhoren , il aurait même porté ses 
armes jusque dans la Grèce. «Ardaschès, dit notre 
« historien ^ régna sur l'Arménie après son père, dans 
u la vingt-quatrième année d'Arschagan, roi de Perse; 
« il était trop ambitieux pour se contenter du second 
«rang, il s'empara de l'empire. Arschagan se soumit à 
«sa volonté et lui céda la suprême puissance. Comme 
« Ardaschès était un homme audacieux et belliqueux , 
« il se fit construire une résidence royale dans la Perse , 
« voulut qu'on y battît monnaie en son nom , et créa 
«roi Arschagan, chez les Perses, sous sa suzeraineté, 
« de même qu'il plaça son fils Tigrane sur le trône 
« d'Arménie. » Ardaschès, dit un peu plus loin le même 
historien^, donna sa fille Ardaschama en mariage à 
Mithridate, commandant militaire del'Ibérie, qui était 
issu de Mithridate, satrape de Darius. Il confia à son 
gendre le gouvernement des montagnes septentrio- 
nales et de la mer de Pont. 

' H,x. — ^ Ibid. 



PREMIÈRE PARTIE. 63 

Si nous consuJtons les historiens grecs, c'est Ti- 
grane, et non Ardaschès, qui usurpa le premier rang 
en Asie, qui prit le titre de roi des rois, et qui, ayant 
soumis le roi des Parthes k sa puissance , fit construire 
un palais dans la Perse, et battre monnaie en son 
nom dans ce royaume. Ces historiens ne parlent pas 
du mariage de Mithridate, roi de Pont, avec une fille 
du roi d'Arménie ; ils disent que Tigrane épousa 
Cléopâtre, qui était fille de Mithridate. Ces divers 
récits paraissent être inconciliables; nous espérons 
cependant venir à bout de les concilier lorsque nous 
aurons achevé de rapporter ce que les Arméniens 
racontent d'Ardaschès. 

Ce prince, après avoir usurpé le premier rang en 
Asie, rassembla, disent-ils, une grande armée, soumit 
l'Asie Mineure tout entière, passa la mer, fit une expé- 
dition dans l'Occident, et périt dans la Grèce , à la suite 
d'une sédition qui s'éleva dans son armée : il fiit assas- 
siné par ses soldats. Ces détails surprennent d'autant 
plus le lecteur, que jamais aucun écrivain grec ou latin 
n'a parlé d'une expédition de ce genre. Il serait fort 
singulier qu'un roi d'Arménie eût conquis toute l'Asie 
Mineure et porté ses armes dans la Grèce sans qu'on 
s'en fijt aperçu; car, quelque rapide que l'on suppose 
son expédition, elle aurait dû faire une trop forte 
sensation pour que les Grecs n'en eussent pas conservé 
le souvenir. On est donc tenté, de prime abord, de 
la regarder comme fabuleuse. Cependant, en exa- 



64 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

minant attentivement la question , autant toutefois 
qu'on le peut faire avec les seuls secours que nous a 
légués l'antiquité, on reconnaîtra qu'il y a quelque 
chose de vrai dans les récits des Arméniens relatifs à 
l'expédition dont il s'agit. Seulement, nous ne devons 
les accepter qu'en les circonscrivant dans de justes 
bornes. Il est certain , par exemple , selon le témoi- 
gnage de Moïse de Khoren^ (|ue, longtemps après 
l'expédition, on montrait encore à Armavir, ancienne 
capitale de l'Arménie; à Ani et à Aschdischad, deux 
villes sacerdotales de ce royaume, des statues de Ju- 
piter, de Diane, de Minerve, d'Apollon, de Vulcain 
et d'Hercule, qu'Ardaschès y avait envoyées comme 
autant de trophées conquis par ses victoires. Celle 
d'Hercule était l'ouvrage des fameux sculpteurs Scyl- 
lis et Dipœne de Crète. On a remarqué avant nous 
que Pline "^ parle des statues des dieux qui avaient été 
sculptées par ces deux artistes; on a remarqué aussi 
que Cédrène^ fait mention d'eux; il est donc difficile 
de se refuser à croire qu'il y avait effectivement en 
Arménie plusieurs statues conquises dans une partie 
quelconque de l'Occident. Nous allons essayer de jeter 
quelque lumière sur les événements auxquels se rat- 
tache ce fait curieux. 

On a vu que , selon les historiens arméniens, Mithri- 

' Hist. armen. II, xi. 
■ Hist. natur. XXXVI, Vi. 
Compend. historié, p. 265, éd. Xylandr. 



PREMIERE PARTIE. 65 

date, roi de Pont, avait épousé une fille d'Ardaschès , 
père de Tigrane , et que , par conséquent , il était 
beau-frère du roi d'Arménie. Piutarque , Appien et 
d'autres écrivains grecs, nous disent, au contraire , que 
Tigrane était gendre de Milhridate. D'après les hislo- 
riens occidentaux , Mithridate , dans la première guerre 
qu'il entreprit contre les Romains et les rois de l'Asie 
Mineure, avait Tigrane pour allié; ce ne fut même 
qu'avec le secours de ce prince qu'il fit la conquête 
de la Cappadoce. Après cet événement, il n'est plus 
question de Tigrane, dans l'histoire de Mithridate, 
qu'environ trente ans plus tard. Pourquoi ce long 
silence ? Mithridate fut plusieurs fois , dans cet espace 
de temps, obligé de solliciter l'assistance des princes ses 
voisins; et cependant on ne le voit point demander des 
secours à Tigrane, qui déjà antérieurement lui avait 
fourni des troupes. Selon Memnon d'Héraclée \ Mi- 
thridate, dans sa première guerre contre les Romains, 
avait pour alliés le roi Tigrane , les Parthes , les Mèdes , 
les princes de i'Ibérie et les princes des Scythes. Une 
telle alliance pouvait être une conséquence naturelle 
de la suprématie do Tigrane sur tous les princes parthes 
qui étaient en état de lui fournir des contingents. Dans 
le cours de cette guerre , plusieurs Arméniens figurent 
parmi les généraux de Mithridate. Cependant, lors- 
qu'en l'an 8 5 avant notre ère , Mithridate , vaincu par 
Sylla, fut contraint de faire la paix avec les Romains. 
' Apud Phot. Biblioth. t. I, p. aoo. 

I. 5 



66 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

on ne le voit pas, nous le répétons, demander des se- 
cours à Tigrane, qui avait commencé la guerre avec 
lui. Il n'est plus question des Arméniens , et le nom de 
Tigrane ne reparaît que longtemps après , quand Mi- 
thridate, de nouveau vaincu parles Romains, se ré- 
fugie en Arménie , chez ce prince , qui lui donne asile , 
mais qui refuse de le voir. Ce refus semblerait indiquer 
qu'il s'était passé dans l'Orient quelque événement qui 
avait rompu l'alliance de Mithridate avec le roi d'Ar- 
ménie. Il paraît que , pom' se décider à protéger le roi 
de Pont contre les Romains , Tigi^ane fut obligé d'ou- 
blier des ressentiments. 

Appien^ nous apprend que Tigrane portait le même 
nom que son père. Nous pensons que ce prince se 
confond avec celui que les Arméniens appellent Arda- 
scbès, nonfi qui signifie grand roi, comme nous l'avons 
dit. Selon toute probabilité, Tigrane avait pris ce nom 
en usurpant le premier rang dans la monarchie parthe , 
après avoir soumis le roi de Perse à sa puissance. Cette 
circonstance am^a fait oublier aux Arméniens le véri- 
table nom de Tigrane, comme cela est arrivé dans 
d'autres occasions. C'est sans doute ce prince qui donna 
sa fdle Ardaschama en mariage à Mithridate. Celui-ci, 
bien loin d'être considéré par les Arméniens comme 
un prince dont la puissance répondît à l'idée que nous 
nous en faisons, n'était qu'un petit souverain subor- 
donné au roi d'Arménie. En effet, quand Mithridate 

' De bell. Mithrid. civ. 



PREMIERE PARTIE. 67 

succéda à son père , il ne possédait que le royaume de 
Pont, qui, resserré entre le Pont-Euxin et la Cappa- 
doce, entre le fleuve Halys et les nombreuses nations 
barbares qui séparaient l'Arménie du territoire de 
Trébizonde, ne devait pas avoir une bien grande im- 
portance. Aussi voyons-nous que lorsque Mithridate, 
au commencement de son règne, voulut attaquer le 
royaume de Cappadoce , il ne se crut pas assez fort 
pour le faire tout seul; il implora l'assistance du roi 
d'Arménie, alors le souverain le plus puissant de l'Asie; 
et, avec son aide, il put conquérir la Cappadoce et la 
plus grande partie de l'Asie Mineure. Quand les Ro- 
mains , alarmés du progrès des armes de Mithridate en 
Orient , se mêlèrent de la querelle des princes qu'il avait 
dépouillés de leurs états, le roi de Pont fut soutenu 
par les forces de Tigrane, des Parthes, des Mèdes et 
de beaucoup d'autres nations. Il chassa les Romains de 
l'Asie ; ses généraux passèrent le Bosphore de Thrace 
et soumirent la plus grande partie de la Grèce. On ne 
peut guère douter que cette expédition ne soit la 
même que celle dont les historiens arméniens font 
honneur à leur roi Ardaschès, père de Tigrane, qui 
y trouva la mort. ((Ardaschès, dit Moïse de Khoren^ 
<( après avoir soumis les pays situés entre les deux 
« mers , couvrit l'Océan d'une grande quantité de vais- 
« seaux, voulant asservir l'Occident tout entier. Comme 
<( il y avait alors de grands troubles à Rome, pei'sonne 
' Ubi supra. 

5. 



68 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

« ne lui résista fortement. Mais je ne saurais dire par 
(( quelle cause ou désordre horrible beaucoup de ses 
«soldats s'entre-tuèrent. Ardaschès, prenant la fuite, 
K périt, à ce que l'on dit, par les mains des siens, 
« après avoir régné vingt-cinq ans. » Que l'on compare 
avec ces renseignements, tout incomplets qu'ils sont, 
ceux qui se trouvent dans Appien , on ne pourra s'em- 
pêcher de convenir qu'il existe entre eux une remar- 
quable coïncidence, si toutefois on e;;tcepte le nom 
que chacun des deux historiens impose aux chefs de la 
guerre. A cette époque, les Romains, tourmentés par 
la guerre civile de Marins et de Sylla, ne pouvaient 
se mêler activement des affaires de l'Orient ; aussi les 
flottes de Mithridate et les armées de ses généraux sou- 
mirent-elles sans résistance toutes les îles de la Grèce 
et la plus grande partie du continent opposé à l'Asie 
occidentale. Comment supposer que Mithridate , qui 
possédait un royaume dont les forces n'étaient pas suf- 
fisantes pour soumettre la Cappadoce, aurait pu faire 
tant de conquêtes avec ses'seules ressources ? Nous ai- 
mons mieux penser qu'il ne les fit que de concert avec 
le roi d'Arménie, qui était alors le maître de tout l'O- 
rient. Ce dernier prince , après avoir soutenu Mithri- 
date dans le commencement de fexpédition , aura péri 
pendant le cours de la guerre, et cette circonstance 
nous donnerait la clef des événements. La mort d'Ar- 
daschès ou Tigraiie aura causé de grands troubles 
dans ses états, et amené d'importants changements en 



PREMIERE PARTIE. 69 

Orient. Le roi des Parthes , chef de la branche aînée 
des Arsacides, qui avait été dépouillé de la suprême 
puissance par le roi d'Arménie , aura certainement pro- 
fité de cette occasion pour reprendre le premier rang 
dans l'Asie. C'est ^ l'aide de ces diverses suppositions 
que nous pouvons comprendre pourquoi Tigranc , 
dans sa jeunesse, fut conduiten otage chez les Parthes, 
et pourquoi il ne rentra dans ses états qu'en cédant au 
roi de Perse la possession de soixante et dix vallées ou' 
cantons. Car, comment expliquerait-on tous ces événe- 
ments, si le roi des Parthes n'avait pas eu à se venger 
de Tigrane et de son père ? Comment imaginer que 
ce roi aurait attaqué un prince, son parent, qui ne se 
serait point aflranchi de sa dépendance, et avec qui 
les liens de famille ne pouvaient encore s'être beau- 
coup relâchés, puisque le royaume arsacide d'Arménie 
ne comptait pas alors plus de cinquante ou soixante 
ans d'existence, et que les rapports de parenté et de 
subordination qui le liaient à la monarchie arsacide 
devaient encore subsister? Une fois privé de l'assistance 
des Arméniens, Mithridate ne put résister seul aux 
Romains, et fut contraint de faire une paix honteuse 
avec Sylla. Tl n'est plus alors question du roi Tigrane, 
qui avait pris part au commencement de la guerre; et 
ce silence n'est pas fort étonnant, puisque, à cette 
époque, comme nous venons de le dire, l'Arménie 
devait être occupée par les Parthes , et que l'héritier 
de la couronne , .«près avoir ete emmené comme 



70 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

otage, ne pouvait rentrer dans son royaume qu'en 
cédant une partie de ses états pour prix de sa liberté. 
Après que Mithridate eut été vaincu par les Ro- 
mains et qu'il eut fait la paix avec eux , il consei'va seu- 
lement les provinces qu'il avait héritées de ses aïeux; 
il resta quelque temps en paix avec ses vainqueurs , 
et il s'occupa, dans cet espace de temps, du soin de 
soumettre à sa puissance les peuples barbares des en- 
virons de Trébizonde , de la Colchide , de l'Ibérie , les 
nations du Caucase et celles des plaines qui s'étendent 
au nord de cette chaîne de montagnes. De plus , il 
devint maître du royaume du Bosphore et des contrées 
environnantes, ce qui justifie le titre de prince des 
montagnes septentrionales et de la race de Perse , que 
lui donnent les Arméniens. Il fit de nombreuses levées 
dans ces nouvelles possessions, prit à sa solde une 
grande quantité de barbares du nord, et se crut assez 
fort pour lutter seul contre les Romains; aussi ne le 
voyons-nous pas aidé par Tigrane lorsqu'il commence 
cette nouvelle guerre. On peut même présumer qu'il 
prit le titre de grand roi , et qu'il se rendit indépendant 
de Tigrane, qui, trop occupé de se venger des injures 
dont s'était rendu coupable à son égard le roi des 
Parthes, ne se montra ni l'flmi, ni l'ennemi de Mithri- 
date. Toutefois, il est certain que, même dans le cours 
de cette guerre , le roi de Perse se vantait encore 
d'avoir pour allié le roi d'Arménie ; car, pendant qu'il 
assiégeait Cyziquo, il voulut faire savoir à la garnison 



PREMIÈRE PARTIE. 71 

qui se défendait avec intrépidité depuis fort long- 
temps, que les troupes de Tigrane venaient d'arriver, 
^u fait, c'est seulement après qu'il a été vaincu par 
Lucullus et dépouillé de la plus grande partie de ses 
possessions , qu'il implore la protection de Tigrane , 
qui, pendant cet espace de temps, ayant rétabli son 
autorité sur les Parthes, les avait forcés à lui restituer 
les provinces qu'il leur avait cédées, et s'était même 
emparé de Ninive et d'une grande partie de l'Assyrie. 
Ce prince était maître aussi de presque toutes les 
provinces de la Syrie qui avaient appartenu aux Sé- 
leucides , et dojit les peuples l'avaient choisi librement 
pour souverain. Lorsque Mithridate se jeta entre les 
bras de Tigrane , ce dernier, tout en lui promettant son 
assistance , ne put s'empêcher de lui manifester un vif 
mécontentement ; il refusa pendant quelque temps de 
le voir, et le laissa dans une province déserte, loin 
de sa capitale. Les anciens historiens ne nous parlent 
pas des sujets de ce mécontentement. Tigrane pou- 
vait-il en avoir d'autres que l'indépendance affectée 
par Mithridate et les conquêtes de ce prince dans 
les régions situées au nord de l'Arménie, régions 
qui étaient considérées comme des dépendances de 
ce royaume , quoiqu'elles fussent gouvernées par des 
princes particuliers ? Il en était sans doute alors comme 
il en a été depuis : tous les princes du Caucase sont 
devenus les vassaux des princes arméniens, chaque 
fois que ceux-ci ont eu quelque puissance. Quand les 



72 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Romains surent que Mithridate s'était réfugié en Ar- 
ménie, ils voulurent se rendre maîti-es de sa personne. 
Lucullus envoie P. Clodius à Tigrane pour demander^ 
l'extradition de ce prince ; le roi d'Arménie rejette avec 
mépris une pareille proposition, refuse de recevoir 
l'ambassadeur romain , et se prépare à combattre Lu- 
cullus ; il est vaincu. Le roi des Parthes , son vassal , pro- 
fite de ce revers de fortime pour s'affranchir de sa dé- 
pendance et faire un traité avec les Romains , sans 
prendre toutefois une pai't active à la guerre. Cepen- 
dant, la défaite de Tigrane n'eut pas d'abord des consé- 
quences aussi fâcheuses pour sa puissance que ses en- 
nemis pouvaient en attendre. Des divisions éclatèrent 
parmi les Romains; Lucullus fut rappelé, et Pompée 
nommé pour le remplacer. Mithridate et Tigrane pro- 
fitèrent de ces divisions. Mithridate se rendit bientôt 
maître d'une partie du Pont, de la Petite- Arménie et 
de la Cappadoce. Ce fut à cette époque qu'il écrivit au 
roi des Parthes une lettre qui fit beaucoup de bruit 
dans l'Orient ; il engageait ce prince à se joindre à lui 
et à Tigrane contre les Romains. Salluste^ nous a con- 
servé une traduction latine de cette lettre. L'opinion 
qu'y exprime le roi de Pont s'accorde parfaitement avec 
tout ce que nous venons de dire. Après avoir indiqué au 
roi des Parthes les raisons qu'il peut avoir de redouter 
la puissance des Romains et de faire cause commune 
avec lui et avec Tigrane, quoique tous deux ils aient 

Opp. [Frugm.), p. /4o5-/iJ f) ; erl. Burnoui. 



PREMIERE PARTIE. 73 

été vaincus, Mithridate lui dit : » Quant aux motifs qui 
(' pourraient vous éloigner de mon alliance, le ressenti- 
(( ment que vous ont inspiré contre Tigrane une guerre 
«I récente et les revers que j'ai éprouvés, ces motifs 
«(mêmes, si vous voulez bien les examiner, doivent 
(1 vous porter à accueillir ma proposition. Tigrane, ayant 
« des torts à réparer, vous laissera le maître des condi- 
« tions du traité. » On voit d'abord , par cette lettre , que 
les revers de Tigrane avaient décidé le roi des Parthes 
à s'alTrancbir de sa dépendance, et qu'il y avait peu de 
temps que le roi d'Arménie, au mépris d'un droit 
reconnu , avait usurpé rau;torité suprême. Mithridate 
parle ensuite de l'insatiable avidité des Romains, et du 
peu de confiance qu'on doit avoir dans les ti'aités que 
l'on fait avec eux; il continue en disant : «Je voyais 
(bien que ce n'était point une paix véritable, mais 
(. une simple trêve, dont j'étais redevable aux divisions 
<i intestines des Romains-, aussi, quoique Tigrane, qui 
«aujourd'hui, mais trop lard, approuve mes projets, 
<( refusât alors de -les seconder; bien que vous fussiez 
«Join de moi , et que toïis les autres peuples fussent es- 
(( elaves des Romains, je repris rependant les armes, > 
Tigrane ne put certainement être détourné du dessein 
de faire la guerre aux Romains, que par ses démêlés 
avec les Parthes ,- par l'occupation de la Syrie, et parle 
refus qu'avait fait Mithridate de lui prêter son con- 
cours. Lorsque le roi de Pont écrivit la lettre dont 
nous vonons de rapporter quelques passages, les élats 



74 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

de Tigrane n'étaient point encore entamés, quoiqu'il 
eût éprouvé un échec; il parait que Lucuilus était 
entré dans la Mésopotamie, mais qu'il n'avait point 
franchi les montagnes qui séparent ce pays de l'Armé- 
nie; aussi Mithridate dit-il au roi des Parthes, que, 
tandis que les possessions de Tigrane ne sont pas en- 
core envahies et qu'il va tenter, avec ce prince, le 
sort des combats, il serait à désirer que les troupes 
parthes pussent attaquer les Romains du côté de la 
Mésopotamie, pour les chasser de l'Asie occidentale. 
Tigrane , de son côté , envoya aussi une ambassade 
au roi des Parthes pour lui proposer un traité d'al- 
liance : il offrait de céder à ce prince la Mésopotamie , 
fAdiabène et un certain nombre de grandes vallées. 
Lucuilus, informé de ces négociations, voulut empê- 
cher une coalition si redoutable : par son ordre, Luci- 
lius, un de ses lieutenants , se rendit auprès du roi des 
Parthes, pour l'engager à rester neutre, ou même à 
se joindre aux Romains. Phraate ne pouvait oublier 
l'outrage que lui avait fait Tigrane en usurpant le titre 
de roi des rois; et, tandis qu'il n'avait rien à appré- 
hender de la part des Romains, il devait redouter en- 
core l'ambition du roi d'Arménie, si ce prince parve- 
nait à se débarrasser de ses ennemis. Dans cette situa 
tion, il prit le parti de sacrifier les intérêts de ses 
parents à son ressentiment; il fit la paix et un traité 
d'alliance avec Lucuilus, et il renouvela m traité avec 
Pompée. 



PREMIÈRE PARTIE. 75 

Livrés à leurs seules forces, par la jalousie et le 
ressentiment du roi des Parthes, Tigrane et iMithridate 
ne purent plus résister aux Romains. Mithridate cher- 
cha un asile au delà du Caucase et du Pont-Euxin; 
Tigrane fut obligé de se soumettre à Pompée , qui , ne 
voulant pas détruire entièrement sa puissance , se con- 
tenta d'exiger de lui l'abandon du royaume de Syrie 
et des provinces situées à l'occident de l'Euphrate; il 
lui laissa la possession de l'Arménie et de la Mésopo- 
tamie, avec le titre d'ami et d'allié des Romains, en 
donnant toutefois la souveraineté de la Sophène à Ti- 
grane, fds du roi. Ce jeune prince s'était révolté contre 
son père , et , soutenu par les Parthes , avait causé des 
troubles dans l'état; il s'était ensuite réfugié dans le 
camp de Pompée. Quoique le général romain eût fait 
une sorte d'alliance avec les Parthes, qui, en restant 
neutres, l'avaient aidé dans sa guerre contre Tigi'ane, 
il connaissait, sans doute , trop bien le caractère in- 
constant de cette nation , pour croire qu'une telle al- 
liance serait de longue durée. S'il avait réduit Tigrane 
à la dernière extrémité , celui-ci se serait probablement 
jeté dans les bras de son parent, et l'aurait engagé à 
défendre un pays qui, im jour, pouvait lui appartenir. 
Pompée avait le plus grand intérêt à empêcher ces 
deux princes de se coaliser. Mais, s'il y parvint, on 
traitant avec le roi des Parthes, il ne dut pas compter 
beaucoup sur une alliance qu'il devait plutôt au res 
sentiment du roi envers Tigrane, qu'à de vraies con- 



76 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

sidérations politiques; aussi tint-ii avec le roi d'Ar- 
ménie une conduite opposée à celle que tenaient 
ordinairement les Romains : il ne se mêla, en aucune 
manière , des différends qui existaient entre le roi des 
Parthes et Tigrane; il rendit à ce dernier son royaume, 
et n'appuya point les projets de ses fds, qui, révol- 
tés contre leur père, avaient recherché l'alliance des 
Parthes et même épousé deux filles du roi Phraate. 
Sachant bien que tôt ou tard ils auraient à combattre 
les Parthes, les Romains, dans cette circonstance, pa- 
rurent plus généreux qu'ils ne l'étaient ordinairement 
envers les rois vaincus; ils ne dépouillèrent point 
Tigrane d'un royaume que les Parthes auraient pu re- 
vendiquer comme un fief dépendant originairement 1 
de leur empire ; ils aimèrent mieux accorder le titre 
d'ami et d'allié, et rendre son trône à un prince qui 
avait beaucoup offensé les Parthes, et que ceux-ci 
n'avaient point voidu soutenir quand il avait imploré 
leur appui. Ce prince, par conséquent, devait être l'en 
nemi des Parthes, et soutenir les Romains dans les 
guerres qu'ils pouvaient avoir contre eux. 

En s alliant avec les Romains , le roi des Pai'thes 
n'avait, sans doute, pas eu d'autre projet qiuî celui 
de vengei' les outrages qu'il avait éprouvés de la part 
de Tigrane, et de recouvrer les provinces qu'il avait 
perdues. Les Romains , qui connaissaient les vrais mo- 
tifs de sa conduite , ne lui surent pas beaucoup de 
gré de son alliance, et ne songèrent nullement à lui 



PREMIERE PARTIE. 77 

lorsqu'ils traitèrent avec Tigrane; il est probable même 
que, par politique, ils laissèrent subsister tous les su- 
jets de division qui existaient entre lui et le roi d'Ar- 
ménie. Les fils de Tigrane, qui s'étaient mis en révolte 
contre leur père, et qui avaient recouru à la protection 
des Parthes . ne furent point soutenus par les Romains. 
Enfin , après avoir traité avec ses vainqueurs , Tigrane 
resta maîtie des provinces qu'il avait enlevées au 
roi des Parthes, et continua, sans doute, de prendre 
le titre de roi des rois , qui appartenait à la branche 
aînée des Arsacides. Mécontent des Romains, Phraate 
fit plusieurs fois la guerre à Tigrane, mais sans pouvoir 
lui reprendre les territoires dont celui-ci s'était emparé. 
Le fils de Tigrane , devenu gendre du roi des Parthes, 
l'excitait à combattre les Romains ; aussi Phraate en- 
voya-t-il une ambassade à Pompée pour réclamer ce 
jeune prince, qui était captif, et pour demander que 
i'Euphrate formât la limite des deux empires. Pompée 
répondit à Phraate que, s'il devait remettre le jeune 
Tigrane à quelqu'un, c'était plutôt à son père qu'à 
son beau-père; et il ne statua rien sur la question des 
frontières. Lorsqu'il revint de son expédition dans le 
Caucase , il reçut les ambassadeurs des rois de la Médie 
et de l'Elymaide , qui venaient lui demander de les af- 
ranchir du joug des Parthes, et il les traita avec beau- 
coup de bienveillance. Phraate , irrité de ces procédés , 
dévasta la Gordyène, qui lui avait été enlevée auti'e- 
fois par le roi d'Arménie, et ravagea les possessions 



78 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

de ce prince , malgré la présence des ai*mées romaines , 
qui étaient sur ie% bords du Tigre et de l'Euphrate. 
Aussitôt Afranius, lieutenant de Pompée, marcha 
contre le roi des Parthes ; il le vainquit sur le territoii*e 
d'Arbèle , le contraignit de demander la paix , et re- 
mit entre les mains de Tigrane la Gordyène , que ce- 
lui-ci réclamait. Quoique Phraate prît alors le titre de 
roi des rois , les Romains , dans leurs relations di- 
plomatiques , ne lui accordaient jamais que celui 
de roi ; il en était d'autant plus irrité contre eux et 
contre Tigrane. Toutefois , pendant que Pompée était 
occupé en Syrie , Phraate chercha à se rapprocher 
de Tigrane et à lui inspirer de la défiance à l'égard 
des Romains, en lui rappelant que ceux-ci n'avaient 
pas servi d'une manière bien efficace les intérêts du 
roi d'Arménie lorsque les Parthes avaient porté la 
guerre dans ses états. Ces deux princes réfèrent par 
ia suite leurs différends , et il paraît que ce fut à l'avan- 
tage de Tigrane , car il garda les provinces dont il 
s'était emparé. Il paraît aussi que cette alliance se fil 
au préjudice des Romains, qui alors, fort occupés des 
guerres civiles de la république , durent nécessairement 
négliger un peu les afi'aires de l'Orient. Phraate, bientôt 
après, fut tué par ses fils, Mithridate et Orode. 

Mithridate monta sur le trône , vers la même 
époque: le fils de Tigrane, qui était captif à Rome, 
parvint à s'échapper par la protection de P. Clodius 
Pulcher , et se réfugia auprès du nouveau roi des 



PREMIERE PARTIE. 79 

Parthes, qu'il engagea à porter la guerre en Arménie, 
pour l'aider à remonter sur le trône. Plularque^ et 
Dion Cassius ^ nous attestent que , vers ce temps , Ar- 
tavasde régnait en Arménie ; il y a même lieu de croire 
que c'était l'avènement de ce prince qui avait décidé 
Tigrane le Jeune à renouveler ses tentatives pour s'em- 
parer de la couronne, parce qu'il était indigné que 
son père lui eût préféré pour successeur Artavasde, 
le plus jeune de ses fils. Vaillant^ et plusieurs autres 
savants ont, en conséquence, pensé que Tigrane mou- 
rut peu de temps avant cette époque, c'est-à-dire, 
l'an 3 9 avant notre ère. Effectivement, ce prince, si 
nous nous en rapportons au témoignage de Moïse de 
Khoren *, prolongea son existence plusieurs années 
après que les Parthes eurent défait Crassus. D'autre 
part, nous savons que l'on vint apporter la nouvelle 
de sa mort à Antoine pendant que ce dernier faisait le 
siège de Samosate, en l'an 3 9. Mais Lucien^ affirme 
que Tigrane mourut dans un âge fort avancé , à 85 ans. 
Or nous avons dit qu'il avait commencé de régner 
environ vers fan 90 avant J. C. et qu'il était encore 
jeune lorsqu'il succéda à son père; il est donc évident 
que Tigrane, mort vers l'an 39, n'avait pas pu atteindre 

' In Vit. M. Anton. S Sg-, éd. Reiske. 

^ Hist. roman. XLIX , xxv; ecl. Sturz. 

^ Arsacid. imper, l. I , p. 99. 

* Hist. armen. 11, xvi-xviu. 

* In Macrobiis, S i5; éd. Lehmann. 



80 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

l'âge avancé que lui donne Lucien, Quoi qu'il en soil, 
nous pouvons supposer, avec assez de vraisemblance , 
que ce prince, pendant les dernières années de sa vie, 
associa Artavasde à la royauté , et qu'en agissant ainsi , 
il alluma l'ambition et la jalousie de Tigrane , son autre 
fds. Moïse de Khoren nous atteste que de pareilles 
associations avaient déjà eu lieu en Arménie. Leur 
but était , sans doute , de prévenir les sanglantes di- 
visions que les changements de règne amenaient pres- 
que toujours; l'histoire de la monarchie parthe nous 
montre , en effet, que la succession au trône n'était pas 
fixée par des usages constants , et qu'après la mort du 
prince régnant, ses fds se faisaient la guerre, pour 
décider à qui serait l'empire. Nous avons déjà vu que 
le roi Ardaschès avait, de son vivant, donné à son fds 
Tigrane le titre de roi; Valarsace, premier roi arsacide 
d'Arménie , avait fait la même chose pour son fds Ar- 
sace; Phraate II, selon l'opinion de M. Visconti \ fut 
associé à la royauté par son père, Mithridate l": ainsi 
l'association d'Ai^tavasde au trône de son père n'aurait 
rien de bien étonnant. 

Pendant que Mithridate était occupé à faire la 
guerre en Arménie , pour mettre sur le trône le jeune 
Tigrane, Orode, frère du premier de ces deux princes, 
se révolta contre lui, et voulut s'emparer du pouvoir 
royal , mécontent qu'il était de n'avoir reçu en partage 
aucune portion du royaume , après avoir coopéré au 

' Ivonocjr. grecq. t. III , p. 60 et 6 1 . 



PREMIERE PARTIE. 81 

meurtre de son père. Mithridate , contraint d'abord 
d'abandonner Tigrane , qui fut vaincu par Artavasde , 
renti'a ensuite dans l'Arménie , obligea Orode à prendre 
la fuite , et fit massacrer tous ceux qui avaient approuvé 
les projets de ce prince. Cette cruauté irrita tellement 
contre lui les grands de l'état, qu'ils se soulevèrent 
de nouveau et proclamèrent roi Orode, qui détrôna 
Mithridate. Celui-ci fut réduit à se contenter de la 
possession du royaume de Médie. Mais, peu satisfait de 
la conduite de son frère , il repiit les armes contre lui : 
Orode le vainquit , et le força de chercher un asile auprès 
de Gabinius , gouverneur de la Syrie pour les Romains. 
L'agression de Mithridate contre l'Arménie avait dû 
porter Tigrane et son fils Artavasde à se rapprocher 
d'Orode, et à oublier tous les anciens sujets de que- 
relles qui avaient divisé les princes arsacides, en même 
temps qu'elle ne pouvait manquer de mécontenter les 
Arméniens contre Gabinius , auprès de qui Mithridate, 
protecteur du jeune Tigrane, avait trouvé asile. Nous 
apprenons de Moïse de Khoren ^ que ce gouverneur 
romain avait voulu enti'eprendre une expédition contre 
Tigrane , mais que , sous le prétexte de marcher contre 
l'Egypte, d'où Ptolémée avait été chassé par ses sujets, 
il repassa l'Euphrate. L'historien arménien ajoute que, 
par un traité secret avec Tigrane , Gabinius lui rendit 
le jeune Mithridate, fils de sa sœur, et répandit le 
bruit que le prisonnier s'était échappé. Josèphe^ et Dion 
' Hist. armen. Il, xv. — ' De bell. jud. I, viii, y. 
1. 6 



82 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Cassius' disent seulement que Gabinius , pour soutenir 
Mithridate, se proposait de faire une expédition contre 
les Parthes -, ils ne parlent pas des Ai'méniens , comme 
alliés d'Orode , mais ils pouvaient fort bien les com- 
prendre sous la dénomination collective de Parthes. 
Dans les anciens, on trouve souvent des exemples 
analogues d'une pareille extension de nom. C'est ainsi 
que , selon Moïse de Khoren ^, l'expédition de Crassus 
fut dirigée par les Romains contre les Ai^méniens , 
tandis que nous savons fort bien qu'elle fut faite 
contre les Parthes. L'opinion, en apparence erronée, 
de l'historien arménien s'explique sans peine par l'al- 
liance qui naturellement devait exister entre les rois 
d'Arménie et Orode ; car , dans cette guerre , les Ro- 
mains soutenaient les droits de Mithridate , que les 
Arméniens devaient regarder comme leur ennemi, 
puisqu'il avait appuyé les prétentions du jeune Tigrane 
au trône d'Arménie. 

Lorsque Crassus passa l'Euphrate pour faii'e la 
guerre aux Parthes , il entra dans la Mésopotamie , 
qui devait alors appartenir aux Arméniens , et qui 
leur appai^tint encore longtemps après , comme nous 
le verrons bientôt. Les rois d'Arménie n'avaient pas, 
à cette époque , rompu avec les Romains , qui , au 
reste, nci parlent que d'Arlavasde et ne l'avaient point 
précisément ollénsé. Gabinius et Crassus s'étaient , en 

Hist. roman. XXXIX , i.vi. 
Ilist. armen. II, xvi. 



i 



PREMIÈRE PARTIE. 83 

effet, mêlés des affaires des Parthes, sans y avoir été 
autorisés par le sénat ni par le peuple ; leur ambition 
ou leur cupidité les avait seule décidés à faire la guerre 
au delà de i'Euphrate. Artavasde n'était pas intimement 
lié avec le roi des Parthes ; ces deux princes n'étaient 
unis entre eux que parce qu'ils avaient un commun 
ennemi à combattre dans la personne de Mithridate. 
Il ne fallait rien moins qu'un tel motif pour faire ou- 
blier à Orode les torts que la famille de Tigrane avait 
envers la monarchie parthe. Nous voyons aussi que , 
lorsque Crassus arriva dans la Mésopotamie, Artavasde 
vint le trouver avec six mille cavaliers , et eut l'aii' de 
renouveler les anciens traités que ses prédécesseurs 
avaient faits avec les Romains : il promit à Crassus 
de le seconder avec toutes ses forces, et d'attaquer les 
Parthes du côté de la Médie. Mais , après avoir pris 
congé du général romain , il ne se mit pas beaucoup 
en peine de tenir ses promesses; il le trompa même 
souvent en lui envoyant de fausses nouvelles. Enfin, 
vers l'époque où l'armée de Crassus fut anéantie , près 
de Carrhes dans la Mésopotamie , par Souréna , général 
des troupes d'Orode , Artavasde abandonna ouverte- 
ment l'alliance des Romains , se réunit à Orode , donna 
sa fille en mariage à Pacorus, fils du roi, et joignit 
ses forces aux siennes pour combattre les Romains. 
C'est très- probablement à cette époque que les rois 
d'Arménie cessèrent de prendre le titre de roi de:^ 
rois. Ce titre se lit encore sur les médailles d'Artavasde 

6. 



84 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

que l'on possède ; mais il faut , ce nous semble , les pla- 
cer aux années qui précédèrent la date de l'alliance 
d'Artavasde avec le roi des Parthes. L'ordre ancienne- 
ment établi dans la monarchie arsacide fut sans doute 
rétabli alors, et l'Arménie redescendit au second rang. 
Il paraît cependant que les provinces usurpées par 
Tigrane restèrent au pouvoir des Arméniens; car, 
longtemps après , nous voyons l'Adiabène et plusieurs 
contrées sur les bords du Tigre possédées encore par 
eux. Le roi des Parthes se contenta vraisemblablement 
d'avoir sur ces provinces la suprématie qu'exerçaient 
jadis ses aïeux. Moïse de Khoren, qui attribue à Ti- 
grane la défaite de Crassus, dit aussi ^ qu'après cet événe- 
ment le roi retourna en Arménie , emportant le trésor 
du général romain. Il ajoute que les Romains envoyè- 
rent, sous le commandement de Cassius, une armée 
innombrable pour empêcher les troupes arméniennes 
de passer l'Euphrate et de faire des incursions en 
Syrie. Le même historien ^ rapporte enfin que , vers 
ce temps, Tigrane conclut un traité de paix avec le 
roi de Perse Ai'daschès , renonça au titre de roi des 
rois, et se contenta du second rang. Si l'on retranche 
du récit de Moïse de Khoren tout ce qui tient à 
un sentiment trop exalté d'orgueil national, il reste 
un certain nombre de faits qui ne sont pas manifes- 
tement en opposition avec ce que nous venons de 

' Hist. ariiien. II, xvi, xvii. 
' Jbul. Il, xvm. 



PREMIÈRK PARTIE. 85 

rapporter. Nous avons vu, en ellet, que, selon toute 
probabilité, Tigrane vivait encore à l'époque dont il 
s'agit, quoique Artavasde, par son association à la cou- 
ronne , eût l'administration principale des affaires. 
Moïse de Khoren ' observe , de plus , que, à celte même 
époque, Tigrane était malade; peut-être était-il attaqué 
d'une maladie qui, par sa nature, l'obligeait à rester 
dans l'inaction. Quoi qu'il en soit, on peut tenir, au 
moins , pour certain , qu'après la mort de Crassus les 
Arméniens prirent une part très-active aux guerres des 
Romains contre les Parthes , et que la communauté 
d'origine des princes qui régnaient sur les Parthes et 
sur les Arméniens, et les ressemblances de mœurs et 
de langage qu'offraient entre eux ces deux peuples, 
ont pu leur faire donner le même nom. 

Après la défaite de Crassus, les armées parthes, 
commandées par un fds du roi, nommé Pacorus, pas- 
sèrent l'Euphrate , en même temps que les Arméniens 
entrèrent dans la Cappadoce. Cassius et Cicéron les re- 
poussèrent plusieurs fois, mais ils ne purent jamais 
obtenir des succès décisifs; les Parthes furent toujours 
. les maîti'es de la plus grande partie de l'Asie occiden- 
tale. Les guerres civiles qui suivirent la mort de Jules 
César, les favorisèrent considérablement; ils prirent 
une part très-active aux démêlés des Romains , em- 
brassèrent le parti de Brutus et de Cassius, et suivii'enl 
dans fAsie Mineure T. Labiénus, que Brutus avait 
' Hist. anncn. II, xvui. 



86 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

envoyé chez eux , pour leur demander du secours. Pen- 
dant plus de quinze ans, sous les ordres de Pacorus, 
fils du roi, et de plusieurs autres généraux, ils occu- 
pèrent militairement toute la Syrie, à l'exception de 
la ville de Tyr, dont ils ne purent s'emparer. Durant 
tout cet espace de temps , les Grecs et les Romains ne 
font aucune mention des Arméniens; mais il est extrê- 
mement probable qu'après l'alliance dont nous avons 
parlé, ceux-ci furent constamment les auxiliaires des 
Parthes , avec lesquels ils auront été confondus par les 
Romains. Moïse de Khoren parle de plusieurs Armé- 
niens qui servirent dans ces diverses expéditions ; le 
plus célèbre d'entre eux est Parzap'hran ou Pazapbran ^ 
prince des Rheschdouniens , peuple qui habitait les 
bords méridionaux du lac de Van. Ce vaillant guer- 
rier se signala par plusieurs grandes actions dans la 
Judée, prit Jérusalem, fit prisonnier le grand prêtre 
Hyrcan, et envoya en Arménie un nombre considé- 
rable de captifs juifs , qui reçurent des établissements 
dans les villes de Van et d'Artaxate. Josèphe, dans ses 
Antiquités judaïques ^ et dans son livre de la guerre 
des juifs ^, appelle ce personnage Barzapharne, et en 
fait un satrape parthe , qui accompagne Pacorus dans 
son expédition de Syrie; il lui attribue à peu près les 
mêmes actions que lui prête Moïse de Khoren. On 

' Mos. Choren. Hist. armen. Il, xviii ; III, xxxv. 
' XIV, XI II. 

I, XIII. 



PREMIÈRE PARTIE. 87 

voit évidemment que, à quelques circonstances près, 
ce dernier écrivain a puisé son récit dans l'historien 
juif. Il fait aussi mention^ d'un autre Pacorus, qu'il 
confond avec le fjls du roi des Parthes, qui avait le 
suprême commandement des armées placées sur la 
rive droite de l'Euphrate. L'historien arménien dit, de 
plus, que le père de ce Pacorus avait autrefois gou- 
verné la Syrie. Le nom de Syrie, chez les Arméniens, 
s'étend aux conti'ées situées sur les deux rives de l'Eu- 
phrate, et il ne serait pas impossible que le personnage 
dont parle Moïse de Khoren fût le fds d'un des rois 
d'Edesse : plusieurs de ces princes portèrent même 
le nom de Pacorus. Si nous nous en rapportons au 
témoignage de la chronique syriaque du patriarche 
Denys de Tel-mahar^, lorsque Pacorus, fds du roi des 
Parthes , entreprit son expédition en Syrie , un prince 
de son nom gouvernait la ville d'Edesse, et l'on peut 
croire que c'est le même dont il est question dans 
Moïse de Khoren. On voit, par le récit de cet historien, 
qu'il était sous les ordres de Parzap'hran . Josèphe ^ parle 
aussi d'un Pacorus qui fut employé par ce général 
dans plusieurs occasions; mais il lui donne le titre 
d'échanson du roi des Parthes , ce qui ne s'accorderait 
pas tout à fait avec la suite du récit de Moïse de Kho- 
ren, où nous lisons qu'un échanson du l'oi d'Arménie, 

' Hisi. armen. II, xvin. 
'' Apud Bayer. Hisl. osrhoen. I. Il, p. 87. 
Antiq. jiirhiir. M\ , mii,.-> — De bcll. judaic. I, xm, 1. 



88 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

nommé Gnel ou Kénel, de la race des Gnounis, 
remplissait cette charge dans la régence, par droit de 
succession ; le rôle que lui attribue l'historien armé- 
nien est, au reste, le même que joue lechanson Pa- 
'corus dans la narration de Josèphe. 

Les guerres civiles empêchèrent longtemps les Ro- 
mains de songer à chasser les Parthes de l'Orient. Après 
la mort de Brutus et de Cassius, Antoine envoya en 
Asie son lieutenant Ventidius. Celui-ci vainquit le Ro- 
main Labiénus, qui s'était joint aux Parthes; il reprit 
la Syrie , et, après avoir battu Pacorus , fds du roi , qui 
périt dans cette bataille, il chassa au delà de l'Eu- 
phrate tous les ennemis des Romains. Antoine , jaloux 
des succès de son lieutenant, vint alors se mettre à la 
tête des armées romaines , et fit partir Ventidius pour 
Rome, sous le prétexte qu'il était appelé à y jouir des 
honneurs du triomphe. Dans le même temps, le roi 
des Parthes Orode périt victime de la cruauté de 
son fils Phraate, qu'il avait désigné pour son succes- 
seur. Antoine voulut profiter de cette occasion pour 
porter ses armes au delà de l'Euphrate -, il appela au- 
près de lui Artavasde , roi d'Arménie. Celui-ci n'était 
pas alors, à ce qu'il paraît, dans des rapports d'amitié 
avec le roi des Parthes , peut-être à cause de la haine 
particulière qu'il avait contre le roi des Mèdes, nommé 
aussi Artavasde , qui était l'allié de Phraate , ou peut- 
être même à cause du meurtre d'Orode. Quoi qu'il en 
soit, les motifs de l'inimitié qui existait entre lui et 



PREMIÈRE PARTIE. 89 

Phraate ne furent pas suffisants pour le décider à se 
iier franchement avec les Romains. Séduit par ses 
fausses promesses, Antoine voulut ti-averser l'Armé- 
nie, pour entrer par la Médie dans les états du roi des 
Parthes. Pendant la route longue et pénible qu'il fit, 
avec ses troupes , sur le territoii'e arménien , Arta- 
vasde , roi d'Arménie, ne lui donna aucun secours, 
et servit bien plutôt les Parthes que les Romains. 
Antoine, après avoir perdu la plus grande partie de 
son armée, fut obligé de faire retraite à travers les 
états de son perfide allié; il ne ramena qu'un très- 
petit nombre de troupes en Syrie , et garda un profond 
ressentiment de la conduite qu'Artavasde avait tenue 
à son égard. Il tâcha, sans montrer de mécontente- 
ment à ce prince, de l'attirer auprès de lui sous divers 
prétextes, pour s'emparer de sa personne. Le roi d'Ar- 
ménie, qui se défiait d'Antoine, résista longtemps h 
ses instances; mais enfin ce dernier l'ayant mandé sous 
le prétexte de conclure un mariage entre Alexandre, 
fds qu'il avait eu de Cléopâtre , et une fille du roi , 
Artavasde se décida, non sans peine, à venir trouver 
Antoine à Nicopoiis, dans la petite Arménie. Celui-ci 
ne le vit pas plus tôt auprès de lui, qu'il le fit charger 
de fers, et conduire, avec la plus grande partie de 
sa famille, à Alexandrie, où, par son ordre, on lui 
trancha la tête. 

Aussitôt après qu'Antoine se fut rendu maître de 
la personne du roi Artavasde, il passa l'Euplirate pour 



90 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

faire la conquête de rArménie. Les princes du pays 
mirent à leur tête le fils aîné du roi captif, Artaxès , 
qui , trop faible pour tenir tête aux Romains , fut 
vaincu , et se réfugia chez les Parthes. Antoine alors 
créa roi d'Arménie son fils Alexandre , et lui fit épou- 
ser lotape , fille d'Artavasde , roi des Mèdes , qui , 
s étant brouillé avec les Parthes , avait recherché l'al- 
liance des Romains et obtenu d'Antoine une partie de 
l'Arménie. Quand ce dernier eut été vaincu à Actium, 
Artavasde chercha à se maintenir en possession de l'Ar- 
ménie ; mais il fut chassé de ce pays , ainsi que de son 
royaume de Médie , par les Parthes et par le prince 
Artaxès, qui remonta sur le trône de son père. Ar- 
tavasde se réfugia dans l'empire romain , où , par la 
suite , il obtint d'Auguste le royaume de la Petite Ar- 
ménie. 

Nous ne sommes entré dans ces détails , sur lesquels 
nous reviendrons dans nos recherches chronologiques 
sur l'histoire des Arsacides, que pour jeter quelque 
jour sur les discordances qui se font remarquer entre 
les récits de Moïse de Khoren et ceux des écrivains 
grecs ou latins. 

Artaxès, fils d'Artavasde, occupa fort peu de temps 
le trône d'Arménie; Auguste le remplaça bientôt pai' 
son frère, qui, à son tour, fut détrôné peu (Je temps 
après. Tous les princes, leurs successeurs, jouets do 
la politique romaine et de cclUî des Arsacides de 
Perse, ne pouvaient qu'avec grande peine se mainte 



PREMIÈRE PARTIE. 91 

iiir en possession de la couronne : placés sur le trône 
par des armées romaines ou partlies, ils ne restaient 
maîtres du pouvoir royal qu'aussi longtemps que les 
armées étrangères qui les avaient amenés en Armé- 
nie , occupaient le pays. Le règne des Arsacides fut 
interrompu-, plusieurs étrangers, d'origine ibérienne, 
parvinrent à s'emparer du trône et à s'y maintenir 
quelque temps ; le royaume d'Arménie , pendant cette 
période , se vit dépouillé du rang qu'il tenait anté- 
rieurement dans la monarchie arsacide. Vologèse I", 
vers l'an 5o ou 5 1 de l'ère chrétienne , donna la Médie 
en apanage à son frère, avec-le second rang dans l'em- 
pire ; Tiridate , qui eut l'Arménie , fut obligé de se con- 
tenter du troisième. ïl paraît cependant que , dans la 
suite des temps, l'ancien ordre se rétablit; car nous 
voyons dans les historiens romains , que , lorsque la 
dynastie des Arsacides fut dépouillée de la couroime 
de Perse , l'Arménie tenait de nouveau le second rang. 
Tous les rois d'Arménie , mentionnés par les auteurs 
grecs ou latins, depuis la captivité d'Artavasde jusqu'au 
milieu du ii^ siècle de notre ère , sont restés inconnus 
aux Arméniens. Ce peuple, comme les anciens écri- 
vains orientaux l'ont fort bien remarqué, avait beau- 
coup moins d eloignement pour les Parthes que pour 
les Romains; et il est fort probable que la plupart 
des princes qui durent la couronne d'Arménie à la 
politique des Romtiins, ne furent jamais recom:ius par 
les indigènes. Ceux-ci ne regardèrent comme leurs 



92 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

souverains légitimes que les princes établis par les 
Parthes , parents et alliés des Arsacides d'Arménie. 

Les Arméniens , placés entre deux grands empires 
qu'ils craignaient et qu'ils haïssaient, ne purent, pen- 
dant longtemps, recouvrer aucune puissance. La 
constitution physique du pays et son organisation po- 
litique ne devaient pas peu contribuer à les retenir 
dans cet état de faiblesse : ce royaume était coupé dans 
tous les sens par de hautes montagnes, qui le ren- 
daient d'un accès extrêmement difficile; entre ces 
diverses montagnes se trouvait une très-grande quan- 
tité de petites vallées ou cantons, possédés par des 
princes particuliers qui, au milieu des troubles qui 
déchii'aient leur patrie , devaient être à peu près in- 
dépendants. C'est là ce qui explique pourquoi, siu" 
les médailles de quelques-uns de ces petits souverains , 
nous voyons leur effigie accompagnée du titre de roi. 
Ils étaient en fort grand nombre. Mesrob, historien 
arménien , qui vivait au milieu du xSiècle, nous a con- 
servé les noms de plus de soixante et dix familles prin- 
cières qui existaient au temps du patriarche Nersès I", 
c'est-à-dire vers l'an 35o de J. C. Il paraît qu'en outre 
on comptait simultanément plusieurs rois en Armé- 
nie ; la politique des empereurs devait naturellement 
les porter à maintenir un tel état de choses dans un 
royaume fort étendu, qui autrefois tenait le premier 
rang dans l'Orient, et qui, même après sa déca 
dence, avait fait beaucoup de mal aux Romains pai 



PREMIERE PARTIE. 93 

suite de son alliance avec les Parthes. Si les diverses 
parties dont se composait ce royaume eussent été réu- 
nies sous un seul sceptre, les rois d'Arménie auraient 
pu être encore de dangereux ennemis pour les Ro- 
mains, tant par les immenses ressources qui se trou 
vaient dispersées entre les mains de plusieurs petits 
souverains du pays, que par le courage et le nombre de 
leurs propres sujets, et par la quantité de troupes qu'ils 
pouvaient tirer des tribus belliqueuses des Curdes, des 
Cadusiens, des Ibériens, des Albaniens, des peuples 
du Caucase, et des nombreuses nations scythiques 
qui habitaient dans le .voisinage de cette montagne et 
de la mer Caspienne. 

Selon les historiens arméniens^, après qu'Arta- 
vasde eut été emmené captif par Antoine , les troupes 
du pays se rassemblèrent, par l'ordre du roi des Par- 
thes , et choisii'ent pour roi Ardcham ou Arscham , 
fils d'Ardaschès et frère du célèbre Tigrane, qui est. 
nommé, par quelques Syriens, Manovaz, et qui fut le 
père d'Abgare. Nous voyons qu'il n'est pas question 
ici des princes qui occupèrent le trône de la grande 
Arménie, mais de ceux qui régnèrent à P^desse et à 
Nisibe. Ces derniers restèrent maîtres de la Mésopo- 
tamie , qui avait fait partie du royaume de Tigrane , 
ainsi que nous l'avons déjà dit-, ils pouvaient bien être 
de la race arsacide , quoique nous ne les ayons pas 
regardés jusqu'à présent comme des rois d'Arménie. 

' Voy. Moïse de'Khoren, Hist. arinen. II, xMti. 



04 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Ces princes, assure Moïse de Khoren\ régnèrent d'a- 
bord à Nisibe et ensuite à Edesse , d'où ils retour- 
nèrent à Nisibe, Ils seront poui' nous l'occasion de 
donner quelques renseignements sur les anciens éta- 
blissements des Arméniens dans la Mésopotamie, et sur 
les rois d'Édesse, dont on a beaucoup parlé sans les 
bien connaître. Dans nos Mémoires historiques et géo- 
graphiques sur l'Arménie^, nous avons réuni les divers 
noms de ce pays qui étaient usités chez les peuples 
orientaux ; il est difficile de ne pas remarquer la 
grande ressemblance d'un de ces noms avec celui 
d'Aram, que les Syriens donnaient à leur patrie, et qui 
s'appliquait aux pays situés sur les deux rives de l'Eu- 
phrate. L'appellation Aram était connue des étran- 
gers, car on la trouve mentionnée dans Strabon^. Elle 
aura peut-être servi à désigner aussi les contrées mon- 
tagneuses qui s'étendent depuis la Médie jusqu'aux 
. montagnes de la Cilicie , et se sera propagée vers le 
nord et vers le sud, avec les peuples araméens, à me- 
sure que leur puissance s'accroissait; car nous croyons 
avoir démontré, dans l'ouvrage cité, que, dès une 
haute antiquité, la nation arménienne s'était établie ^ 
dans les cantons où se trouvent les sources du Tigre , 
vers le lac de Van , et qu'en s'étendant vers les bords 
de l'Euphrate, elle se mêla avec les peuples syriens 

' Hist. armcn. II, xxvi , xxxiii. — " Tom. I, p. aoô-aoy, 
259-278. — ' Geocjr. p. /i2 ; XVI, p. 784 et 785.— Cf. Joseph. 
Antiq. judaic. I, vi, /i. 



PREMIÈRE PARTIE. 95 

et avec les tribus arabes, comme le remarque fort 
bien Strabon : « Suivant Posidonius, dit-iP, Arméniens, 
n Syriens, Arabes, tous, par leur dialecte, leur genre 
«de vie, leurs traits, et surtout leur proximité, pa- 
«raissent bien n'être que la même nation; témoin la 
(( Mésopotamie , où se rencontre un mélange des trois 
(( peuples, et où la ressemblance est la plus frappante. 
«Si, d'après le climat, les habitants du nord de cette 
« province diffèrent assez sensiblement de ceux du sud , 
« comme ceux du centre diffèrent aussi des uns et des 
«autres, les traits communs dominent toujours. Pa- 
«reillement, les Assyriens, les Ariens et les Araméens 
« ont beaucoup de ressemblance , soit entre eux , soit 
«avec les autres peuples que nous venons de citer. 
«Posidonius pense que leurs diverses dénominations 
«ont aussi beaucoup d'affinité entre elles; car ceux 
« que nous appelons Syriens se donnent à eux-mêmes 
«le nom d' Araméens, auquel ressemblent les noms 

« d' Aiméniens , d'Arabes et d'Erembes » 

Ce que Strabon avait observé existe encore de 
nos jours; les peuples qui habitent la Mésopotamie 
sont extrêmement mélangés, et la plus grande par- 
tie de la population continue d'être formée d'Armé- 
niens; la ville d'Edesse surtout en contient un fort 
grand nombre , et ils y habitaient bien longtemps 
avant les nombreuses émigrations qui furent causées 
en Arménie par les invasions des Turcs seldjoukid.es. 

' Geogr, I, p. 4i et 42. — TraH. franc, i. I, p. 91 et 92. 



96 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Les Arméniens donnent à toute la portion septen- 
trionale de la Mésopotamie le nom de Midchakedk'h- 
Haïats, qui signifie Mésopotamie arménienne, parce 
qu'ils la considèrent comme une partie de l'Arménie. 
La ville de Tigranocerte , qui fut une des capitales de 
ce dernier royaume, et dont les traditions armé- 
niennes placent la fondation plus de cinq siècles avant 
notre ère , était située, suivant Sti^abon, dans la Mé- 
sopotamie. Nous croyons avoir prouvé, dans l'ouvrage 
déjà cité \ que cette antique Tigranocerte est aujour- 
d'hui la ville d' Amid , si célèbre dans l'histoire du Bas- 
Empire ; nous ajoutons maintenant que Procope ^, 
en parlant des différentes provinces dont se com- 
pose la Mésopotamie , dit que , quoiqu'elles soient 
toutes généralement appelées de ce dernier nom, celle 
qui s'étend jusqu'à Amid porte le nom d'Arménie. 
On voit, d'après ce que nous venons de rapporter, 
qu'il ne serait pas fort étonnant que des princes qui 
résidaient à Edesse , à Amid , ou à Nisibe , eussent 
pris le titre de roi des Arméniens, surtout lorsque 
l'on considère que le nom d'Aram ou d'Araméens , 
que portaient les Syriens dans leur langue, ne différait 
pas beaucoup de celui des yVrméniens, s'il n'était pas 
réellement le même. 

Nous avons dit que les écrivains arméniens placent 
dans le midi de l'Arménie , ou dans la Mésopotamie , 

' Mèm. sur l'Arménie, t. I, p. 170-17/». 
' De hell. persic. T, 17. 



PREMIÈRE PARTIE. 97 

des rois d'Arménie différents de ceux que nous con 
naissons, mais également issus de la race des Arsa- 
cides. Nous voyons , dans la vie de Lucullus ^ par 
Piutarque, qu'un frère de Tigrane, nommé Gouras, 
possédait une partie de la Mésopotamie , s'il ne la pos- 
sédait pas tout entière. Quand Lucullus fut forcé par ses 
soldats de lever le siège d'Artaxate , il engagea quelques 
légions à le suivre dans la Mésopotamie , où il vint 
attaquer Nisibe , qui était alors défendue par un Grec 
appelé Callimaque. Celui-ci avait autrefois combattu 
contre le général romain dans la ville d'Amisus , dont 
Mithridate lui avait confié la garde , et qu'il avait mieux 
aimé livrer aux flammes que de la laisser tomber au 
pouvoir des Romains. Après les revers de Mithridate, 
Callimaque était passé au service de Gouras, qui l'a- 
vait fait gouverneur de Nisibe ; il fallait donc que ce 
prince eût une sorte de souveraineté dans ces con- 
trées , pour prendre des généraux à son service et leur 
donner des commandements. Nous avons déjà fait 
remarquer que le premier des rois que les historiens 
arméniens placent dans la Mésopotamie , fut Arscham^ 
qui, selon eux, était fds d'Artaxès et frère de Tigrane, 
et qui régna vingt-huit ans. Il est diflicile d'admettre 
ce récit sans le modifier; car, si cet Arscham était 
réellement frère de Tigrane, il devait être extrême- 
ment avancé en âge quand il se rendit maître d'une 
partie des états qui avaient appartenu à son frère. Or 



98 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

si vers l'an 36 avant J. C. comme nous avons lieu de 
le croire , Tigrane mourut fort vieux , ou âgé de quatre- 
vingt-cinq ans , selon Lucien ^ , quel âge aurait eu 
Arscham , qui devait être né fort peu de temps après 
Tigrane, puisque leur père finit ses jours lorsque Ti- 
grane était encore jeune? 11 est plus probable que cet 
Arscliam , dont les bistoriens arméniens nous ont con- 
servé le souvenir, était fds du frère de Tigrane appelé 
Gouras , qui vient d être mentionné , et qui , selon toute 
apparence , avait reçu en apanage les parties de l'Ar- 
ménie oii nous voyons ces historiens placer la rési- 
dence d' Arscham. Nous possédons quelques médailles 
qui portent le nom d'un roi Arsame , fort peu connu ; 
on les attribue généralement à un prince de ce nom , 
qui, vers l'an 2 ko avant J. C, paraît avoir régné dans 
les parties méridionales de l'Arménie, ou dans les 
parties septentrionales de la Syrie, du côté de la Go- 
magène, et qui donna du secours à Antiochus Hiérax, 
pendant les démêlés que ce prince séleucide eut avec 
ses parents. Gette attribution n'est pas inadmissible ; 
cependant, il serait tout aussi probable que les mé- 
dailles en question eussent appartenu à celui des 
princes arsacides dont nous parlons. G'est, sans doute, 
au plus ancien de ces princes qu'est due la fondation 
de la ville d' Arsamosate , dans l'Arménie, située entre 
le Tigre et l'Euphrate , et appelée en arménien Arscha- 
mouschad, ce qui signifie ville d' Arscham ou d'Arsam. 

' In Macrobiis, S i5. 



PREMIÈRE PARTIE. 99 

Les Arméniens lui donnent depuis longtemps ce nom 
d'Arscliamouschad , et les Arabes , celui de Schimscliath. 
ceux-ci l'ont, plus d'une fois, confondue avec Samo 
sate. On peut facilement admettre que, lorsque An- 
toine fit la conquête de l'Arménie , après s'être emparé 
de la personne du roi Artavasde, quelques princes de 
la famille royale se maintinrent dans la Mésopotamie 
et dans le midi de l'Arménie, sous la protection des 
rois parthes ; et nous sommes assez porté à supposer 
qu'ils étaient les descendants du prince qui possédait 
ces régions du temps même de Tigrane. Ce qui donne 
à cette conjecture un certain degré de probabilité, 
c'est que nous voyons, par le témoignage de Dion 
Cassius ^ qu'Antoine attaqua l'Arménie par le nord- 
ouest : il était à Nicopolis, ville de la petite Arménie, 
non loin du Lycus , lorsqu'il enti^ dans l'Arménie , et 
très- vraisemblablement il ne fit point la conquête to- 
tale de ce royaume. Sa domination y fut de courte 
durée ; il dut penser qu'elle ne pouvait s'établir que 
dans les lieux où campaient ses soldats , ou bien dans 
ceux qui furent occupés par le roi des Mèdes , son 
allié. Dans son expédition , il n'est point question de 
la Mésopotamie , que les Parthes , à cette époque , dé- 
fendaient vigoureusement ; ils avaient bien remarqué 
que toutes les expéditions entreprises contre eux s'é- 
taient faites par ce pays, et ils regardaient comme 
fort important d'y entretenir des forces considérables 

' Hist. roman. XLIX, xxix, xi,. 



100 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

pour contraindre les Romains à les attaquer, du côté 
du nord, par l'Arménie. Les difficultés que là présente 
le terrain donnaient de grands avantages aux Parthes. 
Les Romains ne pouvaient les atteindre qu'après s'être 
épuisés par de longues marches , et par les combats 
forcément livrés aux diverses nations belliqueuses 
qu'ils rencontraient sur leur passage. On voit effecti- 
vement , quelque temps avant la prise du roi d'Armé- 
nie, Antoine vouloir passer l'Euphrate pour combattre 
les Parthes , et n'oser le faire , quand il apprend que 
la rive opposée est bien fortifiée, et qu'elle est défen- 
due par une puissante armée ; il fut obligé de traver- 
ser l'Arménie, et son expédition n'eut aucun succès ^. 
Il en fut de même dans la suite, tant que les princes 
de la Mésopotamie restèrent fidèles à l'alliance des 
Parthes : les Romains ne purent pénétrer dans l'inté- 
rieur de l'empire parthe; et cet état de choses ne 
changea qu'au temps de Trajan, où les Romains 
recommencèrent à attaquer les Parthes par la Méso- 
potamie , comme ils favaient fait à l'époque de l'ex- 
pédition de Crassus. 

Nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de 
faire remarquer que la Mésopotamie avait appartenu 
aux rois arsacides de l'Arménie; la proximité où ce 
pays était de l'une de leurs capitales, Tigranocerte , 
ne permet presque pas de douter qu'il n'ait fait partie 
de leurs états dès le temps de la fondation du royaume 
' Dion Cassius, Hist. roman. XLIX, xxvxxxi. 



. 



PREMIÈRE PARTIE. 101 

d'Arménie. Ils n'eussent vraisemblablement pas placé 
lem' résidence sur les frontières de leurs possessions ; 
il en est, sans doute, de môme de Nisibe, qui, selon 
Tacite \ n'aurait été même qu'à trente-sept milles de 
Tigranocerte , et qui, pendant longtemps, fut le sé- 
jour des rois d'Arménie. Les princes arsacides de 
Perse , après leurs différends avec Tigrane , désiraient 
obtenir la possession de ce pays, et fixer aux rives 
de l'Euphrate les limites de leur empire du côté de 
l'Occident; mais les Romains s'y refusèrent, et lais- 
sèrent la Mésopotamie entre les mains des Arméniens. 
Strabon ^ nous atteste que, de son temps, ce pays était 
encore soumis à la même nation. Moïse de Khoren ^ 
dit positivement que , dès l'origine , la Mésopotamie 
avait fait partie du royaume arsacide d'Ai'ménie. Va- 
larsace, premier roi arsacide, résidait à Nisibe *. On 
a donc eu tort d'avancer que Tigrane avait usurpé 
cette ville sur le roi des Parthes. Strabon ^, qui in- 
dique assez exactement le nom des lieux que Tigrane 
avait enlevés aux Parthes, ne parle que de la ville de 
Ninive, de l'Adiabène et des provinces de l'Assyrie 
situées au delà du Tigre. Enfin , Dion Cassius ^ nous 

' Annal. XV, V. 

^ Geogr. XVI, p. 7^7. 

' Hist. armen. I, vn. 

* Ibid. I, VII, VIII. 

' Geogr. XI, p. 532. 

* Hisl. roman. XXVII, v. 



102 HISTOIRE DES ARSÂCIDES. 

apprend que le pays rédamé par le roi des Parthes 
était, non la Mésopotamie, mais bien la Gordyène , 
habitée par le peuple que nous appelons à présent les 
Kurdes, et située au delà du Tigre. Longtemps après, 
Nisibe était encore possédée par les Arméniens; car 
Josèphe ^ raconte que le roi des Parthes Artaban , vou- 
lant reconnaître les services qu'il avait reçus d'Izate, 
roi de l'Adiabène, donna à ce prince la ville de Nisibe, 
qui avait été conquise sur les Arméniens. 

Les premiers rois arsacides d'Arménie, en fixant 
leur résidence dans une ville aussi éloignée du centre 
de leurs états que Tétait Nisibe, n'eurent, sans doute, 
pas d'autre motif que d'être plus à portée de surveiller 
par eux-mêmes, et, au besoin, de combattre les rois 
séleucides , qui tentaient encore , de temps à autre , 
de rétablir lem' autorité au delà de l'Euphrate. Lorsque 
cette double raison ne subsista plus , que le royaume 
des Séleucides cessa d'exister, et que Tigrane fut de- 
venu roi de Syrie , les princes arméniens résidèrent à 
Artaxate [Ardaschad]'^, ancienne capitale du pays. Si 
nous avons démontré que la Mésopotamie fut soumise 
à la puissance des Arsacides d'Arménie , et que Nisibe 
fut primitivement leur séjour, on est conduit à penser 
que les contrées en-vironnantes leur étaient soumises 
aussi, et que, par conséquent, ils possédaient le pays 
nommé l'Osrhoëne ou le royaume d'Edesse. Il ne serait 

' Antiq.jad. XX, m, 3. 
Mos. Choren. Hist. armen. II, xlvi, II, vu;. 



PREMIÈRE PARTIE. 103 

pas naturel de supposer qu'il y eût si près d'eux un 
petit royaume indépendant. 

Selon la chronique d'Edcsse \\c royaume d'Osrlioëne 
fut fondé en l'an 180 de fère des Grecs, c'est-ù-dire , 
l'an i3i ou 182 avant J. C. à peu près vers l'époque 
où Antiochus Sidétès , roi de Syrie , fut vaincu et fait 
prisonnier par les Parthes , ce qui concorde fort bien 
avec les événements qui ont déjà été racontés. Ce fut 
à cette époque que les Arsacides étendirent leur puis- 
sance jusqu'aux bords de l'Euphrate, et il ne serait pas 
étonnant qu'ils eussent alors établi dans Edesse des 
princes ou des gouverneurs dépendants de lem* em- 
pire ; le titre de roi , que nous leur donnons , n'em- 
portait pas toujours avec lui, chez les Orientaux , toutes 
les idées que nous y attachons ; il s'accordait même 
fort bien avec le titre de grand roi ou de roi des rois , 
qu'on décernait aux souverains plus puissants. Depuis 
l'établissement de l'islamisme, nous voyons, dans l'his- 
toire des Arabes , que ce titre de wilX» ou roi fut attri- 
bué à des princes qui ne possédaient souvent qu'une 
ville et son temtoire; il n'indique qu'une autorité 
souveraine , et peut se donner également aux grands 
comme aux petits princes. On doit même présumer 
que les anciens princes de l'Orient le laissaient prendre 
facilement par les seigneurs qui étaient leurs vassaux : 
dans leur orgueil , ils aimaient à voir des princes re- 
vêtus de titres fastueux reconnaître ieiu^ puissance. 

' Pag. 388. 



104 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Les Syriens donnent aux princes d'Edesse le titre de 
malka, qui signifie roi ; ces princes, sur leurs médailles , 
prennent ceux de (SaaiXevs, roi, ou de (léyas ^acri'Xevs, 
grand roi. Il faut cependant reconnaître que les Ro- 
mains ne leur accordèrent pas des titres si élevés : plu- 
sieurs de ces princes , dans les histoires écrites en grec , 
reçoivent simplement la qualification de Toirctpxvs, 
toparque, prince d'une localité; et cette qualification 
se traduit fort exactement en arménien par les mots 
It^fuuub n.^luujp<Çli , prince d'un pays. Les princes 
d'Edesse sont souvent aussi appelés, dans les écrivains 
anciens, (pvKdpypi , chefs de tribu, parce qu'ils com- 
mandaient aux tribus arabes répandues dans le voisi- 
nage , et parce que les Romains les plaçaient habituel- 
lement sur la même ligne que les divers petits princes 
arabes qui occupaient quelques parties de la Syrie; 
ceux-ci n'étaient véritablement que des chefs de tri- 
bus. De tout temps les environs d'Edesse ont été ha- 
bités par de nombreuses tribus arabes , et c'est ce qui 
nous explique comment Pline ^ s'est trouvé conduit à 
comprendre cette ville au nombre de celles que ren- 
fermait l'Arabie. 

Selon le patriai'che Denys de Tel-mahar^, le pre- 
mier roi qui régna à Edesse fut Ourrhouï, fds de 
Khewia, qui monta sur le trône fan 1880 depuis 
Abraham, c'est-à-dire , cent trente-six ans avant J. C. Il 

Uisl. nalur. XV, xxiv, 2 1 . 
* Ap. Bayer. Histor. osrhoen. p. 27 et 63. 



PREMIÈRE PARTIE. 105 

régna cinq ans , et donna son nom à la ville. Procopc 
parle du môme personnage et l'appelle Osrhoès. 
«Edesse, dit-il \ et les lieux qui l'environnent sont 
«appelés l'Osrhoëne, du nom d'Osrlioès, qui ancien- 
«nementy régnait lorsque les habitants de cette con- 
« trée étaient alliés des Perses. » On voit évidemment 
que , dans les deux écrivains , il est question des mêmes 
faits, et que ces faits, quelle que soit la vérité de la 
date mentionnée par Denys de Tel-mahar, se rappor- 
tent à la même époque, c'est-à-dire, à l'expidsion des 
Séleucides des contrées situées à l'orient de l'Euplirate. 
Nous pensons que Procope nous a conservé plus exac- 
tement que le patriarche syrien le nom du premier 
prince qui régna sm' le petit royaume d'Osrhoène. 
Osrhoès doit être le nom persan Khosroa, que les Grecs 
ont plusieurs fois altéré sous la forme Chosroës. Le 
prince ainsi nommé, ayant régné sur un pays dont le 
nom ressemblait un peu au sien, on crut qu'il le lui 
avait donné. Cette opinion aura vraisemblablement 
porté Denys de Tel-mahar à changer Osrhoès en Oar- 
rhoaï , parce qu'il connaissait bien mieux que les Grecs 
le véritable nom du pays d'Edesse, et qu'il croyait que 
ce nom venait de celui du premier roi de la contrée; 
il l'altéra en conséquence. La ville d'Edesse reçut son 
nom des Macédoniens établis en Asie ; ils le lui don- 
nèrent en souvenir de la ville d'Edesse qui était située 
dans leur patrie; elle avait été aussi appelée par eux 
^ De hell. persic. 1,17. 



106 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Antioche de Callirhoé , c'est-à-dire , Antioche de la belle 
source. Les Arméniens la nomment Ourrha, les Arabes, 
Rouha, et, selon leurs traditions historiques, sa fon- 
dation remonte aux époques les plus reculées de l'his- 
toire de l'Asie. Cette ville donna son nom au pays 
qui l'environnait; et ce nom, pour une raison que 
l'on ignore, fut changé par les Grecs en celui d'Os- 
rhoëne. Toutefois, on le trouve sous sa forme exacte 
dans quelques historiens qui l'écrivent Orrhoëne ^. 

Il est probable, comme nous l'avons déjà dit, que 
les premiers rois d'Edesse ne furent que des gou- 
vernem's nommés par les rois arsacides d'Arménie; 
leur proximité de la résidence royale ne peimet pas 
de croire qu'ils aient joui d'une pleine indépendance; 
on voit d'aillem's, par le passage de Procope qui a 
été rapporté plus haut, que le premier d'entre eux 
était allié des Perses. Or, à l'époque dont parle cet his- 
torien, les Perses ne sont pas autres que les Parthes, 
et on imagine bien cp.ielle sorte d'alliés devaient être , 
pour la puissance arsacide , des princes tels que les rois 
d'Edesse. En examinant la liste des rois qui nous est 
donnée par Denys de Tel-mahar-, on remarque que 
ces princes sont de races diverses, et, cependant, le 
droit d'hérédité était généralement reconnu dans toute 
l'Asie , pour les grandes comme pour les petites sou- 

' Dion-Cassius , llist. roman. XL, xx; éd. Xylandr. 
Ap. Bayer. Ilisl. osrhocn. p. 63-i6(). 



PREMIÈRE PARTIE. 107 

verainetés. Nous avons déjà dit que le premier roi 
d'Edesse fut Ourrhouï, fils de Khewia; il est remplacé, 
au bout de cinq ans , par Abdou, fils de Mazaour, qui> 
après un règne de sept ans, a pour successeur Fara- 
dascht, fils de Gabarou. Celui-ci règne cinq ans; son 
fils Bakrou lui succède , et n'occupe le trône que pen- 
dant ti'ois ans. Le nom de ce dernier prince paraît 
être altéré dans le texte de Denys de Tel-mahar-, nous 
le croyons identique avec le nom persan Pakonr, 
dont il ne diffère que par une simple transposition de 
lettre. Nous ne pouvons nous ranger à l'avis de Bayer ^, 
pour qui Bakrou est le même que le nom arabe Behîr 
ou Baker. Ce dernier appartenait peut-être aux tribus 
des environs, et fut donné ensuite à la partie septentrio- 
nale de la Mésopotamie , que maintenant encore on ap- 
pelle du nom de Diar-Bekir, ce qui signifie , en arabe, 
pays de Bekr ou de Bekir. Bakrou ou plutôt Bakour 
fut remplacé par son fils , qui portait le même nom 
et qui régna vingt ans. Il paraît que, vers la fin de son 
règne, un personnage nommé Maanou lui disputa la 
couronne , et le força de partager avec lui le pouvoir 
royal. Le nouveau prince ne jouit de cette usurpation 
que pendant quatre mois ; il fut remplacé par Abgare 
Fika ou le Muet , qui , au bout de deux ans et quatre 
mois , assassina Bakrou et régna seid. Il eut pour suc- 
cesseur son fils Abgare, dont le règne fut de vingt- 
trois ans et cinq mois. Les noms de Maanou et d'Ab- 
' Hist. osrhoen. p. 67 et 68. 



108 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

gare sont ceux que prenaient ordinairement les princes 
d'Edesse, de même que les rois parthes portaient celui 
d'Arsace. Ces noms ont été changés par les Romains en 
ceux de Mannos ou Mannus , et d'Abgaros ou Avgaros. 
Le premier paraît être le même que celui de Mono- 
baze, qui se lit dans Josèphe ^ et dans Tacite^, et qu'on 
trouve dans Moïse de Khoren ^ sous la forme Manovaz. 
Quoique ce nom soit diversement écrit, selon qu'il 
était prononcé par des Grecs , par des Syriens , par des 
Arabes, par des Arméniens, ou par des Parthes, on 
y reconnaît toujours les mêmes éléments constitutifs. 
Nous possédons un grand nombre de médailles qui 
portent le nom de ABrAP02 ou AYrAP02, et un 
plus petit nombre où se lit celui de MANNOS. 

Après la mort d'Abgare le Muet, son fds, qui est 
appelé du même nom, monta sur le trône, selon Denys 
de Tel-mahar*, l'an 19 44 d'Abraham, qui répond à 
l'an 72 avant J. G. D'après le même historien, il régna 
quinze ans; il mourut donc l'an 5 7 avant J. G. G'est 
pendant cet espace de temps que Luculius et Pompée 
firent la guerre à Tigrane. Nous trouvons dans Plu- 
tarque ^ la mention d'un prince d'Edesse , qui doit être 
celui dont nous parlons : il servit Tigi^ane contre Lu- 

* Antiq. jud. XX. n, iv, De bell. jud. II, xix, 2. 
' Annal XV, i.xiv. 

' Hist. armcn. II, xxni. 

* Ap. Bayer. Hist. osrhocn. p- 77- 

* In Vit. Lucall. 



PREMIÈRE PARTIE. 109 

cullus , fut vaincu par ce dernier et contraint de s'a- 
bandonner à sa discrétion. Il paraît que plus tard, 
en l'an 65, il vint trouver Pompée , lorsque ce gé- 
néral était en Mésopotamie et combattait Tigrane. 
Après la mort de cet Abgare, il y eut un interrègne 
d'un an , ce qui nous donne lieu de supposer qu'à cette 
époque , des troubles , dont il nous est impossible de 
découvrir le motif, éclatèrent dans le royaume. Après 
cet interrègne, Maanou, surnommé le Dieu, régna pen- 
dant dix-huit ans et cinq mois ; nous ignorons s'il était 
fils du roi précédent; Denys de Tel-mahar ne le dit 
point. Cette circonstance , jointe à la supposition que 
des troubles précédèrent son avènement , nous porte 
à croire qu'il était d'une autre famille. Il devait régner 
lors de l'expédition de Crassus , puisqu'il monta sur le 
trône l'an 58 ou 59 , et qu'il mourut en l'an Zio ou /n . 
Dion Cassius^ parle , à cette époque , d'un Abgare [Avya- 
pos), qui, après avoir été l'allié de Pompée, trahit Cras- 
sus , et se rangea du côté des Parthes. Il paraît que fhis- 
torien confond ici, avec son successeur, le roi d'Édesse 
qui traita avec Pompée. Le nom d' Abgare, commun 
à tous les princes d'Edesse , est , sans doute , la seule 
cause d'une erreur que n'avaient pas commise tous les 
historiens , puisque Plutarque ^ donne au roi d'Edesse 
qui trahit Crassus le nom d'Ariamnès. Dans Sextus 
Rufus', on lit Abgaras, ou, selonquelques manuscrits, 

' Hist. roman. XL, 20-22; éd. Sturz. — ' In VU. M. Cross. 
S 21. — * Breviar. cap. xvii. 



110 flISTOIRE DES ARSAGIDES. 

'Marochus, Macorus, et dans Florus^ Mazaras-, cepen- 
dant, nous pensons que , dans ces deux derniers écri- 
vains, il est question d'un autre prince syrien, qui 
trahit aussi Crassus. Tous ces princes sont appelés rois 
ou phylarques des Arabes ^. Nous avons déjà vu qu'ils 
étaient issus de diverses familles, et qu'ils ne trans- 
mirent pas sans interruption le pouvoir royal, par 
droit d'hérédité. Parmi les noms que nous avons men- 
tionnés , piusiem's appartiennent certainement à des 
Perses ou à des Arméniens ; il est fort probable que 
ceux de Maanou et d'Abgare étaient originairement 
portés par des chefs de tribus qui habitaient le ter- 
ritoire d'Édesse et qui s'en rendirent les maîtres. La 
conformité de mœurs , de langue et de religion , aussi 
bien que le voisinage , a pu faire passer les noms des 
rois arméniens, syriens et arabes à des princes dont 
ks uns et les autres appartenaient à ces diverses na- 
tions. Spaitien ^ donne même le titre de roi de Perse 
à un autre Abgare, qui régnait à Edesse du temps de 
Sévère. 

Mannus surnommé le Dieu eut pour successem' Pa- 
cour ou Pacorus , en syriaque Fakoary , qui occupa 
pendant cinq ans le trône d'Édesse*; il n'était proba- 

' Epitom. III , XI . 

^ Voy. Tacite, Annal XII, xii. — Appien, in Partkic. ap. 
Plutarch. in Vit. Crass. S 21. — Cf. Suid. sub voc. ^vképxrjs. 

In Sever. p. 7 1 a. 

Denys fie Telmahar, apud Bayer. Histor. ourhoen. p. 87. 



PREMIÈRE PARTIE. 111 

blemcnt pas de la race de son prédécesseur. De son 
temps, Pacorus, fils du roi des Parthes, et Parzap'hran 
entrèrent en Syrie. Pacorus, roi d'Ldessc, paraît être 
identique avec un personnage du même nom , men- 
tionné par Josèphe et par Moïse de Khoren, et qui, 
selon eux, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avait 
accompagné le princç parthe et Parzap'hran. D'après 
ce que dit de lui l'iiistorien arménien ^, on peut croire 
qu'il était de la famille d'un des princes ou gouver- 
neurs ai'méniens d'Édesse qui avaient précédé Man- 
nus le Dieu. Il eut pour successeur un Ahgare, qui, 
après avoir régné trois ans ^, fut lui-même remplacé 
par un Abgare surnommé Soumaka, le Rouge ^. Celui- 
ci ne resta que trois ans sur le trône. Le peu de du- 
rée des règnes de tous ces princes nous donne lieu de 
penser qu'ils n'étaient que des gouverneurs institués 
par les rois parthes ou arméniens, ou bien des usur- 
pateurs arabes , qui se disputaient , fépée à la main , 
le gouvernement ou la possession de l'Osrhoëne. 

Après Abgare le Rouge , on trouve de nouveau un 
roi nommé Maanou-, celui-ci, qui est surnommé Tsa- 
félonl, régna vingt-huit ans et sept mois. Il ne paraît 
pas avoir appartenu à la famille des autres princes 
appelés Maanou-, Denys de Tel-mahar*^ ne, le désigne 

' Hist. armen. II, x\ni. 

' Ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. 91- 

^ Ibid. p. 91 et 92. 

* Ibid. p. 92. 



112 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

pas autrement que par le surnom de Saféloal ou Sa- 
phéloul, dont nous ignorons la signification. Ce prince 
est très-probablement le même que le roi Arscliam des 
Arméniens; et, en effet, Moïse de Khoren assure^ 
qu'Arscham était appelé Manovaz , par quelques Sy- 
riens. Ce nom, nous le répétons, nous semble être 
identique avec le Mannos des Grecs, le Maanou des 
Syriens et le Monobaze de Josèphe. Cette dernière 
considération nous porterait aussi à croire que les 
princes d'Edesse, dont parlent les Arméniens et les 
Syriens, se confondent avec les rois de l'Adiabène 
mentionnés dans lliistorien juif-, et l'on aura occasion 
de voir, par ce qui sera dit plus loin , que , si ces 
rois de l'Adiabène et ceux qui nous occupent ne sont 
pas précisément les mômes, ils appartenaient du moins 
à la même famille. Selon Denys de Tel-mahai'^, le 
roi Saféloul monta sm' le trône l'an 1990 d'Abra- 
ham, c'est-à-dire, l'an 26 avant J. C. Bayer ^, en cher- 
chant à établir la série chronologique des rois de 
rOsrhoëne, place l'avènement de ce prince à l'an 28. 
Cette différence est fort légère; et , comme elle importe 
peu dans le sujet que nous traitons , nous ne nous y 
arrêterons pas. On voit, au sm'plus, que les deux dates 
concordent assez bien avec le récit des Arméniens. 
Nous avons dit que la partie méridionale de l'Ar- 

' Hist. armen. II, xxni. 

^ Aj). Bayer. Histor. osrhoen. p. 92. 

' Ibid. 



PREMIÈRE PARTIE. 113 

ménie n'avait point été conquise par Antoine, et que, 
longtemps avant cette époque, elle était déjà au pou- 
voir d'un frère de Tigrane ; les Arméniens font aussi 
descendre d'un frère de ce même prince les rois de 
cette partie de l'Arménie ^ ; ces rois devaient posséder, 
de plus , la Mésopotamie arménienne , oii étaient si- 
tuées Nisibe et Édesse , l'Adiabène , et les contrées 
que Tigrane avait enlevées aux Parthes. Les faits que 
nous rapporterons, démontreront la vérité de ces as- 
sertions. Dans le premier siècle de l'ère chrétienne, 
la Mésopotamie était considérée, par les Grecs et 
par les Romains, comme soumise aux Parthes. Nous 
voyons, dans l'ouvrage géographique d'Isidore de Cha- 
rax^, que cette province était comptée au nombre des 
pays que possédaient les Parthes; car il commence 
sa description de leur empire sur la rive orientale de 
l'Euphrate, vis-à-vis de Zeugma, qui était en Syrie. 
Dans la vie d'Apollonius de Tyane , par Philostrate , il 
est parlé de l'ambassade d'un petit prince syrien, qui 
demandait au roi Bardanc qu'on lui cédât, dans les 
envii'ons de Zeugma , la possession de deiLx bourgs , 
qui , disait-il , avaient appartenu aux rois séieucides , 
et qui, en conséquence, devaient être remis aux Ro- 
mains , mais qu'il désirait obtenir du grand roi , pour 

' Voy. Moïse deRhoren, Hist armen. II, xviii. 
* Mansion. Parthic. p. 2 , in Geograph. Grœc. minor. tom. II , 
éd. Hudson. 

' I, XXXVIII. 

I. 8 



114 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

en chasser les Arméniens et les Arabes. Ce fait, peu 
important par lui-même , prouve néanmoins qu'à cette 
époque, le roi des Parthes était considéré comme le 
seigneur suzerain de la Mésopotamie. Nous voyons 
aussi que tous les rois d'Édesse dont il est question 
dans les historiens romains, étaient vassaux des rois 
parthes. Josèphe^ et quelques autres écrivains font 
souvent mention des rapports qu'avaient eus avec les 
Parthes Hérode , plusieurs princes de la famille d'Hé- 
rode, et un roi arabe appelé Arétas. Les Arméniens, 
à quelques cipconstances près, parlent de ces événe- 
ments dans les mêmes termes , et les attribuent aux 
princes arsacides de la Mésopotamie ^. Ces princes 
n'étaient point de la branche aînée des Arsacides d'Ar- 
ménie, et avaient succédé à des princes inférieurs, 
qui ne possédaient qu'une très-petite portion de l'Ai'- 
ménie; ils durent facilement se soumettre aux rois 
parthes , dont l'alliance leur était nécessaire pour se 
défendre contre les Romains. Il était d'ailleurs si gé- 
néralement reconnu que la Mésopotamie faisait partie 
de l'empire des Parthes , que les personnages célèbres 
nés dans cette région sont souvent appelés Parthes. 
Nous avons avancé que les princes d'Édesse , men- 
tionnés par Denys de Tel-Mahar, les rois adiabéniens , 
dont parle Josèphe, et les princes arméniens de la 
famille d'Abgare, nommés dans Moïse de Rhoren, 

' Antiq.jad. X\lll,\. 

' Mos. Choren. Hist. armen. II, xxiii-xxv, xxvni. 



PREMIÈRE PARTIE. 115 

sont les mêmes , et qu'ils étaient tous de la race arsa- 
cide. Nous allons le démontrer ici, en laissant de 
côté , pour le moment , quelques petites difficultés 
chronologiques que nous éclaircirons dans une autre 
partie de cet ouvrage. 

La Mésopotamie était soumise à des princes armé- 
niens , issus d'un frère de Tigrane ; le premier se nom- 
mait Arscham et résidait à Nisibe. Il est fort probable 
que ce prince s'empara de la ville d'Edesse, dont les 
gouverneurs arabes ou arméniens avaient joui d'une 
sorte d'indépendance , tant qu'ils n'avaient été que les 
vassaux des grands rois d'Arménie , trop occupés ail- 
leurs pour songer à eux. Dans ia suite, ces grands rois 
ne purent même défendre Edesse contre les princes 
de Nisibe , qui avaient l'avantage d'être très- voisins de 
cette ville , et qui , d'ailleurs , étaient soutenus par les 
Parthes. Les fréquents changements de rois et le peu 
de diu-ée de leur règne avant i'avénement de Maanou 
Saféloui prouvent qu'à cette époque il y eut de grands 
troubles à Edesse. Selon les écrivains syriensS ce prince, 
après un règne de ving-huit ans et sept mois , laissa le 
trône à son fils, appelé, comme lui, Maanou. Celui-ci 
régna sLx ans , et fut remplacé par un Abgare , que les 
mêmes écrivains ^ siu:*nomment Ouchama ou le Noir. 
Il paraît que ce nouvau roi n'était pas de la même race 
que son prédécesseur. Denys de Tel-Mahar ne nous 

' Dionys, Telmar. ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. 92 et f)3. 
' Jbid. p. 93-96. 

8. 



116 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

dit point de qui il était fils ; il se contente de le désigner 
par le surnom de Noir ^ A la même époque , selon les I 
Arméniens^, vivait un prince qui portait aussi le nom 
d'Abgare , et qui était fils du roi Arscham ; comme son 
père, il régnait à Nisibe. Le nom d'Abgare semble avoir 
originairement appartenu aux Arabes-, mais nous ne 
devons pas nous étonner de le voir porté par im prince 
arménien. Des alliances de famille avaient pu le lui 
faire donner. Abgare succéda à son père Arscham, qui 
avait régné vingt ans ; on peut croire qu'il monta sur 
le trône , à Nisibe , six ans au moins avant notre ère , 
puisque , selon le récit de Moïse de Khoren ^, il faut pla- 
cer dans la seconde année du règne de ce prince le 
dénombrement qui fut fait dans tout fempire romain , 
par Tordre d'Auguste , et , conséquemment , la nais- 
sance du Sauveur. Faute d'avoir remarqué que ce 
dernier événement précéda réellement de quelques 
mois la date qui lui est généralement assignée , le 
P. Michel Tchamtchéan a placé quatre années trop 
tard le règne d'Abgare , et s'est vu forcé d'allonger celui 
d'Arscham, pour le faire concorder avec la conquête 
de l'Arménie par Antoine. Après avoir régné quelque 
temps à Nisibe, Abgare, vers l'époque du règne de Ti- 
bère , transporta sa résidence à Edesse, que, selonMoïse 
de Rhoren^, il décora de magnifiques monuments, 

* Dionys. Telmar. ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. 96. — * Mos. 
Choren. Hist. armen. II, xxv, xxvi. — ' Ibid. II, xxv. — ' Ibid. 

n, XXVI. 



PREMIÈRE PARTIE. 117 

circonstance qui le fit passer pour le fondateur de 
cette ville, quoiqu'il ne l'eût pas réellement bâtie. 
En général , dans les écrivains anciens d'Arménie , il 
ne faut pas , quand il est question de la fondation d'une 
cité, prendre cette expression dans un sens trop ab- 
solu ; souvent fépoque de la restauration de la ville est 
confondue avec celle de sa fondation. Moïse de Kho- 
ren^ ajoute qu'Abgare eut de fréquents rapports avec 
les princes juifs, et qu'il soutint contre eux le roi arabe 
Arétas, qui lui avait demandé des secours. Dans Jo- 
sèplie ^, il est fait mention des démêlés qu'eut Hérode 
avec Arétas et de la guerre qui s'en suivit. Mais le nom 
d'Abgare ne s'y trouve pas mentionné, non plus que 
celui des Edesséniens; et l'on voit seulement qu'après 
la défaite du prince juif, la mort de Tibère vint arrêter 
la marche d'une armée romaine qui devait attaquer les 
états d' Arétas. Les Arméniens nous représentent Ab- 
gare comme un prince rempli de sagesse et d'éminentes 
qualités ; ils prétendent qu'il fit un voyage pour apaiser 
les différends qui existaient entre les princes de la 
race royale des Arsacides, et qu'il parvint à rétablir 
la paix entre eux. Nous voyons effectivement que, du 
temps où il vivait, les Parthes avaient pour roi un 
prince nommé Artaban , qui , après avoir eu de grands 
démêlés avec les princes de sa race, fut chassé par eux 
et contraint de recourir à la force des armes pour se 

' Hist. armen. II, xxviii. 
' Antiq.jud.\\m,\, 1-3. 



118 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

remettre en possession de l'empire. Il ne serait pas 
étonnant qu'Abgare, parent des Arsacides, eût rempli 
le rôle de médiateur dans leurs différends, et rétabli 
sur le trône le prince nommé par les Arméniens Ar- 
daschir, qui est le même qu'Artaban. Il n'y a rien 
que de fort vraisemblable dans le récit des historiens 
d'Arménie : un des successeurs d'Abgare, comme nous 
le verrons bientôt, d'après le témoignage de Josèphe, 
exerça une médiation à peu près semblable. 

Abgare, avons-nous dit, abandonna le séjour de 
Nisibe pour celui d'Édesse, embellit beaucoup cette 
dernière ville , et passa pour en être le fondatem*. On 
peut conjecturer que ce fut par suite d'une conquête 
qu'il s'y établit; les renseignements chronologiques 
tendent à le prouver, puisque nous voyons, par le 
témoignage de Denys de Tel-Mahar et de quelques 
autres écrivains \ que ce prince n'était point de la 
famille de Maanou Saféloul, qui vivait du temps 
d'Arscham, père de notre Abgare, selon Moïse de 
Khoren ^. 

Les écrivains ecclésiastiques rapportent que le roi 
d'Edesse, Abgare, attaqué d'une maladie regardée 
comme incurable, qui le tourmenta pendant long- 
temps , entendit parler * des miracles opérés par le 
Sauveur du monde , et lui adressa un message par un 
de ses officiers nommé Ananias. Il obtint une réponse 

Ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. g^-iaS. 
Histor. armen. II, vxv. 



PREMIÈRE PARTIE. 119 

de Jésus-Christ, qui lui envoya un de ses apôtres, 
saint Thaddée , pour le guérii\ Cet apôtre vint à 
Edessc , opéra la guérison du roi , prêcha la foi , con- 
vertit le prince, ainsi que la plupart des habitants, 
et sacra évêque de la ville un nouveau converti ap- 
pelé Barsouma ou Khoharare , à qui il imposa le nom 
d'Atté, et qui souffrit le mai'tyre sous le successeur 
d'Abgare. 

Cette liistoire est généralement regardée comme 
fabiJeuse \ quoiqu'elle ait été racontée dès une époque 
assez ancienne. Eusèbe de Césarée paraît être le pre- 
mier auteur qui l'ait rapportée , à moins qu'on ne veuille 
supposer, d'après un passage de George le Synccile-, 
comme l'a fait Grabe^, que Jules l'Africain pouvait 
avoir devancé sur ce point l'év^êque de Césarée. Celui- 
ci^ donne le texte entier de la lettre d'Abgare, et dit 
l'avoii' traduite fidèlement sm* le texte syriaque, qu'il 
avait vu , et qui , de son temps , se conservait dans les 
archives d'Edesse. Les autres écrivains ecclésiastiques 
font mention du même fait , et transcrivent la lettre 
dans les mêmes termes qu'Eusèbe, à de très-légers 
changements près. L'original même de la réponse de 
Jésus-Christ, assiu-e-t-on, exista fort longtemps à Edesse, 
ainsi que fimage du Sauveur. Ils furent transportés de 

* Voy. Fabric. Cod. apocryph. t. I, p Î5i6* sqq. 
' Pag. 359. 

^ In nol. ad t. 1 Spicileg. Patrum, jv oià sqq. 

* Hist. eccîes. I, xni. 



120 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

cette ville à Constantinople , sous le règne de l'empe- 
reui' Romain Lacapène K On les y conservait encore 
au temps de Michel le Paphlagonien^; mais, à cette 
époque, ils disparurent. Moïse de Khoren^ rapporte 
aussi la lettre d'Abgare ; il y joint la réponse qu'il dit 
avoir été écrite , par l'apôti^e Thomas , d'après l'ordre du 
Sauveur. La traduction arménienne qu'il donne de la 
première de ces deux pièces ne diffère pas essentiel- 
lement de la version grecque qui se trouve dans Eu- 
sèbe. On reconnaît sans peine que les deux auteurs ont 
traduit sur un original commun. Les circonstances du 
fait dont il s'agit sont, à peu de chose près, les mêmes 
dans tous les écrivains ; le personnage qu'Abgare char- 
gea de porter sa lettre à Jérusalem se nommait Ana- 
nias, selon Eusèbe, Socrate , Sozomène, Nicéphore 
Calliste , etc. Grégoire Abou'l-faradj , dans sa Clu'onique 
syriaque ^, l'appelle Hanan ; Moïse de Khoren ^, qui 
le nomme également Anan, ajoute qu'il était de la 
race des Pagratides, c'est-à-dire d'origine juive, cir- 
constance qui avait pu le faire préférer pour cette 

* Constant. Porphyrog. De Christ, imag. edessen. éd. Combefis ; 
ad cale. Léon. Allât. De Symeoniim scriptt. p. 76 sqq. — Georg. 
Cedren. Hisior. compend. t. I, p. 3i3-3i5; éd. Bonn. — Tille- 
mont, Mém. ecclésiast. Vie de S. Thomas, p. 36 1 et suiv. 

* Georg. Cedren. Histor. compend. t. II, p. 5o8, 5-i5. 

^ Hist. armen. Il, xxix. Cf. l'Hist. d'Armén. par Jean Catlio- 
licos, trad. franc, p. 27. 

Chïvn. syriac. t. I, p. 5 1 ; edd. Bruns et Kirsch. 
Loc. cit. Cf. Jean Calholicos , loc. cit. 



PREMIERE PARTIE. 121 

mission; car, dans l'origine, le judaïsme et le christia- 
nisme ne devaient pas être deux religions beaucoup 
plus distinctes dans l'esprit des Orientaux qu'elles ne 
l'étaient dans celui des Romains , à l'époque dont nous 
parlons ; et il est probable qu'en Orient , comme en Oc- 
cident, le judaïsme , ou plutôt les établissements formés 
en divers lieux par les juifs dispersés , servirent à propa- 
ger le christianisme. Il est certain que, lors de la venue 
de Jésus-Clu"ist , les juifs habitaient en grand nombre 
dans la Chaldée et dans la Mésopotamie. On en comp- 
tait surtout beaucoup , au rapport de Josèphe ^, dans les 
villes de Nisibe et de Néerda, où ils avaient une école 
célèbre; leur nombre y était même si considérable, 
cpie , conduits par deux frères nommés Amilée et Asi- 
nès, ils se révoltèrent contre le roi des Parthes Artaban , 
qui eut beaucoup de peine à les soumettre. De plus, 
les Parthes, qui, dans lem's expéditions en Syrie, 
avaient eu de fréquents rapports avec les pontifes et 
les rois juifs, emmenèrent en captivité, au delà de 
l'Euphrate, plusieurs de ces princes et de leurs sujets. 
Tigrane eut occasion de les connaître ; les Arméniens 
prétendent qu'il en envoya un grand nombre en Ar- 
ménie, qu'il les plaça, soit dans les villes de Van et 
d'Artaxate, soit dans d'autres villes^; et qu'au milieu du 
iv^ siècle la postérité de ces juifs était fort considérable ^. 

' Antiq.jud.XVlIl, ix, i. 

* Voy. Moïse de Khoren,fl^wf. armen. II,xix, xxv, xlvi, lxh. 

* /6irf. III, XXXV. 



122 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Après ces divers témoignages, ne serait-il pas sur- 
prenant que les Arméniens et les Parthes n'eussent 
point connu les juifs, et, par conséquent, les princes 
chrétiens et Jésus-Christ lui-même? Si, comme nous 
ne pouvons en douter, un roi de Commagène et quel- 
ques princes arabes embrassèrent la religion juive , on 
ne voit pas pourquoi un prince d'Edesse n'aurait pas 
embrassé la religion chrétienne. La famille d'Abgare 
elle-même nous fom'nira d'autres exemples de con- 
versions pareilles, et les faits que nous rapporterons 
bientôt justifieront cette assertion. 

Dans THistoire ecclésiastique d'Eusèbe ^ et dans les 
autres liistoires ecclésiastiques, on lit ces mots seule- 
ment : Abgare, toparque d'Edessse; dans Grégoire Abou'l- 
faradj ^ et dans Moïse de Khoren^, on trouve ceux ci : 
Abgare, fils d'Arscham, prince du pays. Il y a donc quel- 
que chose de plus ici que dans le grec, le nom du 
père d'Abgare. Quoique ce nom n'existe plus dans le 
texte d'Eusèbe , il parlait qu'il y était primitivement , 
puisque , dans l'antique version latine de Rufm , après 
le nom du roi Abgare , on lit ces mots : Uchamœ filiiis , 
ou , selon d'autres manuscrits , Uchaniœ filius. Quelle 
que soit la vraie forme de ce nom , on voit éAddemment 
qu'autrefois le texte d'Eusèbe devait contenir quelque 
chose de plus que ce qu'on y lit actuellement. Abou'l- 

' Hist. eccles. I, xni. 
* Loc. cit. 
Hist. nrmen. II, xxix. 



PREMIÈRE PARTIE. 123 

faradj, dans sa Chronique arabe ^ place en tête de la 
lettre du roi d'Édesse ces mots : :>^i'l r^} , c'est-à- 
dire Ahdjar le Noir. Bongars avait supposé, avec assez 
de vraisemblance, que le nom qui, dans la version 
latine du texte d'Eusèbe, se lit après celui d'Abgare, 
désigne le père de ce prince ; Henri de Valois croyait 
que ce nom est celui de la mère d'Abgare. Bayer^ pense 
que ces deux critiques commettent une erreur, aussi 
bien que le traducteur latin Rufm et Eusèbe lui-même, 
en transformant en un nom d'homme un mot qui n'est 
que le surnom d'Abgare; il conjecture que, dans le 
texte qui était sous les yeux d'Eusèbe , on devait lire le 
surnom (YOulwma, ou bien celui à'Oachomo, selon la 
prononciation syriaque. Ce surnom, dit Bayer, signifie, 
en syriaque. Noir; et Ton sait, ajoute-t-il, que les Sy- 
riens le donnaient à ce prince , à cause de la maladie 
dont il était affecté. Nous sommes loin de partager cette 
opinion; cai', en admettant même qu'Abgare ait été 
siu'nommé le Noir, on sent bien qu'il ne pouvait pas 
prendre un pareil surnom en tête d'une lettre. Nous 
pensons , avec Eusèbe et ses interprètes , que , dans la 
lettre d'Abgare , on lisait , après le nom de ce prince , 
celui de son père , transcrit sous une forme quelcon- 
que. Il est probable, d'après ce que nous allons dire, 
que l'original de cette lettre était en arménien , ce qui 
expliquera plus facilement l'erreur des Syriens. Dans 
Je texte arménien de Moïse de Rhorcn , on lit Apger 
' Page 112; éd. Pocock. — ' Hist. osrhoen. p. 96 et 96. 



124 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Arschamaï, c'est-à-dire Abgai'e d'Arscham , ou bien, 
Abgare, fils d'Arscham; on n'aurait pu, en syriaque, 
rendre ces mots que par ceux-ci : JLâaA.9| 9v^^l- 
Les Syriens, lisant donc Arschamoîo ou Arschamaïa , 
crurent que c'était tout simplement le surnom vul- 
gaire d'Ouchama , qu'on donnait à ce roi, et qui avait 
été mal écrit. Les Arméniens, au temps d'Abgare, 
n'avaient point de caractères particuliers pour écrire 
leur langue; ils se servaient des caractères syriens, et 
c'est sans doute ce qui nous explique pourquoi on a 
dit que les lettres d'Abgare étaient écrites en langue 
syriaque. 

De ce que nous venons de rapporter, il résuite que 
les rois d'Édesse, de la famille d'Abgare dit le Noir, 
étaient de la race arsacide , puisqu'ils descendaient 
d'Arscham, parent du prince dont la letti'e à Jésus- 
Christ nous a conservé le souvenir. 

Nous avons dit plus haut que les princes de la Mé- 
sopotamie , mentionnés par les Arméniens , étaient les 
mêmes que les rois de i'Adiabène , dont parle Josèphe ; 
nous avons déjà remarqué que, selon Moïse de Kho- 
ren , le prince appelé , par les Arméniens , Arscham , 
était nommé Manovaz par quelques Syriens ; nous 
voyons , dans Josèphe , que la plupart des princes 
adiabéniens portaient un même nom , d'où l'on peut 
conclure qu'il était le nom générique de ces princes, 
comme celui d'Arschag l'était chez les Parthes , et ce- 
lui d'Abgare à Edesse , abstraction faite du nom parti- 



PREMIÈRE PARTIE. 125 

culier de chaque prince. L'appellation Manovaz était 
connue des Arméniens ; elle sert à désigner un des 
anciens personnages de leur histoire. Il transmit son 
nom à ses descendants, qui ont subsisté jusqu'au 
commencement du iv" siècle de notre ère sous le nom 
de Manovazéans ; ils habitaient dans les environs de 
.la ville actuelle de Manazgerd ou Mandzgerd^ qui 
autrefois s'appelait Manavazagerd , c'est-à-dire la ville 
de Manovaz. 

L'Adiabène, dont l'étendue varie, d'après la ma- 
nière de voir des géographes, paraît, dans les pre- 
miers siècles de l'ère chrétienne, avoir compris la 
plus grande partie de l'Assyrie. Elle s'étendait, selon 
Strabon^, jusqu'à la Chazène; selon Pline ^, le pays 
d'Arbèle en faisait partie ; elle devait renfermer la 
ville de Ninive, ainsi que toutes les contrées environ- 
nantes , et même s'étendre sur la rive droite du Tigre 
et comprendre des pays que l'on place ordinairement 
dans la Mésopotamie. Selon Ptolémée^, la ville de 
Marde, qui est la même que Merdin, dans la Méso- 
potamie, appartenait, de son temps, à cette partie 
de l'Assyrie que les écrivains anciens nomment tou- 
joiu's l'Adiabène.Daprès le témoignage d'Ammien Mar- 
cellin^, les Grecs auraient très-anciennement appelé 
ainsi cette province, parce qu'elle est située entre 
deux fleuves navigables, l'Onas et le Tigre, qu'on ne 

' En turc, Melazkerd ou Melazdjerd. — * Geogr. XVI, i. 
— ' Hist. nainr. VI , xii , 16.—* Geogr. VI , i. — ' XXIII , Vï. 



126 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

peut traverser à gué, et parce que Siaêaiveiv, dans la 
langue grecque , a la même signification que transire 
en latin. Mais l'historien romain a soin d'ajouter qu'il 
préfère rapporter l'étymologie du nom Adiahena aux 
deux fleuves, le Diahas et VAdiahas, qu'il avait traver- 
sés, avec l'armée romaine, sur des ponts de bateaux. 
M. de Sainte-Croix, adoptant la première de ces deux 
étymologies, suppose, en conséquence, que le nom 
dont il s'agit fut imposé par les Macédoniens, qui, 
effectivement, changèrent la plupart des noms des 
villes qu'ils soumirent à lem* empire , mais qui , néan- 
moins, changèrent rarement les noms des provinces 
conquises. Malgi'é la double autorité des écrivains 
grecs à qui fait allusion Ammien Marcellin et du savant 
académicien français, nous pensons que l'appellation 
Adiabène est la transcription grecque de l'antique 
dénomination orientale d'un canton de TAssyrie qui 
s'est agrandi par la suite des temps. A ce sujet, nous 
ferons observer que le verbe Staëaivsiv ne suffit pas 
à expliquer le nom de TAdiabène , puisque ce verbe 
précédé de l'a privatif ne tient pas compte de la lettre 
initiale du nom original de ce pays, qui s'écrit, en 
syrien, Hadiab, avec une aspiration forte, ce qui ne 
permet pas delà rejeter, et ce qui doit la faire regai'der 
comme radicale. On sait, d'ailleiu's, combien les Grecs 
aimaient à trouver dans leur langue l'origine des noms 
des pays les plus éloignés. 

Il est probable que l'Adiabène , qui était située hors 



PREMIÈRE PARTIE. 127 

de l'Arménie, fut du nombre des provinces envahies 
par Tigrane sur les rois Parthes, puisque les villes 
de Ninive et d'Arbèlc , qui lui appartenaient , faisaient 
partie de cette province. Strabon^ dit poui'tant que les 
Adiabéniens n'avaient jamais été soumis au joug 
étranger, pas même à Tigrane , assertion qui paraît 
fort étrange, après ce qu'il rapporte lui-même au sujet 
de la conquête de Ninive et d'une partie de TAs- 
syrie ; il am'a voulu dii'e , sans doute , que i'Adiabène 
avait toujours conservé des souverains particuliers, 
ainsi qu'il y a tout lieu de le croire. Ce pays fut cons- 
tamment le domaine de petits princes , presque tou- 
jours peu soumis à l'autorité de quelque grand roi du 
voisinage -, plus tard , il tomba au pouvoir d'une mul- 
titude d'émiis à peu près indépendants, et il en est 
encore de même aujourd'hui. Ce n'est que dans ce 
sens qu'il faut entendre l'indépendance dont Strabon 
fait honneur aux Adiabéniens ; car Plutarque , dans la 
vie de Lucuilus^, parle d'un petit roi de I'Adiabène, 
qui était alUé ou sujet de Tigrane, et qui combattit 
contre le général romain. Quoi qu'il en soit, on voit, 
d'après les récits de Josèphe , que I'Adiabène , prise dans 
sa plus grande extension et s'étendant , sans doute , sur 
la rive droite du Tigre, était soumise à des princes 
appelés ordinairement Monobaze , et que ce nom fut 
porté, selon Moïse de Khoren, par le prince armé- 
nien Arscham, père d'Abgare. Par là, on est amené à 
' Geogr. XVI, 1,19. — * S 26, S 27. 



128 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

croire que, comme nous l'avons déjà dit, les princes 
arméniens de Nislbe et d'Édesse, ainsi que les Adia- 
béniens de Josèphe , se rattachaient à la race arsacide 
et avaient une origine arménienne. Ils possédaient 
même une portion de l'Arménie ; car Josèphe \ en 
parlant du roi Monobaze , dit que ce prince avait 
donné à son fils Izate le gouvernement de la province 
de Carrhes où , de son temps , on voyait encore , assure- 
t-ii , des débris de l'arche de Noé. Cette province faisait 
indubitablement partie des portions du royaume d'Ar- 
ménie qui étaient restées entre les mains de la posté- 
rité d'Arscliam ; un passage de Josèphe , sur lequel 
nous aurons bientôt à revenir, tendrait même à faire 
croire que , si la langue arménienne ne se parlait pas 
habituellement dans l'Adiabène , elle y était du moins 
fort connue. Après la mort de Monobaze, raconte cet 
historien^, sa veuve, en l'absence d'Jzate, donna au 
frère de ce dernier, appelé Monobaze, la couronne, 
le sceau royal et l'objet que les Adiabéniens appelaient 
d'un nom qui nous a été transmis par les écrivains 
grecs sous la forme craii^iipâ. Plusieiu's interprètes ont 
cru que ce mot servait à désigner un vêtement royal ; 
mais rien , dans les expressions de Josèphe , ne porte 
à lui attribuer ce sens. Nous pensons , avec les frères 
Whiston et avec Moïse de Khoren , qu'il s'agit ici 
d'une sorte de long dard ou javelot, qui était nommé 

' Aniiq. jadaic. XX, ii , 3. 
- Id. tbid. 



PREMIÈRE PARTIR. 129 

par les Anriëniens Ç* luiriuftup , et qui pouvait bien 
être un des insignes de la royauté chez les Adiabé- 
niens. Suidas, dans son lexique \ interprète le terme 
(Tafii^npoL par (nrdOai (2apëapixai , qui désignent évi- 
demment une espèce d'arme en usage chez les peuples 
étrangers à la Grèce. 

On a vu que la communauté de nom qui existait 
entre les rois de l'Adiabène et Arscham, prince de 
Nisibe, nous avait porté à croire que les princes de 
l'Adiabène se confondent avec ceux de Nisibe. Les 
dernières circonstances que nous avons à relater vont 
le démontrer. Elles prouveront que le roi Abgare est 
identique avec le roi Monobaze (P) de Josèphe, et 
que ce prince embrassa réellement la reUgion chré- 
tienne. Josèphe ^ nous apprend, en effet, que le roi 
Monobaze , après avoir épousé sa sœur, qui se nommait 
Hélène, en eut deux fils, Monobaze et Izate. Les Ar- 
méniens parlent aussi de la reine Hélène : ils disent 
qu'elle était la femme du roi Abgare, et ils ajoutent 
qu'après la mort de son mari , cette princesse , qui avait 
également embrassé la religion chrétienne , ne pouvant 
habiter au milieu des idolâtres, se retira à Jérusalem'. 
On comprend facilement cpi'une reine de l'Adiabène 
ou d'Edesse n'aurait pas pris un tel parti, si elle n'avait 
professé la religion chrétienne, ou au moins le judaïsme. 

' Sub voc. 'ïiaixypïjpâ. 
' Anliq. judaic. XX, ii, i. 
Mos. Choren. Hist. armen. II, xxxu. 



130 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Josèphe ^ rapporte les mêmes faits, avec des particula- 
rités à peu près semblables ; il dit que la reine Hélène 
s'était convertie à la religion juive , et , qu'après la mort 
de son mari, elle se retira à Jérusalem. Elle y fut reçue 
avec les plus grands honneurs , par les principaux de 
la nation, et y fit bâtir un magnifique palais, qui fut 
brûlé pendant que Titus assiégeait Jérusalem. Josèphe 
raconte aussi que , durant une très-grande famine , dont 
il est parlé dans les Actes des apôtres ^, et qui arriva 
en l'an 43 ou àk, Hélène fit venir de l'Egypte et de 
l'île de Cypre ime grande quantité de blé et de provi- 
sions de bouche pour nourrir le peuple. De son côté, 
le roi de l'Adiabène envoya à Jérusalem de fortes 
sommes d'argent destinées à soulager le peuple pen- 
dant cette calamité. H paraît, selon Josèphe^, qu'après 
la mort du roi Izate, la reine Hélène retourna dans 
l'Adiabène, où bientôt elle mourut. Son fils, le roi 
Monobaze, fit transporter ses ossements à Jérusalem 
avec ceux d'Izate; ils furent déposés dans un magni- 
fique mausolée qu'Hélène avait fait construire pendant 
qu'elle habitait Jérusalem *. Ce mausolée était situé à 
trois stades de la ville ; Pausanias ^ en parie , et le cite 
avec celui qui avait été élevé en Carie, par les soins 
d'Artémise, comme les deux plus beaux monuments 

' Antiq.jud. XX, ii. 

* XI, 38. — S. Hieron. Epist. xxvii. 

' Antiq. jud. XX , IV. — * Ibid. 

' VIII, XVI, 3. 



i 



PREMIÈRE PARTIE. 131 

de ce genre qu'il eût vus. Le premier subsistait encore 
du temps d'Eusèhe^ et de saint Jérôme^, qui en font 
mention. Si nous avons reconnu qu'une reine de l'Adia- 
bène avait dû puiser dans son attachement à la reli- 
gion chrétienne, ou à la religion juive, les motifs qui la 
décidèrent à fixer son séjour à Jérusalem , il est juste 
cependant de faire observer qu'à l'époque dont il s'agit , 
les juils , répandus dans toute l'Asie , ne pouvaient avoir 
pour cette ville sacrée autant de vénération qu'elle en 
inspirait à une chrétienne , qui trouvait dans un séjour 
à Jérusalem le précieux avantage d'habiter les lieux 
témoins des anciens et des nouveaux miracles , et ré- 
cemment sanctifiés par la naissance , la vie , la mort et 
la résurrection du Sauveur, comme aussi par le sang 
des premiers martyrs. Il est donc bien probable que le 
roi Abgare ou Monobaze et sa femme Hélène s'étaient 
convertis au christianisme plutôt qu'au judaïsme. Aussi 
Orose^ ne balance-t-il pas à dire que cette princesse 
était clu'étienne. Josèphe, qui parle de la conversion 
d'Hélène et de son séjour à Jérusalem, doit-il être 
accusé d'ignorance ou de mauvaise foi , lorsqu'il avance 
que la reine et sa famille s'étaient converties seule- 
ment à la religion juive? Nous ne trancherons pas la 
question ; mais , pour excuser cet historien de n'avoir 
point parlé des chi^étiens, si ce n'est dans un seul 

' Hist. eccles. II, 12. 

* Epist. XXVII. 

' Adv. fayan. hisl. Vil, 6. 



132 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

passage, qui est même contesté , nous devons dire que, 
de son temps, on ne distinguait pas complètement 
encore les chrétiens des juifs, dans l'Orient surtout, 
et en particulier dans la Judée. 

Le roi Abgare, selon Moïse de Khoren\ régna trente- 
huit ans-, il mourut peu après avoir été haptisé par 
l'apôtre Thaddée , que Jésus-Christ avait envoyé pour 
le guérir. Ainsi que nous l'avons déjà dit, le dénombre- 
ment ordonné dans toutes les parties de l'empire ro- 
main , et , par conséquent , la naissance de Jésus-Christ , 
se placent dans la deuxième année du règne d' Abgare : 
ce prince mourut donc en l'an 35 ou 36 de J. C. Cette 
date s'accorde avec celle de l'amvée de saint Thaddée 
à Edesse. La Clu-onique syriaque de Denys de Tel- 
Mahar^ attribue à Abgare Ouchoma un règne de trente- 
sept ans et un mois , ce qui revient à peu près à la 
durée qu'assigne à ce règne l'historien arménien; mais, 
selon Denys de Tel-Mahar, Abgare Ouchoma com- 
mença de régner l'an d'Abraham 202/1, qui répond à 
l'an y ou 8 de J. C. et il mourut en l'an 2061 d'Abra- 
ham , dk ou liS de notre ère , c'est-à-dire environ neuf 
ans après l'époque que nous avons indiquée. Cette dif- 
férence provient de ce que le pati'iarche syrien a cru 
qu' Abgare avait régné seulement à Edesse; il l'a, en 
conséquence , désigné comme le successeur immédiat 

' Hist. armen. II, xxx. 

* Asseman. Bihlioth. orient, t. 1 , pag. /iao. — Bayer. Hist. 
osrhoen. p. 9 5. 



PREMIÈRE PARTIE. 133 

de Maanou, fils de Maanou Saféloul , tandis que, selon 
les Arméniens, Abgare avait d'abord régné à Nisibe, 
et n'avait été se fixer à Edesse que plusieurs années 
après son avènement au trône. Comme vraisemblable- 
ment il n'était pas de la race des autres princes d'É- 
desse, on peut croire que, dans l'intervalle, la des- 
cendance de ceux-ci vint à s'éteindre , ou qu' Abgare se 
rendit maîti-e d'Ldesse par la force des armes. Quoi- 
qu'il en soit, on atti^ibuait à ce prince un règne de 
trcnte-buit années comme roi d'Arménie et de l'Adia- 
bène. 11 faudrait donc diminuer de plusieurs années 
son règne à Edesse , et ne le faire commencer, d'après 
la Cbronique de Denys de Tel-Mahar, qu'à l'an y ou 8 
de J. C. pour mettre le récit des bistoriens arméniens 
parfaitement d'accord avec cette cbronique. 

Après la mort d' Abgare, selon ces derniers', son 
royaume fut partagé en deux ; un de ses fils , que Moïse 
de Khoren- appelle Anani ou Ananoun, régna à Edesse , 
et son neveu Sanadroug eut pour sa part l'Aiménie , 
en y comprenant sans doute l'Adiabène et les parties 
montagneuses de l'Arménie habitées par les Curdes. 
Abgare , selon le même Moïse de Khoren , avait piu- 
siem's autres fils. Anani professa d'abord la religion 
chrétienne , mais il ne marcha pas longtemps sur les 
traces de son père -, il persécuta les fidèles , et fit mettre 
à mort Atté, que saint Thaddéc avait sacré évcque 

' Mos. Choren. Hist. arrnen. II, xxxi. 
' Jbid. 



154 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

d'Édesse. Peu de temps après, le fils d'Abgare périt 
par la chute d'une colonne , au moment où Sanadroug 
se préparait à l'attaquer pour soumettre tous les états 
d'Abgare à ses lois. Les habitants d'Édesse envoyèrent 
alors des députés à Sanadroug pour offrir à ce prince 
de lui livrer les trésors royaux et la ville , à condition 
qu'il ne les gênerait pas dans l'exercice de la religion 
clu'étienne. Il accepta ces conditions-, mais, pour n'a- 
voir rien à redouter de la postérité d'Abgare, il fit 
périr tous les mâles de la famille de ce prince ; il n'é- 
pargna que les femmes et la reine Hélène, en mé- 
moire des services que cette princesse lui avait ren- 
dus. Procope ^ nous assm^e , au contraire , qu'Abgare 
eut une nombreuse et puissante descendance ; de son 
côté, Grégoii'e Abou'lfaradj , dans sa Chi'onique sy- 
riaque^, lui donne pour successeur un fds qui , étant 
retombé dans l'idolâtrie, fut fennemi acharné des 
chrétiens , et fit massacrer févêque Atté. Selon Denys 
de Tel-Mahar^, à Abgare succéda son fils Maanou , qui 
régna sept ans, et qui eut pom' successeur son frère 
nommé aussi Maanou; ce dernier, ajoute le patriarche*, 
occupa le trône quatorze ans. Il n'est point question 
ici du roi Izate , successeur de Monobaze , d'après Jo- 
sèphe^, ni de Sanadroug, qui succéda à Abgare selon 

' De bell. persic. II, xii. 

* Ap. Asscman. Bihlioth. orient, t. II, p. Sga. 
Ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. laS et 129. 

* Ibid. p. i3o. — ' Antiq.jud. XX, 1, 3. 



PREMIÈRE PARTIE. 135 

Moïse de Khoren ^ ; il ne s'agit que des princes désignés 
sous les noms que portaient ordinairement les souve- 
rains d'Edesse. Pour faire concorder ces renseigne- 
ments contradictoires , il faut d'abord admettre , avec 
les Arméniens, que le royaume d'Abgare fut partagé 
après sa mort ; il nous restera à démontrer ensuite que 
le Sanadroug de Moïse de Khoren est le même que 
rizate de Josèphe. Le nom de Sanadroug a été porté 
par plusieurs princes arsacides; le plus ancien est un 
roi des Parthes, que Phlégon de Tralles- appelle Si- 
natnicès, et qui mourut dans la clxxvii' olympiade; il 
paraît être le même que le Sintriciis d'Appien^. Lucien* 
fait aussi mention d'un Sinarthoclès , qui mourut à l'âge 
de 9 2 ans et qui régna sur les Parthes ; nous le croyons 
identique avec le roi mentionné par Phlégon et par 
Appien. Comme ce prince vivait plus d'un siècle avant 
le règne du Sanadroug des Arméniens , on ne peut 
admettre l'étymologie que Moïse de Khoren donne du 
nom de ce dernier. L'historien arménien dit^ que Sa- 
nadroug avait eu pour nourrice une dame nommée 
Sanoda, fdie de Piourad, de la race des Pagratides, 
qui, dans un voyage fait en Syrie, à travers les mon- 
tagnes des Curdes, et durant les rigueurs de l'iiiver, 

* Ubi supra. 

* Ap. Phot. DibUoth. cod. 97, p. 8A. 
' De bell. Mithrid. civ. 

* In Macrobiis, S i5. 

* lUst. armen. II, xxxni. 



136 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

avait sauvé la vie à son nourrisson en le tenant sous 
la neige, pendant trois jours, conti^e son sein; c'est de, 
là, ajoute notre historien, que vint à ce prince le nom 
de Sanadroug, qui signifie don de Sanoda. Ce nom 
était fort célèbre et très-répandu chez les Parthes. Selon 
un passage attribué à Dion Cassius et conservé par 
Théodore Métochite \ une partie du royaume d'Armé- 
nie, vers la fin du ii' siècle, fut donnée par Sévère à 
un prince nommé Vologèse, et qualifié fils de Sana- 
trucès, s'il n'y a pas en^eur dans le texte. Il existait 
effectivement, à cette époque, en Arménie, un prince 
appelé Vagharsch ou Vologèse , mais il descendait de 
Sanadroug sans être son fils. Suidas fait aussi mention 
d'un Sanati^ucès , roi des Arméniens , qui paraît être le 
même que celui dont la glorieuse mémoire s'est per- 
pétuée de siècle en siècle chez ses compatriotes, « Ce 
«prince, dit-il-, cjnoique de taille moyenne, avait une 
« âme propre à tout ce qu'il y a de grand ; il fut ex- 
u cellent guerrier, rigide observateiu* de la justice, et 
(( frugal autant que qui que ce soit chez les Grecs et 
« chez les Romains. » Enfin , la Chronique de Malalas^ 
mentionne un roi des Parthes, qui vivait du temps 
de Trajan et qui portait le nom de Sanatricès. Ce 
prince , est-il dit dans le même ouvi'age , fut fait pri- 
sonnier en combattant contre les Romains , et rem- 

' Dion. Cass. Hist. roman. LXXV, ix. 

Sub voc. "S.a.vaTpovHïjs. 
' Pars I, lib. XI. 



PREMIERE PARTIE. 137 

placé par Parthamaspate , que Trajan plaça sur le 
trône. . 

Bien que le nombre des renseignements cpie nous 
possédons sur cette période de l'iiistoirc d'Arménie 
soit très-restreint , et bien que ces renseignements 
présentent entre eux une incohérence apparente , oh 
peut tenir pour certain qu'un prince illustre , nommé 
Sanadroug ou Sanatrucès , régna siu' l'Arménie , ou du 
moins sur une partie de ce royaume. Selon les Ar- 
méniens, il succéda au roi Aligare, qui est le même 
que le roi Monobaze de Josèphe; il n'était donc pas 
roi de toute l'Arménie , mais seulement roi ou plutôt 
principal roi de la Mésopotamie, de l'Adiabène, du 
pays des Gurdes, de toute la partie de l'Arménie qui 
est située vers les sources du Tigre et de l'Euphrate , et 
des contrées qui environnent le lac de Van. Sanadroug 
ou Sanatrucès régna environ depuis l'an 34 de J. C. 
jusqu'en l'année 55. Si Tacite et les autres écrivains 
du temps ne font aucune mention d'un prince de ce 
nom, c'est probablement parce qu'il n'était maîti'e que 
d'une partie de l'ancien royaume de Tigrane : il ne 
possédait pas les rives de l'Araxe , où se trouvaient les 
principales villes du royaume , et dès lors les Romains 
ne le considéraient point comme roi d'Arménie. Il ré- 
sidait à Nisibe , qui redevint alors la capitale d'une por- 
tion, de ses états. Comme Abgare, il avait embrassé 
la religion chrétienne; mais, à cause des grands de 
son royaume , il n'osait professer publiquement cette 



138 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

religion. Il souffrit même que les chrétiens fussent per- 
sécutes dans ses états : l'apôtre Thaddée périt martyr 
dans le canton d'Ardaz, situé dans le Vasbouragan, 
entre le lac de Van et celui d'Ourmiah ; saint Barthé- 
lémy fut martyrisé à Arevpanos , ville bâtie au milieu 
des montagnes des Cui^des. Ces faits, qui sont rap- 
portés par Moïse de Khoren \ prouvent que Sana- 
droug régnait particulièrement dans ces régions , et 
non à Artaxate ou dans l'AVménie septentrionale. Si 
ces derniers lieux lui avaient été soumis, les deux 
apôtres que nous venons de nommer n'am^aient pas 
manqué d'y prêcher la foi , plutôt que de parcourir les 
contrées montagneuses des Curdes. Les pays situés vers 
les sources de l'Euphrate étaient sous la domination 
de Sanadroug, puisque nous voyons, dans Faustus de 
Byzance ^, que ce prince fonda la ville de Medzourk'h 
dans les cantons montagneux et couverts de bois où 
se trouve la source de la partie méridionale de l'Eu- 
phrate actuellement nommée Mourad - tchaï. Nous 
avons dit plus haut que les rois de l'Adiabène possé- 
daient Nisibe, qui autrefois avait fait partie de l'Ar- 
ménie-, nous avons ajouté que le roi Monobaze donna 
à Izate le gouvernement d'une contrée qui faisait par- 
tie du royaume d'Arménie, la province de Carrhes, 
où, du temps de Josèphe, on prétendait qu'il existait 
encore des débris de l'arche. Selon les historiens ar- 

^ Hist. armen. 11, xxxi-xxxiii. 

* Piouzantazan badmouthioun, IV, xiv, p. 180 et 181. 



PREMIERE PARTIE. 139 

méniens, et Moïse de Khoren en pa^ticlllier^ le roi 
Sanadroug n'appartenait à la race des Arsacides que 
par sa mère ; il n'était pas fils du roi Abgare , mais fils 
d'une des sœurs de ce prince nommée Oké ou Ogé. 
Cette dernière assertion ne s'accorde pas exactement 
avec le récit de Josèphe ^, où nous lisons que le roi 
des Adiabéniens , Izate , qui pour nous est le même 
que Sanadroug, était fils de Monobaze. Cependant, 
selon le même historien, il am^ait aussi été le neveu 
du roi Monobaze, la reine Hélène étant femme et 
sœur de ce dernier,- à qui elle donna deux fils, Mono- 
baze et Izate. Monobaze avait eu beaucoup d'enfants de 
plusieurs autres femmes. Les enfants d'Hélène furent 
ceux qu'il aifectionna le plus ; mais il montra une pré- 
dilection particulière pour Izate , ce qui causa beaucoup 
de jalousie à ses autres enfants , surtout à son fils Mono- 
baze. Pour empêcher qu'il n'y eût des troubles dans 
ses états, le roi envoya Izate chez Abennérigus, roi 
de Spasini-Charax. Izate vécut longtemps à la coiu* de 
ce prince ; il épousa sa fille Samache , dont il eut cinq 
enfants^. Pendant son séjour à Spasini-Charax, il fit 
connaissance avec un juif nommé Ananias , qui le 
convertit au judaïsme *. On remarquera ici que ie 
personnage qu'Abgare envoya à Jérusalem pour de» 

' Loc. cit. 

' Antiq. jud. XX, ii, i. 

' Ihid.XX, II, 2. 

* Ibid.XX, n, Zi. 



UO HISTOIRE DES ARSACIDES. 

mander les secours de Jésus-Christ, portait le nom 

d'Anan ^ 

Peu de temps avant sa mort, le roi Monobaze I" 
rappela auprès de lui Izate. La reine Hélène, assure 
Josèplie^, avait alors embrassé la religion juive, ce 
qui doit s'entendre de la conversion de cette princesse 
au christianisme , et ce qui s'accorde fort bien avec la 
conversion d'Abgare. C'est après le retour d'Izate que 
Monobaze, comme nous l'avons dit, lui confia le gou- 
vernement d'une province de l'Arménie; et nous lisons , 
en effet, dans Moïse de Rhoren^, que saint Thaddée , 
après avoir baptisé Abgare, alla, muni des lettres de 
ce prince, trouver Sanadroug, qui avait le comman- 
dement des ti'oupes et fadministration du pays. 

Quoique Josèphe affirme cpie le successeur de Mo- 
nobaze ou d'Abgai^e était à la fois son fils et son neveu , 
on peut douter qu'Izate fût fils de ce prince et de sa 
prétendue sœur la reine Hélène. S'il avait eu la double 
qualité que lui reconnaît l'historien juif, ses parents 
auraient pu, sans blesser les droits de leurs auti*es en- 
fants, le déclarer héritier du trône, au lieu de f éloi- 
gner de la cour. Il est beaucoup plus probable , comme 
l'assurent les historiens d'Arménie, qu'Izate était fds 
d'Oké ou Ogé, sœur du roi Monobaze, et que ce der- 
nier prince et la reine Hélène eurent pour lui une af- 

^ Mos. Choren. Hist. armen. II, xix. 
' Ubi supra. 
Ilisl. urmcn. H, xxx. 



PREMIÈRE PARTIE. 141 

fection toute particulière, qui excita naturellement la 
jalousie de leurs propres enfants. Aussi avons-nous vu , 
dans Moïse de Khoren , que , lorsque Sanadroug , c'est- 
à-dire Izate , s'empara d'Edesse et fit périr les enfants 
d'Ahgare, il épargna Hélène et les femmes de la famille 
royale, en considération des services que la reine lui 
avait rendus; il abandonna même à cette princesse 
la possession de la ville de Carrhes ou Harran, avec 
la plus gi'ande partie de la Mésopotamie. Il paraît, 
quoique l'histoire ne le dise point , que , pour la même 
raison, Sanadroug ou Izate épargna aussi Monobaze, 
fds de la reine Hélène, puisqu'il choisit ensuite ce 
prince pour son successeur. L'ingratitude de Sana- 
droug envers son bienfaiteur et le désii' qu'avait Hélène 
de pratiquer ouvertement la nouvelle religion qu'elle 
avait embrassée , inspirèrent à cette princesse , avons- 
nous dit, la résolution d'aller habiter Jérusalem; mais 
il est vraisemblable que le premier de ces deux motifs 
fut celui qui l'y détermina plus particulièrement , 
puisque , selon Josèphe , nous le répétons , elle re- 
tourna dans l'Adiabène après la mort d'Izate , et y fixa 
sa résidence auprès de son fils Monobaze II. On com- 
prend que si le roi Izate eût été son fils, elle n'aurait 
pas eu de raison plausible pour s'exiler de son pays 
et y revenir après la mort de ce prince. Josèphe, 
trompé par l'affection que le roi Monobaze I" et la 
reine Hélène avaient pour Izate, a cru qu'il était, non- 
seulement leur neveu, mais leur fils, et que Monobaze 



142 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

avait épousé sa sœur, suivant l'usage établi dans plu- 
sieurs cours de l'Orient. Un dernier fait, que nous 
allons rapporter, achèvera de montrer qu'Izate n'ap- 
partenait point à la postérité masculine des Arsacides. 
Plusieurs des grands de son royaume , mécontents de 
ce qu'il professait une autre religion que celle de l'état, 
se révoltèrent et se joignirent à un prince arabe ap- 
pelé Abia. Les rebelles furent vaincus; Abia et ses 
partisans se réfugièrent dans la forteresse d'Arsam, 
où ils se donnèrent la mort. Cette forteresse est sans 
doute la ville d'Arsamosate; et, pour le dire en pas- 
sant, nous pourrions en conclure, si nous ne l'avions 
déjà établi, que les rois de l'Adiabène possédaient une 
grande partie de l'Arménie. Les rebelles ne perdirent 
cependant pas courage; ils demandèrent du secours 
à Vologèse, roi des Parthes, et le prièrent de leur 
donner un prince qui fût de la race des Arsacides, 
ce qui prouve incontestablement qu'aux yeux de ses 
propres sujets Izate ne passait pas pour appartenir, par 
sa naissance, à cette race. 

Nous n'avons point expliqué jusqu'à présent pour- 
quoi le prince que Josèphe nomme Izate est appelé par 
les Arméniens Sanadi'oug. Nous devons dire que ce 
dernier nom est le véritable , et que nous regardons le 
premier comme un titre honorifique. On sait que, chez 
les Arsacides et dans la plupart des familles princières 
de l'Orient , il y avait des noms communs , qui apparte- 
naient à tous les individus d'une même famille, et des 



PREMIERE PARTIE. 143 

noms qui étaient particuliers à chaque race ; du nombre 
de ces derniers sont ceux de Maanou et d'Abgare que 
portaient les princes édesséniens , et qui , se présentant 
fréquemment dans l'histoire , contribuent à y jeter 
beaucoup d'obscurité. De plus , à l'exemple des succes- 
seurs d'Alexandre, les princes orientaux prenaient une 
grande quantité de titres honorifiques, qui se voient 
fréquemment sur leurs médailles. Outre le titre de 
grand roi ou de roi des rois , la qualification qu'ils s'at- 
tribuaient plus particulièrement était celle de dieu ou 
divin. L'histoire nous a conservé le souvenir de plu- 
sieurs princes qui, sans scrupule, avaient pris ce der- 
nier surnom. Nous avons déjà parlé d'un roi d'Édesse 
appelé Maanou et surnommé Alaha ou Aloho , c'est- 
à-dire dieu. Il existe des médailles qui décernent le titre 
de dieu à Tigrane et à Phraate , roi des Parthes. Les 
monuments élevés par les rois sassanides, où se lisent 
des inscriptions grecques, nous apprennent que ces 
princes prenaient aussi fce titre, et qu'ils y joignaient 
celui de descendant des dieux. L'appellation Izate nous 
semble être un titre de cette nature , c'est-à-dire le nom 
même de dieu en persan , i>jl iezd; on l'écrit avec un 
alif, qui disparaît dans la prononciation, mais que les 
Syriens ont conservé dans la transcription de ce nom. 
Denys de Tel-Mahar^ écrit en syriaque le nom d'I- 
zate ^^i Aïazeih. Le mot iezd se retrouve dans les 
langues zende et pehlvie, diversement orthographié, 
' Ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. 1^7 et i48. 



U4 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

et il entre dans la composition d'un grand nombre de 
noms persans, tels quizdedjerd, Izdigoune, Izdibou- 
zid , etc. On ne peut pas s'étonner de voir un prince 
de l'Adiabène porter un titre persan, car, à cette 
époque , la langue en usage dans ce pays devait être 
un idiome mélangé d'arabe et de persan. La langue 
des Kurdes , que 1,'on sait y être actuellement répan- 
due, offre précisément ce mélange. 

La coïncidence et la ressemblance frappante des 
faits attribués à Izate , roi des Adiabéniens , et à Sana- 
droug, roi d'Arménie, nous ont autorisé à dire que 
ces deux princes sont un seul et même personnage. 
Nous croyons pouvoir avancer aussi que ce person- 
nage royal était très-proche parent d'Izate, roi d'Édesse, 
dont les Syriens ont conservé le souvenir; car la 
Chronique de Denys de Tel-Mahar^ nous apprend 
qu'en l'an d'xAbraham 2 i o i , 85 ou 86 de J. C. un fils 
d'Izate [Aïazeth), nommé Abgare, monta sur le trône 
d'Edesse et roccuj)a six ans eï neuf mois; elle ajoute- 
qu'un autre fils d'Izate, appelé Maanou, fut roi d'É- 
desse l'an 2 1 1 4 d'Abraham, 98 ou 99 de J. C. et qu'il 
régna seize ans et huit mois. Si ces faits ne démontrent 
pas qu' Izate appartenait à la même race que les rois 
d'Edesse, ils établissent du moins une très-forte pré- 
somption en faveur de fopinion que nous soutenons; 
car il n'est presque pas permis de douter que ces der- 

Ubi supra. 
' Ibid. p. iZi8 cl 1^9- 



PREMIERE PARTIE. U5 

niers rois ne fussent d'origine arménienne, comme 
nous l'avons déjà dit. Un passage de Dion, rapporté 
par Théodore Métochite et cité plus haut ^ nous 
prouve que les souverains de ce pays et de la Méso- 
potamie portaient des noms arméniens 

Arbandès est certainement le même nom que 
celui d'un prince arménien appelé Érovant, dont nous 
allons bientôt parler. Le nom de Sborace, prince d'An- 
thémusia , est identique avec celui d'Asbouragès , que 
portait un patriarche arménien qui vivait vers la fin 
du iv*^ siècle. 

Selon Josèphe , le roi Izate régna vingt-quatre ans , 
et , d'après Moïse de Khoren et les historiens qui l'ont 
suivi , le règne de Sanadroug fut de trente années. Le 
témoignage du premier de ces écrivains nous paraît 
mériter la préférence, d'abord parce qu'il est plus 
ancien, et ensuite parce qu'il s'accorde mieux avec la 
série générale des faits. Nous avons vu que le roi Ab- 
gare ou Monobaze avait cessé de régner trente-cinq ou 
trente-six ans après la naissance de J. C. En l'an lii, 
au commencement du règne de Claude, Izate régnait 
déjà sur les Adiabéniens , au rapport de Josèphe-. 
Le roi des Parthes , chassé par ses sujets révoltés , vint 
à cette époque lui demander un asile. Izate reçut avec 
les plus grands honneurs le prince fugitif, lui fournit 

' Voy. ci-dessus, p. i36. 

* Joseph. Antiq. jud. XX, ii, i-li. 



146 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

des secours et le replaça sur son trône. En récompense 
de cet important service, Artaban donna à Izate le 
territoire de Nisibe , qu'il avait enlevé au roi d'Armé- 
nie, et lui permit de porter la tiare, comme les rois 
parthes, et de se coucher sur le lit ou trône d'or, hon- 
neur qui était exclusivement réservé aux grands rois\ 
Dans le cours de l'année /ly, Bardane, fils d' Artaban, 
engagea Izate à faire avec lui la guerre aux Romains^, 
et, sur son refus, voulut la porter dans ses états. Deux 
ans après, le prince adiabénien était l'allié de Gotarzès , 
frère de Bardane et adversaire de Méherdate, que les 
Romains désiraient placer sur le trône des Parthes. Izate, 
n'osant pas se montrer ouvertement l'ennemi des Ro- 
mains, feignit d'abord d'être favorable aux prétentions 
de Méherdate, mais il le trahit bientôt pour passer 
dans le parti de Gotarzès, Il régnait encore du temps 
deVologèse, qui monta sur le trône vers l'an 5o , puis- 
que ses sujets les Adiabéniens, s'étant révoltés contre 
lui, implorèrent l'assistance du prince parthe. Izate, 
si nous nous en rapportons à Josèphe ^, ne voulut pas 
que ses enfants montassent sur le trône après lui; il dé- 
signa pour son successeur le prince Monobaze, fds de 
la reine Hélène, et qui , selon cet écrivain , aurait été 
frère d'Izate , mais qui n'était réellement que son cou- 
sin. Nous trouvons, en effet, après le temps dont 
nous venons de parler, un roi des Adiabéniens appelé 

' Joseph. Antiq. ju(J. XX, m, i-3. — * Ihid. XX, m, 4- 
— ' Jbtd. XX, IV, 3. 



PREMIERE PARTIE. 147 

Monobaze. La première fois qu'il est question de ce 
prince, c'est en l'an 61 de J. C. A cette époque , il en- 
gage le roi des Parthes à faire la guerre aux Romains, 
parce que leur tributaire Tigranc, roi d'Arménie, avait 
attaqué ses états. Monobaze, à la tête d'une armée 
partbe , vient assiéger Tigranocerte , mais ne peut la 
prendre. C'est donc entre les années 5o et 6 1 de notre 
ère qu'il faut placer la date de la mort du roi Izate. Si 
depuis l'an 35 ou 36, époque de la mort d'Abgare, 
nous comptons vingt-quatre années , nombre indiqué 
par Josèphe ^ pour la durée du règne d'Izate , nous trou- 
vons que ce dernier prince aurait cessé de vivre en 89 
ou en 60. Nous ne voyons aucune raison de rejeter 
cette date; elle s'accorde fort bien avec la série des 
faits. 

Le roi Monobaze 1" ou Abgare possédait l'Adia- 
bène et une portion de l'Arménie avec la Mésopota- 
mie ; il résidait à Edesse. Après sa mort , ses états furent 
partagés : Izate , son neveu et son fils adoptif , conserva 
l'Arménie , qui lui avait été donnée du vivant de son 
oncle, et il obtint , de plus , l'Adiabènc ; un fils d'Agbare 
fut maître d'Edesse. Denys de Tcl-Mahar ^ l'appelle 
Maanou; les Arméniens, qui le nomment Anané ou 
Ananoun, ne nous disent pas combien de temps il 
régna à Edesse. Les Syriens assignent à son règne 
une durée de sept ans , ce qui n'est pas hors de vrai- 
semblance. Il aurait ainsi cessé de régner vers l'an 4 2 

' Antiq.jud. XX, iv, 3. — ' Ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. 12 5. 

10. 



148 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

ou Zi3 de J. C. et non en l'an 55 , comme le prétend 
Denys de Tel-Mahar ^ , qui a trop prolongé la vie 
d'Abgare. Après la mort du fils de ce dernier, la 
ville d'Edesse, selon les Arméniens^, tomba au pou- 
voir de Sanadroug-, cependant, il ne paraît pas que 
ce prince y ait exercé une autorité immédiate; car 
nous voyons, par le témoignage de Tacite^, qu'il y 
avait, en l'an 49, à Edesse, un prince nommé Ab- 
gare ou Acbare , qui , de concert avec Izate , trahit 
Méherdate. Selon Denys de Tel-Mahar*, Maanou, 
fds d'Abgare, après un règne de sept ans, fut rem- 
placé par son frère , qui portait le même nom et qui 
régna quatorze ans. La confusion des noms ne nous 
an^êtera pas, car nous savons qu'Abgare et Maanou 
étaient des appellations communes aux princes d'E- 
desse. Le Maanou des Syriens nous paraît être le 
même prince que le Monobaze de Josèphe, qui suc- 
céda à Izate. Nous voyons dans fhistorien juif ^ que ce 
dernier, qui avait reçu du roi Monobaze I**^ le gouver- 
nement d'une partie de l'Arménie , ne se trouvait 
point dans la résidence royale au moment de la mort 
de son père par adoption. La reine Hélène rassembla 
les grands de l'état, confia provisoirement les rênes 

' Ap. Bayer, Hist. osrhoen. p. 126. 

* Mos. Choren. Hist. armen. II, xxxn. 
^ Annal. XII, xn, lA- 

* Ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. 129 et i3o. 
^ Antiq.jud.XX, n, i-3. 



I 



PREMIÈRE PARTIE. 149 

du gouvernement à son fils Monobazc, et lui remit 
même tous les insignes de la royauté pour s'en servir 
jusqu'au retour d'Izate. Outre Monobaze, le feu roi 
avait laissé plusieurs fils , dont on craignait les préten- 
tions et l'ambition. Pom' se délivrer de toute crainte, 
les grands voulaient les faire périr, mais la reine ne 
permit pas qu'on le fît sans le consentement d'Izate. 
Ce fut pendant ce temps, sans doute, qu'un de ces 
jeunes princes s'empara du trône d'Edesse, ce qui nous 
porterait à croire que le roi Monobaze 1" ne momut 
point dans cette ville. Son fils Monobaze , se conformant 
à sa volonté, remit la couronne à Izate , et le servit 
toujours avec fidélité. Nous pensons qu'après la mort 
de Maanou, Izate, pour récompenser le fils d'Hé- 
lène et reconnaître les services de cette princesse , le 
créa souverain d'Edesse sous sa suzeraineté ; rien ne 
semble contrarier une telle supposition , surtout si l'on 
remarque que, plus tard, Izate institua Monobaze son 
héritier, au préjudice de ses propres enfants. Pendant 
qu'il était sur le trône, il éloigna de la cour la plupart 
de ses fils, et les envoya auprès de la reine Hélène, 
à Jérusalem, où ils se trouvaient encore lorsque Titus, 
en l'année 70 , fit la conquête de cette ville. Le 
singulier usage que la plupart des rois de l'Orient 
avaient d'éloigner leurs enfants, venait sans doute de ce 
que la succession à la com'onne n'était pas réglée par 
des lois, ou par des coutumes ayant force de loi. On 
sait, d'après le témoignage des auteurs anciens, que. 



150 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

dans les diverses souverainetés arsacides, les grands 
avaient beaucoup de pouvoir. Aussi , quels troubles ne 
devaient pas éclater dans l'état , lorsqu'à la mort du 
roi il s'agissait de choisir un autre souverain entre 
une foule d'enfants nés de diverses femmes, et tous 
ayant un droit égal à la couronne ! Souvent même ces 
princes, parleur nombre et leur puissance, devenaient 
dangereux pour leur père, ou pour leurs frères; et 
l'on vit plusieurs fois les rois parthes envoyer leurs 
enfants ou leurs frères, soit à Rome, soit ailleurs, en 
apparence comme otages , mais réellement pour pré- 
server leurs états des troubles qu'aurait rendus inévi- 
tables la seule présence de ces princes au milieu de 
populations extrêmement remuantes et toujours dis- 
posées à se laisser diriger par une multitude de sei- 
gnem^s puissants et ambitieux. Lorsqu'en l'an 66 Tiri- 
date, frère de Vologèse, roi des Parthes, vint à Rome 
recevoir de Néron la couronne d'Arménie , il amena 
avec lui ses enfants , et ceux de Vologèse, de Pacorus, 
roi des Mèdes, et de Monobaze II, roi des Adiabé- 
niens ^ 

Denys de Tel-Mahar^ donne à notre Monobaze ou 
Maanou, frère de Maanou et fils d'Abgare, un règne 
de quatorze ans. Si nous comptons ce nombre d'an- 
nées à partir de l'an 62 ou A 3, date que nous avons 
assignée à la fin du règne de Maanou , nous trouverons 

' Dion Cassius, Hist. roman. LXIII, i. 
* Ubi supra. 



PllEMlKUl": PAHTIE. 151 

que le règne de Monohaze II dut se terminer en l'an 56 
ou 5 y, ce qui ne s'accorde pas avec les renseignements 
liistoriquos que nous possédons sur ce personnage-, car 
ils nous ont déjà appris que Monol)azc 11 succéda à Izate 
vers l'an Sg ou 6o, au plus tard, et qu'en 6i il assié- 
geait Tigranocerte avec une armée parthe. Deux ans 
après, il accompagna le roi des Parthes Vologèsc à 
une entrevue que ce prince eut avec Gorbulon. Nous 
venons de voir enfin qu'en l'an G G Tiridate , frère de 
Vologèse, amena à Uome les enfants de Monobaze; 
ajoutons que c'est la dernière fois qu'il est fait mention 
de Monobaze II dans l'histoire. Ainsi , c'est au moins 
jusqu'à cette époque qu'il faut prolonger son existence. 
Si nous partons de l'an 4 2 ou /jo , époque de la mort 
de son frère Maanou , et si nous supposons qu'immédia- 
tement après Izate l'ait créé prince d'Edessc , il y aura 
entre cette date et l'année 66 un espace de vingt-quatre 
ou vingt-trois ans , ce qui excède de dix ou de neuf ans 
la dm'ée assignée par Denys de Tcl-Mahar à la royauté 
de Monobaze. Nous avons déjà dit que, depuis la mort 
d'Abgare , Izate ou Sanadroug avait régné vingt-quatre 
ans. En donnant à Monobaze II, qui lui succéda incon- 
testablement sur le trône de l'Adiabène, sept ans de 
règne au moins , et on ne peut pas faire autrement , car 
Tacite , Dion Gassius et Josèphe attestent son existence 
à cette époque, nous aurons un intervalle de trente et 
un ans. Si maintenant nous retranchons de ce nombre 
sept années pour le règne du premier Maanou à Edesse , 



\ 



152 HISTOmE DES ARSACIDES. 

il nous restera justement vingt-quatre ans pour la pé- 
riode de la vie de Monobaze qui comprend le temps 
où il vivait comme serviteur du roi Izate, et le temps 
que dura son règne dans l'Adiabène. Le récit de Denys 
de Tel-Mahar, en apparence contradictoire avec ce cal- 
cul , ne l'est cependant pas réellement ; car nous savons 
déjà qu'il avait pris l'époque où le roi Abgare fixa sa 
résidence à Edesse pour celle du commencement de 
son règne, ce qui fait une différence de dix ou onze 
ans à retrancber de la durée du règne de son deuxième 
lils Monobaze. Or, selon Denys de Tel-Mahar lui- 
même , ce prince cessa de régner en l'an d'Abraham 
2081, qui répond aux années 65 ou 66 de J. C. et 
c'est précisément l'époque que nous avons assignée à 
cet événement. On doit croii'e qu'après la mort de 
Monobaze II et de son fils Abgare, qui lui succéda, 
les enfants d'Izate, qui avaient été élevés à Jérusalem , 
revinrent dans la Mésopotamie ou l'Adiabène, puisque 
nous voyons figurer deux d'entre eux dans la liste des 
rois d'Édesse. Titus les prit à Jérusalem et les amena 
à Rome; il est probable que plus tard ils furent établis 
dans le royaume de lem' père par la puissance des 
Romains. 

Selon Moïse de Khoren\ Sanadroug, qui pour nous 

est rizate de Josèphe , fut tué à la chasse par hasard ; sa 

mort, dit l'historien arménien, fut suivie de très-grands 

troubles ; un prince du nom d'Erovant , qui était issu 

Hist. armen. II, xxxin, xxxiv. 



PREMIÈRE PARTIE. 153 

de la race des Arsacides par les femmes , et qui tenait 
un rang distingué parmi les généraux de Sanadroug, 
s'empara du pouvoir; il se fit décerner la com*onne 
par les grands de l'état, bien qu'aucun prince de la 
race des Pagratides, à qui appartenait le droit de cou- 
ronner les rois , ne voulût lui metti'e le diadème sur 
la tête. Pour n'avoir à redouter aucun prétendant, 
Erovant fit périr tous les enfants de Sanadroug. Un 
seul d'entre eux , appelé Ardaschès , fut sauvé par sa 
nourrice; elle s'enfuit avec lui dans le pays de Her, 
situé vers le lac d'Ourmiah , et s'y cacha chez des ber- 
gers; puis elle fit connaître son asile à Sempad, fils 
de Piourad, de la race des Pagratides, qui possédait 
la province de Sber, dans l'Arménie septentrionale, 
et qui avait été chargé , par le roi Sanadroug , du soin 
d'élever son fils. Sempad se mit aussitôt en devoir 
d'aller chercher fenfant royal, et parvint à le conduire 
secrètement jusqu'à la cour du roi des Parthes. Ce 
monarque, qui est appelé, par Moïse de Khoren ^, 
Darèh ou Darius, reçut avec les plus grands honneurs 
le prince arménien et le fils de Sanadroug, leur 
donna deux provinces désignées sous les noms de 
Pad et dOz, et fit élever le jeune Ardaschès avec ses 
enfants. Erovant, dont l'affermissement sur le trône 
trouvait un grand obstacle dans les droits du fils de 
Sanadroug, écrivit au roi des Parthes pour l'engager 
à lui livrer ce jeune prince , alléguant que cet enfant 
' Hist. armen. II, xxxiv. 



154 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

avait pour père un Mède obscur, et que Sempad le 
faisait passer pour îe fils de Sanadroug, afin de se 
ménager plus tard le moyen de s'emparer de la cou- 
ronne. Cette demande n'eut pas un heureux succès : 
le roi des Parthes refusa de livrer le prince fugitif. 
Mécontent de ce refus, Érovant fit alliance avec les 
Romains, se reconnut leur tributaire, et leur céda la 
possession de la MésoiJOtamie. Après avoir régne 
vingt ans, il périt en combattant Ardascbès, qui, sou- 
tenu par les Parthes, se rendit maître de l'Arménie. 
Si l'on suppute les années du règne de ce prince et 
de ses successeurs, en remontant depuis l'époque 
de l'avènement de Chosroès I", qui eut lieu en l'an- 
née 198 de J. C. on trouve qu'Ardaschès dut com- 
mencer de régner l'an 88; et si l'on retranchait de 
ce nombre les vingt années du règne d'Erovant, on au- 
rait, pour l'époque de l'avènement de cet usurpateur, 
l'an 68, Entre cette date et l'an 60 ou Sg, époque de 
la mort de Sanadroug, il y a un intervalle de huit ou 
neuf ans qui se trouve rempli par le règne de Mono- 
baze II , que les Arméniens ne connaissent point , et par 
les troubles qui, selon eux, suivirent la mort de Sana- 
droug. Faute d'avoir connu tous les faits, ou de les 
avoir examinés avec attention, les historiens arméniens 
ont donné à Sanadroug pour successeur immédiat, 
après les troubles, l'usurpateur Érovant, prolongeant 
ainsi de plusieurs années la vie du premier de ces 
deux princes. 



PREMIÈRE PARTIE. 155 

Pour se débarrasser des craintes qu'en Orient les fils 
de roi inspiraient toujours à leur père, lorsqu'ils attei- 
gnaient l'âge viril, Izate, comme il a été dit plus haut, 
avait envoyé ses enfants mâles à Jérusalem. Ils étaient 
nés, avant son avènement au trône, de son mariage 
avec Samache , fille d'Abennérigus, roi de Spasini- 
Cbarax^ Pendant les trente années qui s'étaient écou- 
lées depuis l'exil de ses fils , il avait eu de ses autres 
femmes plusieurs enfants , et nommément Ardaschès. 
Aucun d'eux, lorsqu'il mourut, n'était probablement 
en âge de prendre les rênes du gouvernement-, et cette 
circonstance am'a déterminé Izate à laisser la cou- 
ronne à Monobaze, qui était devenu son frère depuis 
qu'Abgarc favait adopté pour fils. Peut-être Izate ré- 
serva-t-il les droits des enfants dont nous venons de 
parler. Mais il paraît certain que ces divers arrange- 
ments ne plurent pas aux grands de l'état, qui même 
n'avaient pas besoin de ce prétexte pour se révolter, 
la mort d'un roi étant toujours suffisante en Orient 
pour amener de grands troubles. Nous pouvons pré- 
sumer, en conséquence , qu'on ne voulut reconnaître 
ni f autorité de Monobaze, ni les droits des enfants de 
Sanadroug; et cette conjectm'e nous explique pour- 
quoi fétat resta en proie à des guerres civiles pendant 
les années qui s'écoulèrent entre la mort d'izate ou 
Sanadroug et favénement d'Erovant. Celui-ci, profi- 

' Joseph. Antiq. Jud. XX, ii, i. 



156 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

tant de cet état de choses , parvint à se faire déclarer 

roi. 

Les historiens grecs ou romains ne parlent aucune- 
ment de ce prince ; mais ce n'est pas une raison de ré- 
voquer en doute son existence; l'histoire de l'Orient 
et des Arsacides en particulier, depuis la mort de 
Néron, a été fort peu connue des écrivains occiden- 
taux dont les ouvrages nous restent. Le nom d'Ero- 
vant était commun parmi les princes arsacides , et n'est 
pas resté inconnu à ces écrivains; car, selon Dion Cas- 
sius\ le fds d'Abgare [Aîjyapos) , roid'Édesse, qui vivait 
du temps de Trajan, s'appelait Arbandès, et ce nom 
ressemble, autant que le permet la différence des 
langues, à celui d'Erovant, qui est la forme armé- 
nienne. Il paraît qu'en usurpant la dignité royale, 
Érovant ne put se faire reconnaître souverain que de 
la portion de l'Arménie qui avait été soumise à 
Izate. LAdiabène et la Mésopotamie restèrent entre 
les mains des descendants de Monobaze, et, depuis 
cette époque , continuèrent à être gouvernées par des 
princes particuliers. En l'an 66, un prince nommé 
Abgare,fils de Maanou ou Monobaze, monta sur le 
trône d'Edesse , et régna vingt ans , selon Denys de 
Tcl-Mahar ^, Il fut remplacé, en 86 , par Abgare , fds 
d'Izate, qui régna six ans et neuf mois ^. Celui-ci était, 

* Hist. roman. LXVIII, xxi. 

* Ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. i3o. 
' Ibid. p. ili'j. 



PREMIÈRE PARTIE. 157 

sans doute , du nombre des princes que leur père avait 
exilés à Jérusalem et qui furent ensuite conduits à 
Rome par Titus. Sa mort fut suivie de troubles qui 
durèrent deux années, et à la suite desquels un per- 
sonnage nommé Parnataspate, dont l'origine nous est 
inconnue, devint roi en l'an gâ ^i il régna trois ans et 
dix mois, et fut remplacé, en 98, par un autre Parna- 
taspate, surnommé le Jeune ^. Ce nouvel usurpateur 
ne régna que dix mois; il eut pour successeur un fils 
d'izate, appelé Maanou, qui régna seize ans et huit 
mois^. Ce dernier prince mourut donc en l'an 1 1 5 
ou 1 1 6, sous le règne de l'empereur Trajan. Selon la 
chronique de Malalas^ et les Actes du martyre de saint 
Ignace ^, Trajan se trouvait, au commencement de l'an 
107, à Antioche, 011 il se préparait à combattre les 
Parthes. Dion Cassius^, de son côté, dit que le roi 
d'Édesse, Abgare, père d'Arbandès, avait envoyé des 
présents à l'empereur avant que ce prince eût fait son 
entrée dans Edesse; il s'était toutefois abstenu d'aller 
le trouver en personne, car il redoutait également 
les Parthes et les Romains; et, ne sachant à qui 
serait la victoire , il cherchait à rester neutre sans mé- 

' Ap. Bayer. Hist. oshroen. p. i48. 

" Ibid. ibid. 

' Ibid. ibid. 

* Chronogr. XI, p. 272 , lin. 2 i ; éd. Bonn. 

' Acta SS., t. I, Februar. pag. 19, B, CD; pag. 29, C. 

° Loc. cit. 



158 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

contenter trop l'empereur, qui pouvait, d'un moment 
à l'autre, faire une invasion sur son territoire. Trajan 
ayant séjourné longtemps dans l'Orient, le roi d'É- 
desse continua, de temps à autre, de lui donner des 
marques de sa soumission, et l'empereur témoigna 
à son fils Arbandès une amitié toute particulière. Cet 
Abgare est certainement le même que le Maanou ou 
Mannus qui régna depuis l'an 99 jusqu'à l'an 1 1 5, selon 
Denys de Tel-Mahar^ Après avoir soumis l'Arménie, 
Trajan vint à Edesse, où il traita fort amicalement le 
roi Abgare ^, qui , cette fois , persuadé par Arbandès , 
était allé à la rencontre de l'empereur, avec de riches 
présents en armes et en chevaux. Trajan ne voulut 
accepter que les cuirasses. 

Il continua sa marche , pour aller attaquer l'empire 
des Parthes, et fut accompagné par Abgare. Nous 
voyons au moins que le roi d'Edesse se trouvait avec 
lui aux environs d'Anthémusia^, ville de Mésopotamie 
située non loin de l'Euphrate , au sud-ouest d'Edesse. Il 
paraît que, dans cette expédition, Trajan, pour péné- 
trer dans l'intérieur 'de l'empire parthe , suivit les rives 
de l'Euphrate, comme Julien le fit après lui. Avec Le 
Nain de Tillemont*, nous distinguons deux expéditions 

' Ap. Bayer. Hist. osrhoen., p. 1 62 et 1 53. 
^ Dion Cassius, Ilist. roman. LXVIII, xxi. — Suidas, siib 
voc. ÉSecrca. 

' Suidas, sah vocih. AvÔs^ois , cl 1r(pi}y>j(T0VTa,i. 
Hist. (les cmper. , t. II, p. 198. 



PREMIÈRE PARTIE. ^ 159 

de Trajan dans l'Orient , et noiis croyons que ce fut à 
la seconde seulement que cet empereur conquit l'Adia- 
bène, après avoir attaqué le royaume des Parthes par 
la Mésopotamie. 11 traversa cette dernière province, 
passa le Tigre vers Ninive, et suivit le cours du fleuve 
vers le midi jusqu'à Gtésiphon. La route de son armée, 
dans cette seconde enti'eprise, est assez bien tracée 
pour que nous puissions attribuer à la première expé- 
dition la prise d'Anthémusia, ville qui, par sa position, 
ne devait pas être attaquée dans le cours de la seconde. 
C'est presque uniquement par les extraits et les frag- 
ments qui nous restent de Dion Cassius, que nous 
connaissons la guerre de Trajan contre les Parthes. 
Ces documents nous ayant été conservés par diffé- 
rents auteurs , qui les ont plus ou moins abrégés , 
plus ou moins altérés, et qui smtout ont rarement 
pris le soin de les ranger selon l'ordre chronologique , 
il devient très-difficile de déterminer la place qu'oc- 
cupait primitivement chacun de ces documents dafis 
l'ouvrage de Dion Cassius, De là résulte une grande 
incertitude quant à la succession des faits, quelque 
soin qu'on puisse metti^e à les recueillir et à les 
classer. 

Il paraît que c'est en l'an i i5 que Trajan com- 
mença sa seconde expédition dans l'Asie occidentale; 
il se dirigea vers le nord. Le premier royaume qu'il 
attaqua, après avoir traversé la Mésopotamie, fut 
l'Adiabène, nous l'avons déjà dit. Ce royaume étail 



160 . HISTOIRE DES ARSACIDES. 
alors possédé par un prince appelé Mébarsape^ issu, 
sans doute , de la même race que Monobaze , dont nous 
avons si longuement parlé. Lorsque le roi des Adiabé- 
niens apprit que Trajan s'approcbait de ses états, il fit 
semblant de reconnaître sa domination , et lui demanda 
un corps de troupes pour l'aider à combattre le roi des 
Parthes. L'empereur lui envoya quelques soldats com- 
mandés par un centurion nommé Sentius. Ils furent 
déclarés jDrisonniers et renfermés dans la forteresse 
d'Adénystres. Dion Cassius, en rapportant ce fait^, dit 
aussi que Mannus, qu'il qualifie prince des frontières 
de l'Arabie , envoya des troupes au secours de Mébar- 
sape^ qui, sans doute, avait à redouter la vengeance 
de Trajan. Ce Mannus était probablement un prince 
édessénien, et nous paraît identique avec Maanou, 
fds du Maanou appelé Abgare ou Avgare par le même 
historien. Selon Denys de Tel-Mahar ^, ce dernier 
prince, dont il a déjà été question, monta sur le 
trône d'Édesse en l'an 1 1 5 , et , après avoir régné 
vingt-trois ans, fut contraint de se réfugier chez les 
Romains. Un passage attribué par Suidas ^ à Arrien, 
mais qui semblerait plutôt avoir été extrait de Dion 
Cassius, fait mention d'un Manam ou Mannus. Malgré 



*o* 



' Dion Cassius, Hist. roman. LXVIII, xxii. 

'' Ibid. 
' Ibid. 
Ap. Bayer. Hist. osrhoen. p. 162 et i53. 

Sub vocib. kiis)(<i)prf(7ev, às^iôs, et Màvror. 



PREMIERE PARTIE. 161 

la brièveté et les variantes de ce court fragment, on 
serait tenté de supposer qu'il se rapportait à l'inaugu- 
ration d'un roi d'Edesse placé sur le trône par Trajan, 
ce qui concorderait fort bien avec l'époque du passage 
de l'empereur à Édcsse lors de son expédition contre 
les Parthes. Les Romains que le roi de l'Adiabène 
avait renfermés dans la forteresse d'Adénystres par- 
vinrent à se délivrer, à se rendre maîtres de la place , 
et à y inti'oduire les troupes de Trajan , qui s'étaient 
avancées ^ Singara, qui appartenait au roi de l'Adia- 
bène, fut prise sans coup férir, ainsi que quelques 
autres villes, par le général Lusius^. Edesse, Nisibe, 
Séleucie, après avoir été assiégées, tombèrent égale- 
ment au pouvoir des Romains^. On voit ainsi, comme 
nous l'avons déjà dit, que le royaume de l'Adiabène 
comprenait des pays situés sur les deux rives du 
Tigre et une partie de la Mésopotamie. Après ces 
conquêtes, Trajan passa le fleuve, et se dirigea vers 
la capitale de l'empire des Parthes , Ctésiphon , où il 
posa la tiare royale sm* la tête de Parthamaspate^. 
Depuis ce temps, il n'est plus question des princes 
de l'Adiabène ; mais on doit remarquer qu'à l'époque 

' Dion Cassius , loc. cit. 

' Id. ibid. 

' Id. LXVm, XXX. 

* Id. ibid. — Le souvenir de ce fait s'est aussi perpétué jus- 
qu'à nous par un grand bronze dont un exemplaire se conserve 
au cabinet des médailles de la Bibliothèque royale. 



162 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

dont il vient d'être question ils avaient encore des 
rapports très -intimes avec les princes d'Edesse , et que 
leur puissance était assez considérable. Dans notre 
dissertation chronologique on trouvera tout ce qui 
concerne les derniers rois d'Edesse. Leur histoire ne 
présente aucune difficulté capitale. 

Pendant que la Mésopotamie , l'Assyrie , le pays des 
Curdes et la partie méridionale de l'Arménie étaient 
gouvernés par des princes de la race arsacide descen- 
dant d'un frère de Tigrane , la partie septentrionale de 
la Grande Arménie, qui s'étendait depuis l'Euphrate 
jusqu'à la mer Caspienne, était possédée depuis la 
mort d'Artavazde, fils de Tigrane, par des rois arsa- 
cides ou étrangers, tributaires des Parthes ou des 
Romains, et rarement paisibles possesseurs de leurs 
états. Ils étaient toujours obligés de les défendre contre 
les attaques de compétiteurs qui, issus du même sang 
qu'eux, prétendaient avoir un droit égal au trône. 
Après environ un siècle de combats , de malheurs et 
de divisions intestines , dont on verra ailleurs les dé- 
tails, Néron, en l'an 66, donna la couronne d'Armé- 
nie à Tiridate , frère de Vologèse , roi des Parthes. Ce 
prince vint en personne la recevoir à Rome, et il 
amena avec lui , nous le répétons ici , ses enfants , 
ceux de ses deux frères Vologèse , roi des Parthes , 
et Pacorus, roi des Mèdes, et les enfants aussi de 
Monobaze II, roi de l'Adiabènc. Tiridate vivait en- 
core on l'an 72. A cette époque, au rapport de Jo- 



PREMIERE PARTIE. 163 

sèphe ' , les Alains firent une grande invasion en Ar- 
ménie; Pacorus, roi des Mèdes, fut vaincu par eux; 
Tiridate se vit sur le point d'être pris; et c'est alors que 
Vologèse, son frère, demanda à Vespasien des secours 
pom' résister à l'invasion, et un de ses fils pour com- 
mander les armées réunies. Cette négociation n'eut pas 
de suite, l'empereur n'ayant point voulu se mêler des 
affaires des Parthes -. Sur ces entrefaites, les Alains 
retoiu'nèrent dans leur pays. Le Tiridate qui nous oc- 
cupe régna pendant neuf ans ; il mourut donc en l'an 
7 5 de J. C. Les auteurs anciens ne nous ont point 
appris le nom de son successeur, et, après lui, l'his- 
toire d'Arménie se trouve enveloppée des plus épaisses 
ténèbres. 

Le roi appelé Erovant par les Arméniens nous 
semble être le prince qui succéda à Tiridate , dont il 
était contemporain ; les faits que nous allons rapporter, 
et les considérations que nous y ajouterons, justifie- 
ront notre hypothèse. Il paraît que Néron, en donnant 
à Tiridate l'investiture de l'Arménie , s'était particuliè- 
rement concilié l'affection des princes arsacides. Ces 
princes se montrèrent pendant longtemps les ennemis 
des empereurs qui lui succédèrent , et soutinrent avec 
toutes leurs forces les divers imposteurs que l'on sait 
avoir voulu, en divers temps, se faire passer pour 

' DeBell.jud. VII, vu, Zi. 

■ Dion Cassius, Hist. roman. LXVI, xv — Suétone, Domi- 
tian. c. 2. 

1 1 . 



164 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Néron. En l'an 8 1 , treize ans après la mort de cet em- 
pereur, sous le règne de Titus , un de ces imposteurs , 
nommé Térentius Maximus, causa de grands troubles 
dans les provinces d'Asie limitrophes de l'Euphrate. 
Il se réfugia ensuite chez le roi des Parthes , nommé 
Artaban, selon Zonaras \ qui paraît avoir pris son 
récit dans les livres perdus de Dion Cassius , mais en 
changeant le nom du roi , lequel devait être Vologèse. 
Ce prince se prépara à soutenir par les armes le nouvel 
imposteur. Dm^ant le temps .qui s'était écoulé depuis 
la mort de Néron jusqu'à cette époque, les Parthes 
n'avaient pas cessé d'être en état de guerre avec les 
Romains; mais les historiens dont les ouvrages sont 
parvenus jusqu'à nous ne fournissent presque aucun 
renseignement sur les événements qui remplirent cette 
période. Les faits qu'ils nous permettent de recueillir 
se réduisent à un très-petit nombre. Ce fut .en l'an 68 , 
selon les Arméniens, qu'Érovant, pendant les troubles 
qui déchirèrent l'empire romain après la mort de Né- 
ron, se fit déclarer roi. Comme il n'était parvenu à 
la royauté qu'en usm'pant une partie des possessions 
d'un prince allié du roi des Parthes, sa politique dut 
lui conseiller de rechercher l'amitié des empereurs 
successeurs de Néron ; il fut , en conséquence , l'en- 
nemi des Parthes, qui avaient donné asile au rejeton 
de la race légitime cpie nous avons vu conduit en 
Perse par un sujet fidèle. En l'an 70, une ambassade 
' Annal. XI, xvni; t. I, p. 678; éd. du Gange. 



PREMIERE PARTIE. 165 

de Vologèse vint trouver Vespasicn, qui était alors à 
Alexandrie ; on en ignore l'objet, mais il paraît qu'elle 
avait été précédée d'une guerre , et qu'elle ne mit pas 
fin aux démêlés qui existaient entre les deux empii'es; 
car, en l'an y 2 , Cœsennius Fœtus , gouverneur de 
Syrie, attaque Antiochus, roi de la Commagène, ac- 
cusé de s'être allié avec les Parthes. Ce prince est dé- 
fait; dépouillé de ses états, il se réfugie en Cilicie. Ses 
deux fils, Lpiphane et Callinicus, qui avaient com- 
battu avec courage contre les Romains, vont cher- 
cher un asile auprès de Vologèse, qui les reçoit avec 
les plus grands honneurs et les traite en princes. La 
Commagène fut alors réduite en province romaine. 
Peu de temps après , Épiphane et Callinicus , par la 
médiation de Vologèse, obtinrent, ainsi que leur père, 
la permission d'habiter Rome ^ 

En l'an 72 , comme nous l'avons dit plus haut ^, les 
Alains firent une grande invasion au midi du mont 
Caucase, et muent dans le plus grand embarras tous 
les princes de la race de Vologèse. Il paraît que le roi 
des Parthes, mécontent de n'avoir pu obtenir de 
Vespasien les secours qu'il lui avait demandés ^, eut , 
peu de temps après, une guerre avec les Romains. 

' Voy. sur ces divers faits Josèphe, De hell. jud. VII, vu, 
1-3; Dion Cassius, Hist. roman. LXII, xx, xxi ; Tacite, Annal. 
XV, i-xvn. 

* Ci-dessus, p. 162 et i63. 

' Ibid.p. i63. 



166 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

C'est environ à la même époque qu'il faut placer la 
fin du règne de Tiridate en Arménie , et l'avènement 
d'Erovant. Nous avons vu que les prédécesseurs de ce 
dernier prince avaient résidé dans la Mésopotamie , et 
que tous les lieux mentionnés dans l'histoire comme 
leur appartenant étaient situés au midi de l'Arménie, 
Vers le milieu de son règne , Érovant ^ transporta sa 
résidence à Armavir, ancienne capitale du royaume, 
située sur les bords de l'Araxe , à l'occident d'Ar- 
taxate, et à une assez grande distance de cette der- 
nière ville -, mais, peu content de ce séjom', il fit 
bâtir une autre ville sm^ la rive méridionale du même 
fleuve , beaucoup plus loin, vers l'Occident. Il l'appela 
de son nom Érovantaschad , c'est-à-dire habitation 
d'Erovant; il y fixa sa résidence, et y fit transporter 
toutes les statues et les plus beaux objets d'art qui 
décoraient Armavir et les auti'es villes de l'Arménie^. 
A une petite distance, de l'autre côté du fleuve, il 
fonda ime seconde ville, appelée aussi de son nom 
Erovantagerd ^, qui n'était proprement qu'une dépen- 
dance de la première; puis, sur le même côté, à une 
petite distance , il en bâtit une troisième , qu'il nomma 
Pagaran , c'est-à-dire le lieu des statues ; il l'orna de 
temples, de divers autres monuments, et y établit son 
frère Erovaz comme grand prêtre des dieux de fAr- 

' Moïse de Khoren , Hist. annen. II, xxxix. 
' Ibid. II, XXXVII. 
' Ihid. II, XXXIX. 



PREMIÈRE PARTIE. 167 

ménie '. Quand Ardaschès, fds de Sanadroug, et le 
prince Sempad , de la race des Pagratides , revinrent de 
Perse , avec une année parthe , ils attaquèrent Erovant 
par la partie septentrionale de l'Arménie. On ne peut 
donc s'empêcher de croire que ce prince réunissait sous 
ses lois la totalité de la Grande Arménie ; mais on ne 
doit placer l'établissement définitif de sa domination 
sur ce pays qu'après la mort de Tiridate , qui dut ar- 
river en l'an 76. Un fait rapporté par Moïse de Khoren 
servira à montrer la vraisemblance et même la réalité 
de cette occupation. L'historien arménien dit^ qii'Ero- 
vant céda aux Romains les royaumes d'Edesse et de 
Mésopotamie , qui depuis firent partie de l'empire ro- 
main. Or ce prince n'avait pu faire la cession de pro- 
vinces qui n'étaient point en son pouvoir, que parce 
que, sans doute, il se considérait comme le légitime 
possesseur de ces provinces , et comme le successeur 
d'Izate et de Monobaze. Cette cession fut probablement 
le prix du consentement des Romains à l'occupation du 
trône d'Arménie par Erovant. On sait que, depuis Tiri- 
date , cette dernière province était considérée comme 
une possession romaine. L'usurpation d'Lrovant dut 
établir une intime alliance entre lui et les Romains , qui 
étaient, nous n'en pouvons douter, fort contents d'af- 
faiblii' ainsi la puissance de la famille de Vologèse. 
C'est indubitablement à cette époque qu'il faut rap- 

' Moïse de Khoren, Hist. armen. II, xxxvn 
* Ihid. ÏI, XXXV. 



168 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

porter une lettre peu respectueuse du roi des Parthes, 
adressée à Vespasien et mentionnée par Dion Cassius ^ 
Elle fut suivie d'une guerre, qui, selon Aurélius Vic- 
tor ^, le seul écrivain de l'antiquité qui en parle , se 
termina à l'avantage des Romains. Enlever un trône 
à la famille d'un puissant adversaire, y placer un 
prince qui devait rester l'iiTéconciliable ennemi de 
cette famille , obtenir, sinon le droit de possession , 
au moins la haute souveraineté sur les provinces ren- 
fermées entre le Tigre etl'Euphrate, étaient, en effet, 
des résultats importants pour l'affermissement de la 
domination romaine dans l'Asie occidentale. Toute- 
fois, les écrivains grecs et les écrivains latins ne font 
point mention de la réunion de la Mésopotamie à 
fempire. Cette province conserva son indépendance 
plus de quarante ans encore après les événements 
dont il vient d'être question; elle se soumit à Trajan; 
mais cette situation ne devait être que temporaire, 
et ce fut beaucoup plus tard que la Mésopotamie se 
trouva définitivement réunie à l'empire romain. 11 
paraîtrait cependant, d'après le témoignage de Moïse 
de Khoren ^, que déjà Erovant avait cédé ce royaume 
à Vespasien , et renouvelé l'acte de cession entre les 
mains de Titus. On pomTait donc supposer que Tra- 
jan usait d'un droit acquis lorsqu'il occupait militai- 

' Hist. roman. LXVI, xi. 
Vespasian. S g. 
Hist. armen. II , xxxv. 



PREMIÈRE PARTIE. 169 

rement la Mésopotamie, la déclarait province romaine, 
et léguait à ses successeurs le soin d'exiger la soumis- 
sion des divers petits princes qui régnaient entre le 
Tigre et l'Euphrate, et qui se considéraient comme 
les sujets naturels des Parthes. Aussi voyons-nous, à 
dater de ce temps, les rois d'Edesse placer sur leurs 
médailles l'efTigie des empereurs romains ou des impé- 
rati'ices, et y prendre le titre de (^iXopû[iaioç, ami des 
Romains. La crainte d'irriter les Parthes fut proba- 
blement la seule considération qui porta les empe- 
reurs à ne point déposséder des princes qui apparte- 
naient à la race des Arsacides , et à leur conserver une 
sorte de souveraineté pendant près de deux siècles 
encore. 

Le nombre d'années que Moïse de Khoren assigne 
à la durée du règne de chacun des rois d'Arménie 
nous a déterminé, comme on l'a vu plus haut, à 
prendre l'an 88 pour la date de l'avènement d'Arda- 
schès au trône de son père. Le règne de ce prince 
dura quarante et un ans , et finit , par conséquent , en 
l'année 129, sous le règne de l'empereur Hadrien , 
ainsi que le dit l'historien arménien \ d'après le témoi- 
gnage d'Ariston de Pella, qui rapporte que la mort 
d'Ardaschès arriva lorsque les juifs se révoltèrent 
contre l'empereur romain 

' ,IIist. arnien. II, lvii. 



DEUXIÈME PARTIE. 



SECTION 1". 

HISTOIRE DES ARSACIDES DE PERSE. 

La destruction de l'empire des Perses par Alexandre 
le Grand changea la face du monde , et porta , jus- 
qu'au delà de l'Indus , les mœm's , la religion , la langue 
et la domination des Grecs ; mais elle fut plutôt le 
résultat d'une incursion militaire que d'une véritable 
conquête. Les peuples vaincus restèrent saisis d'éton- 
nement bien plus que subjugués. Alexandre vécut 
trop peu pour pouvoir établir, d'une manière du- 
rable, sa puissance sur les pays qu'il avait traversés. 
S'il avait envahi toutes les immenses possessions de 
Darius , il n'était réellement le maître que des con- 
ti'ées où campait quelque détachement de ses troupes , 
et des provinces qui , régies par des gouverneurs per- 
sans, avaient fait partie du domaine royal. Les princes 
feudataires ne lui fiu-ent soumis qu'en apparence; plu- 
sieurs même d'entre eux se dispensèrent de lui rendre 
les devoirs de sujet dont ils s'acquittaient ponctuelle- 
ment envers les anciens rois de Perse. Les Carduques 
ou Kurdes, les Arabes, les Mardes, les Cadusiens, 
les Hyrcaniens et les nombreuses tribus scythiques 
dispersées dans toutes les provinces de l'empire, ou 



172 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

cantonnées dans les montagnes, tous ces peuples re- 
connaissaient encore moins son autorité qu'ils n'avaient 
reconnu celle de ses prédécesseurs. Pendant la durée 
de sa domination en Asie, les rois de Carie, de Cili- 
cie, de Bithynie , d'Héraclée, de Paphlagonie, de 
Cappadoce, de Pont, de l' Atropatène , de l'Élymaïde, 
les princes arméniens et beaucoup d'autres encore 
conserv^èrent lem^s états héréditaires, et fm^ent, par la 
suite , en état de résister avec succès aux attaques des 
généraux qui, sous le nom de gouverneurs, se parta- 
gèrent la succession du conquérant macédonien. Les 
démêlés , sans cesse renaissants , qui ne tardèrent pas 
à surgir entre ces guerriers ambitieux, favorisèrent les 
projets de tous ces petits princes, et leur permirent 
de se rendre entièrement indépendants dans leurs états 
respectifs. 

Séleucus Nicator, après de longues guerres, resta 
maître de la portion la plus considérable de la suc- 
cession d'Alexandre ; devenu souverain de presque 
toutes les provinces de l'Asie précédemment soumises 
au sceptre de Dai^ius, il fut le fondateur de la dy- 
nastie des Séleucides, qui subsista pendant plus de 
deux siècles. Il fixa d'abord sa résidence dans i'an- 
ticpie Babylone, d'oii bientôt il la transporta sur les 
bords du Tigre , dans une ville qu'il avait fait bâtir et 
que, de son nom, il appela Séleucie. Cette ville fut 
la capitale de l'empire des Grecs en Asie jusqu'au mo- 
ment où elle se vit forcée de céder cet honneur à 



DEUXIEME PARTIE. 173 

Antioche, fondée en Syrie par le même prince. Elle 
conserva cependant sa splendeur; car, sous la domi- 
nation des Parthes , elle jouit même d'une sorte d'in- 
dépendance, et longtemps elle compta ^)armi les prin- 
cipales villes grecques de l'Orient. Quoique Séleucus 
et ses successeiu's fussent considérés comme les sou- 
verains de l'Asie occidentale , ils n'exercèrent jamais , 
dans toutes les parties de leurs états , les droits d'une 
puissance absolue. Les guerres continuelles qu'ils 
furent obligés de soutenir contre des rivaiLx ou 
des rebelles, les empêchèrent d'établir solidement 
leur domination, et de soumettre les divers rois qui 
avaient autrefois dépendu de la monarchie persane. Il 
se forma, au contraire, de nouveaux royaumes dans l'A- 
sie Mineure , dans la Syrie , dans l'Arménie et dans la 
Perse , par suite de la révolte de quelques gouverneurs 
qui, profitant des divisions intestines des princes sé- 
leucides, se rendirent indépendants. 

Phéréclès, que d'autres appellent Agathoclès, et 
qui gouvernait, au nom d'Antiochus II, les provinces 
situées à l'orient de l'Euphrate, avait, comme nous 
l'avons dit plus haut ^ rendu le joug des Séleucides 
insupportable aux habitants de ces contrées , sans en 
excepter même les Grecs qui s'y étaient établis. Nous 
répéterons aussi que Théodote ou Diodote , gouver- 
neur de la Bactriane, se déclara indépendant, prit le 
titre de roi, et fonda un état qui, pendant plus d'un 

' Pag. 38 et Sg. 



174 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

siècle , eut des princes grecs pour souverains. A son 
exemple, Arsace et son frère Tiridate se révoltèrent 
contre Phéréclès et le tuèrent ; devenus maîtres 
de la Parthyètte et des contrées limitrophes , ils y 
fondèrent une monarchie qui prit son nom de l'un 
de ses fondateurs, Arsace. Nous verrons que, par la 
suite des temps , les Arsacides étendirent leur domi- 
nation sur la plus grande partie de l'Asie occidentale, 
et parvinrent à mettre des bornes à la puissance et à 
l'ambition des Romains, dont ils furent souvent les 
vainqueurs et avec qui quelquefois ils semblèrent 
vouloir partager l'empire du monde. 

Leur souveraineté s'établit successivement sur tous 
les pays compris entre l'Euphrate et l'Indus, la mer 
Caspienne et le golfe Persique. Du côté du nord, 
leurs fi'ontières s'appuyaient aux montagnes de flbérie, 
appelées Caucase par les anciens ^ . Les princes arsacides 
donnèrent aussi des lois aux pays limitrophes , tels que 
l'Arménie , la Bactriane , les provinces de l'Inde sep- 
tentrionale , et les contrées qui , situées entre la mer 
Noire et la mer Caspienne , étaient habitées par les 
Alains , les Daœ , les Massagètes et d'autres nations scy- 
thiques. La réunion de tous ces pays sous le sceptre 
de souverains issus du même sang constituait une vaste 
monarchie féodale, qui, comme nous l'avons déjà dit, 

« Namque Persaruin régna , quae nunc Parlhoruin intelli- 
«gimus, inter duo maria, Persicum el Hyrcanum, Caucasiis 
«jugis allolluntur. » (Pline, Hist. nat. VI, xvi ; éd. Harduin.) 



DEUXIÈME PARTIE. 175 

ëtait divisée en quati'e royaumes principaux , dont les 
trois derniers , c'est-à-dire ceux d'Arménie , de la Bac- 
triane et de la Scythic , reconnaissaient la suprématie 
du royaume de Perse, échu en partage à la branche 
aînée de la race des Arsacides. Chacun de ces quatre 
états formait ensuite , de son côté , une autre monar- 
chie féodale , dont faisaient partie un grand nombre de 
petits rois ou princes, qui devaient à leur souverain 
la môme obéissance que devait celui-ci , pour la tota- 
lité de ses états , au roi de Perse , chef de tous les 
princes arsacides. 

Lorsque les Parthes chassèrent les Séleucides de 
l'Orient, ils ne dépossédèrent point les petits princes 
qu'ils trouvèrent établis dans diverses provinces ; ils se 
contentèrent d'exercer sur eux un droit de haute sou- 
veraineté, et de les contraindre à leur rendre une sorte 
d'hommage. Mais il est fort probable même qu'ils abu- 
sèrent de leur puissance, et qu'ils se conduisirent envers 
tous ces petits princes avec beaucoup d'orgueil et de 
tyrannie ; car nous voyons dans Justin ^ que , lors- 
qu'Antiochus Sidétès passa le Tigre pour combattre les 
Parthes, plusieurs rois de l'Orient vinrent à sa ren- 
contre , et lui offrirent de mettre à sa disposition leur 
personne et leurs états , tant était profonde la haine que 
leur inspirait l'insolence de leurs dominateurs. Quand 

' uAdvcnienti Antiocho multi orientales reges oocurrere, 
«tradcntes se, regnaque sua, cum exsecralione superbiae Par- 
ttthicaG. » [Hist. Philippic. XXXVIII, x: éd. Gronov.) 



176 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Pompée , vainqueur de Tigrane , roi d'Arménie , eut 
suJjjugué les barbares du Caucase, les rois des Ély- 
mécns et des Mèdcs lui envoyèrent aussi des ambas- 
sadeui's poiu' faire alliance avec les Romains contre les 
Parthes , iem's communs ennemis ^ . 

Il paraît que presque toutes les provinces de la 
monarchie partbique formaient autant de petits 
royaumes, car Pline ne leur donne pas d'autre qua- 
lification que celle de régna. « Les royaumes des 
«Parthes, dit-il, sont au nombre de dix-huit en tout. 
«C'est ainsi qu'ils partagent les provinces qui sont, 
u comme nous l'avons dit, dans le voisinage des deux, 
«mers, la mer Rouge au midi, et la mer d'Hyrcanie 
« au nord. Onze de ces royaumes portent le nom de 
« supérieurs ; ils commencent aux frontières de l'Ar- 
« ménie et aux rivages habités par les Caspiens; ils s'é- 
« tendent du côté des Scythes, qui les habitent en 
«commun avec les Parthes. Les sept autres portent 
«le nom de royaumes inférieurs^. » Dans la Mésopota- 
mie , dans l'Assyrie et dans la Babylonie , on comptait 

* Plularch. in Vit. Pompeii, S 36. 

' n Régna Parthorum duodeviginti sunt omnia: ila enim di- 
<i vidunt provincias , circa duo (ut diximus) maria, Rubrum a 
«meridie, Hyrcanum a septentrione. Ex lis undecim, quae su- 
«periora dicuntur, incipiunt a confinio Armeniae, Caspiisque 
B litoribus : pertinent ad Scytlias, cum quibus ex œquo degunt. 
«Reliqua septem régna inferiora appellanlur. » (Plin. Hist. nat. 
VI, XXIX.) 



DEUXIEME PARTIE. 177 

plusieurs petits états soumis au roi des Parthes, tels 
que rOsrhoëne, T Anthémusiade , la ville d'Atra, l'A- 
diabène et la Characènc, qui avaient pour chefs des 
princes arabes, ou des princes arsacides. Quelques 
villes de la Mésopotamie, fondées par les Macédoniens , 
étaient gouvernées par des chefs d'origine grecque. 
Séleucie avait une constitution républicaine ; les Chal- 
déens, dans Babylone , jouissaient d'une sorte d'indé- 
pendance ; enfin , les juifs eux-mcmes avaient quelques 
possessions dans les mêmes contrées. L'Atropatène , 
située du côté du nord, sur les frontières de l'Arménie, 
était soumise à des rois particuliers , dont la race sub- 
sista depuis le temps d'Alexandre le Grand jusqu'à l'an 
3o avant J. C. A cette dernière époque, Phraliate IV 
chassa de l'Atropatène Artavasde, qui avait fait alliance 
avec Marc-Antoine. Il est probable cependant que , 
par la suite , quelques princes de la famille du roi 
détrôné furent remis en possession de ce royaume ; car 
Strabon^ assure que, de son temps, la postérité d'Ati^o- 
patès y régnait encore. Il serait possible aussi que le 
roi des Parthes , en dépossédant Artavasde, eût donné 
en fief à un des parents de ce prince le royaume tout 
entier ou, au moins, quelques portions de l'Atropa- 
tène, et que le nouveau vassal eût transmis ce fief à 
ses enfants. S'il en fut ainsi, nous devons ajouter que 
la branche collatérale qui avait pu être placée sur le 
trône, ne s'y maintint pas longtemps après Strabon; 
' Strab. Geoifr. XI, p. 523. 

l 12 



17S HISTOIRE DES ARSACIDES. 

car l'histoire fait mention de plusieui's princes arsacidcs 
qui, sous le règne des successeurs de Tibère, étaient 
rois de la Médie. Il n'est point question ici de la grande 
Médie , qui avait pour capitale Ecbatane , résidence, 
d'été des rois parthes; sous la domination de ces rois, 
elle ne fut jamais gouvernée par des princes particu- 
liers, et toujours elle fit partie du domaine royal. 
Lorsqu'on rencontre le nom de Médie dans les écri- 
vains grecs ou dans les écrivains latins du temps, 
on doit l'appliquer seulement à l'Atropatène. Nous 
voyons effectivement, par le testament d'Auguste ^ 
que les souverains de ce pays prenaient le titre de 
rois des Mèdes. Il paraît que, dans la suite, la Médie 
devint l'apanage des princes arsacides , proches parents 
du roi régnant de Perse, et, à ce titre, héritiers pré- 
somptifs de la couronne. En l'an i li de notre ère , 
lorsque les Parthes chassèrent Vononès I", fils de 
Phrahate IV, ils mii'ent sur le trône Artaban III, qui 
était alors roi de Médie'-. D'après les expresions dont 
se sert Philostrate , dans la vie d'Apollonius de Tyane *, 
on peut penser que Gotarzès, frère et rival de Bar- 
dane (Vartanès) \ fils d' Artaban III, était aussi roi 

' Monum. d'Ancyre , Icxte grec, 16* colonne; lexle lalin, 
'.^' colonne. Voy. Exam. criliq. des histor. une. d'AiicjusIe, par 
M. Egger, p. 428 et 4(53. 

" iosèphe, Antiqiiit. juihiic. XVÏll. 11,^1. 

^ I, XXI, XXIII. 

Josèphe, Anluj. jmJ XX: m, 4. 



DEUXIEME PARTIE. 179 

des Mèdes , comme le fut pareillement Vononès IJ , 
avant de succéder à Gotarzès, en l'an 5o. Enfin, quand 
Vologèse V monta sur lo trône en l'an 5 i , il donna la 
couronne de Médie à son frère Pacorus. Ce royaume 
fut même alors élevé au second rang dans la monar- 
chie parthique, et l'Arménie obligée de se contenter 
du troisième ^ 

Au midi de la mer Caspienne étaient les Hyrcanien», 
qui, vers l'an 60, se révoltèrent contre le roi Volo- 
gèse 1**, envoyèrent des ambassadem's aux Romains, et 
soutinrent une guerre fort longue avec les Parthes^. 
Dans la Susiane et dans les montagnes qui séparaient 
cette province de la Perse proprement dite et de l'As- 
syrie, on trouvait plusieurs peuples tels que les Uxiens , 
les Cosséens, les Elyméens et les Parœtacéniens , qui, 
au rapport de Strabon ^. ne furent jamais entièrement 
soumis au roi des Parthes, et qui avaient conservé 
leur indépendance jusqu'au temps du géographe grec. 
Ces mêmes contrées sont maintenant habitées par un 
peuple appelé les Loares, de qui elles ont reçu le 
nom de Louristan , et qui a presque toujours joui de 
la liberté. Plus à l'Orient, était la Perse. Ce pays, 
après avoir été gouverné par des rois particuliers, vas- 
saux des Macédoniens , se trouvait , à l'époque où 
écrivait Strabon, en la possession de leurs descen- 

' ïacife, Annal. XV, 11. 
' Ibid. XIV, XXV. 
Gcngr. XI, p. 52'2 et .Sad ; XV. p. y.^a. 



180 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

fhints, qui étaient sujets des rois parthes'. Il paraît que 
ce furent ces descendants , qui , au commencement 
du m" siècle de l'ère chrétienne, chassèrent les Ar- 
sacides de toute la Perse , et rétablirent l'ancienne 
monarchie persane. En discutant successivement 
chacun des faits relatifs à l'histoire des rois arsacides 
de Perse et d'Arménie , nous aurons occasion de 
parler plus amplement de tous ces royamnes secon- 
daires. 

C'est de la constitution politique des pays soumis 
à l'empire des Arsacides, que vient aux princes de 
cette famille le nom qui leur est généralement donné 
par les historiens arabes, comme par les historiens 
persans. Ce nom est celui de Mouloak-al-ihéwaïf (cîJjX* 
obl^JaJl ) , c'est-à-dire , rois des dynasties ou des tribus, 
qualification qui, ainsi que nous l'avons fait remar- 
quer plus haut, exprime très exactement l'idée qu'il 
faut avoir du genre de puissance de ces princes. Se- 
lon les mêmes historiens , Alexandre , après avoir fait 
la conquête de l'empire de Daiius, confia le gouver- 
nement des diverses provinces de la Perse à des géné- 
raux persans, arabes , ou nabathéens , qui étaient, pour 
la plupart, fils des anciens princes du pays , et qui res- 
tèrent les maîtres de la Perse après la mort du con- 
quérant macédonien. Les écrivains orientaux ajoutent 
que les Aschkanians ou Arsacides étaient les plus 

' Slrabon , Gcogr. XV, p. 728. 



DEUXIÈME PARTIE. 181 

puissants de ces princes, et qu'ils exerçaient sur les 
autres un droit de suprématie ' . 

Les rois arsacides de Perse prenaient, dans leurs 
lettres et sur leurs monnaies , le titre de roi des rois 
ou de grand roi , selon l'usage constant des souverains 
qui régnèrent sur la Perse; ils se regardaient tous 
comme les uniques monarques de la terre. Hérodote - 
et plusieurs écrivains de l'antiquité nous attestent que 
le roi de Perse se qualifiait de grand roi, pour se dis- 
tinguer des autres princes ; mais Eschyle ^, seul entre 
tous les Grecs qui ont écrit avant Alexandre , semble 
faire allusion au titre de roi des rois en parlant des 
satrapes persans soumis au grand roi : 
Tay oi llepaùiv, 

2oûtn-a* 

c'est-à-dire « les généraux des Perses , les rois 

(Soumis au grand roi,» expression qui rappelle les 
légendes ^txaCkéws ^a.<Tikéojv Apa-dxov, làaa-iXsas fxe- 

' Herbeiot, Bihlioth. orient, aux mots Aschkanian et Molouk. 
— Màsoudy, Moroiidj-aldhahab {Les prairies ti'or) , manuscrit 
arabe apporté de Coustanlinople, 1. 1, fol. io4; Kitab-altanbih- 
oiialischraf [manuscnt arabe n° SSy, fonds de Saint-Germain) , 
fol. 60 vers. — Abou'lféda, CJironique, partie inédite (manuscrit 
arabe de la Bibliothèque royale, n° 6i5, a), fol. oà vers. — 
Notices et extraits des manuscrits, t. VIII, p. iSg. 

' I, 188. — Cf. Dion. Cass. Hist. roman. XXXVll, v, vi , cl 
passim. 

^ Persœ, v. 23-25; éd. Ahrens. 



182 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

yctkov Aparaftovy du roi des rois Arsace, du grand roi Ar- 
sace , que l'on voit sur le plus grand nombre des mé- 
dailles grecques attribuées aux Arsacides. Il est fort 
probable que ces derniers ne prirent de tels titres qu'à 
l'imitation des anciens monarques persans , dont ils se 
regardaient comme les successeurs. D'après Strabon ^ 
Gyrus était qualifié roi des rois. Les princes sassanides, 
qui succédèrent aux Arsacides , s'intitulaient toujoiu^s 
roi des rois de l'Iran et de VAniran, c'est-à-dire de l'uni- 
vers entier. On en voit des exemples sur lem^s monu- 
ments^ et dans les écrivains arméniens, Moïse de 
Khoren ^, Elisée ^ et Lazare de Pharbe ^. Les historiens 
arméniens, comme les historiens grecs, nous attestent 
aussi que le titré de roi des rois était exclusivement 
réservé aux princes arsacides qui régnaient sur les 
Perses^ ; il en était de même du titre de grand roi, qui 
cependant fut quelquefois porté par des princes d'un 
rang inférieur, tels que les rois d'Arménie; mais, dans 
ce cas, il devenait, pour eux, plutôt un nom propre 
qu'une marque de dignité. Nous aurons occasion de 
démontrer cette assertion en parlant de l'origine des 

' Geogr. XV, p. 780. 

* Silvestre de Sacy, Mémoire sur diverses antiquités de la 
Perse, p. 69 et 60. 

^ Hist. armen. III, xxvi. 

" Hist. des Vartanians, ch. i, p. 9; édit. de Constanlinople. 

Ilist. des Vartanians et des Vahanians , p. 220; éd. de Venise. 

Mos. Chor. Hist. armen. II, x et xxx. 



DEUXIEME PAUTIE. 1»3 

noms d'Artaxerxès et d'Ardeschir. Les titres de roi des 
rois et de grand roi sont, dans l'in'sloire ancienne de 
l'Orient, ce qu'était naguère, dans Ja diplomatie euro- 
péenne, celui d'empereur : il était réservé ;\ une seule 
personne qui, quelle que fût d'ailleurs sa puissance, se 
trouvait , par le seul fait de ce titre , supérieure à tous 
les autres potentats; nul roi ne ])ouvait se qualifier 
empereur qu'en usurpant les droits de la souveraine 
puissance et en violant tous les usages établis. Aucun 
monument de l'antiquité ne contredit notre opinion ; 
ceux mêmes qui, au premier abord , sembleraient l'in- 
firmer, serviront, comme on le verra dan§ la suite de 
cet ouATage, à la rcndi'e incontestable. A l'exception 
des rois de Perse, jamais aucun prince de l'Orient ne 
prit le titre de roi des rois, ou celui de grand roi, que 
lorsque les forces militaires dont il pouvait disposer, ou 
des circonstances particulières , le mirent en situation 
d'aspù'er à la suprématie. Jamais aussi on ne le vit 
conserver ces titres qu'autant que les grands rois légi- 
times furent hors d'état de faire valoir lem- droit, soit 
parce que des guerres intestines les occupaient chez 
eux, soit parce que les princes qui osaient s'arroger 
les titres dont il s'agit, étaient sujets ou alliés des Ro- 
mains, qu'il aurait fallu combattre et vaincre pour 
parvenii' à abaisser l'orgueil des petits rois leurs tri- 
butaires. Nous aurons, plus loin, l'occasion d'expli- 
quer pourquoi plusieurs rois d'Arménie et du Bos- 
phore cimmérien usurpèrent le titre de roi des rois , 



184 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

et nous déterminerons l'époque où ils le prirent, ainsi 
que l'époque où ils cessèrent de le porter. Disons ici 
que l'on possède quelques médailles des rois de Com- 
magène ^ et des tétrarques juifs , de la famille d'Hé- 
rode ^, sur lesquelles ces princes sont qualifiés de grand 
roi ; ils étaient tous alliés des Romains et , par consé- 
quent , ennemis des Parthes , double raison , pour eux , 
de s'arroger un titre que l'orgueil des Romains se 
complaisait , sans doute , à voir porté par des princes 
leurs sujets. Quand Marc Antoine fit la guerre aux 
Parthes et se fut emparé de f Arménie, il disposa de 
tout l'Orient en faveur des enfants qu'il avait eus de 
Cléopatre; il donna à Alexandre, l'aîné d'entre eux, 
toutes les contrées de l'Asie dont il se proposait de 
faire la conquête, depuis l'Euphrate jusqu'à l'Inde; et, 
pour se conformer à l'usage des Asiatiques , il décora 
ce jeune prince du titre de roi des rois ^. 

Quoique la plupart des savants qui se sont occupés 
de la classification des médailles parthes à légendes 
grecques, atti'ibuent plusieurs d'entre elles aux cinq 
premiers rois de la dynastie des Arsacides, nous sommes 
porté à croire qu'aucune de celles où se lisent les qua- 

* Masson, ap. Haym. Tesor. britannic. t. I, p. ii3 e seg. — 
Sestini, Descript. niimor. veter. p. 5o6. — Duane, Coins of tlie 
Seleucidœ , p. i53 et i5/i- — Visconti, Iconogr. grecq. t. II, 
p. 267, et t. III, p. 12-iZi. 

iosèphe, Anticjiiit. jiidaic. XX, \, 2. — Visconti, Iconogra- 
phie grecque, t. III, p. 27-29. 

Plutarque, in Vit. M. Anton. S bit. 



DEUXIEME PARTIE. 185 

lifications de grand roi ou de roi des rois , ne remonte 
jusqu'au temps de ces cinq princes, et qu'elles sont 
toutes postérieures à Mithridate I", sixième roi des 
Parthes. Après la révolte du premier Arsace contre 
les Séleucides , les princes ses successeurs n'étendi- 
rent pas fort loin leurs conquêtes; ils furent, pen- 
dant longtemps , considérés plutôt comme des chefs 
de brigands que comme des princes \ et il n'est guère 
probable que , dans cet état de choses , ils aient eu 
la témérité de se faire appeler grands rois ou rois des 
rois. En agissant ainsi, ils se seraient donné pour en- 
nemis tous les autres princes ou chefs de l'Asie , ré- 
voltés aussi , comme eux , contre les rois de Syrie , et 
naturellement peu disposés à voir sans jalousie qu'un 
de leurs égaux osât prendre des titres qui l'auraient 
placé au-dessus d'eux. Environ un siècle après Arsace , 
tout changea de face sous le règne de Mithridate 1" : 
ce prince fit la conquête de la Bactriane , d'une partie 
de l'Inde , de toute la Médie et de l'Arménie , chassa 
pom' jamais les Macédoniens de la haute Asie , et fixa 
sa résidence sur les bords du Tigre. Devenu maître 
d'une si grande partie de l'Orient , il put , avec raison , 
se regarder comme le successeur des anciens monar- 
ques de l'Asie , et prendre le titre de roi des rois , 
puisque tous les auti^es princes de ces mêmes régions 
étaient ses parents, ses sujets ou ses alliés, et qu'il 

' «Hic (Arsaces) solitus latrociniis el rapto vivere.... » (Jusl. 
Uist. Philippic. XLI, iv. ) 



186 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

disposait à son gré de leurs forces militaires. On serait 
moins fondé , ce nous semble , à supposer qu'avant 
lui les Arsacides, encore faibles, maîtres seulement 
de la Parthyène et des contrées limitrophes, et obli- 
gés de défendre leui' indépendance contre les attaques 
sans cesse renaissantes des Macédoniens, se fussent 
décorés d'un titre qui pouvait être revendiqué avec 
tout autant de raison par les rois grecs de la Bac- 
tiiane, dont ils fm^ent souvent contraints de recher- 
cher l'alliance. D'ailleurs les rois séleucides , quoique 
affaiblis , avaient encore conservée une certaine puis- 
sance dans la haute Asie; la plus grande partie de la 
Perse était même soumise à leur domination , et régie 
par les gouverneurs qu'ils y envoyaient. Lorsqu'en 
l'an ilx'] avant J. C. Séleucus Callinicus vainquit Ti- 
ridate , roi des Partbes , il le força de chercher un 
asile chez les Scythes; rappelé ensuite dans ses états 
par d'autres occupations, il fit la paix avec le prince 
arsacide; mais il n'est guère probable qu'il lui ait 
permis de prendre le titre de roi des rois. En l'an 1 65, 
Antiochus Épiphane s'avança , avec une nombreuse 
armée , vers l'Orient pour y rétablir son autorité ; il 
obligea Artaban I" à se réfugier dans l'Hyrcanie , et 
le contraignit même , par un traité, de reconnaître sa 
suprématie, et de marcher avec lui pour combattre 
les princes grecs de la Bactriane. Peu après, il porta 
ses armes victorieuses jusque dans l'Inde. Or, on ne 
peut guère supposer que , dans de telles circonstances , 



DEUXIEME PARTIE. 187 

les rois parthes aient osé s'arroger un titre qui aurait 
été en contradiction avec la sujétion réelle où ils se 
trouvaient envers les princes séleucides. Selon toute 
apparence, le traité imposé par Antioclius Epiphane 
à Artaban I" ne fit que renouveler les stipulations 
contenues dans celui qui précédemment avait eu lieu 
entre Séleucus Callinicus et Tiridate. Dans l'un comme 
dans l'autre de ces deux traités, nous sommes fondé 
à le croire, la dépendance du roi parthe fut for- 
mellement exprimée; et, par conséquent, les titres 
de roi des rois et de grand roi durent lui être inter- 
dits, sinon explicitement, au moins implicitement et 
comme résultat de l'état des choses. On ne peut donc 
s'empêcher de placer à une date postérieure les mé- 
dailles parthes sur lesquelles on lit ces titres , et qui 
jusqu'à présent ont été atti^ihuées aux premiers princes 
arsacides. Aucune époque ne nous semble pouvoir 
leur être plus convenablement assignée que celle où 
nJithridate P", par ses victoires, éleva la puissance des 
Parthes au plus haut degré de splendem\ On objectera 
peut-être que cpielques-unes des médailles dont nous 
parlons donnent aux princes qu'elles représentent 
le simple titre de roi , et que , par conséquent , elles 
seniblent , au premier aperçu , contrarier le nouveau 
système de classification que nous proposons. Cette 
objection , assez forte en apparence , n'est cependant 
pas d'un assez gi'and poids à nos yeux pour nous faille 
changer d'opinion; car ces médailles portent des lé- 



188 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

gendes en langue grecque , et nous sommes persuadé 
qu'avant Mitlu'idate I" les Arsacides ne se sentirent 
jamais de cette langue dans leurs monuments. On n'a 
pas, jusqu'à présent, fait assez d'attention à cette con- 
sidération, dans les travaux relatifs à la numismatique 
des Arsacides ; on a cru que les conquêtes d'Alexandre 
avaient rendu fort commun dans l'Orient l'usage de 
la langue grecque; on a admis sans discussion ce qu'il 
fallait démontrera II est cependant hors de ATaisem- 
blance que, dans l'espace de moins d'un siècle, des sol- 
dats en petit nombre, mais vainqueurs, il est vrai, 
soient parvenus à faire adopter leur langue et leurs 
usages par des nations nombreuses, antiques et mal 
soumises. Dans les conquêtes de ce genre, c'est tou- 
joiu-s le grand nombre qui l'emporte sur le plus petit; 
et il faut, pour changer la langue d'un peuple, une 
domination de plusieurs siècles , non interrompue et 
non contestée. On objectera peut-être ici que les lé- 
gendes des médailles qui nous restent des rois de la 
Bactriane sont en langue grecque ; mais nous répon- 
drons que ces princes avaient , pom' employer cet 
idiome, une raison fort puissante: ils étaient Grecs 
d'origine, tandis que les Arsacides avaient l'Orient pour 
patrie. Ceux-ci, affectant de se faire passer pom' les 
descendants des anciens rois de Perse et les libéra - 

Tychsen, Commentât. Societ. scient. Gotting. recentior. [Dis- 
sert. I de numis veter. Pers.), l. I., p. 6. — Visconli, Iconogra- 
phie grecque, l. III, p. 48. 



DEUXIÈME PARTIE. 189 

leurs de leur pays , devaient dédaigner de se servir de 
la langue grecque, et montrer en tout le plus grand 
éloignement poiu' les usages de leurs oppresseurs. 

Pellerin \ et, depuis lui, M. Visconti - et plusieurs 
personnes qui s'occupent de la science numismatique 
ont faiit remarquer, non sans beaucoup de justesse, 
que l'on pourrait classer avec exactitude toutes les 
médailles arsacides que nous possédons, en ayant 
égard seulement à la perfection et au genre du travail ; 
ils ont aussi fait remarquer que les plus anciennes 
sont généralement d'un assez bon style , et qu'elles 
vont toujoiu-s en se détériorant , d'une manière assez 
sensible, juscju'à l'époque de la destruction de la race 
royale, ce qui est d'ailleius confirmé par les dates qui 
se lisent sur un grand nombre d'entre elles. 11 sem- 
blerait résulter de cette ingénieuse observation , un 
nouveau motif de faù'e remonter plusiem^s de ces mé- 
dailles jusqu'aux premiers rois arsacides. Mais nous 
objecterons que celles dont il s'agit ne sont point 
d'un style ni d'une exécution iiTéprochables , et qu'il 
n'en est aucune qui égale en perfection les médail- 
lons des premiers rois de Syrie, ni même celle des 
rois grecs de la Bactriane. Nous dirons enfin , pour 
expliquer la sorte de perfection qui les distingue des 
autres médailles parthes, qu'en l'an i5o avant J. C. 
époque où elles durent être frappées , et plus récem- 

' Recueil de médailles de rois, p. i36. 
* Iconographie grecque, l. III, p. ^5. 



190 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

ment encore, l'art n'était pas entièrement déchu 
chez les Grecs d'Asie. Nous pensons que toutes les 
médailles des rois arsacides qui nous oflrent des lé- 
gendes en langue grecque, ont été frappées, non par 
l'ordre de ces princes , mais par les villes et les répu- 
bliques grecques qui se trouvaient en grand nombre 
dans leurs états , sur les bords du Tigre et de l'Eu- 
phrate. Nous n'en excepterons qu'un très -petit nom- 
bre , qui pourrait même appuyer notre opinion, s'il 
en était besoin. On possède une drachme sur la- 
quelle on lit ces mots, BACIAevC ONQNHC Nei- 
KHCAC APTABANON ^ ; il est certain que cette 
drachme était une véritable médaille , destinée à con- 
server le souvenir d'une victoire de Vononès sur Ar- 
taban ; et sans doute elle fut frappée , par l'ordre de 
Vononès P' , à l'imitation des Grecs et des Romains , 
qui aimaient à perpétuer, d'une manière analogue, 
la mémoii'e de leurs triomphes. Nous savons , par le 
témoignage de Tacite - , que le prince victorieux dont 
il est question s'était rendu odieux à ses sujets , en 
montrant une préférence ti'op exclusive pour les usa- 
ges des étrangers ; ce fut même la cause de son expul- 
sion du royaume. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait 
fait frapper des monnaies et des médailles avec des lé- 
gendes grecques. Malgré ce que nous venons de dire , 
nous sommes loin de prétendre que les rois parthes 

' Visconti , Iconographie grecque, t. III, p. 98. 
* Annal, lib. Il , S a. 



DEUXIÈME PARTIE. 191 

ne se soient jamais servis de la langue grecque; nous 
pensons seulement que toutes leurs médailles à lé- 
gendes grecques n'ont point été frappées par leur 
ordre; qu'elles sont postérieures à l'an 1 5o avant J. C. 
et que, si jamais les princes arsacides ont fait usage 
de la langue grecque, ce fut dans quelques cérémo- 
nies d'apparat , ou sur de grands monuments destinés 
à perpétuer le souvenii' de lem's exploits. Ils l'em- 
ployèrent alors , concurremment avec l'idiome natio- 
nal , par pure ostentation et pour apprendre à un 
plus grand nombre d'hommes quelles victoires ils 
avaient remportées sur leurs ennemis. Tacite ^ parle 
de monuments élevés à l'extrémité orientale de la 
Perse, sur le bord du fleuve Gindès, par Gotarzès, 
après ses victoires sur son frère Bardane [Vartancs) ; 
il est probable qu'ils étaient de ce genre , comme ceux 
que le même roi fit ériger dans la Médie , et dont 
Ambroise Bembo vit les ruines en 16 y 3 ou ib-yV 
Ce voyagem* vénitien y releva deux inscriptions , 
l'une, fort mutilée, en langue grecque^, l'autre on 
caractères cunéiformes. Strabon ^ , d'après l'autorité 
d'Onésicrite , rapporte qu'on lisait sur le tombeau de 

' Annal, lib. XI, S 10. 

- Morelli, Dissert, intorn. ad aie. viaggiai. eriid. Venez, p. 65 
e 66. — Silvestre de Sacy, Mém. sur les monum. et les inscr. de 
Kirmanschah et de Bi-sutoitn , clans les Mémoires de rinslitut, 
«lasse d'histoire et de littérature, I. JT. p. 162-2142. 
(rcogr. lil). XV, p. ySo. 



192 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

Cyrus une épitaphe en langue grecque , qui était ac- 
compagnée d'une traduction persane ; il rapporte aussi 
que , selon Aristus de Salamine , on avait gravé des 
inscriptions grecques et persanes sur le mausolée de 
Darius, fils d'Hystaspe ^ 

En se révoltant contre les rois de Syrie , les Arsa- 
cides, comme nous l'avons déjà dit, affectèrent de se 
faire passer pour les descendants des anciens rois et 
pour les libérateurs de la Perse ; dans cet état de chose , 
quelle raison aurait pu les porter à faire frapper des 
monnaies en langue grecque , lorsqu'on remarque 
sui'tout qu'il n'y avait pas de villes grecques dans les 
provinces qui furent , pendant un siècle , leur unique 
domaine ? Quelle raison encore aurait pu lem* faire 
prendre le titre de (pi'ksk^tivss , qui se lit sur le plus 
grand nombre des médailles dont il est question ici ? 
Ce titi'e n'était-il pas destiné à marquer leur bienveil- 
lance pour les Grecs soumis à l'empire parthe , et ne 
semble-t-il pas être aussi un témoignage de la sujé- 
tion et de la reconnaissance de ces derniers ? L'état de 
guerre dans lequel étaient les rois arsacides contre les 
Grecs , pendant les premiers temps de la domination 
parthe , ne nous permet pas de penser avec M. Tycli- 
sen- que les Arsacides aient adopté la qualification 

' Geogr. lib, XV, p. 780. 

' « Graecis titulis quod usi sunt Parthi , non mirandum , qiuim 
« et Graecis valdefaverent : ul quorum ope primum regni potiti 
« essent , nnde faclum tit in numis (pikéXkrjves subinde adpel- 



DEUXIÈMK PARTIE. 193 

de (piXêXXvves par reconnaissance pour les Grecs, qui 
les auraient aidés à fonder leur indépendance. S'ils 
reçurent dans l'origine quelques faibles secoiu's des 
rois grecs de la Bactrianc, il ne paraît pas que leur 
amitié avec ces princes ait été de longue dui'ée. Le 
titre de philhellène semble , par lui-même , plutôt indi- 
quer une sorte de protectorat, qu'être une marque 
d'attachement et de reconnaissance; car certainement, 
depuis les victoires de Mithridate l", les Ai'sacides n'eu- 
rent aucun besoin des Grecs, et ne durent pas garder 
beaucoup de ménagements envers eux. A notre avis, 
il n'en est pas de ce titre comme de celui de (ptXo- 
pcofjiatos, ou ami des Romains, qui se lit sur plusieurs 
médailles des rois de la Cappadoce et de l'Osrhoëne \ 
et qui n'était qu'une marque de la sujétion dans la- 
quelle les Romains tenaient ces princes. Nous sommes 
fort porté à croire que toutes les médailles arsacides 
sur lesquelles on voit ou la qualification de philhellène , 
ou une ère identique avec celle des Séleucides, doi- 
vent avoir été frappées dans la ville de Séleucie, qui, 
sous l'empire des Parthes, conservait une softe d'in- 
dépendance en se régissant par ses propres lois , et 

« lentur. » Tychsen, Comment. Societ. Gotdng. récent. {Dissert. I, 
De niimis veter. Pers.), t. I, p. 7. 

' Spanheim, De prœstant. et nsa numism. t. I, p. h-jb. — 
Belley, Mêm. de l'Acad. des inscript, et belles -lettres, t. XXIIl, 
p. 191 et suiv. — Visconti, Iconogr. grec. t. II, p. 282, 233 el 
236. — Bayer, Hist. osrhoena, iib. III, p. i58 el iBg. 
I. i3 



194 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

en choisissant elle-même ses magistrats. Sans adopter 
cette hypothèse dans toute son étendue, Eckhel et, 
depuis lui , MM. Tychsen et Visconti , en ont déjà 
admis une partie , puisqu'ils n'ont attribué à aucun 
des rois antérieurs à Mithridate I" les médailles arsa- 
cides où se lit l'épithète de pliilhellène. 

Quand, vers le milieu du ]f siècle avant notre ère, 
Mithridate P" eut étendu sa puissance jusqu'aux rives 
de l'Euphrate , tout changea de face , nous le répétons; 
les rois parthes , qui jusqu'alors n'avaient pas eu de 
sujets grecs , furent les maîtres de toutes les villes 
fondées ou peuplées par les Macédoniens dans la Mé- 
sopotamie et l'Assyrie, et habitées encore par leurs 
descendants. Ceux-ci, sous la domination de ces nou- 
veaux souverains, consei'vèrent l'usage de leur langue 
maternelle , et durent continuer de frapper des mon- 
naies à légendes grecques, comme ils l'avaient fait sous 
les rois de Syrie, et comme, depuis, les Syriens et 
les autres peuples asiatiques qui avaient adopté la 
langue grecque , continuèrent de se servir de cet 
idiome sous la domination romaine. 

Tout en convenant avec nous que la plupart des 
médailles arsacides qui oifrent des légendes grecques 
ont été frappées dans les villes grecques situées dans 
le bassin du Tigre et de l'Euphrate; tout en recon- 
naissant que celles sur lesquelles on voit le titre do 
philheUène et une date qui paraît se rapporter à l'ère 
des Séleucides, furent en particulier frappées à Se- 



DEUXIÈME PARTIE. 195 

leucie, et que, pa?- conséquent, elles sont toutes pos- 
térieures <t l'an 1 5 G avant J. C. on pouiTa nous faire 
une objection qu'il nous est facile de prévoir: on nous 
dira que quelques-unes de ces médailles , en petit 
nombre, il est vrai, portent des légendes grecques, 
et donnent cependant aux princes qu'elles représen- 
tent le simple titre de roi, et non celui de roi des 
rois ou de grand roi. On en voudra conclure qu'il 
faudrait, malgré ce que nous venons de dire, les attri- 
buer à quelques-uns des premiers Arsacides qui ré- 
gnèrent dans la haute Asie , et qu'elles ont dû être 
frappées par l'ordre de ces princes, ou du moins par 
quelques \'illes grecques qui leur étaient soumises. 
Cette objection, toute spécieuse qu'elle semble être 
au premier abord , est facile à repousser ; car les mé- 
dailles dont on entend parler peuvent appartenii^ aux 
princes arsacides, qui, vers le commencement du i" 
siècle avant J. C. portèrent simplement le titre de 
roi , après que celui de roi des rois eut été usurpé par 
Tigrane , roi d'Arménie ; ou bien elles auront été frap- 
pées en Syrie, pendant le cours des conquêtes que 
firent les Par thés dans cette contrée; et, en ce cas, 
les monétaires auront suivi fusage des Grecs , qui ne 
donnaient à leirrs souverains que le simple titre de 
roi. Enfin , on peut aussi rapporter ces médailles aux 
premiers temps de la domination des Arsacides sm- 
les villes de l'Assyrie et de la Mésopotamie, à une 
époque où l'usage ne s'était pas encore établi d'expri- 



196 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

mer en gi'ec les titres des princes parthes; et il est 
permis de penser que leurs nouveaux sujets auront 
continué de placer sur les monnaies les titres qu'ils 
donnaient à leurs légitimes souverains. 

Selon Eckhel ' et Tychsen ^, toutes les médailles 
grecques des Parthes que nous possédons se rangent 
en deux classes : les drachmes frappées par l'ordre des 
rois parthes , et les tétradrachmes qui , par leurs lé- 
gendes grecques, par leurs dates exprimées à l'aide 
des mois macédoniens , nous révèlent leur origine , et 
furent sans doute frappées dans les villes grecques 
soumises aux rois arsacides. Nous sommes persuadé 
qu'en effet il faut attribuer à la ville de Séleucie toutes 
les médailles sur lesquelles on voit , d'un côté , une 
tête de roi, et, au revers, un prince assis, avec une 
victoire debout , qui lui présente une couronne ; ou bien 
un prince assis et un prince debout, tenant un arc à 
la main. Une légende grecque , divisée en quatre ou six 
lignes , qui encadrent de quatre côtés le sujet du revers, 
contient ordinairement ces mots: BAZIAEQZ BAZIAEQN 
APSAKOY MErAAOY, EYEPrETOY, AIKAIOY, Eni- 
tl)ANOYE, (MAEAAHNOZ; de plus, le revers porte une 
date qui offre la mention d'un mois macédonien, et 
qui paraît se rattacher à l'ère des Séleucides ou d'A- 
lexandre , dont le commencement est fixé à l'an 3 i i 

' Doctrina niimor. veier. T. III, p. 549- 
" Commentât. Societ. scient. Gotting. récent. {Dissert. I de nu- 
mis vrter. Pers.) \. I. p. y. 



DEUXIÈME PARTIE. 197 

avant J. G. Mais rien ne nous démontre que les autres 
médailles que l'on connaît, et qui sont un peu dif- 
férentes de celles dont nous venons de parler, aient 
été frappées par l'ordre des rois parthes ; il est beau- 
coup plus probable qu'elles le furent dans les autres 
villes grecques de la Mésopotamie et de l'Assyrie. 
Comme on a remarqué quelque ressemblance entre 
les revers de plusieurs médailles parthes et ceux de 
quelques médailles des rois de Syrie \ on a cru que 
les Arsacides avaient voulu imiter la monnaie des 
successem's d'Alexandre, et on a conjecturé que les 
médailles de ces princes où l'on observe cette ressem- 
blance auraient été frappées par leurs ordres. Mais il 
nous semble bien plus naliu'el de penser que les 
Grecs de la Mésopotamie et de l'Assyrie placèrent, sur 
les médailles qu'ils frappèrent en l'honneur de leurs 
nouveaux maîtres , les mêmes revers que portaient les 
monnaies de leurs anciens souverains. L'extrême bar- 
barie du travail des médailles arsacides , les noml)reuses 
fautes d'orthographe des légendes, et les formes inu- 
sitées ou grossières des lettres dont se composent ces 
légendes, ont aussi engagé les savants qui se sont oc- 
cupés de l'explication des médailles en question, à 
les attribuer plutôt aux rois parthes qu'aux Grecs 
de la haute Asie. 

Ces raisons sont loin d'être convaincantes; car les 

Pellerin, Mélanges de mcdailles , l. J , p. i/iy et suiv. — 
\'in^on\\, îconotfraphie grecque , t. III, p. 463. 



198 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Grecs , très-éloignés du pays de leurs aïeux , soumis à 
des rois barbares, environnés d'étrangers , avec lesquels 
ils étaient confondus, et avec lesquels ils devaient con- 
tracter de fréquentes alliances , ne purent sans doute 
conserver leur langue dans toute sa pureté ; il est pro- 
bable, au contraire, qu'ils l'altérèrent considérable- 
ment, et qu'ils finirent par l'oublier. Nous avons même 
lieu de croire que , moins de deux siècles après leur 
établissement dans la haute Asie, ils commencèrent à 
la mélanger avec celle des barbares : car Polybe nous 
dit que , de son temps , les magistrats de la république 
grecque de Séleucie prenaient le titre d'a^iï^a/ie^, dSsi- 
ydves ^ Tous les manuscrits de cet historien portent 
dSsiydvas, selon la remarque de son éditeur Schweig- 
hœuser, au lieu de Seiydvcis, qu'on lit dans quelques 
éditions. Un savant cité par ce même éditeur faisait 
venir Ssiydvas de l'arabe yl^, dana, qui signifie juge, 
d'où est dérivé ^^W^, dayyan, juge, administrateur; 
tandis que Reiske le rapportait au chaldéen "T^l, dayan, 
qui signifie aussi juge. Schweighœuser n'adopte aucune 
de ces interprétations , et ne rend pas raison de l'a ini- 
tial d'dSstydvas , que Reiske regarde, sans fondement, 
comme un article ^. Ce mot, dont aucun des éditeurs 
ou commentateurs de Polybe n'a pu donner une ex- 
plication satisfaisante, appartient à la langue persane. 
Dans cet idiome , yU;^.^, dihkan, signifie syndic, maire , 

' Polyb. lib. V, bli, I. II, p. 329 ; éd. Schwcigh. 

' Schwcigh. Adnot. ad Polyh. I. \, S 5^», t. VI, p. um. 



DEUXIÈME PARTIE. 199 

chef d'une vilJe ou d'un bourg. En arménien , *|*/f ^/^«A, 

tehcfcui, signifie gouverneur. La dlirérenee que l'on re- 
marque entre le dihkan des Persans et les adûjanes de 
Polybc est fort légère : les Persans ajoutent à un grand 
nombre de mots de leur langue la letti^e a ; ce qui au- 
trefois se faisait particulièrement dans le dialecte le 
plus pur, qu'on ajjpelail dcri. Répétons, au reste, que, 
dans plusieurs éditions de Polybe, on iïi Ssiydvai , ie- 
('on qui, malgré f opinion contraire du savant Scliweig- 
haeuser , pourrait bien être fondée sur l'autorité de 
(juelque ancien manuscrit; mais que, dans tous les 
cas, nous regardons comme fort peu importante quant 
à l'objet qui nous occupe. 

Sans dire positivement que toutes les médailles' ar- 
sacides qu'on possède n'ont point été frappées par 
l'ordre des rois parthes , Fréret ^ les regarde , au 
moins pom* la plupart, comme appartenant aux villes 
grecques situées dans leur empire. M. de Sainte-Croix ^ 
a été beaucoup plus loin , car il parait croii'e qu'elles 
appartiennent toutes à ces villes. Malgré les diverses 
raisons qui concourent à faire adopter cette dernière 
opinion , MM. Tychsen et Visconti, guidés parEckhel , 

' Mém. de l'Académie des inscriptions [Mémoire sur l'année 
arménienne), t. XIX, p. 106. 

" « Les Parthes ayant une langue particulière , leur orgueil ne 
« les aurait-il pas empêchés de se servir de celle des Grecs dans 
«i leurs propres monuments ? » Mémoires de l'Académie des 
inscriptions {Mémoire sur le gouvernement des Parthes), lom. L, 
pag. 65, note /. 



200 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

sont restes attacliës au système contraire , qui remonte 
jusqu'à Vaillant. 

Les Parthes avaient une langue particulière, qui 
était, à ce que dit Justin \ un mélange de scythe et 
de mède ; il est probable que', lorsqu'ils furent maîtres 
de toute la Perse , ils adoptèrent l'usage de la langue 
persane , qui était parlée par la plus grande partie de 
leurs sujets, à l'exception des indigènes de l'Assyrie et 
de la Babylonie. Ceux-ci , sans doute , parlaient le sy- 
riaque , ou un idiome qui devait lui ressembler beau- 
coup. Comment supposer, après cela, que les Arsacides 
aient adopté , pom^ les légendes de leurs monnaies, une 
langue qui n'était pas comprise par la grande majorité 
de leurs sujets? Les dates de la plupart de ces médailles 
qui se rapportent à l'ère des Séleucides , les mois ma- 
cédoniens qu'on y voit aussi , le surnom de Philhellène 
que prennent les princes qu'elles représentent, sont, 
selon nous, des raisons péremptoires pour conclure 
que toutes les médailles arsacides à légendes grecques , 
n'ont point été frappées par l'ordre des rois parthes , 
mais bien par l'ordre des magistrats des villes grecques 
situées au milieu de leur empire. 

Outre les médailles dont nous venons de parler, et 
sur lesquelles on lit des légendes grecques, plus ou 
moins longues, il existe encore un très-grand nombre 
de monnaies de cuivre ou de bronze , que l'on regarde 

' « Serrno his inler Scythicuni Medicumqiie médius, et ex 
«uliisque mixtus. » (Justin , XLl, ii.) 



DEUXIÈMK PARTIE. 201 

plus particulièrement comme l'rappées par les rois 
arsacides. Elles nous montrent , d'un coté , la tête 
d'un prince, tournée vers la gauche , selon l'usage cons- 
tant des rois parthes , et, au revers , une femme assise, 
la tête surmontée de tours, ou bien seulement une 
tête de femme également couronnée de tours: on y voit 
aussi ordinairement, de l'un ou de l'autre côté , une date 
qui paraît empruntée à l'ère des Séleucides. Plusieurs 
antiquaires, nommément Pellerin ' et Eckhel-, ont 
rapporté ces médailles aux. princes qui gouvernaient 
la Perse sous l'empire des Parthes ; d'autres , comme 
Tychsen ^, les attribuent aux Parthes eux-mêmes. Les 
dates quelles portent sont en caractères grecs; l'usage 
de couronner de tours l'image d'une ville ou d'une 
province était grec; le travail de ces médailles est 
grec aussi : ces diverses considérations nous donnent 
lieu de penser que , comme celles dont il a été question 
plus haut, elles ont été frappées dans les villes grecques 
de la Mésopotamie soumises à l'empire des Parthes. 
Si aucune des médailles qui nous offrent des légendes 
grecques , ou des dates prises de l'ère des Séleucides , 
n'appartient aux rois arsacides , on comprend qu'à plus 
forte raison, nous ne pouvons en attribuer aucune 

* III' supplément aux médailles de rois et de villes, p. 23 , ik , 
2 5 et suiv. 

* Doctrina numor. veter. t. III, p. 55o. 

^ Comment. Societ. scient. Gotting. récent. ( Dissertutio I de 
tniinis veter. Pen.) I. 1, p. i3. 



•202 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

aux princes qui gouvernaient un j)ays aussi éloigné 
que la Perse proprement dite , où il n'existait pas une 
seule colonie grecque. 

Les médailles ou monnaies frappées par l'ordre des 
rois arsacides ont dû porter des légendes écrites dans 
les langues qui étaient en usage dans l'empire parthe et 
avec les lettres des alphabets dont se servaient les indi- 
gènes. Aussi , n'hésitons-nous pas à considérer comme 
des monnaies vraiment arsacides un petit nombre 
de pièces qui, jusqu'à présent, ont trop peu attiré l'at- 
tention des savants , et sur lesquelles on remarque 
des légendes qui n'ont point encore été expliquées. 
Quelques-unes de ces pièces oflrent, au droit, la tête 
d'un prince, tom^née vers la gauche, et, au revers, 
un autel grossièrement figuré et une légende en 
caractères inconnus. Sur quelques autres, on voit la 
tête d'un prince dirigée vers la droite , contre l'u- 
sage constant des médailles arsacides à légendes gi'ec- 
ques; au revers, on retrouve des légendes jusqu'à 
présent inexpliquées , et , quelquefois , on y remarque 
une autre tête de prince. Nous pensons que ces 
dernières monnaies appartiennent aux petits princes 
ou dynastes qui étaient vassaux des rois parthes. Il 
existe quelques autres pièces, plus rares et généra- 
lement d'un module plus grand ; elles ont été plus 
négligées encore par les numismates; et, à notre 
connaissance, il n'en a été publié qu'une seule jus- 
qu'à ce jour-, elle est figurée dans l'ouvrage de 



DEUXIÈME PARTIE. •iO.'i 

Vaillant'. Ces monnaies sont absolument semblables, 
aux légendes près, à la plus grande partie de celles 
cp-ii lurent frappées par les villes grecques poiu' les 
rois arsacides; d'un côté, est gravée la tête du roi, 
tournée vers la gauche; de l'autre, on voit ce môme 
prince assis sur son trône, et tenant un arc dans la 
main, selon l'usage constant des Arsacides^. Il est 
cntoui'é de légendes disposées comme celles que nous 
oifrent les médailles grecques, mais écrites avec des 
caractères différents de ceux que l'on trouve sur les 
autres monnaies arsacides dont nous venons de parler, 
et inconnus comme ceux-ci. 

En général , les savants qui se sont occupés de l'étude 
des médailles antiques, ont trop négligé, en travaillant 
sur celles qui présentent quelques difficultés , de déter- 
miner précisément le lieu où elles furent frappées et 
le peuple à qui elles appartenaient; ils ont négligé 
aussi de rechercher avec soin les lieux où elles ont été 
recueillies pour la première fois. Cette dernière notion , 
nous en convenons, n'est pas toujours d'une grande 
utilité pour l'explication des médailles d'or ou d'ar- 
gent, car leur vaieiu* intrinsèque et des spéculations 
commerciales ont pu les faire transporter à de très- 
grandes distances des lieux où elles avaient cours 

' Imper. Arsacid. t. I, p. 896 et 397. 
Èitî Te ;^p«<ToO li(ppov KaQ-rj(ievo5 {(bpcLàTtjs), xai njv 
venpàv rov rô^ov \^aXXwr. (Dio Cass. XLIX, 27; t. II, p. 780, 
éd. Sturz). 



204 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

originairement; il n'en est pas de même pour les mé- 
dailles de cuivre, de bronze, ou d'argent à un très-bas 
titre, comme le sont la plupart des médailles arsacides 
grecques. Les monnaies de ce dernier genre se con- 
servent en bien plus grand nombre ; on n'a presque 
aucun intérêt à les dénaturer, et rarement elles sortent 
des pays où elles furent mises , pom^ la première fois , 
en circidation. Toutes les médailles arsacides, à légendes 
grecques , que nous possédons , nous viennent du nord 
de la Syrie , par Halep , où on les apporte , soit de 
Baghdad, ville qui a succédé en cpelque sorte à Sé- 
leucie ; soit d'Édesse , soit des parties de la Mésopota- 
mie où étaient situées les villes qui les firent frapper. 
Il n'est donc pas fort étonnant que les monnaies dont 
nous parlons proviennent toutes de ces contrées , 
et que , par conséquent , on les attribue plutôt aux 
villes grecques qui s'y trouvaient , qu'aux rois parthes 
eux-mêmes. La domination que les Parthes exercèrent, 
à diverses époques, sur plusieurs parties de la Syrie 
et même sur la presque totalité du pays, comme aussi 
le voisinage des Grecs de la Mésopotamie , qui étaient 
soumis à leur empire , nous expliquent également 
pourquoi on trouve dans le nord de la Syrie tant de 
monnaies arsacides : on conçoit sans peine que , pour 
le commerce et pour les diverses relations qui avaient 
lieu entre les habitants de ces contrées , les monnaies 
arsacides à légendes grecques devaient, dans les pro- 
vinces de l'empire romain où on se servait de la langue 



DEUXIÈME PARTIE. 205 

grecque , être préférées aux monnaies qui portaient des 
légendes écrites, soit en langue syriaque , soit en langue 
persane, soit avec des caractères parthes ou autres. 
Il est fort probable que les Parthes , naturellement peu 
amis des Grecs, n am'ont permis à ceux qui étaient pla- 
cés sous leur domination , de frapper tant de monnaies 
à légendes grecques , que pour faciliter les moyens 
d'échange entre leurs sujets et ceux des Romains, 
et pour multiplier les rapports que le commerce éta- 
blissait entre les deux empires. Toutes les monnaies 
des princes orientaux, dont les légendes sont compo- 
sées dans les langues propres à leurs états, étant d'un 
usage fort borné , ont dû , conséquemment , rester dans 
le pays où elles furent frappées , et ce n'est, pom' ainsi 
dire , que le hasard , qui a pu les en faire sortir. On 
ne doit donc pas s'étonner non plus de posséder un très- 
petit nombre de monnaies vraiment arsacides , surtout 
si nous ajoutons que les pays où elles avaient cours 
ont été peu visités parles Européens. Les médailles des 
rois de la Bactinane , bien cpi'elles portent des lé- 
gendes grecques , sont aussi d'une extrême rareté , 
mais c'est, sans doute, à cause du grand éloignement 
du pays où elles furent fabriquées. L'Arménie, quoi- 
que bien plus rapprochée de nous, et quoiqu'elle ait 
eu des rapports très-fréquents avec l'empire romain , 
ne fournit également que fort peu de monuments 
numismatiques. Nous ne possédons que quelques mé- 
dailles de ses rois , encore sont-elles presque toutes 



206 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

à l'efligie de Tigi'ane; et, comme leurs légendes sont 
écrites en langue grecque , il est fort probable qu'elles 
furent frappées en Syrie, à l'époque où Tigrane régnait 
sur ce pays. Les princes arméniens ayant aussi, pen- 
dant quelque temps , été maîtres de la Mésopotamie , 
on peut croire , de plus , que les médailles des autres 
rois qui nous offrent des légendes grecques, tirent 
leur origine de cette dernière région. Nous ne sommes 
donc pas surpris de voir un si petit nombre de monnaies 
des rois d'Arménie dans nos cabinets : les pays qui 
formaient leurs états ont aussi été peu visités ; et si les 
voyageurs européens n'ont pu recueillir aucune mé- 
daille de ces princes à légendes écrites en langue armé- 
nienne et avec des caractères arméniens, d'autre part, 
on comprend que des monnaies de cette espèce ne se 
soient pas répandues chez les peuples voisins. On com- 
prend aussi que , comme dans l'Arménie il n'y avait 
point de villes grecques, les Arméniens n'em^ent pas 
besoin de se servir d'une langue étrangère , et durent 
exclusivement employer , pom' leurs monuments épi- 
graphiques, leur idiome national. 

Plusieurs des médailles dont nous venons de parler, 
et en particulier celles que nous regardons comme 
appartenant à la ville de Séleucie, portent, à leur re- 
vers, des lettres numériques qui, jusqu'à présent, ont 
donné lieu à beaucoup de discussions sur la question 
de savoir si les dates que représentent ces lettres se 
rapportent à l'ère des Séleucides, qui était en usage 



DEUXIÈMK PARTI K. 207 

clans la plus grande partie de TOricnt, ou si elles ne 
procèdent pas plutôt d'une ère qui daterait de la fonda- 
tion de l'empire des Parthes. Des savants distingués ont 
soutenu l'une et l'autre de ces deux opinions; mais on 
est généralement d'accord maintenant sur ce point, et 
l'on regarde les dates qui se trouvent sur les médailles 
arsacides à légendes grecques, comme procédant de 
l'ère des Séleucides. On comprend, après ce que nous 
avons dit précédemment au sujet de ces médailles , 
(jue nous adoptons sans dilTiculté ce dernier système. 
Car si, comme nous croyons l'avoir démontré, elles 
ont été frappées dans les villes grecques de l'empire 
des Parthes, on a dû les dater avec les années de l'ère 
qui était en usage sous les rois do Syrie, et dont ces 
villes ne cessèrent pas de se servir après qu'elles furent 
devenues sujettes des Arsacides. La domination des 
rois séleucides avait répandu l'usage de cette ère dans 
toutes les parties de leur empire-, les Syriens chrétiens 
qui habitaient la Perse continuèrent de l'emplover 
longtemps après l'établissement de la dynastie des 
Sassanides; les juifs, tant ceux de Judée que ceux cpii 
s'étaient établis dans la Chaldée, l'adoptèrent aussi, 
et la conservèrent, pendant une longue série de siècles, 
sous le nom d'ère des contrais: enfin, la plupart des 
chrétiens de l'Orient s'en servent encore actuellement. 
Cette considération est, à nos yeux, une raison de plus 
de croire que c'est aux Grecs seuls qu'il faut attribuer 
les médailles arsacides qui nous oflrent des légendes 



208 fllSTOIRE DES ARSACIDES. 

gi'ecqucs; car quel motif aurait pu porter les rois 
parthes à adopter une ère établie par One race enne- 
mie, une ère qui ne pouvait que rappeler l'époque 
de la servitude de l'Orient, dont ils se disaient les 
libérateurs ? On pourrait même penser que , dans les 
premiers temps de leur domination, ces princes ne 
permirent pas aux Grecs , leurs sujets, de se servir de 
cette ère ; car toutes les médailles arsacides qui pa- 
raissent les plus anciennes sont sans date; et l'époque 
la plus reculée que l'on trouve sur les autres est l'an 
276 de cette ère, qui répond aux années 35 ou 
3^ avant J. G. temps où Pliraale IV régnait sur les 
Parthes. Dans la supposition que toutes nos médailles 
arsacides auraient été des pièces frappées par l'ordre 
des rois parthes, on pourait demander pourquoi ces 
princes, ayant adopté la langue grecque, auraient fait 
si tard usage de l'ère des Grecs; ou bien, en admettant 
l'opinion des savants qui pensent que les dates des 
monnaies arsacides appartiennent à une ère datée de 
la fondation de la dynastie , on demanderait pourquoi 
les Parthes , ayant une ère particulière , n'auraient 
songé à s'en servir que deux cent soixante et seize ans 
après l'établissement de leur monarchie. Les dates 
que l'on a trouvées sur les médailles qui portent l'ef- 
figie et le nom d'un roi parthe appelé Vologèse ou 
Bologase , ont été d'un grand secours pour appuyer 
cette dernière opinion, parce qu'elles se rapportent 
toutes à des années de l'ère des Séleucides pendant 



DEUXIÈME PARTIE. 209 

lesquelles régnèrent des princes du nom de Vologèse. 
Les travaux successifs de Frérct, de Barthélémy, de 
Pellerin, d'Eckhel, de MM. Visconti et Tychscn, ont 
donné toute certitude au système dont il s'agit, et nous 
dispensent de nous arrêter davantage à le justifier. 
Nous déterminerons tout à l'heure l'année dans la- 
quelle a commencé l'ère des Séleucides, afin qu'il ne 
reste plus aucune incertitude dans la classification 
chronologique des médailles arsacides qui portent des 
dates. Nous allons, en quelques mots, montrer com- 
hien peu est fondé le système de ceux qui pensent 
({ue les médailles arsacides , à légendes grecques , sont 
datées d'une ère remontant à la fondation de la dynas- 
tie des Parthes ; ce que nous dirons à ce sujet servira, 
en même temps, à nous donner le moyen de détermi- 
ner ultérieurement la durée exacte de cette dynastie. 
Presque tous les savants sont d'accord sur l'époque 
de la destruction de la puissance des Arsacides ; ils la 
fixent , d'après le témoignage d'Hérodien ^ , de Dion 
Cassius^ et d'Agathias^, à la quatrième année d'A- 
lexandre Sévère, l'an 226 de J. C. Il n'en est pas de 
même quant à fépoque de la fondation de cette dynas- 
tie ; les érudits sont divisés sur ce point. Toutefois , la 
date qui est généralement admise aujourd'hui est celle 
de Tannée 2 56 avant J. C. Elle avait d'abord été pro- 

' Lib. VI, cap. iir. 

' Lib. LXXX, S 3; t. IV, p. 8f>o, éd. Sturz. 

* Lib. Il, p. i22,edil. Bonn. 



210 HISTOIRE DES ARS ACIDES, 

posée par l'abbé Longuerue ' ; elle fut ensuite adoptée 
par Vaillant^, et défendue par le père Frôlich^ contre 
Corsini; enfin, elle a été suivie par MiM. Richter'', 
Visconti^ et Tychsen ^. Déjà le père Pétau ^, Ussérius ^ 
et plusieurs autres avaient fixé à lan 280 avant .1. C. 
le même événement. Fréret^ le place en l'an 28 1 ; 
Corsini ^^, par des raisons particulières , l'a rapproché 
jusqu'à l'an 229; puis il l'a reporté à l'an 2/16^^. Sans 
nous arrêter, pour le moment, à justifier notre propre 
opinion, nous nous contenterons de dire ici que nous 
fixons à l'an 200 avant J. C. l'établissement de la dy- 
nastie arsacide, et, son extinction à l'an 227 de l'èro 
chrétienne , ce qui lui donne une durée de quatre cent 
soixante et dix-sept ans , ou quatre cent soixante et 

' Annal. Arsuc. p. 2. 
" Arsac. imper, t. I, p. 4- 

■' Annal, recj. et rer. Syriœ, p. 27. — Diibia de Minnisari 
aliorumque Armeniœ reçjiim nummis , p. 2?, el 23. 

* Richter (Cari. Friedr. ) , Hislor. kritisch. Versuch ueher die 
Arsacid. und Sassanid. Dynastie, p. 21-29, 98-98 . 

' Iconographie grecque, l. III, p. 45, noie 2. 
" Comment. Societ. scient. Gotting. récent. [Dissert. IV de 
nnm. vêler. Persar.) t. III, p. 56. 

' De Doct. tempor. t. II, p. G19. Paris, 1627. 

* Annal. Veteris et Novi Testamenti , p. 259. Genève, 1722. 
' Mémoires de l'Académie des inscriptions [Mémoire sur Van- 
née arménienne), t. XIX, p. lo/j. 

"* De Minnisari aliorumque Armeniœ regum numm. p. 26 cl 27. 
" Dissert.' in quà Dahia adv. Minnisari régis nnmmam dihwn- 
iur, [). 20 sqq. Romae , 1757. 



DEUXIEME PARTIE. 'ili 

seize ans accomplis. Selon l'abbé Longuerue , qui 
prolonge le plus la diu-ée des Arsacides , elle aurait 
subsisté quatre cent quatre-vingt-deux ans. Les sa- 
vants qui ont supposé qu'il existait une ère qui datait 
de la révolte du premier Arsace contre les rois sé- 
leucides , ont été fort embari'assés pour faire con- 
corder, avec la durée de l'existence de la dynastie des 
Arsacides, les dates qui se voient sur les médailles; cai' 
on y lit la date de 53o nombre qui excède de qua- 
rante-huit ans la dm'é.:- la plus longue que l'on puisse 
assigner aux Arsacides de Perse. Dans le système de 
Corsini , on trouve la différence énorme de soixante et 
quinze ans. Pom; admettre l'existence d'une ère des 
Arsacides , on a été obligé de supposer que les der- 
nières médailles arsacides lurent frappées dans des 
villes de la Perse qui n'étaient point encore sou- 
mises à la domination des Sassanides , ou bien qu' Ar- 
deschir, le premier de ces princes , et son fils Schah- 
pom', continuèrent de faire frapper des médailles au 
type de leurs prédécesseurs et de leiu-s ennemis ^ Ces 
deux suppositions sont également inadmissibles, parce 
que, six ans, au plus tard, après la mort d'Artaban \ 
c'est-à-dire , en fan 2 3 3 , la Perse entière était soumise 
aux lois des Sassanides ; les petits princes arsacides 
qui existaient encore avaient reconnu la souveraineté 
de ceux-ci, et ne se seraient sans doute pas arrogé 

' Vaillant, Arsac. imper, t. l, p. SSg-SgS. — Frôlicli, Diibia 
de Minnisari aliorumque Armeniœ reijum nnmmis , p. 75-89. 



212 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

le droit de frapper des monnaies avec des légendes 
écrites dans une langue étrangère, et avec des types 
que toutes les raisons réunies devaient faire proscrire. 
Il est également impossible d'admettre que les Sas- 
sanides vainqueurs, qui se donnaient poiu" les libé- 
rateurs de la Perse, eussent adopté pour leurs mon- 
naies, pendant un temps quelconque, les usages de 
leui's prédécesseurs. Toutes les médailles que nous 
possédons , et qui leur appartiennent incontestable- 
ment , nous offrent des têtes de princes tournées 
vers la droite , contrairement à l'usage constant des 
Ai'sacides; autour de ces têtes est gravée une lé- 
gende en caractères alphabétiques , contrairement 
aussi à ce qui se voit sur les médailles arsacides, où 
l'on ne trouve rien de pareil du côté de la face , le 
nom du prince et ses titres étant toujours placés 
au revers. Les lettres employées sur les médailles 
sassanides, dont M. Siivestre de Sacy a savamment 
expliqué les légendes , sont assez différentes de celles 
qui se trouvent sur les médailles vraiment arsacides , 
pour qu'on ne puisse les confondre. Nous pensons 
que les Sassanides arrachèrent aux villes grecques 
de Mésopotamie et d'Assyrie la liberté dont elles 
avaient joui sous leurs prédécesseurs, et que, cons- 
tamment en guerre avec les Romains, ils empêchè- 
rent ces villes de se servir d'une langue qui leur 
était commune avec les ennemis des Perses. On peut 
donc croire qu'elles cessèrent alors de frapper des 



DEUXIEME PARTIE. "213 

monnaies à légendes grecques , et c'est pourquoi , 
sans doute , on ne connaît aucune médaille sassa- 
nide qui porte une légende de cette espèce. Quelle 
raison d'ailleurs pourrions -nous avoir de supposer 
que ces villes, cinquante ans environ après la des- 
truction de l'empire des Parthes, eussent continué 
de fabriquer des monnaies avec le nom et les attri- 
buts de ces princes? N'observe-t-on pas d'ailleurs, sur 
les médailles sassanides, des objets ou des attributs 
qui n'ont point encore été trouvés sur celles des 
Arsacidcs, et qui appartiennent à la religion de Zo- 
roastre , dont les nouveaux princes se regardaient 
comme les restaurateurs? Nous citerons particulière- 
ment l'autel que l'on voit au revers de l'effigie du 
roi, et sur lequel est placé le feu sacré. Cet autel est 
quelquefois , isolé ; d'autres fois il est accompagné de 
deux personnages armés de lances et placés l'un à la 
droite , l'autre à la gauche de l'autel. 

Quelques savants, tels que Longuerue^et Corsini^, 
ont voulu attribuer aux derniers rois d'Arménie de la 
race des Arsacides lesmédaiiles grecques sur lesquelles 
se trouvent des lettres exprimant des nombres, bien 
que ces lettres numérales, rapportées à la prétendue 
ère des Arsacides, excèdent de beaucoup la durée 
réelle de leur dynastie en Perse. Cette opinion, qui. 

' Annal. Arsacid. p. 54- 

" De Minnisari aliorumque Armeniœ regum numtu. p. 3o, 
3i sqq. 



214 HISTOIRE DES A1\SAC1DE.S. 

au premier aperçu, semble offrir quelque apparence 
de probabilité, n'est cependant pas admissible; car, 
à l'exception de quelques médailles frappées dans la 
Syrie et la Mésopotamie pour Tigrane et sa famille, 
il ne paraît pas que les rois d'Arménie, qui n'avaient 
point de villes grecques dans leurs états, aient jamais 
fait frapper des médailles à légendes grecques ; du 
moins, on n'en possède aucune. La destruction de la 
monarchie arsacide en Perse ne pouvait d'ailleurs don- 
ner aux Arsacides d'Arménie le droit de se considérer 
comme les successeurs des Parthes, parce qu'il existait 
encore, à cette époque, une très-grande quantité de 
princes de la famille royale de Perse , soit de la ligne 
directe , soit des branches collatérales. Enfin, quand il 
serait vrai que le roi d'Arménie prétendît être le légi- 
time successeur d'Artaban V, il est fort douteux qu'il 
eût osé prendre sur ses monnaies le titre de roi des rois 
et le nom indéterminé d'Arsace. Aucun témoignage 
historique ne nous porte à le croire ; et l'on sait que , 
l'an 2 33 environ, peu après la destruction de la dy- 
nastie des Arsacides en Perse, le roi d'Arménie ayant 
été assassiné , l'héritier du royaume fut emmené dans 
l'empire romain. On sait aussi que les Perses, sous le 
règne d'Ardeschir et sous celui de son fils Schahpour, 
dominèrent pendant vingt-sept ans en Arménie , juste- 
ment pendant les années qui, d'après les médailles en 
question, devraient être attribuées à des princes arsa- 
cides d'Arménie. 



DEUXIEME PARTIE. "215 

Nous avons déjà dit que la durée de l'empire des 
Parthes en Perse avait dû être de quatre cent soixante 
et seize ans , et que cette opinion serait mise hors de 
doute dans la suite de notre travail. A roxception des 
historiens arméniens, avec qui nous sonnnes d'accord 
sur ce [)oint , tous les écrivains grecs ou orientaux 
qui ont parlé de la dynastie des Ai'sacides adoptent 
des calculs dont les résultats s'écartent beaucoup de 
celui auquel nous sommes parvenu. Le temps que la 
plupart des auteurs arabes ou persans assignent à la 
durée totale de cette dynastie est diminué de deux 
siècles, selon le plus grand nombre d'entre eux, et 
d'un siècle seulement , selon quelques autres. Firdousi , 
dans son Schâh-namèh, donne aux Asclikanians , 
nom persan des Arsacides, une durée de deux cents 
ans ; mais Mirkhond la porte à environ trois cent 
quinze ans, et le Boun-Déhesch à deux cent quatre- 
vingts , en quoi il diffère fort peu de la plupart des 
omTages modernes. Ajoutons que, généralement, les 
écrivains orientaux font des Arsacides les successeurs 
immédiats d'Alexandre , et que , par là , ils raccourcis- 
sent au moins de moitié l'espace de temps qui s'est 
écoulé entre la mort de ce conquérant et l'établisse- 
ment de la dynastie des Sassanides. Toutefois , on trouve 
parmi eux des historiens plus instruits, qui assignent 
à la durée de la dynastie des Arsacides un nombre 
d'aimées qui approche beaucoup plus de la réalité ; 
l'auteur du Modjmel-al-téwarikh, excellent ouvrage. 



216 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

écrit en persan au commencement du xii'' siècle , attri- 
bue , par exemple , à la puissance des Moulouk-al-thé- 
waïf ou Arsacides une durée de quatre cent onze ans, 
sur l'autorité d'un mobed persan de la ville de Schah- 
pour, nommé Bahram , qui avait écrit avant lui une 
histoire de Perse. Les Orientaux ont conservé peu de 
souvenirs historiques sur les rois séleucides ; ils ont 
tous regardé les Moulouk-al-théwaïf comme les suc- 
cesseurs d'Alexandre , et ils ont fort bien su reconnaître 
que la durée la plus longue que l'on puisse assigner 
à ces derniers, ne remplit pas l'espace de temps qui 
s'écoula entre la mort du conquérant macédonien et 
l'avènement d'Ardeschir au trône de Perse ; en con- 
séquence, ils ont augmenté arbitrairement le nombre 
total des années de la puissance des Parthes. Dans son 
Moroudj-al-dheheb , Masoudy porte ce nombre à cinq 
cent dix-sept ans ; mais on n'en trouve que deux cent 
quatre-vingt-sept lorsqu'on additionne les années que, 
peu après , il attribue au règne de chacun de ces 
princes ; il remarque lui-même cette différence , et il 
dit que leur histoire présente encore beaucoup d'au- 
tres difficultés. /Vbou'lféda donne aux Moulouk-al-thé- 
waif une durée de cinq cent douze ans ; il écrivait au 
commencement du xiv* siècle , et il suit ordinairement , 
pour l'histoire ancienne , l'opinion d'ïbn- Alatliir , qui 
vivait plus d'un siècle avant lui, et qui avait puisé ses 
renseignements à des sources beaucoup plus anciennes 
et bien choisies. Il s'est écoulé réellement , cnti'e la 



DEUXIEME PARTIE. 217 

mort d'Alexandre et l'époque de la destruction de 
l'empire des Arsacides par Ardeschir, fds de Babek, 
un espace de cinq cent cinquante ans. Ainsi les écri 
vains orientaux, qui prolongent le plus la durée de la 
puissance des Arsacides, assignent à cette durée un 
nombre d'années inférieur à celui qui est nécessaire 
pour remplir l'intervalle compris entre les deux évé - 
nements dont il s'agit. Outre quelques erreurs de cal- 
cul, on peut encore reprocher à tous les historiens 
modernes de l'Orient d'avoir confondu l'époque de la 
mort d'Alexandre avec le commencement du règne 
de Séleucus Nicator à Babylone, qui a donné nais- 
sance à l'ère des Séieucides, qu'ils appellent ordinaire- 
ment l'ère d'Alexandre. Depuis cette dernière époque 
jusqu'au moment où Ardeschir, fils de Babek, monta 
sur le ti'ône de Perse, il s'écoula seulement cinq cent 
trente-huit ans ; et la disproportion qui se fait remar- 
quer, chez les Orientaux, entre la durée qu'ils attri- 
buent à la dynastie des Arsacides et les deux époques 
que nous avons mentionnées , se trouve , par consé- 
quent , diminuée de douze ans. 

Les diverses manières de compter dont se servent 
les auteurs orientaux pour étabhr la chi^onologie des 
Arsacides, sont toutes, à l'exception cependant des 
supputations employées par les historiens arméniens, 
plutôt hypothétiques que réelles. On remarque dans 
leurs calculs , comme dans ceux de Masoudy , une 
très-grande différence entre la somme totale des an- 



218 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

nées qu'ils donnent à la durée de la dynastie, et celle 
qui résulte de l'addition du nombre des années de 
cl)aque règne en particulier. Nous avons vu que le 
Boun-Déhescb ne fait durer l'empire des Arsacidesque 
deux cent quatre-vingts ans : c'est là le nombre d'an- 
nées qui , à de très-petites différences près , en plus ou 
en moins, est généralement adopté par tous les écri- 
vains orientaux. Cette supputation , quoique évidem- 
ment erronée, est, depuis fort longtemps , admise chez 
les Persans , et sans doute elle avait cours bien avant 
l'établissement de l'islamisme , puisque nous voyons 
Agatbias , dès le milieu du vi* siècle , donner à la puis- 
sance des Parthes une diu'ée de deux cent soixante et 
dix ans. uLa domination des Macédoniens, dit-il, ne 
« dura guère moins que celle des Mèdes, car il s'en fal- 
«lut de sept ans seulement, selon Poîyhistor, qu'elles 
« ne fussent égales. Après que les Macédoniens eiu-ent 
(( régné cet espace de temps , les Parthes . nation 
(( qui lem' était soumise et qui avait été peu connue 
«jusqu'alors . renversèrent leur empire et le pos- 
(( sédèrent en totalité , à l'exception de l'Egypte. Ar- 
« sace fut le premier autem^ de la révolte , et c'est 
« de lui que ses descendants ont été appelés Arsacides. 
(( Mithridate , peu après , éleva le nom des Parthes à 
« un très-haut degré de gloire. On compte deux cent 
« soixante et dix ans depuis le premier Arsace jusqu'à 
« Artaban , qui fut leur dernier roi , et qui régna au 
M temps où Alexandre, fils de Mammée, gouvernait les 



DEUXIÈME PARTIE. 219 

« Romains ^. » Georges le Syncellc -, Suidas , dans son 
Lexique^, otNicéphore Calliste , dans son Histoire ecclé- 
siastique', rapportent la même ciiose; et comme ils se 
servent à peu près des mêmes expressions qu Agathias, 
nous sommes fondé à croire qu'ils ont puisé dans cet his 
torien ce qu'ils rapportent de la durée de ia puissance 
arsacide. Corsini '' et , après lui, M. de Sainte -Croix'' 

' Toiyâprot âp^avTSs où aiolv èXâTTOva, x,pàvov rojv MrjhMV , 
ÔTi (xrf éTvlà éTS(7t héovra, [-KSKjléov jàp nivTrtvda tw {\o\ma-lopi,) 
£5 Torrovrov hrj ovv «paTj/cravTes , ïlaLpdvaioi ye aÙToi/s, êùvos 
KOLT')jxoov «ai YJKKx'là èv TÙ) Ttpà Tov èvoixacrlÔTaTOv, TrapéXvaav 
Tffs àp^fjs T0V5 Mctnehôvas. Kai erra sksivoi tcov ô\(ov ttÀ^v Aî- 
yÙTirov riyoi)VTO , kpcrànov p.èv irpÔTSpov tïjs àiîoalàtxsws dp- 
^afjtéi'ou, ws Hai ApcraK/Sas tous (iôt aÙTov ovopLâ^eaOoLi, Mi- 
OpihiTov hè où iroXXw vc/lspov es p-éya ti xXéos rà llapdvaiwv 
Ôvop.ix è^eveyKÔvTOS. ÈëhoiJLtJHOvra Ss stcôv rjhrf èivi hianoGiois 
TTdpw^rixÔTWv â%b Apcrâxou toû irporépoi/ ss XpriSavov tov 
é<T)(ctrov ^oujtkéa, rjvÎKCt rà Pwp.aiwv itpâyfxctTa ùtto AXe^âvSpw 
Tw Mtx.(iaia5 irarSi èreTâp^aTO. Agalli. 1. II, p. i2i, edil. Bonn. 

^ ËSacr/Xsutrav Se noLpdvaïol ànù Apcràxov àp^àixevoi iié-^piç 
ÀpTaêàvou STi] ab. {Chroii. t. I, p. 677, edit. Bonn.) 

' A.p(yâKrf5 à lI'XpdvaTos , roiis Manshôvas Kparrj(Tavras tïjs 
ïlepo-wv àpyfi? i-vif SjaKÔcrra èvrevvxovTa tpia., sxêaAwv, HVâpOois 
xijv fcuTikeiav irapaS^âcoxev. (Sub voce kpaà'H.rj?, tom. I,p. 387, 
éd. Kusler.) 

* Oî (Apo-ax/Sat) (lévroi àiro Àpcràxoi» àp^âfxevoi, àyjpi §>; xai 
es ApTûfêavov YJKOV • êryj éêSofxr^xovTa re xai hiaKocrit Trapafxst- 
vavTSs Trf àp^ij. (Lib. I, cap. vi, l. I, p. 55.) 

^ De Minnisari aliorumqiie Armen. regumnumm., p. 23. 
Mémoires de l'Académie des inscriptions ( Mémoire sur le 
(joavernement des Parthes) , l. L, p. 77; notej. 



220 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

et M. Visconti * ont pensé que le texte d'Agathias était 
corrompu , et qu'au lieu de deux cent soixante et dix 
ans , il fallait y lii'e quatre cent soixante et dix; ce qui 
serait à peu près le nombre d'années nécessaire poiu" 
égaler la véritable durée de la dynastie des Arsacides. 
Cette conjectiu'e, toute vraisemblable quelle peut pa- 
raître, est cependant inadmissible, parce qu'il ne suffît 
pas de supposer que le texte d'Agathias est altéré ; il faut 
supposer aussi que les textes du Syncelle , de Suidas 
et de Nicéphore Calliste le sont également, ou que 
l'altération de celui d'Agathias est fort ancienne. Nous 
verrons bientôt qu'on n'a besoin de recourir à au- 
cun de ces expédients, et qu'on doit laisser le pas- 
sage d'Agatliias dans l'état où il se trouve. 

Sans alléguer l'altération du texte de ce passage, 
Frôlich^ propose une autre conjecture, qui ne nous 
paraît pas plus heureuse : il pense qu'Agathias, en 
donnant deux cent soixante et dix ans de durée à la 
puissance des Arsacides, n'a voulu parler que du 
temps cjui s'était écoulé entre l'extinction des Séleu- 
cides et l'avènement des Sassanides. Une telle inter- 
prétation ne peut s'accorder avec les paroles mêmes 
de l'auteur byzantin , qui dit bien clairement que lors- 
que Alexandre eut donné l'empire de Perse aux Ma- 
cédoniens , ceux-ci le gardèrent sept ans de moins que 

' Iconographie grecque , t. III, p. U"]- 

Duhia de Minnisari aliorumqne Armeniw regum numm. 
p. Ay, 48. 



DEUXIÈME PARTIE. 251 

les Mèdes , c'est-à-dire deux cent quatre-vingt-treize 
ans, comme le Synceile le dit aussi, jusqu'à ce qu'ils 
fiu'ent chassés par le premier Ai'sace. 

Il est certain, ainsi que Frôlich lui-même l'avait déjà 
fait remarquer \ que, par les deux cent quatre-vingt- 
treize années de l'empire des Macédoniens, Agathias 
a entendu parler du temps qui s'écoula entre la mort 
d'Alexandre et la bataille d'Actium , époque de la des- 
truction complète de l'empiiT des Grecs dans l'Orient : 
cet intenalle contient exactement le même nombre 
d'années. Les Grecs, qui ont adopté l'opinion d'Aga- 
thias, avaient si peu de doute à ce sujet, que Nicé- 
phore tialliste n'a pas craint de dire qu'Alexandi^ , 
en mom'ant, après un règne de'douze ans, laissa son 
empire aux Ptolémées , ses enfants , qui , pendant deux 
cent quatre-vingt-treize années, régnèrent sur la Perse, 
où ils comptent treize rois; il ajoute qu'Arsace se ré- 
volta contre le dernier de ces princes, appelé Ptolé- 
mée Dionvsus, père de Cléopàtre, sous le règne de 
laquelle l'empire des Macédoniens, c'est-à-dire des 
Lagides , cessa d'exister^. 11 y avait , à cette époque , plus 

' Dahia de Minn. etc. p. /jo. 

" Ôff (ÀXslai'Spos) eh fxorap^^/ar tô xpiros TtspisAâcrxs , fisrà 
^cohéxoLTOv éros tsXsdtwv, toîs 'SSiktiv avToû MaxeSôcj 'zi]v ip- 
yr)v waTsX/uTrarev , oï JlTo\e(xciToi xxrœvofJià^ovTO' in Se SjaSo- 
"Xfis TpsTs xai Six» ysvà[xevoi, Tfjs Uapcrixijs àpyfis érr} èxpérr}- 
(TOLv alj' irpàs rptaiv. kpcrâxtjs To/ruv ô ïlipdos, tû> vgH-zw IIto- 
Xsfia/w è-Tia.v'xcf'l'xs, 6» xii liovùcrio; STrsxéxArjro , ov Q-vyirrjprjv 
KXeoTraTpa , sis r;v rjcrlinp' /; twv MoLXshovoûv xiTéXrj^e Svi'a- 



'2^22 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

de deux siècles que la dynastie des Arsacides subsis- 
tait, et Agathias aura commis une grave erreur en 
voulant rapprocher des données chronologiques qui 
lui venaient de sources difl'érentes : elles l'ont en- 
traîné à faire durer outre mesure la domination des 
Macédoniens, qui , selon lui , l'auraient conservée pen- 
dant deux cent quatre-vingt-treize ans, après la mort 
d'Alexandre, jusqu'à ce qu'elle leur fut enlevée par le 
premier Arsace. Or, ce prince se révolta conti'e les 
Séleucides environ soixante et quatorze ans après 
Alexandre. Agathias et ses copistes auront eu le tort 
d'indiquer comme successives des dynasties qui étaient 
contemporaines ; car il ne faut pas supposer, avec 
Corsini', que la destruction de l'empire des Macé- 
doniens et l'élévation de celui des Parthes soient ar- 
rivées l'an 298 d'une prétendue ère qui daterait de 
la prise de Babylone par Cyrus. Le P. Frôlich a déjà 
réfuté sur ce point l'antiquaire italien ^. 

En recherchant avec soin dans quelles sources Aga- 
thias a puisé les renseignements chronologiques qui 
l'ont conduit à diminuer de plus de deux siècles la 
durée réelle de l'empire des Arsacides, nous décou- 
vrirons, sans doute, la cause de son erreur, et nous 

(xlstix , Tlâpdois TYfv TLepaôûv jSacjXe/av TroLpéècoxev. ( Nicéphore 
Calliste, Hist. eccles. lil). 1, cap. 6, t. I, p. 54, 55.) 
' De Minnisari aliorumque Armeniœ requin nutnm. p. aS 
Dubia de Minnisari alioriunque Armeniœ regum numm. 
p. 4 1-46. 



DEUXIÈMK PARTIE. ^223 

trouverons le moyen de prouver que son texte ne 
présente aucune altération, et qu'il faut le laisser dans 
l'état où il est. 

C'est d'après Polyhistor qu'Agathias ^ donne à l'em- 
pire des Macédoniens deux cent quatre-vingt-treize 
ans de diu'ée. Si le premier de ces deux écrivains est 
Cornélius Alexandre, surnommé Polyhistor, qui écri- 
vait du temps de Sylla-, et qui est très souvent cité 
par les anciens, il devient fort difficile d'admettre qu'il 
ait pu parler, dans ses ouvrages, de la fin de l'empire 
des Macédoniens en Orient; car il est question, sous 
cette dénomination , de l'empire des Ptolémées en 
É^gypte : ce furent les seuls qui portèrent particuliè- 
rement le nom de Macédoniens, et il ne paraît pas 
que Polyhistor ait pu vivre jusqu'à la fin de leur règne. 
Il est probable qu'Agathias , selon l'usage de son siècle , 
ne cite cet historien que d'après le témoignage de 
quelque compilateiu" plus récent , qui en aura fait usage 
pour certaines parties de l'histoire des Macédoniens , 
sans indiquer le temps où se terminait la narration 
de Polyhistor. Agathias aura adopté toute la chrono- 
logie du compilateur comme venant d'un seul histo- 
rien. Mais, quelle que soit la source de son erreur, 
on ne peut avoir aucun doute sur l'exactitude avec 
laquelle l'écrivain byzantin nous a transmis la donnée 
dont il s'agit. C'était une chose généralement admise 

' Lib. II, p. 120, eclil. Bonn. 

' Suidas , snb voce AXs^avâpos ô MiX))<Jtos. 



224 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

dans l'antiquité, que l'empire des Grecs en Asie, ou 
plutôt en Egypte, avait duré environ deux cent qua- 
tre-vingt-treize ans. Si l'on consulte le canon chrono- 
logique de Ptolémée , qui nous a été conservé par 
Théon, dans son Commentaire siu* rAlmageste\ on 
verra que ce savant astronome comptait deux cent 
quatre-vingt-quatorze ans depuis la mort d'Alexandre 
jusqu'à celle de Cléopâtre; ce qui forme toute la durée 
de la puissance des Macédoniens. 

Tous les détails qui se trouvent dans Agathias, sm' 
l'histoire des Sassanides , lui avaient été fournis par un 
interprète du roi de Perse , qui se nommait Sergius et 
qui était Syrien de nation^. Cet homme remplissait, 
en Perse , les fonctions de gardien des archives royales , 
et traduisit du persan en grec , pour satisfaire à une 
demande d' Agathias , tous les renseignements que 
celui-ci a insérés dans son histoire. C'est indubitable- 
ment de cette soiu'ce que viennent les deux cent 
soixante et dix ans d'existence donnés à la dynastie des 
iVi'sacides. Embarrassé de faire concorder ce calcul 
avec la durée réelle du règne de cette dynastie , durée 
qui devait être connue par d'autres écrivains, et ne 
pouvant suspecter l'autorité de Sergius , qu'il regardait 
comme un homme fort instruit, et qui , d'ailleurs , 
avait puisé ses documents à des soiu'ces authentiques , 
Agathias aura pris le parti , sans trop examiner la ques- 

' Pag. 1 3g ; éd. Ilalma. 
" Agatli. I. IV, p. 271-275 



DEUXIÈME PARTIE. 225 

tion et pour trancher la difficulté , de placer, à la suite 
l'un de l'autre , le nombre d'années assigné par les 
Grecs à la domination des successem's d'Alexandre, 
et celui que les Orientaux attribuaient à la durée de 
la dynastie des Arsacides. Nous ne pouvons croire, 
en efiet, nous le répétons, que le texte d'Agathias ne 
soit pas correct, et que cet écrivain ait fait autre chose 
que de nous transmettre une opinion qui, de son 
temps, avait cours chez les Perses. Ce que nous allons 
rapporter achèvera, nous l'espérons, de mettre cette 
assertion hors de doute. 

Nous avons déjà vu que la durée de la puissance des 
Arsacides , qui est fixée à deux cent soixante et dix ans 
par x^gatliias , d'après des renseignements qui lui étaient 
venus de Perse , est portée à deux cent quatre-vingts 
ans par le Boun-Déhesch , ouvi^age ancien, et com- 
posé sur des mémoires qui paraissent remonter jus- 
qu'au temps des Sassanides. Masoudy, historien arabe, 
qui vivait dans le x'' siècle , et qui était très-versé dans 
la connaissance des anciennes traditions historiques 
de l'Orient et même de celles des Grecs , dit , dans son 
Kîtab-altenbih , que ïa dynastie des Moulouk-al-tliéwaïf 
ou Arsacides a subsisté pendant deux cent soixante-huit 
ans , ce qui s'accorde de tout point avec le dii^e d'Aga- 
thias , qui a exprimé en nombre rond le calcul chro- 
nologicp.ie des Perses. Masoudy était trop instruit pour 
ne pas savoir qu'il s'était écoulé plus de cinq siècles 
entre Alexandre et l'établissement de la dynastie des 
I. i5 



226 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Sassanides ; il fixe la durée de cet intervalle à cinq 
cent treize ans, fait sur lequel nous leviendrons à la 
fin de notre travail. Étonne de ne trouver, pour les 
rois Arsacides, qu'un nombre d'années qui remplis- 
sait à peine la moitié de cet intervalle , il fit à ce su- 
jet, pour s'assiu'er delà vérité, de grandes recherches, 
dont nous allons présenter le résultat. Son récit ser- 
vira à expliquer, d'une manière très - satisfaisante , 
l'exti'ême différence qui se remarque enti'e la réalité 
et le système adopté par quelques écrivains , soit chez 
les Grecs, soit chez les Orientaux. Nous nous servirons 
de la traduction de M. Silvestre de Sacy, qui, dans les 
Notices et extraits des manuscrits \ a fait connaître 
cet important passage. 

K II y a, entre l'opinion des Perses et celle des au- 
<i très peuples , remarque Masoudy ^, une grande diffé- 
«rence par rapport à l'époque d'Alexandre; ce que 
« beaucoup de personnes n'ont point observé. C'est là 
K un des mystères de la religion et de la politique royale 
(( des Perses , qui n'est connu que des hommes les plus 
((instruits parmi les Mobeds et les Herbeds, comme 
(t nous favons vu par nous-mcme dans la province de 
« Fars, le Kirman, et autres contrées de la domination 
K des Perses : il ne se trouve dans aucun des livres 
t( composés sur l'histoire de Perse , ni dans aucune 
v( autre chi'onique ou annale. Voici en quoi il consiste : 

T. VIII, i" partie, p. 182-199. 
' Ihitl. p. 161, 162. 



DEUXIEME PARTIE. 227 

« Zoroastre , fils de Poroschasp , lils d'Asinman , dans 
« YAbesta, qui est le livre qui lui a été révélé, annonce 
«que, dans trois cents ans, l'empire des Perses éprou- 
<( vera une grande révolution , sans que la religion soit 
(( détruite ; mais , qu au bout de mille ans , l'empire et la 
« religion périront en même temps. Or, entre Zoroastre 
(( et Alexandre , il y a environ trois cents ans ; car Zo- 
«roastre a paru du temps de Gh'schtasp (son nom est 
«écrit Caïbistasp, ici et ailleurs), fils de Caïlohrasp , 
« comme nous l'avons dit ci - devant. Ardeschir, fils 
<(de Babek, s'empara de l'empire et de toutes les pro- 
"vinces qui en dépendaient, cinq cents ans environ 
«après Alexandre. Nous voyons donc cpi'il ne restait 
«plus que deux cents ans, à peu près, pour compléter 
«les mille de la prophétie. Ardeschir voulut augmen- 
«ter de deux cents ans cet espace de temps, parce 
(( qu'il craignait que , quand cent ans se seraient écoulés 
«après lui, les hommes ne refusassent de prêter se- 
« coui's au roi , et de repousser ses ennemis , par la con- 
« viction qu'ils avaient de la vérité de la ti'adition , qui 
(( avait cours parmi eux , relativement à la ruine future 
« de l'empire. Pour obvier à cela, il retrancha environ 
« la moitié du temps qui s'était écoulé entre Alexandre 
« et lui. Il ne fit donc mention que d'un certain nombre 
«d'entre les Moulouc-Thmvaïf c[in remplissaient cet 
«intervalle de temps, et il supprima le surplus; puis 
« il eut soin de faire répandre dans son empire , qu'il 
« avait commencé à paraître et à s'emparer du gouver- 

i5. 



228 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

« nement deux cent soixante ans après Alexandi'e ; en 
<( conséquence , cette époque fut admise et se répandit 
(I parmi les hommes. C'est poiu* cela qu'il y a une diver- 
K gence entre les Perses et les autres nations (par rap- 
«port à l'ère d'Alexandre), et c'est aussi ia cause qui 
« a introduit quelque confusion dans les annales des 
<( Moulouc-Thaivaïf^. » 

Ce passage est décisif; le texte d'Agathias doit être 
considéré comme très-correct, malgré l'erreur clu-o- 
nologique qui s'y trouve ; il est certain , nous le répé- 
tons, qu'elle provient des sources où fauteur avait 
puisé. On voit que l'altération qui s'est inti'oduite 
dans la chronologie des Arsacides est le résultat d'une 
mesure politique, nécessitée par une prétendue pro- 
phétie de Zoroastre. Celle-ci n'était peut-être, elle- 
même , qu'une suite de l'opinion qui plaçait de grands 
changements dans le monde après chaque espace de 
mille ans , opinion dont on trouve des traces dans plu- 
sieurs anciens livres des Perses. 

S'il existe beaucoup de systèmes différents sur la 
durée de la puissance des Arsacides en Perse et siu* 
l'époque de la fondation de cette dynastie, il y en a 
un bien plus grand nombre encore sur la succession 
de ses rois , sur lem' nombre et sur ia durée particu- 
lière de leurs règnes. Une infinité de causes contri- 

,j*,ljjl y^jjÇîj viUi JJiftî »Xij fiTslâf 



DEUXIÈME PARTIE. 229 

biient à jeter de l'obscurité sur cette matière. Tous les 
grands ouvrages que les Grecs et les Romains avaient 
composés sur les Parthcs , sont perdus ; il nous reste 
de quelques-uns de ces ouvrages un petit noraibre de 
fragments épars et informes, dont souvent il est même 
fort difficile de faire usage. Les fréquentes révolu- 
tions dont l'empire des Parthes fut le théâtre, sont 
aussi une source féconde de confusion et d'incerti- 
tude. Il n'y avait pas un ordre de succession au trône 
bien établi , et l'empire était constamment agité , soit 
par l'ambition des princes vassaux ou collatéraux 
qui prétendaient à l'empire, soit par les armes et la 
politique des Romains, qui se déclaraient toujours les 
alliés des prétendants au trône, et qui cherchaient, 
par tous les moyens, à affaiblu' ou, au moins, à oc- 
cuper une nation dont la puissance rivalisait avec la 
leur, et dont la valeur et le caractère turbulent leur 
causaient de perpétuelles craintes. A chaque chan- 
gement de règne , éclataient des guerres civiles. On 
voit très - souvent plusieurs princes prendre concm*- 
remment le titre de roi, et, avant que la victoire en 
ait décidé , on est fort embarrassé de déterminer quel 
est le souverain légitime. Ajoutons que, parfois, les 
princes dépossédés, ou d'autres mécontents, se reti- 
raient chez les Romains , qui ieiu" accordaient un asile , 
et qui, à la première guerre contre les Parthes, ren- 
daient à un de ces prétendants le titre de roi, et le 
renvoyaient dans sa patrie à la tête d'une armée , pour 



230 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

qu'il pût y faire reconnaîti'e son autorité les* armes <\ 
la main. Si l'on considère ensuite qu'outre le nom 
d'Arsace, que ces princes portaient tous comme nom 
de famille et quelquefois comme nom propre , ils en 
avaient encore d'autres, qui leur étaient personnels à 
chacun, et qui furent souvent portés simultanément 
par plusieurs d'entre eux ; si , enfin , à toutes ces causes 
de confusion, on ajoute cette circonstance, cpie les 
écrivains négligent fréquemment de faire connaître le 
nom propre du prince dont ils parlent , se contentant 
de lui donner celui d'Arsace , qui était commun à tous 
les rois parthes, on n'aura encore qu'une faible idée 
des nombreuses difficultés qu'offre l'histoire des Arsa- 
cides. Nous espérons cependant, à quelques-unes près, 
les avoir surmontées. 

Aucun écrivain grec ou latin ne nous a laissé une liste 
des rois arsacides. Les listes que les savants modernes 
ont composées sont le résultat des travaux entrepris, 
gar eux, pour éclaircir et coordonner les divers fi^ag- 
ments arrivés jusqu'à nous des ouvi'ages qui traitaient 
de leur histoire. Ils s'en sont tirés plus ou moins heu- 
reusement, sans avoir toutefois fixé avec précision le 
plus grand nombre des points de la chronologie, et 
sans avoir pu même déterminer la succession des 
rois. Les médailles grecques, dont nous avons déjà 
parlé et dont beaucoup d'antiquaires ont cherché à 
faire usage , ne peuvent pas être d'un grand secours 
pour cet objet, parce que, à peu de chose près, elles 



DEUXIÈME PARTIE. 231 

sont toutes semblables , et que les princes qu'elles 
représentent portent, presque tous, le nom générique 
d'Arsacc. Quelques-unes seulement, sur lesquelles on 
lit le nom de Vologèsc ou plutôt Bolagasès, ont con- 
tribué à jeter quelque jour sm' la chronologie des Ar- 
sacides. On en connaît d'autres, qui oftrent l'effigie et 
le nom de Sanatrœccs, de Gononès, de Gotarzès, ou 
enfin de Pacorus. Quoique Vaillant, Pellerin, Eckhel , 
Fréret, Barthélémy et, plus hcm'cusement qu'eux tous, 
MM. Visconti et Tycbsen se soient servis de celles de 
ces médailles qui portent des dates incontestablement 
tirées de l'ère des Séleucides, elles ne leur ont été que 
d'un médiocre secours , malgré la sagacité qu'ils ont 
apportée dans leurs investigations. Tous les efforts de 
ces savants n'ont abouti qu'à des conjectures ingé- 
nieuses , qui ne nous offrent pom' résultat, jusqu'à pré- 
sent, que des dates assez probables, mais non suffi- 
samment déterminées. Les numismates connaissent le 
travail barbare des médailles arsacides, et savent qu'on 
a peine à discerner la forme des lettres, ainsi que les 
traits qui pomraient faille distinguer les uns des autres 
les princes que représentent ces médailles, lorsqu'ils 
portent le même nom-, les nimiismates ne seront donc 
pas sm'pris de ce cpie nous avançons. Fût-il possible 
de décliifû'er ces monnaies , on sent que ce moyen 
serait encore fort insuffisant pom' fixer la succession 
des rois parthes, malgré même le secours des dates; 
car on comprend facilement quel faible degré d'impor- 



232 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

tance il est permis d'attacher à des signes aussi fugitifs 
que les ressemblances qu'on croirait reconnaître entre 
des têtes représentées avec si peu de soin. Chez nous, 
où l'art monétaire est porté à un très-haut degré de per- 
fection , on poiuiait , sans inconvénient , se servir d'un 
pareil moyen de critique. Mais ici ce n'est pas le cas ; 
les mêmes noms et , à peu près , les mêmes titres se 
voient presque constamment sur les médailles arsa- 
cides, et il est impossible d'en tirer parti; car, pour 
qu'on pût , d'après la série des dates , attribuer à tel ou 
tel prince une médaille quelconque , il faudrait avoir ce 
qui nous manque , c'est-à-dire posséder une liste exacte 
des rois dont on cherche à fixer la chronologie par le 
secours de ces mêmes médailles. Avec ce secom's, il 
nous serait encore fort difficile d'affirmer qu'ime pièce 
appartient au prince qui régnait à la date qn'elle porte. 
Toutes les médailles arsacides à légendes grecques, 
ayant, comme nous l'avons déjà fait observer, été frap- 
pées dans les villes de la Mésopotamie et de l'Assyrie , 
quelques-unes d'entre elles peuvent nous offrir, bien 
ou mal, non les traits d'un roi de la dynastie des 
Arsacides , mais l'image de quelque prince rebelle , de 
quelque usurpateur connu ou inconnu, qui régnait 
dans ces régions et qu'il nous est impossible de dis- 
tinguer du prince légitime, parce que le nom d'Ar- 
sace, de même que les titres dont il est accompagné, 
appartenant exclusivement à la souveraine puissance , 
les usurpateurs ou les rebelles se les attribuaient tout 



DEUXIÈME PARTIE. 233 

aussi bien que le vrai roi qui avait droit de le faire. 
On comprend non moins facilement, parce qui a été 
dit de l'altération qu'ont introduite dans la chronolo- 
gie des Arsacidcs les craintes politiques des premiers 
princes sassanides , combien serait peu fondé l'espoir 
de tirer de grands secours des listes de rois que four- 
nissent les écrivains persans ou arabes. Elles sont com- 
posées de noms controuvés ou al térés pour la plupart , 
et on y a joint des durées de règne qui paraissent pu- 
rement arbitraires. Nous ferons observer cependant 
que , dans la Chronique d'Abou'lféda , on trouve une 
liste de princes qui, malgré l'erreur radicale dont cette 
partie de la chronologie est entachée dans les historiens 
orientaux, paraît mériter quelque attention et avoir 
été composée sur des renseignements assez exacts. 
Cette liste , tronquée il est vrai , a été tirée par Abou'l- 
féda de l'Histoire universelle d'Ibn-Alathir , ouvrage 
justement estimé des Orientaux. Ce dernier écrivain 
avait puisé lui-même ce qu'il dit des Moulouk-al-théwaif 
ou Arsacides , dans l'ouvrage d'un astronome arabe ap- 
pelé Abou-Isa-Ahmed , fils d'Ali , qui s'était servi d'ou- 
vrages traduits du grec ou du syriaque sous les pre- 
miers khalifes Abbassides. Comme nous ne possédons 
pas le IIatc d'Abou-Isa , ni les parties de l'Histoire uni- 
verselle d'Ibn-Alathir où devait se trouver fhistoire 
particulière des Arsacides , nous ne pouvons juger si 
Abou'lféda nous a transmis avec exactitude l'opinion 
de ces deux écrivains ; nous en doutons , car on re- 



234 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

marque dans son récit plusieurs contradictions. Quoi 
qu'il en soit, cet historien nous donne la date de 
l'avènement au trône de tous les princes dont il fait 
mention sous un nom visiblement altéré ; et ces dates , 
prises de l'ère d'Alexandre ou des Séleucides, répon- 
dent exactement à des époques où nous verrons qu'il 
y eut , en effet , un changement de règne dans la suc- 
cession des rois parthes. 

Les Arméniens, qui, deux siècles après l'expulsion 
des Arsacides de la Perse , étaient encore gouvernés par 
des rois de la même famille , nous ont conservé une liste 
de princes sui' laquelle nous allons faire quelques obser- 
vations. Cette liste nous indique la durée exacte de la 
puissance des Arsacides en Perse ; mais elle ne paraît pas , 
au premier coup d'œil , mériter, pour ce qui concerne 
chacun des règnes en particulier, une très-grande con- 
fiance ; cependant , les considérations qui vont suivre et 
la suite de nos recherches démonti'eront qu'elle est de 
la j)lus grande exactitude. C'est l'historien Moïse de Kho- 
ren qui nous a transmis toutce que les Arméniens savent 
de riiistoire des Arsacides de Perse ; nous aurons , par 
conséquent , de fréquentes occasions d'invoquer son té- 
moignage dans la suite de notre travail sur cette branche 
des Arsacides, comme dans celui qui traitera des Arsa- 
cides d'Arménie, et l'on nous pardonnera, sans doute , 
les détails dans lesquels nous allons entrer sur sa j3er- 
sonne et son ouvrage, pour faire mieux apprécier le de- 
gré de confiance qu'on doit lui accorder. 



DEUXIÈME PARTIE. 235 

Moïse de Khoren est un des écrivains les plus distin- 
gués de l'Arménie. Il naquit à Klioren , dans le pays 
de Daron , vers la fin du iv" siècle de noti'e ère; il était 
un des plus illustres disciples du patriarche Sahag I", 
issu de la race des Arsacides , et du savant Mesrob , son 
ami, lequel, après avoir, en /io5, inventé un alphabet 
qui fut particidier aux Arméniens , en donna , peu après , 
un aux Ibériens et un autre aux Albaniens. Moïse savait 
la langue grecque ; il avait été envoyé , par Sahag et Mes- 
rob , dans fempii'c romain , pour étudier cette langue 
et rechercher d'anciens manuscrits. Il avait habité 
Edesse , Antioche , Alexandrie, Gonstantinople , Athè- 
nes, Rome même, et, par conséquent, il avait pu ac- 
quérir de grandes connaissances -, aussi , dans son ou- 
vrage , cite-t-il fréquemment les écrivains grecs. Il passe 
poiu'le plus éloquent des historiens arméniens; la pu- 
reté de son style lui a même fait donner le surnom de 
^/^("torj_, Kertog , c'est-à-dire le Grammairien. Il a tou- 
jom's joui d'une grande réputation parmi ses compa- 
triotes , et on ne peut douter que son éloquence n'ait 
beaucoup contribué à faii'e accorder plus de confiance 
à ses narrations qu'à celles de plusieurs autres liistoriens 
arméniens moins soignés dans leur style, mais plus 
exacts et moins concis. Sans parler des temps anciens, 
sur lesquels nous ne savons que ce qui en est dit dans 
Moïse de Khoren, nous ferons remarquer que, pour 
l'histoire des derniers temps du royaume d'Arménie, 
il existe une très-grande différence entre les récits de 



236 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

notre écrivain et ceux de Faustus de Byzance, qui Avivait 
avant lui et qui était contemporain des événements 
qu'il raconte. Moïse de Khoren se contente de rap- 
porter quelques faits; il les décrit avec une extrême 
concision et de mémoii'e , sans s'astreindre à suivre 
scrupuleusement l'ordre des temps , et en confondant 
fort souvent les noms des souverains étrangers à l'Ar- 
ménie. Faustus, qui était grec de naissance et qui, 
dans le iv^ siècle , s'établit en Arménie , où il devint 
évêque du pays des Saliarouniens , raconte, au con- 
traire , de la manière la plus minutieuse , tous les 
événements arrivés de son temps. On reconnaît dans 
ses écrits le récit d'un témoin oculaire qui craint d'ou- 
blier un seul fait , et poui^ qui tout a de fimportance. 
Malgré cet avantage , son ouvrage n'a point fait au- 
torité, aucun historien arménien ne l'a suivi; il est 
tombé dans un discrédit imiversel, à cause de son 
style lâche , dur, barbare et entièrement dépoiu'A^ des 
agréments que l'on trouve dans le livre de Moïse de 
Khoren et dans les écrits de plusieurs de ses con- 
temporains. L'histoire composée par Faustus de By- 
zance était divisée en six livres; nous ne possédons que 
les quatre derniers ; ils finissent à l'an 385. Nous 
devons beaucoup regretter les deux premiers , qui 
contenaient l'histoire ancienne de l'Ai^ménie avant 
l'inti^oduction du christianisme. 

Moïse de Khoren paraît avoir écrit son ouvi'age vers 
l'an 45o, peu après la mort de son maître Mesrob, 



DEUXIEME PARTIE. 237 

arrivée en àki; il l'a dédié à Sahag, prince des Pa- 
gratides, qui jouissait dès lors d'une Irès-grande con- 
sidération en Arménie, et qui, dans la suite, y fut créé 
marzban ou commandant, par Vahan, prince des 
Mamigonéans , et par ses compatriotes révoltés contre 
le roi de Perse. Sahag mourut , l'an k^ i , en com- 
battant contre les Perses pour la religion chrétienne , 
ce qui le fit considérer comme un martyr de la foi. 
L'Histoire de Moïse de Khoren est divisée en trois 
livres. Le premier traite de l'histoire des Arméniens de- 
puis Haïg, premier prince de leur nation, jusqu'à la 
conquête de la Perse par Alexandre. L'auteur a tiré la 
plus grande partie des faits qu'il rapporte, d'une his- 
toire composée , plus d'un siècle avant notre ère , par 
un Syrien nommé Mar Ibas Cadina ou Marapas de 
Kadina , qui vécut à la cour de Valarsace ou Vaghar- 
schag, premier roi arsacide d'Arménie, et à celle de 
son fils Arsace I". Ce Syrien s'était servi d'un grand 
nombre de mémoires historiques qui , de son temps , 
existaient à Ninive et à Babylone. Moïse de Khoren 
nous en a conservé plusieurs fragments fort curieux, 
qui portent tous les caractères d'une haute antiquité. 
Il a mis à profit aussi les récits de Bérose , d'Aby- 
dène, de Céphaléon, de Diodore de Sicile et de plu- 
sieurs autres écrivains grecs, mais peut-être d'après la 
Chronique d'Eusèbe , dont on a heureusement re- 
trouvé , depuis peu , à Venise , un exemplaii-e qui nous 
fait connaître f antique version arménienne de cette 



238 HISTOIRE DES. ARSACIDES. 

chronique. On remarque encore dans l'Histoire d'Ar- 
ménie composée par Moïse de Khoren , divers frag- 
ments d'un ouvrage d'Olympiodorc de Tlièbes en 
Egypte, qui semble être celui dont la Bibliothèque 
de Photius ^ renferme quelques extraits. L'auteur 
avait dédié son livre à l'empereur Théodose IL Enfin, 
Moïse de Khoren a fait, pour la composition de cette 
première partie de son Histoire, quelques emprunts 
à d'anciens chants populaires , qui célèbrent les hauts 
faits des antiques héros de l'Arménie , et qui s'étaient 
conservés dans la province de Koghthen , sur les bords 
de i'Araxe, où, de son temps, il y avait encore beau- 
coup d'idolâtres. 

Le second livre contient l'iiistoire de l'Arménie de- 
puis Alexandre et l'établissement des Arsacides jus- 
qu'à la mort de Tiridate, premier roi chrétien. Pour 
cette partie de son ouvrage , Moïse de Khoren paraît 
avoir consulté un très-grand nombre d'auteurs. Il cite , 
en particulier, plusieurs écrivains grecs qui nous sont 
presque entièrement inconnus, tels que Polycrite, 
Evagore, Phlégon de Tralles, Ariston de Pella, et 
quelques autres. Ces derniers appartenaient sans 
doute à cette classe nombreuse d'auteurs obscurs que 
l'on sait avoir principalement vécu à Antioche, et dont 
la Chronique de Malalas cite un très-grand nombre, 
aussi peu connus que ceux qui sont mentionnés par 
Moïse de Khoren. Nous pensons, d'après ce qui nous 

* Cod. 80, p. 56-63; éd. Bekker. 



DEUXIEME PARTIE. 239 

reste de leurs ouvrages, que ce sont eux qui ont con- 
tribue à altérer l'histoire ancienne, telle quelle est 
racontée dans la Chronique de Malalas, dans celle 
d'Alexandrie, dans Cédrène, dans le Syncellc, et à 
répandre chez les Orientaux toutes les fables et tous 
les anachronismes que l'on remarque dans leurs ré- 
cits , lorsqu'ils parlent des Grecs. Les principales 
sources où Moïse de Khoren a puisé son deuxième 
livre, sont, de plus, les matériaux de l'Histoire de 
Mar Ibas de Cadina, les Antiquités judaïques de Jo- 
sèphe, l'Histoire de Jules l'Africain-, celle du martyr 
Hippolyte, que nous ne possédons plus; une His- 
toire composée dans le n' siècle par le fameux et 
savant hérétique syrien, Bardésane d'Edesse ; l'His- 
toire ecclésiastique d'Eusèbe; une autre, écrite, vers 
la fin du îii" siècle, par un évoque de Cappadoce 
nommé Firmilianus. Moïse de Khoren compila aussi 
quelques poèmes composés, par d'antiques bardes 
arméniens, en l'honneur des premiers rois d'Armé- 
nie-, les archives conservées dans la ville d'Edesse-, les 
Mémoires de Léroupna, fils d'Aphschator d'Edesse, 
qui avait écrit l'histoire des rois Abgare et Sana- 
droug-, un autre ouvrage, écrit par un prêtre idolâtre 
de la ville d'Ani, nommé Olib , et, enfin, le livre d'A- 
gathangélus, secrétaire du roi Tiridate, livre que nous 
possédons encore. Pour retracer, en parlicidier, l'his- 
toire de Perse et l'origine de la race des Sassanides, 
Moïse de Khoren a consulté les ouvrages d'un certain 



240 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Khorhohpoud, qui avait été secrétaire du roi de Perse 
Schalipour IT, et qui, fait prisonnier durant l'expé- 
dition de Julien l'Apostat, fut amené dans l'empire 
romain , où il embrassa la religion chrétienne , et reçut 
avec le baptême le nom d'Eléazar. Ce Khorhohpoud 
écrivit l'histoire des guerres de Julien et de Schahpour; 
puis , avec l'aide d'un autre captif, qui était , sans doute , 
Syrien et qui se nommait Barsouma , il traduisit en grec 
un antique livre appelé par les Perses Rhosd-Sohoun , 
lequel traitait de l'origine des Sassanides. Le titre de 
cet ouvrage , dont les frères Whitson , traducteurs de 
Moïse de Khoren , ont ignoré la signification , s'expri- 
merait maintenant en persan par les mots qs^ ocwl) , 
Rast-Sakhoiin , qui signifient Histoire véritable; c'était 
un des monuments les plus anciens de l'histoire de 
l'Asie. 

Le troisième livre de Moïse de Khoren ne contient 
que l'histoire de son temps et du siècle qui l'a précédé , 
c'est-à-dire l'intervalle qui s'est écoulé entre la mort 
du roi Tiridate et la destruction de la monarchie ar- 
sacide en Arménie. Cette partie est généralement faite 
avec moins de soin que les précédentes ; l'auteur n'y 
cite aucune autorité , et l'on voit qu'il s'est trop fié à sa 
mémoire pour raconter des événements dont le sou- 
venir était encore récent; aussi y remarque-t-on un 
grand nombre d'erreurs manifestes , de contradictions, 
et beaucoup de confusion dans les noms des empe- 
reurs romains et des rois de Perse. Nous croyons que , 



DEUXIEME PARTIE. 241 

pour cette époque , on doit lui préférer le récit de 
Faustus de Byzance. 

La durée totale du règne des Arsacides en Perse , d'a- 
près les listes qui se trouvent dans Moïse de Khoren 
et dans Samuel d'Ani , chronographe du xii" siècle, 
est de 4 y 6 ans. Si l'on s'en rapportait aux éditions 
que nous avons de Moïse de Khoren , elle ne serait 
que de /i56 ans; mais nous verrons, en parlant du 
règne de Mithridate II, roi des Parthes, qu'il s'est in- 
troduit dans l'ouvrage de cet écrivain une erreur de 
vingt années; sans cela, il se trouverait en contra- 
diction avec lui-même. Il ne compte que quatorze 
rois , ce qui paraît bien peu pom' un aussi long espace 
de temps ; car il en résulterait que chacun de ces 
princes aurait régné, terme moyen, trente-quatre ans, 
nombre qui s'accorde bien plus avec le calcul des gé- 
nérations qu'avec celui des règnes des rois. Les noms 
de ces princes sont aussi, presque tous, différents de 
ceux qui se trouvent mentionnés dans les historiens 
grecs ou romains. Enfin, on ne voit figurer dans les 
récits de Moïse de Khoren aucun de ces rebelles ou pré- 
tendants qui ne firent que passer sur le ti'ône , ou qui 
ne parvinrent pas même à s'y asseoir. Cet écrivain, né 
dans un pays soumis à des rois arsacides, ne devait pas 
compter parmi les maîtres de la Perse, ni considérer 
comme souverains légitimes des princes qui n'eurent 
jamais d'autre droit à la couronne que leur ambition, 
qui n'occupèrent le trône que quelques instants, ou 
I. i6 



2k1 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

bien ffui, apjiuyés par des alliés, ne furent jamais re- 
connus par la totalité de l'empire parthe, et ne ré- 
gnèrent que sur quelques cantons, ou dans le camp 
des étrangers qui les avaient amenés. On ne doit donc 
point s'étonner de voir le nombre des rois arsacides de 
Perse considérablement diminué par les historiens 
arméniens, puisque ceux-ci ne font mention que des 
princes qui, vainquem^s de leurs rivaux, pai'vinrcnt à 
se maintenir sm^ le trône pendant un certain nombre 
d'années. Quelques considérations sur l'ordre de suc- 
cession en usage chez les Parthes montreront, ce nous 
semble, que le système de Moïse de Khoren repose 
sur une base ATaie. 

Quoique le droit d'aînesse paraisse avoir été éta- 
bli chez les Parthes ^ il ne semble pas qu'on l'ait pris 
toujours pour règle invariable de la succession à la 
couronne ; les rois laissèrent souvent leur héritage à 
celui de leurs fds cpi'ils aimaient le plus. Cette ma- 
nière de transmettre l'empire ne pouvait manquer 
d'être une source de guerres civiles sans cesse re- 
naissantes ; aussi , presqu'à chaque vacance du trône , 
l'empire devenait un vaste cliamp de bataille ; tous les 
fils du roi et souvent beaucoup d'autres prétendants , is- 
sus de branches collatérales , s'iattribuaient concurrem- 
ment le titre de roi-, les grands de l'état et les nobles, 

' «(Arsaces) decessil, relictis duobus iiliis, Mithridate et 
«Phrahftte -, quorum major Phrahates , more genlis , hères re- 
gni, Mnrdos, validam gentem , domuit » (Juslin, XLI, v.) 



DEUXIÈME PARTIE. 243 

qui étaient très -puissants, prônaient parti selon leurs 
affections et leurs intérêts; il en résultait de longues 
guerres, jusqu'à ce quenlin la souveraine puissance 
restât à celui de tous ces princes qui était vainqueur 
de ses rivaux. La Aicillesse des rois était, chez les 
Parthes, une cause non moins fréquente de dissen- 
sions que les vacances du trône , et cela par suite du 
grand nombre de princes que comptait la famille 
royale et du défaut de lois fixes siu" la succession à 
la couronne. Ces troubles étaient poussés à un tel 
point, que les princes dont le roi avait le plus à redou- 
ter les entreprises , étaient ordinairement ses enfants. 
Lorsqu'un roi vieillissait sur le trône , ses états étaient 
déchirés par les sanglants démêlés de ses fils, qui se 
fai^ient la guerre entre eux , et qui quelquefois la fai- 
saient à leur propre père. Pour se délivrer des craintes 
perpétuelles que leur causaient des enfants ambitieux, 
les rois partlies les faisaient périr, lorsque ces jeunes 
princes avaient atteint l'âge viril; ou bien , s'ils étaient 
plus humains , ils les envoyaient à la cour d'un prince 
voisin , qui les gardait à peu près comme prisonniers. 
Nous verrons ainsi Phraate IV envoyer ses fils à 
Rome, auprès d'Auguste; Izate, roi des Adiabéniens, 
faire élever les siens à Jérusalem ; Vologèse P^ Paco- 
rus, roi des Mèdes, Monobaze, roi de l'Adiabène , en- 
voyer les leurs auprès de Néron. Beaucoup d'autres 
princes suivirent cet exemple, ne gardant auprès d'eux 
que celui de leurs enfants qu'ils désignaient pour 

16. 



244 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

leur successeur, et qui était alors considéré comme as- 
socié à la couronne. Souvent même ils lui accordaient, 
pendant leur vie , le titre de roi , pour prévenir les dis- 
sensions qui aiu*aient pu troubler la fin de lem* règne , 
ou suivre l'instant de leur mort. C'est ainsi que Sana- 
traecès P' associa au trône Phraate III; Orode I" agit de 
même, d'abord poiu' son fils Pacorus, quimounit avant 
lui, puis pour Phraate ÏV, qui désigna aussi comme 
son successeiu", le plus jeune de ses enfants, appelé 
Phraatacès. Les rois arsacides d'Arménie, afin d'éviter 
les maux qui pouvaient résulter d'un trop grand 
nombre de princes du sang royal, réglèrent que ja- 
mais aucun Arsacide n'habiterait dans la résidence 
royale, ni dans le pays d'Ararat, la principale des 
quinze provinces de l'Arménie , et celle où se trouvait 
ordinairement la capitale. Le roi et son fils aîné , 
comme héritier présomptif de la couronne, avaient, 
seuls de la famille , le droit d'y résider, a Comme 
« Valarsace , dit Moïse de Khoren , avait beaucoup 
« d'enfants , il pensa qu'il ne convenait pas qu'ils habi- 
« tassent tous Nisibe; il les envoya, en conséquence, 
« dans la province d'Haschdéan , et dans celle de Dsor, 
u qui est dans le voisinage de celle-ci. Au delà du pays 
« de Daron il leur abandonna la possession de toutes 
«les constructions qui s'y trouvaient, et il accorda en 
« outre , à chacun d'eux , une pension assignée sur le 
«trésor royal. Il ne garda auprès de lui que l'aîné de 
«ses fils, qui était destiné à l'empire et qui se nom- 



DEUXIÈME PARTIE. 245 

« mait Arsace , avec son fils , appelé Ardaschès , qu'il 
« aimait beaucoup. C'était un jeune enfant d'une beauté 
« remarquable , d'une très-grande force de corps , et qui 
« annonçait déjà les belles qualités qu'il montra dans 
«la suite. On établit en loi, parmi les Arsacides, que 
« le seul enfant cpii aurait le di'oit d'habiter auprès du 
a roi, serait le successeur désigné, et que les autres, 
(ifils ou filles, iraient habiter leurs possessions héré- 
«ditaires dans le pays d'Haschdéan ^ » Sous le règne 
d'Artavasde, fils du célèbre Tigrane, le nombre des Ar- 
sacides dans ces provinces se trouva si considérable , que 
le prince ne put y placer ses frères et leur postérité ; 
il fut obligé de leur donner le canton d' Aghiovid , situé 
vers les soiu'ces de l'Euphrate, et celui d'Arhpérani, 
sur les bords du lac de Van. Ces cantons leur furent 
cédés en toute propriété , et leurs descendants élevés 

\fi_^uj^qp hîXinqutfi^uilÀ pjuaniju niJljl^fi nt^uutlrpu, ufuiinjuiTC 
JuiplituL. , nO luJlrlth-qniJli Ui"! ' b IT^'^pA^ » V" "P"J wni^plj aWu 

p a.tUL-tnnU ^Lui^utlrlipq , Ir '[• ^J"/'^ "P ^ 'Unnftli êjui^JuÎIhuLuij , 
np Ir uinmiul^nj ^tunohnj , fi Ibu P^nJijrii/ njjflin ujif, ^utUqJrJL 
lUjiitr^nL-UMJOuJ iTmltqli uinufUvl^ljh , Ir nnh-Lmq LmnaJring iiunani^^ . 
lint^uiit : V>L JhuijU quinuM^\îli nnn^L^nq pi-nnn , np Lnjt^p \\P2'''H.' 
Ufêu^k- tun^t-p b ^luJujp p^ujiLuji_pnL.p^lr , Ir "UnpniJli nL.atup'' unp 
UMlinL.UMlilrutg ^^puiui2_lin , qnnjnih-uftnlruiif '^uiLq_fi l^p usntLUi^ 
plr inquijjb l^uiiinujiu , Ir ^^aop JuiplfLnil , "nui n fi Liiipé-/i ij utni'p 
■^uijlrijnqujij np p ^iTiujli luh-lringlj l^lhi iupni^ph_^ : \ft— k qlr 
UMjn jUÊjbiT ^b-ml^, /r tun iiuti^uJi oplçlio ' L iSiç^ 11/i^u#A/n_^i^ii/o\ 

U"J "P'h'-IJ •^^"''lPLjÙ'1' "'P-{""JP' 'l'''h"-''lJ''pn. i[ilipiP%uiijin^npnL. 
Itrcru, ujjjjtg ni-utittrpuiij , u. n^utnlrpiuq ilUumi p linaJuIhn ^Luiiuilr^ 

'^t'S' j"'ljl'^ i-iuintu\iif.ni-Pf- [Hist. urmen. 1. II, c. vu, p. 99.) 



246 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

au-dessus des autres Arsacides. « Artavasde, fds de Ti- 
«grane, dit Moïse de Khoren, régna ensuite sur les 
« Arméniens. H donna des possessions à ses frères et 
« à ses sœurs dans les provinces d'Agbiovid et d'Arh- 
« pérani , leur céda tous les bâtiments royaux qui se 
« trouvaient dans ces pays, et y joignit un revenu par- 
ce ticulier, en sus de celui qu'avaient déjà leurs parents 
« du pays d'Haschdéan , pour qu'ils fussent plus distin- 
«gués et plus près de la dignité royale que les autres 
«Arsacides; leur défendant seulement, par une loi 
« expresse , de venir dans le pays d'Ararat , résidence 
(i royale ^. » Au milieu du i*"^ siècle de notre ère, quand 
Sanadroug détruisit la famille du roi Abgare, il en- 
voya dans cette même province d'Haschdéan celles des 
femmes et des filles de prince qu'il épargna^. Plus d'un 
siècle après, sous le règne de Diran I", la postérité 
des Arsacides d'Hasclidéan s'étant encore beaucoup 
augmentée, ils demandèrent au roi la cession de 
nouveaux territoires , mais il ne voulut pas les leur 
accorder. Il se contenta de permettre à quelques-uns 

gnu guîltl^ nlrq^^uinu (it-fT , Il ap.npu 'p qjuuiun-ftU \\nt^nint/u7p, /t 
J\n^£rnuAc-ai , p-nqjnJ 'ft 'Unuat qjhitfu iup^nL^fi np 'fi jt^ifu 
uijUn oAiJuuiniUQ , ^ufhri.lrp<^ lunuhiafîu iluipa , U. iL.uh'uiup , niitiw 
opl/UiuLfi luntfjuliufù nn ' [i l^nqJufun ^^uiiuitrUltg t nuf^ qp iplifil^ 
'iig ufuiinni^uiltahiuiU.njli , It. uin.uiL-k-^^ l^uinjiii^nptuifU^ ^uiU qiuiniU 
y^ji^uâlf^nthiltu , Jhvujli oplthiuiipl^ , nil^Utuij V'^jftuipiuin, ' ft _^ltiMi^ 

l(nupfu ujp^ujjl,. [Hisl. armen. lib. II, cap. xxi, p. 119 et 12a.) 
* Ibid. lib. II, cap. xxxii, p. \t\l\. 



DEUXIÈME PARTIE. 247 

d'entre eux d'aller s'établir dans les provinces d'Aghio- 
vid et d'Arlipérani , parmi les descendants des frères 
d'Artavasde P"; puis il partagea le pays d'Haschdéan, 
2)ar portions égales , entre tous les Arsacides qui s'y 
fixèrent ^ L'usage de tenir éloignés de la capitale et de 
la province d'Ararat les princes issus du sang royal sub- 
sista jusqu'à la fin de la domination des Arsacides en 
Arménie ; on voit dans Moïse de Khoren ^ que cette 
coutume était encore en vigueur sous le règne d'Ar- 
sace II, un des derniers princes de cette dynastie. 

La conduite politique que les rois Parthes étaient 
obligés de tenir à l'égard de leurs enfants et des princes 
de leur race , avait toujours de graves inconvénients : 
lem' habitude était d'éloigner tous leurs fils puînés, 
avant même qu'ils eussent atteint l'âge viril; souvent 
ils ne gardaient pas même auprès d'eux l'aîné, qui 
leur inspirait plus de crainte que les autres, par cela 
seul qu'il était faîne. Sur la fin de leur vie , séduits par 
les suggestions d'une nouvelle épouse, ils oubliaient 
les enfants cpi'iis avaient eus d'une autre femme ; ils 
leiu préféraient ceux qui étaient nés de cette nou- 
velle épouse , et ordinairement ces derniers se trou- 
vaient encore en bas âge iorscjue leur père mom^ait. 
Fréquemment, les rois périssaient victimes de la per- 
fidie de la femme qu'ils chérissaient le plus, mais qui 
craignait de leur part un retour de tendresse pour les 

' Hist. armen. lib. II, cap. Lix, p. 178. 
^ Ibid. lib. III, cap. xxii , p. 25/i. 



248 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

enfants d'un premier Jit; ou bien ils tombaient sous 
les coups mêmes de leurs fds , poussés à commettre ce 
crime par la jalousie qu'ils nourrissaient contre leurs 
frères; et, pour me servir d'une expression de Justin ^ 
le trône restait au plus scélérat. Nous verrons ainsi 
Phraate III, Orode I" et Phraate IV périr, parle poison 
ou par le poignard, de la main de leurs criminels en- 
fants. Si , à la mort du roi , la couronne tombait sur 
la tête d'un enfant hors d'état de gouverner, les princes 
collatéraux et les nobles se révoltaient; les légitimes 
héritiers , souvent divisés entre eux , faisaient même 
appuyer leurs prétentions par des armées étran- 
gères. On avait plusieurs rois à la fois , jusqu'à ce que 
l'empire se trouvât réuni sous le sceptre du plus heu- 
reux, du plus vaillant , ou plutôt du plus perfide. Si 
quelquefois les princes légitimes, après avoir long- 
temps habité parmi les étrangers , parvenaient à mon- 
ter sur le trône avec leur secours, ils étaient bientôt 
chassés ou massacrés par les Parthes eux-mêmes , qui 
ne les connaissaient que fort peu, et,qui ne pouvaient 
s'accoutumer à leurs mœurs nouvelles. Les anciens 
compétiteurs reparaissaient sur la scène, et se dispu- 
taient la possession de la couronne, qui, enfin, res- 
tait aux mains de l'un d'entre eux. C'est ainsi que Vo- 
nonès I", Phraate VI, Tiridate III et Mithridate IV 
ou Mèherdate , reconnus d'abord rois par les Parthes , 

Sceîeratissimus omniam , dit Justin , en parlant de l'avé- 
nement de Phraate (lib. XLII, cap. iv). 



DEUXIEiME PARTIE. 249 

furent ensuite chassés par eux. Il paraît que les Ar- 
méniens, dans la liste qu'ils nous ont conservée des 
princes arsacides de Perse , n'ont pas tenu compte de 
tous les rois éphémères dont la victoire n'avait point 
légitimé les droits; ils y ont seulement place les noms 
de ceux qui s'étaient maintenus sur le trône pendant 
un long espace de temps; et, selon toute probabilité, 
ils ont compté les années de leur règne à partir du 
moment où ces princes prirent, pour la première 
fois , le titre de roi. Il est permis de croire que ceux-ci 
supputaient eux-mêmes de cette façon la durée de 
leur domination , lorsqu'ils se trouvaient sans contes- 
tation maîtres de l'empire; c'est, à notre avis, le seul 
moyen d'expliquer la différence qui se fait remarquer 
entre la série des rois parthes établie par Moïse de Kho- 
ren, et celle que présente le récit des écrivains grecs 
ou romains. 

Cette explication fort naturelle une fois admise, 
on n'est plus étonné de voir, dans les liistoriens armé- 
niens, que quatorze régnés seulement remplissent la 
durée de quatre cent soixante et seize ans attribuée 
à la dynastie arsacide de Perse. Ces règnes, par consé- 
quent, sont tous fort longs ; le plus coiu"t est de dix-neuf 
ans , et encore n'y en a-t-il qu'un seul qui n'ait pas duré 
davantage. Quand, par la suite, nous nous occuperons 
des divers princes parthes mentionnés dans les auteurs 
anciens occidentaux , nous trouverons pareillement que 
quatorze rois ai'sacides ont régné sur la Perse pendant 



250 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

un iong espace de temps; ce sont précisément les seuls 
dont les Arméniens aient conservé le souvenir. Moïse 
de Khoren a entièrement négligé le règne des princes 
qui ne firent que paraître ; ou bien , les années durant 
lesquelles ils gouvernèrent l'empire, il les a comprises 
dans le règne de leurs vainqueurs. Examinée sous le 
même point de vue , l'histoire de plusieurs dynasties 
modernes de l'Orient nous offrirait un procédé ana- 
logue. 

A différentes époques , après le long règne d'un roi 
parthe , son trône fut occupé par un prince légitime , 
qui mourut au bout de très-peu de temps. C'est ce 
qui eut lieu lorsqu'à la mort de Phraate IV, son fils 
Phraate V ou Phraatacès lui succéda, ou quand Arta- 
ban III cessa de régner, et que ses fils Vardanès et 
Gotarzès se disputèrent pendant plusieurs années la 
couronne , qui passa après eux entre les mains de Vo- 
nonès II , mais pom' quelques mois seulement. Les Ar- 
méniens n'ont pas fait mention de ces événements; 
cependant, il n'est pas résulté de leur silence la confu- 
sion qui, à ce qu'il semble, aurait du se mettre dans 
la chronologie. On verra, au contraire, que l'époque 
assignée par Moïse de Khoren pour le commencement 
du règne de chaque roi dont il parle, se rapporte 
exactement à un temps où, comme fexamen des 
faits nous le démontrera, les historiens gi^ecs ou ro- 
mains placent la mort d'un roi parthe, suivie de plu- 
sieurs années de troubles , pendant lesquelles un grand 



DEUXIÈME PARTIE. 251 

nombre de compétiteurs se disputent l'empire , jusqu'à 
ce que l'un d'eux reste seul maître de la couronne. A 
tort ou à raison, Moïse de Khoren a considéré le 
vainqueur comme régnant depuis la mort du prince 
dont la succession avait causé ces troubles. 

La liste des rois parthes conservée par les écrivains 
arméniens offre encore une autre singularité : les noms, 
avons-nous dit, y sont en très-petit nombre et entière- 
ment différents de ceux que nous trouvons dans les au- 
teurs grecs ou romains. Il est fort probable que les his- 
toriens d'Arménie nous donnent, au lieu des noms 
propres des souverains de la race des Arsacides de 
Perse , les titres honorifiques ou les surnoms que pre- 
naient ces princes pour marquer l'élévation de leur 
rang, ou que leiu's sujets leur donnaient dans le même 
but. On conçoit facilement que les Arméniens, dépen- 
dant , en quelque sorte , de la monarchie parthe , 
durent conserver de préférence ces dénominations, 
pour ainsi dire, diplomatiques-, c'était une marque de 
leur respect et de leur soumission pour la branche 
aînée de la famille des Arsacides. 

Quatre des princes mentionnés par les historiens ar- 
méniens portent le nom d'Arsace, qui était, comme 
nous le savons d'ailleurs , commun à tous les rois 
parthes , mais qui ne fut porté , comme nom propre , 
que par le premier d'entre eux. A trois autres , ces his- 
toriens donnent les noms d'Arschagan , d'Arschès et 
d'Arschavir, qui semblent indiquer, par leur compo- 



252 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

sition, qu'ils sont dérivés du nom même de la race 
royale, et qui signifient probablement Arsacide. Plu- 
sieurs écrivains grecs ou romains offrent des exemples 
de cette coutume ; on les voit désigner les rois des 
Parthes sous le simple nom d'Arsacides. Le nom d'Ar- 
schagan , en particulier, signifie bien certainement Arsa- 
cide ou d'Arsace. C'était un usage fort répandu chez les 
Perses , de former ainsi les génitifs et les noms patro- 
nymiques ; on en trouve un grand nombre d'exemples 
dans les historiens arabes et dans les historiens per- 
sans. Ils ont conservé le nom d'Arschagan parmi ceux 
qu'ils donnent aux princes de la race des Moulouk- 
al-théwaïf : ils en appellent un Aschkaiiy corruption 
d'Arschagan , comme Aschek est f altération d'Arschag 
ou d'Arsace. Cette dernière manière d'altérer le nom 
d'Arsace a sans doute une origine fort ancienne; 
car nous rencontrons, dans Fouvrage géographique 
qu'Isidore de Charax composa sur f empire des Par- 
thes, une ville bâtie par le fondatem' de la monar- 
chie et appelée Asaac^. Le nom d' Ai'schavir , dont 
nous ignorons la signification précise , mais que nous 
pensons devoir aussi s'interpréter par Arsacide , d'après 
la manière dont se forment certains adjectifs posses- 
sifs, dans la langue arménienne et dans la langue 
persane , ce nom fut porlé en Arménie par les Ar- 

* nàXts Sé ÀcraàK, èv r} ÀpaâKYjs irpwTOs ^aaiXevs àTizlsixOiy 
xaj ^uXâTTSTa» èvzavdct Trùp àdàva-rov ( Isid. Chara. Stathm, 
Parthic. p. 7, Geogr. grœc. minor. t. II, éd. H. Hudson). 



DEUXIÈME PARTIE. 253 

sacides fugitifs qui s'y établirent-, il passa ensuite 
avec eux dans l'empire de Constantinople. Un autre 
des rois parthes cités par les Arméniens porte le 
nom de Darius, en arménien Tarèh. Nous ne con- 
naissons, par les historiens grecs ou les historiens 
romains , aucun roi arsacide de ce nom : ils parlent 
seulement d'un fds d'Artaban III, qui s'appelait ainsi, 
et qui fut envoyé en otage à Rome, auprès de Cali- 
gula, par son père ^ Nous ferons voir, dans la suite 
de notre travail , que le Darius des Arméniens est le 
môme que Vologèse I". Un de ses successeurs est 
appelé Péroze , en arménien Béroz , c'est-à-dire vain- 
queur : ce prince nous est également inconnu. Au rap- 
port de Moïse de Khoren^, il s'appela d'abord Vo- 
logèse , et il prit ce nom à cause des victoires qu'il 
remporta sur les Romains. En persan , jj^^o , pjroaz, 
ou jt,y^ , Jirouz , signifie effectivement vainqueur. Un 
autre de ces princes est appelé Vagharsch, nom qui 
répond à celui de Vologèse , qu'on lit dans les histo- 
riens, et à celui de Bolagase, que l'on voit sur les mé- 
dailles. Les Arméniens ne le donnent qu'à un seul 
prince , tandis que nous verrons qu'il fut porté par 
plusieurs autres. Ce nom est le même que celui de 
Vagharschag ou Valarsace , primitivement en usage 
chez les Arméniens. Altéré dans la suite des temps, 

' Sueton. Vita Caii , cap. xix. — Dio Cass. lib. LIX, cap. 
27, t. LU, p. 710. 

* Hist. armen. Ub. II, cap. lxi, p. i8i. 



254 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

il s'est écrit Vagliarsch ou Valarsch chez les Perses, et 
même chez les Arméniens; puis, chez le premier de 
ces peuples, Balasch ou Palascli. Dans les écrivains 
byzantins \ on le trouve sous la forme de Blase etd'O- 
holar. Fréret^ pensait que l'on doit chercher dans la 
langue turque l'origine de ce nom : il le fait dériver de 
deux mots qui, dans cet idiome, pourraient signifier 
conquérant. Nous ne nous arrêterons pas à faire res- 
sortir l'invraisemblance de cette étymologie. La forme 
primitive du nom de Vologèse, qui est Vagarschagou 
Valarsace , nous indique assez qu'il a un rapport quel- 
conque avec le nom même d'Arsace-, mais la disette 
de renseignements sur les langues anciennes de la 
Perse ne nous permet pas d'en déterminer la signifi- 
cation précise. Le dernier prince des Ai'sacides de 
Perse est appelé par les Arméniens Ardavan ; c'est le 
seul de tous ces rois sur le nom duquel il n'y ait point de 
discussion possible, les Grecs et les Romains le nom- 
mant Artahaii, les Persans modernes, Ardèivan. 11 est 
le seul aussi , de tous les rois parthes , qui soit connu 
des Arméniens sous cette dénomination , quoique l'his- 
toire fasse mention de quatre antres de ces princes 
qui portèrent le même nom. 

Nous venons de désigner onze des quatorze rois 
parthes de Perse que connaissent les historiens armé- 

' Procop. De bello persic. 1 , 5 , t. I , p. 2 5, edit. Bonn. 
* Mém. de l'Académie des inscriptions ( Mémoire sur l'année 
arménienne) , t. XIX, p. 112, noie Â*. 



DEUXIEME PARTIE. 255 

niens ; il nous reste à parler des trois derniers, qu'ils 
appellent Ardascliès ou Artaxcs. Ce nom nous paraît 
être le même que celui d'Artaxcrxès , sur l'origine du- 
quel nous allons entrer dans quelques détails étymolo- 
giques , qui serviront à ëciaircir divers points de notre 
travail et de l'histoire ancienne de l'Orient. 

Le nom d'Ardascliès ou Artaxès, que les Armé- 
niens donnent à plusieui's des rois arsacides de Perse , 
quoique nous sachions d'ailleurs qu'aucmi d'eux ne l'a 
porté, était fort en usage chez cette nation. Il était 
prononcé Artaxias ou Artaxès par les Grecs et par les 
Romains , qui l'attribuent à des rois d'Arménie. Les 
Arméniens avaient une telle prédilection pour ce nom, 
que presque tous leurs princes le prenaient pour se 
concilier l'affection du peuple. Tacite ^ rapporte que 
lorsque Zenon , fils de Polémon , roi de Pont , eut été 
nommé roi d'Arménie par Germanicus et vint prenrlre 
possession du trône , on changea son nom en celui d' Ar- 
taxias. Dans l'origine, Artaxias devait être plutôt un 
titre qu'un nom propre , et vraisemblablement il ne 
devint d'un usage commun que dans la suite des temps , 
peut-être même que bien après l'époque dont nous 
parlons. L'altération des langues dans lescp.ielles on 
pouvait trouver son origine étymologique fit oublier 
sa signification, et il fut porté sans conséquence par 
des particuliers. De ces diverses considérations , il ré- 
sulte que, dans les temps anciens , les princes désignés 

' Annal, lib. II, c. LVi, t. I, p. 222 ; cd. Burnouf. 



256 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

sous ce nom, différemment prononce selon les pays 
où il était en usage, avaient un nom particulier, qui 
quelquefois s'est perdu , mais qui , quelquefois aussi , a 
été conservé par les historiens , et apporte beaucoup 
de confusion dans leurs récits. Là où on se croirait 
fondé à penser qu'il a existé deux princes différents, 
il n'y en a eu réellement qu'un seul, mais il était 
connu sous deux dénominations. 

Le nom d'Artaxias , Artaxès ou Ardascliès , chez les 
Arméniens , est incontestablement identique avec celui 
d'Ardeschir, qui était en usage chez les Perses; nous 
verrons, par la suite, que ce dernier a la même ori- 
gine. Le dernier roi d'Arménie de la race des Arsa- 
cides s'appelait Ardaschès; en montant sm' le trône, 
il prit le nom d'Ardaschir , sans doute pour plaire aux 
Perses , qui l'avaient placé sur le trône ^. Le savant 
Reland^, et, depuis lui, M. Langlès^ ont voulu trouver 
dans le nom d'Ardeschir la signification de grand lion. 
Ils le font dériver d'un antique mot persan, qui n'existe 
plus dans le dialecte actuel , mais qui , selon eux , si- 
gnifiait grand , et du mot j—*^ , schir, lion , qui s'est 
conservé dans le persan moderne. Quelque probable 
que puisse paraître cette étymologie, nous ne la re- 

' Mos. Khor. Hist. urmen. III, lviii, p. 3o8. 

"^ Dissert, miscellan. ( De reliquiis veteris îinguœ Persiœ Dis- 
sert. VIII), p. iSg, iZio. 

' Dans son cdilion du Voyage de Paris à Ispahan , de Char- 
din, i. II, p. l'y 8, note 2. 



DEUXIÈME PARTIE. 257 

gardons pas moins comme fausse ; on partagera cer- 
tainement notre opinion après les détails dans lesquels 
nous allons entrer. Le nom d'Ardeschii% que Ton ren- 
contre dans les auteurs grecs sous la forme plus con- 
nue à'Artoxerxès ou Artaxerxès , est écrit Artahschetr 
ou Artahsclièter dans les anciens monuments épigra- 
phiques de la Perse , expliqués avec tant de succès par 
M, Silvestre de Sacy ^ Ce nom , altéré en Artaxer 
chez les Perses-, Artaxias, Artaxès et Ardaschès chez les 
Arméniens , et Artchil chez les Géorgiens , signifie grand 
roi , comme il est facile de le prouver. Nous savons, en 
effet, parle témoignage d'Hésychius^ et d'Etienne de 
Byzance '^, que le mot arta signifiait grand, et qu'il ser- 
vait en outre à désigner les anciens héros de la Perse. Il 
n'existe plus sous cette forme dans le persan moderne; 
mais on le retrouve sous celle de t^î^jl , ardai, dans 
certains livres religieux des sectateurs de Zoroastre, 
où il paraît signifier , comme dans l'ancien persan , 
grand et illustre. Il est ordinairement placé devant le 
nom d'un personnage célèhre dans fhistoire religieuse 
des Perses, Ardai -Viraf; et il entre dans la composi- 
tion d'un très -grand nombre d'autres noms propres, 

' Inscription de Nakschi - Rustam , dans les Mémoires sur 
diverses antiquités de la Perse, p. loo et ici. 

* Agathias, Hb. IV, pag. 263; edit. Bonn. 
' Hésychius; sub voce kpraïoi. 

* kpraiovs Se TlépaoLi , éa-rrep oi ÈWrfves tous iraXajovs 
àvdpânrovs, ijpœois xcikovcri. (Steph. Bvzant. siihvoce Aprafa , 
p. .T'y ; éd. Westermann.) 

1. 17 



258 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

tels qu Artaban,Artahaze, Artapherne, etc. qui nous sont 
connus par les auteurs anciens. La deuxième partie du 
nom d'Artaxerxès , c'est-à-dire le mot Xerxès , qui seul 
a formé aussi un nom de prince , nous paraît, ainsi qu'à 
M. Silvestre de Sacy \ dérivé du mot zend hhschethro , 
qui signifie roi. Ce mot, qui appartient à l'une des 
plus anciennes langues de l'Asie , s'est perpétué jus- 
qu'à nos jours dans tous les idiomes de la Perse, 
mais avec de nombreuses altérations. Nous ne pou- 
vons douter que le nom de Xerxès, prononcé ainsi 
par les Grecs, quel que soit d'ailleurs son rapport 
avec sa prononciation originale , qui est khschethro , 
P<i--H3^ , n'ait signifié roi, et nous devons croii^e que les 
Grecs connaissaient parfaitement cette signification. 
Nous en trouvons la preuve dans un vers d'Aristo- 
phane , tiré de sa comédie des Acharnes , où il introduit 
un Perse qui se sert de sa propre langue et qui pro- 
nonce ces mots : iartaman exarxan apissonasatra^, qu'un 
autre interlocuteur traduit immédiatement par ceux-ci : 
il dit que le roi nous enverra de l'or ^. Sans nous occu- 
per de rechercher ces mots dans fancienne langue per- 
sane, ni d'ex,aminer s'ils sont traduits avec exactitude, 
nous pouvons affirmer que celui qui signifie roi s'y 
trouve -, et ce mot est exarxan, dont le sens se rapproche 

' Mémoires sur diverses antiquités de la Perse , p. loo. 
^ lapTŒfxàv è^ap^àv (XTriacFovaaiTpoL. [Acharn. ad. 1, scon, 3, 
vers, loo; cd. Kusl.) 

né(i\f/siv ^acriXéa (ptjariv vfxn' x^pvcriov. [Ibid. vers. i02. i 



DEUXIÈME PARTIE. 259 

le plus du zend khschethro et du nom de Xcrxès. La 
seule différence essentielle qui existe entre exarxan et 
khschethro, provient de la lettre e placée au commen- 
cement du mot ti'anscrit dans le passage d'Aristo- 
phane, et du kh, (^, qui est initiai dans le mot zend. 
M. Silvestre de Sacy ' a déjà fait observer que, plus 
d'une fois, les Grecs ont remplacé par le son d'une 
voyelle l'aspiration forte qui était dans un mot zend ; 
il en cite pour exemple le titre fort connu de satrape , 
que les Grecs exprimaient ordinairement par le mot 
o-arpaTT»? , et que Théopompe ^, en particulier, écrit 
s^ciTpdLTrris. Comme la première partie de ce derniei- 
mot a la même origine et la même signification que 
celui qui nous occupe, c'est une preuve de plus en 
faveur de notre opinion. Le th, è, qui se trouve au 
milieu du mot zend , et dont le grec ne rend pas 
raison, a disparu par une règle de permutation par- 
ticulière à l'ancienne langue persane ; nous aurons 
bientôt occasion d'en parler. La terminaison an, qui 
se fait remarquer dans le passage d'Aristophane , est 
probablement celle de l'accusatif; ce cas, en zend, 
s'exprimait par les syllabes em ou anm. La prononcia- 
tion du fc/i , 6» , qui a disparu dans les diverses altéra- 

' Mémoires de l'Institut, Classe d'histoire et de littérature an- 
cienne [Mémoire sur les monuments de Kirmanschah, etc.), t. II, 
p. 235, 2 36 et 207. — Mém. d'hist. et de littér. orient. Paris , 
1818, in-4°, fig- pag- 201 et suiv. 

" Apud Pliol. Bibliofh. cod. 17G, p. 202; éd. Hœschel. 

^7- 



260 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

lions modernes de khschethro , a été conservée , plus ou 
moins exactement, dans les transcriptions grecques; 
le son du th s'est entièrement perdu , et on en conce- 
vra la raison quand on saura que, comme le 9 grec, 
le ih zend avait un son ambigu, qui se confondait avec 
celui d'autres lettres ; celle-ci souvent se changeait en 
un simple t, quelquefois en/ et, le plus souvent, en 
une aspiration douce, comme la langue persane en 
offre une multitude d'exemples ^ Nous avons déjà fait 
observer que les inscriptions sassanides expliquées par 
M. de Sacy nous montrent le nom d'Artaxerxès rem- 
placé , dans certains dialectes de la Perse , par celui d'Ar- 
tahschèter, et que le kh primitif est alors exprimé par 
l'aspiration ordinaire , laquelle ne tarda pas longtemps 
elle-même à disparaître ; car elle n'existait plus dans la 
langue zende, où nous voyons schetrao, i"'V*"o? et sche- 
thro , V^i-^ , substitués à khschethro , dont ils ne sont 
qu'une altération. De ces mots, d'après la règle de per- 
mutation du th en t et en h , se sont formés les mots schèter 
et schèher, qui ne sont plus usités avec le sens de roi dans 
le persan moderne. Mais le dernier entre dans la com- 
position de plusieurs noms de villes modernes, et a 
été confondu avec ^^^ , schèher; celui-ci signifie ville ; 
il vient du zend schoethrio, ^w^é-'V'O' que M. de Sacy'-^ 

* M. Silvestre de Sacy, Mémoires sur diverses antiquités de la 
Perse, p. 85 et 86. 

* Mémoires de l'Institut, Classe d'histoire et de littérature an- 
cienne, t. II, p. 236 et 237. 



DEUXIÈME PARTIE. 261 

regarde, avec beaucoup de vraisemblance, comme 
dérivé de hhschethro. Il est indubitable que àUi^-^^, 
Schèhérabad, et ^Ljc—i-^-^^, Sclièhérestan , signifient ré- 
sidence royale , pays royal ; tout autre sens serait 
forcé; car, à l'exemple d'Abou'lféda ', dont M. Lan- 
glès, sans ini motif fondé, paraît avoir adopté le sen- 
timent, on ne peut traduire le dernier de ces noms 
par ville d'un pays ou pays de ville. Nous avons beau- 
coup de raisons de croire que la langue persane, dé- 
rivée de l'ancienne langue zende, s'est divisée en un 
grand nombre de dialectes contemporains ou succes- 
sifs; les diverses orthographes, les diverses pronon- 
ciations que nous offrent des mots dont l'origine est 
évidemment la même , en sont une preuve palpable. 
Le mot ôL-i , schâh , qui signifie roi dans le per- 
san moderne, est aussi dérivé du zend; il doit être 
ancien sous cette forme , puisqu'il existait dès le 
iv^ siècle, chez les Arméniens. Ceux-ci donnaient alors 
à la ville de Tauriz ou Kendsag , dans l'Atropatène , 
le surnom de ^u^muu.in'u , schahasdan , royale, qui ré- 
pond à celui de schèhérestan dans la langue persane. 
Le mot scMh , chez les Arménieps , s'adoucissait sans 
doute, comme chez les Persans , en xi , sclièli; les pre- 

' « L'explication de ce mot ( Schèhérestan ) , dit Abou Iféda , 
« est ville du pays en langue persane, parce que schèher signifie 
• ville, et <?5tan, pays. ïiUafc.UJ! a_JLj«X— « \!^\ »«Xiû (S-^-^i 
iU»..ljJl ^\ y^t^ «JwtXJLI ^\j.Y^ ij^ (^^^^ ■ (Abu Ifed. 
Anna}, niuslem. t. III, p. 536). 



362 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

miers l'altéraient aussi par une terminaison qu'on em- 
ploie dans la langue zende pour les génitifs et les ad- 
jectifs possessifs, c'est-à-dire par le son du s ou du sch, 
qui s'est inh'oduit dans beaucoup de noms propres, 
où il a remplacé le r, comme nous aurons encore oc- 
casion de le faire observer. C'est ainsi que, au lieu 
d'Artaxerxès , les Arméniens disaient Artaxias, Ar- 
taxès et Ardaschès. A l'époque où le nom d'Ardaschès 
était usité en Arménie, on voit que, chez les Perses, 
le mot zend khschethro , dénatiu'é d'une autre façon , 
conservait toutefois des traces de son origine. On le 
reconnaît sans peine dans le nom d'Artawarès, donné 
par Agathias au fondateur de la dynastie des Sassa- 
nides , et dans celui d'Ardescliir ou Ardaschir, qui 
est employé par les Persans modernes , et dont on 
se servait dès le temps des Sassanides. Nous avons 
déjà fait remarquer que le dernier roi arsacide d'Ar- 
ménie, qui s'appelait Ardaschès, changea son nom en 
celui d' Ardaschir, lorsqu'il monta siu" le trône. Ces 
deux sortes d'altérations sont également anciennes, 
et proviennent bien certainement de la diversité 
des dialectes qui partageaient la langue persane; 
car Ctésias^ parle d'un Hyrcanien appelé Artasy- 
ras , et d'un autre général du même nom ^ , ainsi 
que d'un eunuque paphlagonien , qui se nommait Ar- 

' Apud Phot. Biblioth. cod. 72, pag. Sy, lin. 00 : p. 38, 
liii. 24; éd. Bekker. 
' //»>/. p. 42, Hn. 18. 



DEUXIEME PARTIE. 263 

loxaiès '. On pourrait croire que la dernière syllabe 
de CCS deux noms est une simple altération des mots 
zends et persans que nous avons cites, et qu'isolée 
elle n'eut jamais un sens sous l'une ou sous l'autre 
forme ; mais nous avons des autorités qui prouvent 
que les deux noms dont il s'agit lurent, l'un et l'autre , 
en usage dans quelque partie de la Perse. Nous pen- 
sons que l'altération scliar était, en particiUier, usi- 
tée dans le Khorassan et dans la Transoxanc \ car 
Ibn-Haukal donne le nom de Scharestan, yU^^U;, à 
plusieurs lieux de ces contrées , qui se seraient indubi- 
tablement appelés Schèhérestan , yU.*»*^^, dans l'Irak 
et dans le Farsistan. Ces mots signifiaient, dans tous 
ces pays, résidence royale, pays royal ou ville royale; 
nous l'avons déjà démontré pour le dernier; il ne reste 
plus qu'à le prouver pour le premier. Or, nous ne 
pouvons avoir à cet égard aucune espèce de doute, 
puisqu'au commencement du xi" siècle, les princes 
d'un petit pays appelé Gardjestan , situé à l'extrémité 
du Khorassan , vers les frontières de l'Inde et du Tlio 
kharistan, portaient tous encore le nom de Schar'^, 
jUi, dont les Persans avaient oublié forigine, mais 
qui certainement était identique avec celui dont nous 
nous occupons ; car on a toujours parlé , dans ces 

' Apud Phot. Biblioth. cod. 72, p. 4i- 

''' Voyez les auteurs cités dans la dissertation de M. Silvestre 
de Sacy intitulée : Mémoire sur deux provinces de la Perse orien- 
tale , le Gardjestan et le Djauzdjan, et insérée dans les Mines de 



264 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

régions, un dialecte persan. Abou'iféda et Hamzahls- 
fahany vont nous montrer que scliir , dans la langue 
persane ancienne ou dans le pehlvi, a également si- 
gnifié roi. Un des nombreux canaux qui joignaient le 
Tigre et i'Euphrate , et qui conduisaient de Babylone 
à Ctésiphon et à Séleucie , appelées depuis Madaïn , est 
nommé ,- par Ptolémée ^ et par Strabon ^, (SacrtXsios 
«rora/^os, c'est-à-dire fleuve royal. Isidore de Charax^ 
l'appelle narmachan, et Ammien Marcellin *, naarmal- 
cha, ce qui, dit-il, signifie amnis regum, fleuve royal. 
En effet, les mots JLaAAo | JoM» nahra-malka, ont 
ce sens dans la langue syriaque. Les Arabes le nom- 
ment nahar-melik , sJ^Xoj^, mot qui se traduit aussi par 
fleuve du roi. Abou'iféda, décrivant la marche de 
Saad, fils de Wakas, et vainqueur du dernier roi 
sassanide, rapporte qu'après la bataille de Kadésiah, 
et avant d'attaquer Madaïn, Saad vint camper siu' la 
rive occidentale du Tigre , à NaJiar-Schir, qui dépen- 
dait de la capitale ^. Hamzah Isfahany nous apprend 

l'Orient, 1. 1, p. 321-344, el dans les Ann. des voyages, t. XX, 
p. i45 à i85. 

' Geogr. lib. V, cap. xvin, cap xx. — Polybe (V, li, 6) 
l'appelle ^aaïki^i) hicâprj^. 

* Geogr. XVI, p. 747- 

'^ Stathm. Parthic. p. 5 , in Geogr. grœc. niinor. t. II; éd. Huds. 

* XXIV, II, VI, p. 393, 4o6 ; éd. Vales. 

* iL2\^ J..JJZ j.^ jk& idaa-> j,^^ J>J_5 <SjiMi J<^j\ aJ» 
jj-i-*i»JLî ajI^Ij ^^^.mO JjjjI«X-* (Abou'iféda, Annal, muslem. 

t. 1, p. 232 , éd. Reisk.). 



DEUXIEME PARTIE. 265 

que Nahar-Schir était une ville où se trouvait la rési- 
dence royale de lezdedjerd^ Pour aller de Kadésiah, 
qui est au sud-ouest de Madain, jusqu'à cette ville, il 
fallait traverser le canal nommé na/iar-mc/iTi , c'est-à-dire 
fleuve du roi ; la ville de Nahar-Schir dut , en consé- 
quence, être appelée ainsi de sa position sur les bords 
de ce canal , dont le nom s'est conservé sous une forme 
empruntée à un autre idiome. On a déjà pu remarquer 
qu'il a toujours été traduit dans la langue des écrivains 
qui ont parié du canal qu'il sert à désigner, ou dans celle 
des peuples qui ont habité sur ses bords. On doit donc 
conclure de là que le mot schir, employé par Aboul' 
féda, est un mot persan, qui avait cours sous cette 
forme dans le pays, et qu'il remplace l'arabe melik; 
sa réunion avec nahar , qui est aussi une expression 
arabe , nous prouve enfin qu'il était uSité isolément 
dans le dialecte chaldaique, et qu'il n'est point une 
simple altération , comme on pourrait le croire si nous 
ne le connaissions que par le nom d'Ardescliir. Le 
nom du roi Scliirouiah, xjjyAÀï, ou Scliinvay, t^jy-*^, 
successeur de Khosrou Parwiz, qui fut altéré par les 
Grecs en Siroès , nous paraît dériver du môme mot 
et avoir, selon les rè^es de composition du persan, 
le sens de royal : il n'était , en effet , qu'un surnom , 
puisque le prince qui le portait s'appelait Kobad, 
On voit , par cette discussion , que les noms de 

Apud Reisk. Adntat. histor. ad Abulfedœ Annal, t. I, 
iiot. 9/1, p. 45, /i6, /17. 



266 IIISTOIIIE J)i:s ARSACIDES. 

Xerxés et d'Artaxerxès , diversement altérés , sont , en 
réfalité , des titres qui , par la suite des temps , ont pu 
devenir des noms propres-, nous ignorons donc le vé- 
ritable nom des anciens princes auxquels nous sommes 
accoutumés-à les appliquer. Déjà Hérodote avait chei- 
ché à expliquer les noms de Xerxès et d'Artaxerxès : 
selon lui , le premier signifiait guerrier, et le second , 
grand guerrier \ Cette explication, comme nous al- 
lons le voir, bien loin de détruire notre étymologie, 
la confirme , au contraire. L'historien grec se sera 
contenté de faire connaître une seule des significa- 
tions du mot hschethro, tandis que ce mot signifiait 
à la fois roi et guerrier; on peut s'en convaincre en 
recourant à la langue sanscrite , où le mot kschatria , 
qui a la môme origine que le zend khschethro, s'inter- 
prète également par roi , prince du sang royal et guer- 
rier. Enfin, de nos jours, le mot kschatrki sert encore 
à désigner tous les individus de la seconde des quati'c 
castes indiennes , c'est-à-dire , celle qui est vouée à la 
guerre et dans laquelle , autrefois , on choisissait 
ordinairement les rois. Quelque longue qu'ait été 
cette digression , elle n'est pas étrangère à notre su- 
jet ; nous aurons plusieiu^s fois besoin d'y renvoyer 
le lecteur, et nous espérons qu'elle servira à jeter du 
jour sur plusiem's points de l'histoire des princes 
orientaux. 

3épê)7s, àprjïos- kpro^ép^rfs , (léyas ipijïos. (Hérodote, VI , 
98.) 



DEUXIEME PARTIE. "267 

Nous avons déjà vu qu'Ussérius', le P. Pétau^ Fré- 
ret ^ et M. de Sain te- Croix '^ avaient fixé à l'an 25o 
avant J. C. la fondation de fempire des Arsacides; nous 
avons dit que Frôlich^ l'avait placée en l'an iliH; Cor- 
sini, d'abord en l'an 22^'^, puis en l'an îIxS "; qu'enfin 
on était assez généralement d'accord pour dater cet évé- 
nement de fan 206; et que telle était du moins fopi- 
nion du P. Longuerue'^, de Vaillant ^, d'Eckhel '*^, de 
Richter '\ de M. Visconti^"^ et de M. Tychsen^^. Malgré 
l'autorité de tant de savants distingués, nous nous 
sommes cependant décidé à adopter le calcul d'Lssé- 
rius et de Fréret, c'est-à-dire à fixer à l'an *2 5o avant 
J. C. l'époque où les Parthes jetèrent les fondements 

' Annales Veter. et Nov. Testam. p. 269; éd. Gen. 1722. 

■ De doctr. tempor. ubi supra. 

" Mémoires de l'Académie des inscriptions [Mémoire sur l'an- 
née arménienne) , t. XIX, p. io4- 

'* Mémoires de l'Académie des inscriptions (Mémoire sur le gou- 
vernement des Parthes), t. L, p. /ig, et note c. 

^ Annal, reg. et rerum Syriœ, p. 27. 

" De Minnisari aliorumque Armeniœ regum numm. p. 27. 

' Dissert, in qua Dubia adv. Minnisari régis nummum dilaun- 
tur, p. 20 sqq. 

■* Annal. Arsac. p. 2. 

'' Imper. Arsacid. t. I, p. U- 

'" Doctrin. nummor. veter. t. 111, p. 523. 

" Richter(Carl Friedr.), ouvrage cité, p. 35. 

'■ Iconographie grecque, t. III, p. 45 et 47- 

Comment. Societ. scient. Gotling. récent. [Dissert. IV de 
nummis veter. Pers.), t. III, p. 56. 



268 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

de leur empire. Les témoignages comparés de Justin 
et de Moïse de Khoren nous semblent mettre ce fait 
hors de doute. L'écrivain latin rapporte que les Parthes 
se révoltèrent contre le roi de Syrie pendant la durée 
de la première guerre punique , sous le consulat 
de L. Manlius Vulso et de Marcus Attilius Régu- 
lus ^. D'autre part, la liste des consuls que Ric- 
cioli a insérée dans sa Chronologie réformée, com- 
prend deux personnages appelés Manlius Vulso et 
Attihus Régulus , qui am^aient été deux fois consuls 
ensemble, à un intervalle de six années, l'an 266 
avant J. C. et l'an aSo"^. Mais une différence essen- 
tielle se fait remarquer lorsque l'on compare cette 
liste et le texte de Justin : dans l'historien latin, le 
consul Attilius Régulus porte le prénom de Marcus , 
tandis que, selon la table de Eliccioli, le personnage 
qui fut consul en 266 et en 260 avait le prénom de 
Caïus. Vaillant^ et Frôlich^ n'ont point tenu compte 
des raisons que Riccioli avait eues pour placer en 
l'année 286 avant J. C. et en l'année 260 un consul 
appelé Caïus Attilius Régulus. Afin de pouvoir faire 

' «Post hune a Nicatore Seleuco , ac mox ab Antiocho 
« et successoribus ejus possessi (Partlii ) : a cujus pronepote 
«Seleuco primuin defecere, primo Punico bello, L. Manlio 
« Vulsone, M. Altilio Regulo consulibus. « (Justin. XLl, iv.) 

' Riccioli, Chronologia reform. l. I, p. 17/i. 

^ Annales regum et rerum Syriœ, p. 26. 

Arsacidarum imperiani, sive Regum Parthorum Historia, 
l. I,p. 2. 



DEUXIÈME PARTIE. 269 

commencer en 2 56 la monarchie parthe, contraire- 
ment à l'opinion d'Ussérius et de Pétau , ils ont pré- 
tendu qu'il y avait eu, en 2 56, un consul du même 
nom que celui de l'an 2 5o ; qu'ils étaient frères, mais 
que le second , au lieu d'avoir le prénom de Caïus , 
portait celui de Marcus. La liste des magistrats ro- 
mains publiée par Pighi , d'après les fragments des 
Fastes Capitolins qui avaient été découverts de son 
temps, nous montre^ qu'en Tannée 2 56 avant J. C. 
Marcus Attilius Régulus fut subrogé à Q. Cœdicius, 
mort pendant qu'il partageait les honneurs du consu- 
lat avec A. Manlius Vulso, surnommé Longus. Le cé- 
lèbre Marcus Attilius Régulus avait été consul , pour 
la deuxième fois, en 267, avec L. Julius Libo. Son 
parent, et non son frère, Caïus Attilius Régulus, sur- 
nommé Serranus, et consul en 257 avec C. Cornélius 
Blasio, fut appelé, une seconde fois, au consulat, en 
2 00; on lui donna pour collègue L. Manlius Vulso. 
Il y a donc erreur tout à la fois dans le passage cité 
de Justin, dans la table de Riccioli et dans les asser- 
tions de Vaillant et de Frôlich. Polybe, auteur très- 
versé dans la connaissance de l'iiistoii'e romaine , ne 
confond pas ensemble Marcus Attilius Régulus et Caïus 
Attilius Régulus Serranus : il distingue nettement ce- 
lui-ci du premier, en lui donnant le prénom de Caïus ^; 

' Piglii, Fasti magistratiium romanorum, apud Graev. Thés, 
antiquit. rom. t. XI, p. 198. 

'" Histor. lib. 1 , S 25, t. I, p. 62 ; éd. Schweigh. 



270 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

et il nous apprend , de plus, que ce personnage , con- 
sul en 257, était le même que celui de l'an boh de 
Rome\ c'est-à-dire de l'an 280 av^nt J. C. Rien dans 
Justin ne s'appliquant explicitement plutôt à l'année 
2 56 qu'à l'année 280, il est évident que, si l'on s'en 
tenait au texte de ce dernier écrivain, il serait im- 
possible de fixer, à six ans près, la date du commen- 
cement de la dynastie des Arsacides. Mais nous savons 
que, chez les Romains, les noms des consuls ser- 
vaient à désigner les années ; or, si , dans Justin ou 
dans Trogue Pompée, son original, il s'était agi de 
l'an 266 avant J. C. ces historiens auraient nomina- 
tivement indiqué les deux consuls qui donnèrent leur 
nom à cette année 206, savoii% A. Manlius Vulso 
Longus et Q. Cœdicius. Ils n'auraient ni substitué 
L. Manlius Vulso au premier, ni fait mention du con- 
sul subrogé au second , en passant sous silence le 
nom de celui-ci. Nous pensons que l'erreur commise 
par Justin consiste dans la seule substitution du pré- 
nom de Marcus à celui de Caïus, que portait réelle- 
ment le collègue de L. Manlius Vulso, en l'année 2 5o. 
Dès lors , il devient presque certain à nos yeux que 
l'historien latin avait entendu attribuer à la révolte 
des Parthes conti'e le roi de Syrie la date de l'an 5o/i 
de Rome, répondant à Tannée 2 5o avant J. C. Nous 
n'insisterons pas davantage sur ce point ; il nous 
semble que n'eussions-nous aucune autre raison de 

' Polyb. Histor. lib. I, s 39, (. 1, p. 101. 



DEUXIUME PARTIE. ^271 

lixor à l'an 2 5o avant J. C. le commencement de 
l'empire des Parthes, nous serions déjà suffisamment 
fondé à regarder cette opinion comme fort probable. 
Toutefois , Justin , dans le passage cité , nous donne 
lieu de relever une seconde erreur : il dit que la ré- 
volte des Parthes contre les rois Séleucides arriva sous 
le règne de Séleucus II, surnommé Callinicus. Cette 
assertion ne peut s'accorder avec les dates qu'il indique 
d'après les consuls romains , que ce soient ceu\ de l'an 
•2 56, ou ceux de l'an 280. Antiochus II, surnommé le 
Dieu , régnait alors en Syrie , et son fds Séleucus Callini- 
cus ne monta sur le trône qu'en 2/17, trois ans environ 
après l'époque que nous avons adoptée pour le com- 
mencement de la dynastie des Arsacides. Nous ver- 
rons bientôt qu'en elTet ce grand événement arriva 
sous le règne d' Antiochus ie Dieu. Photius rapporte , 
dans sa Bibliothèque, un fragment d'Arrien , qui nous 
apprend que ie savant historien d'Alexandre plaçait 
à cette époque le même fait ^ Cependant le Syn- 

' kpaâKYjs KOii TrjpihéiTris t-jalriv àtùJpco kpaanihai , toO mo\t 
Apaàxov ToO 4>pja7r<T0D àTrôyovoi. Ovtoi OspsKXéa rov VTtà Av~ 
Tt6)(^ov Toii ^0L(7iks<ti5 [Q-sov aOrùv è-wixkrjv covôfia^ov) , àXXoïye 
ApcraK/Saj rov i/tto kvlt6)(0V aarpâ-nriv aizwv Tfjs y(wpas xara- 
alàina. «tspsKXsa, i-nel tov ërspov twv àSsX^wv aiay^pws èicsi- 
patjs ^laaâixevos , oùh èvsynôvTes Ttfv (iSpiv âvefkàv t£ tov 
ùêp/iravTa, jcai érépois itévre rrjv irpi^iv àvaKoivuxrâpiSvoi xat 
TÔ édvos M.aKsl6v(t)v àitéal^jaav , xai xaff éavToiis rjp^av, nai 
èm (léya Suràfjtews rjiXacrav. (Arrianus, apud Phot. Biblioth. 
cod. LV1II> p. 17, éd. Bekker. ) 



272 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

celle, qui avait entre les mains l'ouvrage de cet 
écrivain, et qui en cite même un passage, assigne à 
ce fait la date du règne de Séleucus Callinicus. « Le 
« quatrième roi de Syrie et d'Asie , dit-il , fut Antio- 
«chus, fds d'Antiochus le Dieu, surnommé Callini- 
(c eus ; on l'appelait aussi Séleucus ; il régna vingt et 
uun ans. Sous cet Antiochus, les Perses soumis à 
(d'empire des Macédoniens et des Antiochus depuis 
u Alexandre secouèrent le joug ^ » 

Nous pensons avec Frôlich^ que le Syncelle, et 
peut-être d'autres chronologistes avant lui , ne sachant 
comment faire accorder l'opinion qui plaçait la ré- 
volte desParthes sous le règne d'Antiochus le Dieu, et 
celle qui la rapportait au règne de Séleucus Callini- 
cus, auront supposé, pour trancher la difficulté, que 
le dernier de ces princes portait aussi le nom d'An- 
tiochus , ce qui est pourtant contraire au témoignage 
de tous les autres écrivains de l'antiquité. Appien, 
comme le Syncelle, place le même événement sous 
Séleucus Callinicus. Il eut lieu, dit-il , lorsque Ptolé- 
mée Evergète, fils de Philadelphe, entra en Syrie 
pour venger le meurtre de sa sœur Bérénice , fit périr 

' Supja? «ai AaioLs S' èëaoiXevcrev Avtj'oj^os ô vios avrov 
( Toû Qsov ), à sTrixXrfdeis ILaXkiviHos, à aiiTos xal "EéXevxos, ëTt) 

xcc' Év TOVTOV ToO AvTiô^ov UépcFai Tijs Manshôvcùv xcii Av- 

Tiàyotiv àp^rjs àiïécr'lr^aa.v , iii «Otoùî Tskoxtvres àito ÀXe^âvSpou 
Toîi HTtaloM. (Syncell. Chron. i. I, p. 589; edit. Bonn.) 

" Dubia de Minnisari aliorumque Armeniœ recjiim numm. 
p. 3o., 33,35. 



DEUXIÈME PARTIE. 273 

Laodice , mère de Séleucus Cailinicus, et pénétra jus- 
qu'à Babylone; les Parthes, ajoute-t-il, voyant l'em- 
pire des Séleucides troublé , secouèrent le joug ^ 
Comme Ptolémée Evergète se rendit maître de la 
Syrie en l'an 2^6 avant J. C. Corsini^ a cru pouvoir 
faire commencer l'empire des Arsacides l'année sui- 
vante, c'est-à-dire 2 45 ans avant J. C. Ammien Mar- 
cellin^ partageait sans doute la même opinion; mais, 
trompé par l'identité des noms, il a reporté jusqu'au 
règne de Séleucus Nicator la révolte des Parthes. C'est 
de ce passage unique et ti^ès-évidemment erroné , que 
M. l'abbé Sestini , voulant soutenir le système qui ad- 
met que les Arsacides avaient une ère particulière , 
s'est servi pour placer la fondation de leur empire 
vers l'an 3oo avant J. C. sous le règne de Séleucus 
Nicator. Cette date rendrait complètement raison de 
toutes celles qui résidtent des lettres numérales que 

' Kai IlToXefjiaros o tov ^ikciZé\<pov,Taî)raTivv<ù(j.£vos , Aao8/- 
}f)}v Te éxTeivs, xai es Svp/av èvéSaXs, «ai es BaSvXœva rj\a,(Te. 
Kai TlapdvoiToi rijs àiroal àasws tôts rjp^oLV, ws TsrapcLyfxévrjs 
Tïjs Tœv 2eXsuxjS&)v dp)(i]s. (Appien, De rébus Syriac. cap. lxv, 
t. I, p. 635, éd. Schweigh.) 

* Corsini, loc. cil. 

^ «Qui (Arsaces) post multa gloriose et fortiter gesta, supe- 
« rato Nicatore Seleuco, ejusdem Alexandri successore, cui vic- 
« toriarum crebritas hoc indiderat cognomentum , praesidiisque 
« Macedoniun pulsis ipse tranquilliiis agens, temperator obe- 
« dientium fuit et arbiter lenis. « (Amm. .Marcell. lib. XXIII, 
cap. vr.) 

I. i8 



274 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

l'on trouve sur les médailles grecques des Arsacides, si 
un pareil système pouvait être défendu avec quelque 
avantage. Quoique Justin dise que ce fut sous le règne 
de Séleucus Callinicus que les Parthes se révoltèrent 
pour la première fois contre les Séleucides, il n'en est 
pas moins certain que la date qu'il entend indiquer, 
quelle qu'elle soit, tombe sous le règne d'Antiochus 
le Dieu. Ce dernier système était celui d'Eusèbe; car 
nous voyons , dans la version latine de saint Jérôme \ 
que ce fut en la première année de la cxxxiii* olym- 
piade, la quatorzième d'Antiochus le Dieu^, que les 
Parthes se rendirent indépendants, date qui répond 
à l'an 2/18 avant J. C. Un autre chronologiste grec, 
anonyme, qui a été publié par Scaliger, et qui avait 
sans doute puisé dans la Chronique d'Eusèbe , as- 
signe la même époque à l'événement dont il s'agit ^, 
Sur le témoignage de ces deux écrivains, Frôlich a 
pensé qu'il fallait placer en l'année 2^8 avant J. C. 
cette révolution , qui eut une si grande influence sur 
les affaires de l'Orient '^. Zosime la place aussi sous le 
règne d'Antiochus, et s'exprime en ces termes : « Après 

' Lettere e dissertazioni numismadche {Dell' era dei re Arsa- 
cidi, p. 60 et 61), t. il. Livourne, in-A", 1789. 

* Eusèbc, Chron. p. i4i ; éd. Scalig. 

^ ÔX. pky. a' . nâpdoi xoLTâ Ttvas Manehôvcov àiréerlrjtTixv , Hai 
TTp&JTOs èëaafXevuev kpaàKYis, 60ev Àpcrax/Sat. (Scalig. Thés, 
temp. pag. SSa. ) 

Annal, rev. et regiim Syriœ, p. 26. 



DEUXIÈME PARTIE. 275 

«Alexandre, fils de Philippe, et ses successeurs dans 
« l'empire macédonien , pendant qu'Antiochus régnait 
« sur les satrapies supérieures , le parthe Arsace , irrité 
(( d'une injure que l'on avait faite à son frère Tiridate, 
«entreprit la guerre contre le satrape d'Antiochus, et 
« fut ainsi cause que les Parthes chassèrent les Macé- 
(( doniens et se rendirent indépendants ^ » De même 
qu'une identité de nom entre Séleucus Callinicus et 
Séleucus Nicator a causé l'erreur d'Ammien Marcellin , 
dont nous avons déjà parlé, une cause semblable a 
trompé Tacite, qui fait arriver l'événement en ques- 
tion sous le règne d'Antiochus Épiphane ^, c'est-à-dire 
environ quatre-vingts ans après sa date réelle, confon- 
dant ainsi la guerre qu'Antiochus IV, persécuteur des 

' Merà yàp tov ÀXé^avSpov tov <l><X/7nrou , xai tous S«a§e- 
Çafxsvoiis T^v MdKshàvwv àpyijv , Kvxiàypv tûv âvw (TOLTpcfnsiœv 
âp^ovros , kpcràxïfs à Tlapdvaïos hià rrfv eis tôv dheX(pàv Trjpi- 
hàrrjv vëpiv àyavaxTTJaas , Tià\sp.ov irpàs tôv k.vTiô)(pv (rarpà- 
■mt]v dpâfxsvos, ahiav héhoûxe Ilap^uajojs èxSaXoïiat Maxehôvas 
eis éavTOÙs Tr)v âp;^j)v iiepujlrjaai. (Zosim. /:fis<.lib.I,cap.xvin, 
p. 26; éd. Reitemeier.) 

* « Dum Assyrios pênes, Medosque et Persas Oriens fuit, 
« despectissima pars servientium (erant Judaei) : postquam Ma- 
«icedones praepotuere, rex Antiochus, demere superstitionem 
et mores Graecorum dare adnixus , quo minus teterrimam 
« gentem in melius mutaret, Parthorum bello prohibitus est. 
« Nam ea tempestate Arsaces desciverat. Tum Judaei , Macedo- 
« nibus invalidis, Parlhis nondum aduitis (et Romani procul 
«erant) sibi ipsi reges imposuere. » (Tacit. Histor. lib. V, 
cap. vui.) 

18. 



276 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

juifs, entreprit contre les Parthes, avec celle qu'Antio- 
chus II leur avait faite , pour les punir de leur révolte. 
Nous avons déjà vu que la date qui nous a été 
fournie par Justin ', d'après la liste des consuls ro- 
mains , assigne à la fondation de l'empire des Parthes 
l'époque du règne d'Antiochus II, surnommé le Dieu, 
bien que cet écrivain ait substitué à ce prince, dans 
son récit, Séleucus Callinicus. Il nous laisse bien peu 
d'incertitude sui' la question de savoir si c'est à l'an 2 56 
avant J. C. ou à l'an 280, que se rapporte cet im- 
portant événement. Répétons néanmoins ici que , dans 
tous les cas , il y a de très-fortes présomptions en fa- 
veur de l'année 2 5o. Le témoignage de Moïse de Kho- 
ren va peut-être même donner à cette dernière date 
une certitude absolue. L'auteur arménien , d'accord 
avec Arrien et les historiens les plus instruits de l'an- 
ti(juité , place la révolte des Parthes sous le règne 
d'Antiochus le Dieu, et précisément dans la onzième 
année de ce règne, qui répond k l'an 260 avant J. C. 
(( Séleucus Nicator , dit-il , après avoir régné trente 
« et un ans, laissa l'empire à son fils Antiochus Soter; 
c celui-ci régna dix-neuf ans , et eut pour successeur 
« Antiochus Théus, qui occupa le trône quinze ans. 
«Dans la onzième année de son règne, les Parthes 
«s'affranchirent du joug des Macédoniens^.» Un peu 

' Voyez ci-dessus, p. 268-372. 

unu. ^ L J^ , ^nqlij_ liiuilÊni- f^fn.'li'li iiprfi.nf fn-finuif Vj^uifin^ui^/ 



DEUXIÈME PARTIE. 277 

plus bas, le même historien rapporte que le premier 
Arsace commença à régner après qiie soixante ans se 
furent écoulés depuis la mort d'Alexandre \ ce qui 
revient absolument au même , en admettant que , 
comme la plupart des Orientaux, Moïse de Khoren a 
fait commencer l'ère des Séleucides à l'époque sup- 
posée de la mort d'Alexandre. Dans cette hypothèse, 
la soixante et unième année des Séleucides répondrait 
aux années aSi et sSo avant J. C. et Moïse de Kho- 
ren serait parfaitement d'accord avec Justin , si l'ère 
des Séleucides a commencé , selon le calcul actuel des 
Syriens, au mois d'octobre de l'an 3i i avant J. C. et 
non pas au mois d'octobre de l'année précédente, 
selon le système généralement adopté. 

Nous ne nous arrêterons pas à examiner si l'époque 
de la mort d'Alexandre a été déterminée exactement 
par les savants qui se sont occupés de ce point de 
chronologie -, nous n'examinerons pas non plus s'il 
existe concurremment , dans l'Orient , deux manières 
de déterminer la date de l'ère des Séleucides, que nos 
chronologistes font ordinairement partir du mois d'oc- 

uiUnu.uhjh^njlM 11om^^£~ aiJn b-fd- quut ituPnpn^ç y\uuipn^nn 
aiuutqlâui^li Ç^lrnuli uiju h-lr , Il ' (t Jhutuiuuihlrpnpn.pli utuiiiuiiuil^ 
^/rYr ^ïiuipfd^k-^ 'If puiinuijnup-lrijl^ JJ^m^lrq.ni^ingi-ng'b. l MoS. 

Khor. Hist. armen. lib. II, cap. i, p. 83.) 

^t-pA"*» p^n^i-npi^ 'ft tjjp *f^u/p(^éru''g |ip2i"4f -^"'^' (Mos. KHor. 
Ibid. cap. II , p. 84- ) . 



278 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

tobre 3 1 2 avant J. G. tandis qu'il nous semble qu'elle 
n'a commencé qu'au mois d'octobre de l'année sui- 
vante. Si cette ère date de l'empire des rois Séleu- 
cides, il est possible qu'il existe une différence d'une 
année entière entre la manière de supputer qui était 
en usage dans la partie occidentale de leurs états , et 
la méthode qu'on suivait dans la partie orientale. La 
Syrie fut effectivement soumise aux Séleucides avant 
la Babylonie et la Perse. Nous savons, par le témoi- 
gnage de Diodore de Sicile, que Séleucus Nicator se 
rendit maître de Babylone dans la première année de 
la cxvii* olympiade \ c'est-à-dire dans l'espace de temps 
qui s'écoula entre le mois de juillet 3 1 2 avant J. G. 
et le mois de juillet de l'année suivante. Il n'est guère 
probable que cette conquête soit arrivée au commen- 
cement de l'année olympique; au contraire, il y a lieu 
de croire , par là suite des événements que raconte 
Diodore, que cette année était fort avancée quand 
Séleucus entra dans Babylone; il faut donc placer en 
l'an 3i 1 avant J. G. la prise de cette ville. Ainsi, on 
conçoit facilement que, dans la Syrie, l'ère des Sé- 
leucides ait put dater de l'an 3 i 2 , tandis que , dans 
la Babylonie et dans les autres provinces de l'Asie 
occidentale , elle datait de l'automne de l'an 3 1 1 , sans 
qu'il y ait eu erreur d'un côté ni de l'autre. Fréret^ 

' Diod. Sicul. lib. XIX. t. VIII, p. 399, éd. Wesseling. 
. * Défense de la Chronol. p. 235 et suiv. — Méni. de l'Acad. 
des Insvr. \. XLVII, p. 3A8 et suiv. 



DEUXIEME PARTIE. 270 

nous paraît avoir assez bien démontré que les Chai- 
déens se servaient d'une année luni-solaii'e , qui se re- 
nouvelait à la première lune après l'équinoxe d'au- 
tomne, c'est-à-dire dans le mois d'octobre-, ils durent 
donc dater l'ère des Séleucides de la première de ces 
années qui suivit la prise de Babylonc par Séleucus, 
en négligeant de tenir compte des mois qui s'étaient 
écoulés entre ces deux époques. Il est certain que, 
jusqu'à nos jours, les Syriens ont donné le nom d'ère 
d'Alexandre à une ère dont le commencement est 
fixé au mois d'octobre de l'an 3 i i avant J. C. 11 
n'est pas moins certain, par deux observations de 
Mercure et une de Saturne, citées dans l'Almageste 
de Polémée , que cette ère était en usage , depuis fort 
longtemps, à Babylone, et même qu'elle n'a jamais 
éprouvé ni altération, ni correction, comme quelques 
savants l'ont pensé , puisque ces observations re- 
montent aux premiers temps oi^i l'on s'en servit. Pto- 
lémée l'appelle l'ère des Chaldéens : l'époque de son 
commencement, facile à déduire des diverses dates 
qu'il rapporte , comparées à fère de Nabonassar, coïn- 
cide exactement avec celle que nous avons fixée pour 
fère d'Alexandre ou des Séleucides. Les observations 
astronomiques dont il est question sont datées, la 
première, d'une observation de Mercure faite en l'an 
67 des Chaldéens, le 5 du mois macédonien apeïlœus , 
c'est-à-dire, le 20 novembre de l'an 2I1S avant J. C. 
La deuxième , qui est aussi une observation de Mer- 



280 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

cure, est datée de l'an 7 5 des Chaldéens, le \ li dias , 
ce qui répond au 3o octobre de l'an 287 avant J. G. 
Enfin , la dernière observation , qui concerne Saturne , 
fut faite en l'an 82 des Chaldéens, laquelle tombe 
dans les années 280 et 229 avant J. G. On ne peut 
en fixer plus exactement la date sans recourir à des 
calculs astronomiques que nous sommes hors d'état 
de faire à cause des fautes qui se sont glissées dans 
le texte de Ptolémée. 

Nous avons déjà dit qu'en abandonnant les sys- 
tèmes qui attribuaient à une ère particulière les dates 
d'un grand nombre de médailles frappées dans les 
villes grecques de l'Asie, en l'honneur des rois arsa- 
cides , on avait pensé , avec beaucoup de raison , que 
ces dates se rapportaient à l'ère des Séleucides; mais 
l'incertitude où Ton était sur la véritable époque où 
commença cette ère , fut cause que les savants se 
trouvèrent partagés d'avis lorsqu'il s'agit de classer 
chronologiquement ces médailles. Le P. Hardouin ^ 
proposa , le prenùer, de les rapporter toutes à l'ère 
qui partait de l'an 3 12 avant J. G. Un grand nombre 
d'autres antiquaires adoptèrent cette opinion. Fré- 
ret^, Pellerin^ et l'abbé Barthélémy^ préférèrent, sans 

' Nam. urb. illust. art. liapdia, p. i3i. 

* Mém. de l'Acad. des Inscr. t. XIX, p. 110. 

Mélang. t. I, p. 1^7; Méd. des Rois, p. i3i et suivantes; 
3' Suppl. p. 4- 

Mcni. de l'Acad. des Inscr. t. XXXII, p. 671 et suiv. 



DEUXIÈME PARTIE. t>81 

en donner une raison bien plausible , l'ère de l'an 3 i i . 
Après eux , le savant Eckliel ^ se prononça en faveur 
du système d'Hardouin , que, depuis, M. Visconti, 
dans son Iconographie grecque^, s'est efforcé d'ap- 
puyer sur de nouvelles preuves. Il s'est surtout servi 
du fragment de Dion Cassius, retrouvé à Venise en 
ly/io, pour déterminer, concurremment avec les 
médailles, la fin du règne de Phraate IV. Nous au- 
rons occasion , dans la suite de notre travail , de faire 
voir que ce nouveau morceau de Dion Cassius ne 
nous donne pourtant pas le moyen de fixer la date 
de la fin du règne de Phraate IV, et que , par con- 
séquent , on ne peut en invoquer le témoignage pour 
faire remonter à l'an 3 1 2 l'ère des médailles arsacides. 
Depuis M. Visconti, un savant allemand, M. Tych- 
sen ^, a cherché tout récemment, en envisageant le 
passage de Dion Cassius sous un nouveau point de 
vue, à maintenir ce même système, qui ne nous pa- 
raît pas admissible. 

Nous ne sommes pas entièrement convaincu qu'il 
ait existé à la fois deux ères des Séleucides ; mais , 
sans examiner ici ce point de chronologie, qui pré- 
sente de grandes difficultés , nous dii'ons que les mon- 
naies des Arsacides à légendes grecques , ayant toutes 

* Doctr. num. t. III, p. 546. 

* Tom. II, p. 276; tom. III, p. 87, i3A, i35. 

^ Commentât. Societ. reg. scient. Gotting. récent. [Dissert, iv de 
nummis veter. Persar.), tom. III, p. 5i-55. 



282 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

été frappées , soit dans la ville de Séleucie , qui succéda , 
pour ainsi dire , à Babylone , soit dans les villes voi- 
sines , il est naturel de supposer que les Grecs durent , 
pour les dater, avoir recours à l'ère qui était en usage 
dans ces contrées. Nous savons qu'on s'y servait de l'ère 
qui avait commencé au mois d'octobre de l'an 3 1 i 
avant J. G. et qui s'est conservée parmi les chrétiens. 
Nous voyons , par le témoignage irrécusable de Ptolé- 
mée, qu'elle avait déjà cours au milieu du m* siècle 
qui précéda la naissance du Ghrist; et il n'est guère 
probable qu'à une époque aussi rapprochée de son 
origine, elle eût déjà été réformée. Comment suppo- 
ser, après cela , que les Grecs des bords du Tigre 
n'aient point daté leurs monnaies d'une ère qui était 
incontestablement en usage chez eux ? S'il est vrai qu'à 
Antioche et dans la Syrie on compta autrement l'ère 
des Séleucides, la différence de domination dut con- 
tribuer puissamment à perpétuer la différence de sup- 
putation chez les Grecs de Séleucie et de la haute 
Asie. Dans la suite de notre travail, nous rapporte- 
rons donc à l'ère des Séleucides commençant au mois 
d'octobre 3ii avant J- G. toutes les médailles frap- 
pées par des Grecs soumis à l'empire des Parthes, et 
sur lesquelles on voit des dates. 

Selon Moïse de Khoren , comme nous l'avons déjà 
dit, l'empire des Parthes avait été fondé la onzième 
année du règne d'Antiochus II, surnommé le Dieu, 
soixante ans révolus après la fondation de l'ère des 



DEUXIÈME PARTIE. 283 

Grecs et du royaume des Séleucides, c'est-à-dire en 
l'an 6 1 de cette ère. Nous allons démontrer cjue cette 
date est tirée de l'ère qui commença au mois d'octobre 
3 1 1 avant J. G. et que l'an fi i répond aux années 281 
et aSo avant J. G. c'est précisément l'une des dates 
indiquées par Justin pour ce mémorable événement. 
Les historiens ont sans doute compté les années du 
règne de Séleucus P', sm'nommé Nicator, de la fon- 
dation de l'ère dont nous parlons , quoiqu'il eût réel- 
lement commencé h régner quelque temps aupara- 
vant. Gela explique pourquoi Eusèbe ^ , Porphyre '^ 
et Sulpice Sévère^ attribuent à son règne une durée 
de trente-deux années, en prenant les fractions pour 
une année entière, tandis que Moïse de Khoren ré- 
duit cette durée à trente et un ans. Nous pouvons 
conclure de là qu'il cessa de régner dans la trente- 
deuxième année de l'ère des Grecs , qui répond aux 
années 280 et 2-79 avant J. G. Dans ses Annales des 
rois de Syrie , Frôlich assigne à la mort de Séleucus ?' 
la date de l'année 281*, en s'appuyant sur le té- 
moignage de Polybe et sur celui d'Eusèbe. Selon le 
premier de ces deux écrivains , cet événement arriva 
dans la cxxiv'' olympiade^, et, selon le second, dans 

' Ckronic. interprète Hieronymo, p-. i3g, i4o, éd. Scalig. 
* Apud Euseb. Chron. p. 62 ; éd. Scalig. 

Sacra hist. lib. II, c. xxvni, p. 320; éd. Elzev. 

Annales regum et rerum SyrisB, p. 20 et 21. 
' Polyb. Histor. lib. II, cap. xli, 71, t. I, p. 3 18 et 383. 



28a HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

la à" année de la même olympiade \ qui correspond 
aux années 281 et 280 avant J. G. En supposant qu'il 
eut lieu vers la fin de cette année olympique , nous 
trouverons également pour résultat l'an 280; et le 
règne d'Antiochus I", surnommé Soter, sera rappro- 
ché de nous d'une année. Ce règne dura dix-neuf 
ans, selon Eusèbe ^, qui, sur ce point, est d'accord 
avec Moïse de Khoren. Pai' conséquent, Antiochus 
Soter dut mourir vers l'an 5o de l'ère des Séleucides , 
qui répond aux années 262 et 261 avant J. C. Frô- 
lich^ prétend qu'il cessa de régner en 262; mais, 
conformément au système que nous avons adopté 
pour son père, nous placerons sa mort en 261, 
laissant ainsi dix-neuf années entières enti^e son avè- 
nement et sa mort. Il eut pour successeur son fils 
Antiochus II, surnommé le Dieu, qui régna quinze 
ans. Celui-ci monta sur le trône, d'après ce que nous 
venons de voir, l'an 261 avant J. C. Cette date est 
conforme à la supputation d'Eusèbe ^, puisqu'il place 
la première année du règne d'Antiochus le Dieu à la 
V année de la cxxix^ olympiade , qui répond aux an- 
nées 261 et 260 avant J. C. Conséquemment, la 
onzième année de ce règne correspond à l'an 61 des 
Séleucides, comme l'atteste Moïse de Khoren. L'an- 

' Chron. interprète Hieronymo , p. \ko. 
^ îhicl. p. lAoet i4i. 
' Annales regum et rerum Syriœ, p. 26. 
* Chronic. interprète Hieronymo , p. i4li- 



DEUXIÈME PARTIE. 285 

née 61 de l'ère des Séleucides répondant aux années 
280 et 2/19 avant J. C. on a aussi exactement que 
possible l'époque de la fondation de l'empire des Par- 
thes; et l'on est ramené à la date qu'indique le passage 
de Justin, rectifié comme nous nous sommes trouvé 
autorisé à le faire ci-dessus. 

Ce qui a fait placer l'époque de la révolte des Ar- 
sacides tantôt sous le règne d'Antiochus le Dieu , tan- 
tôt sous celui de son fils Séleucus Callinicus , c'est que 
la plupart des anciens écrivains ont confondu Arsace, 
fondateur de la dynastie parlhe , avec son frère Ti- 
ridate, qui lui succéda, et qui prit son nom pour le 
transmettre à ses descendants. Justin assigne une fort 
longue durée au règne du fondateur de la monarchie 
arsacide, tandis que nous savons, par le Syncelle, qui 
tenait sans doute ce fait d'Arrien, qu'Arsace mourut 
après un règne de deux ans ^ Ce prince ne fil que 
passer sur le trône ; ou plutôt il n'eut pas le temps 
de prendre le titre de roi. Son frère Tiridate se ré- 
volta en même temps que lui contre les Grecs, 
l'aida sans doute dans tous ses travaux, lui succéda, 
et, par reconnaissance, prit son nom : dès lors, il n'est 
point étonnant qu'on n'ait pas tenu compte du premier, 
et qu'on ait regardé le second comme le véritable fon- 
dateur de l'empire. Les Arméniens ont, de même que 

' Kat ^cuTikevei Uepcrwv ÀpaâKïjs , à<p' o\> oi X\.spawv ^ctai- 
Xefe Àpo-axj'Sat è)(jprj\LâTitjav , é-zr) |3', xai àvaipsiTOLi. (Georg. 
Syncell. Chron. p. bfio\ edit. Bonn.) 



286 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

beaucoup d'écrivains anciens, oublié le premier prince 
des Parthes; car ils attribuent un règne de trente 
et un ans au premier des Arsacides \ ce qui ne peut 
s'appliquer qu'à Tiridate. Arsace, fondateur de l'em- 
pire des Parthes, fut tué, suivant Suidas ^, d'un coup 
de lance qu'il reçut dans une bataille. Sa mort mit 
sans doute fin à la révolte , et fit rentrer la Parthyène 
sous la domination des Séleucides. Ce ne fut probable- 
ment que sous le règne de Séleucus Gallinicus que Tiri- 
date , profitant des guerres civiles qui agitaient l'empire 
des Grecs, put reprendre les projets de son frère Arsace , 
et fonder enfin l'indépendance de la nation parthe. Il 
est même à croire qu'il fut le premier de sa race qui prit 
le titre de roi, et qu'il ne le porta qu'à cette époque. On 
conçoit facilement alors pourquoi raifrancliissement 
des Parthes est placé tantôt sous le règne d'Antiochus 
le Dieu , tantôt sous celui de Séleucus Gallinicus. 
Les princes arsacides n'acquirent pas une grande 
puissance dès le moment même de leur première ré- 
volte; ils furent, durant plusieurs années, plutôt des 
chefs de brigands que des souverains : tous leurs ex- 
ploits se bornèrent à des courses dans les provinces 
soumises aux rois de Syrie; et ces courses ne furent 
même pas toujours heureuses, puisque le premier 
d'entre eux périt dans une expédition de ce genre. 
Ils ne devinrent réellement redoutables que pendant 

' Mos. Rhor. Hist. armen. II , ii. 

" Sub voce kptrâxrts, t. I, p. SSy; éd. Kusl. 



DEUXIÈME PARTIE. 287 

le règne de Séleucus Callinicus : c'est donc sous ce 
règne seulement que l'on peut placer la fondation de 
leur empire. Aussi Justin remarque-t-il que les Parthes 
regardaient le jour où ils vainquirent complètement 
ce roi de Syrie comme l'époque de leur liberté, et 
qu'ils en consacrèrent le souvenir par une fête solen- 
nelle \ 

Un historien persan moderne , appelé Mirkhond , 
qui vivait dans le xv* siècle, et dont on croirait ne 
pouvoir tii^er aucune utilité pour des temps aussi éloi- 
gnés que ceux qui nous occupent , sur lesquels les 
écrivains orientaux ne nous présentent ordinairement 
qu'un amas de fables ou de notions confuses et alté- 
rées, Mirkhond, cependant , sert à confirmer le point 
de chronologie que nous venons de déterminer par le 
témoignage réuni de deux historiens de nation et d'âge 
fort différents, l'un latin et abréviateur d'un ouvrage 
écrit du temps d'Auguste, l'autre arménien et vivant 
au milieu du v^ siècle de notre ère. L'écrivain persan 
rapporte, en effet, dans son Histoire universelle, inti- 
tulée Roazat-essafa , ou Jardin de pureté, qu'Aschek, 
premier prince des Molouk-al-théwaïf ou Parthes, 
régna dans la Perse soixante et douze ans révolus 
après la mort d'Alexandre. Nous avons déjà vu que, 
selon Moïse de Khoren, Arsace, le même qu'Aschek, 
fonda l'empire des Parthes lorsque soixante années 

* <t Quem diem Parlhi exinde solennem , velut initium liber- 
«latis, observant.» (Juslin. lib. XLI, cap. iv. ) 



288 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

entières s'étaient écoulées depuis 1 ère des Séleucides , 
appelée vulgairement l'ère d'Alexandre. D'autre part, 
le témoignage d'Eusèbe ^ que tous les chronologistes 
prennent pour base de leur travail , nous apprend que 
l'on comptait douze ans entre la mort d'Alexandre et 
l'ère des Séleucides, quelle que soit l'époque du com- 
mencement de cette ère. Quoique les Orientaux con- 
fondent presque toujours les deux ères , et que celle 
de la mort d'Alexandre soit tombée, parmi eux, en 
désuétude , on peut voir dans Albatany -, Alfergany ^, 
Abou'lfaradj * et Ouloug-bey^, qu'en Orient, les écri- 
vains instruits savent qu'il existe réellement entre elles 
une différence de douze années. En ajoutant ces douze 
années aux soixante et un ans de l'ère des Séleucides 
qui s'étaient écoulés lorsque les Parthes se révoltèrent, 
nous trouvons que l'avènement d'Arsace ou Aschek 
dut avoir lieu l'an 7 3 de l'ère d'Alexandre, qui répond 
aux années 25 1 et 260 avant J. C. Ce résultat est 
parfaitement conforme aux calculs que nous avons 
déjà présentés. L'autorité de Mirkhond, dont nous 
pouvions nous passer, servira à prouver que les ou- 
vrages des Orientaux , quoique remplis de fables et 
de confusion pour ce qui concerne l'antiquité , ne 

' Chivn. p. i38, iSg. 

^ Traduct. latine, p. 107. 

■ Notes de Golius , p. 56 et 67. 

" Uist. dynast. traduct. lat. p. 63. 

'■■ Epoch. celehr. p. 18; éd. Greavio. 



DEUXIÈME PARTIE. 289 

méritent cependant pas qu'on les rejette sans examen. 
Si nous en possédions un plus grand nombre , et si 
surtout nous avions les plus anciens , on pourrait 
même, en les comparant entre eux et avec les écrits 
des Grecs et des Latins, en tirer, à notre avis, beau- 
coup plus de secours qu'on ne le croit généralement. 
Il paraît, d'après le témoignage d'Arrien, cité par 
le Synceîle ^ qu'Arsace et son frère Tiridate gouver- 
nèrent d'abord la Bactriane ou au moins quelques 
cantons de ce pays. On voit, dans Strabon , que lorsque 
Diodote se révolta dans cette province contre les 
Séieucides , Arsace ne voulut pas se soumettre au 
rebelle , et qu'il alla chercher, pour se soustraire à sa 
domination, un asile dans la Parthyène, qu'il souleva 
bientôt après ^. Le gouverneur de ce pays , appelé 
Phéréclès par Arrien^, et Agathoclès par le Synceîle*, 
qui paraît avoii' tiré ce fait du même auteur, devint 
épris de Tiridate, et voulut violer, à son égard, les 
droits de l'hospitalité. Les deux frères, irrités de cet 
outrage, tuèrent Phéréclès avec l'aide de cinq autres 

' kpaàKïjs Tis xai Tr/pihcLTrjs àhsXpoi èffarpàirevov Bax- 

rplcûv èiTi kyoLdonksov? Maxshôvos èirâp^ov Tfjs ïlepcrixrjs. 
(Georg. Syncell. Chron. p. BSg.) 

* 01 hè Baxrptavàv \éyov(7tv aOrôv • (pevyovTO, Se t))v av^tj- 
<riv r&vTf spi Aiôhorov, àitoalrjaai ti]v Uapdvaîav. (Strab. Geogr. 
1. XI, l. II p. 78/i, edit. Amst.) 

^ Arrian. apud Phot. cod. LVIII, t. I, p. 17; éd. Bekker. 

* kyadoKXïjs èpa(7dsls Ir^pihà-vov , iis Appiavô'S (^ijaiv, évàs tûv 
àSsX^wr, holI tôv vscLviaKov cT7rotJ§â|&)i' èTViSo^iXevffai , hiafiap- 

I. 19 



290 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

personnes ^ et firent révolter la Parthyène contre An- 
tiochus II , siu'nommé le Dieu ^. Le gouverneur de cette 
province se nommait sans doute Phéréclès, comme 
l'appelle Arrien , cité par Photius , dans sa Biblio- 
thèque ; mais en copiant et en abrégeant la citation , 
le Syncelle , après avoir dit qu'Arsace avait administré 
la Bacti'iane sous l'autorité d'Agathoclès , gouverneur 
de toute la Perse pour le roi de Syrie , aura confondu 
Agathoclès avec Phéréclès, gouverneur particulier de 
la Parthyène, près de qui Arsace s'était réfugié. Pen- 
dant la courte durée de sa rébellion , ce dernier fut 
obligé de combattre sans relâche les Grecs pour con- 
server son indépendance ; enfin , comme nous l'avons 
dit plus haut, il fut tué dans une bataille, d'un coup 
de lance , selon Suidas ^, qui nous semble avoir tiré 
ce fait des Parthiques d'Arrien ; suivant le Syncelle*, 
son règne ne fut que de deux ans. Il paraît qu'après 
sa mort les affaires des rebelles se trouvèrent dans 
un état désespéré, que la Parthyène retomba sous 
la domination d'Antiochus II, et que Tiridate fut 
obligé , pour y rentrer, d'en faire de nouveau la con- 

Trjaoiç dvïjpédrj Trap' avrov xai Apainov rov âBsX^oO avroîi. 
(Georg. Syncell. Chron. p. bSg. ) 

' Arrian. apud Phot. Biblioth. cod. LVIII, p. 17; éd. Beltker 

* Zosime, Hist. lib. I, cap. xvin , p. 26. 

"* A.p<Tàxr)s, Ïlâp6(i}v faaiXev? • Ôs hôpart irkrjyeis èv rfl p^àyri 
Hcnà T»)v irXevpàv, ohrodvijtTKSt. (Suidas, sub voce A.p<TàKr}s , 
t. [, p. 337, éd. Kuster.) 

Georg. Syncell. Chvn. p. 54o. 



DEUXIÈME PARTIE. 291 

quête , en chassant le gouverneui' établi par Séieucus 
Callinicus ^ Arsace , selon Suidas ^, ou plutôt selon 
Arrien , était un prince doué de toutes les qualités 
qui conviennent à un roi ; doux pour ceux qui se sou- 
mettaient à sa puissance; ne donnant aucun relâche 
à ceux qui lui résistaient -, fort heureux à la guerre , et 
joignant enfin à toutes ces perfections une haute taille 
et une grande beauté : aussi, ajoute Moïse, il était fort 
aimé des Parthos. 

Arsace et les princes de sa famille, dans le but de 
se concilier l'afieclion des peuples de l'Orient et de 
légitimer leur droit à l'empire , cherchèrent à rattacher 
leur origine à celle des anciens rois de Perse; le 
Syncelle n'hésite même pas à avancer qu'ils descen- 
daient d'Artaxerxès ^. Outre les motifs politiques qui 
devaient les porter à s'attribuer cette origine, il leur 
était facile de donner à leur prétention une apparence 
de vérité, puisque le prince dont ils se disaient les 
descendants , Artaxerxès Mnémon , avait , selon Cté- 
sias^, porté, avant de monter sur le trône, le nom 

' Justin, lib. XLI, cap. iv. 

' Avî)p (Apo-ax);?) yev6(j.£voç tô, ts rrùfia. KâWialo? xai tts- 
ptSXeTrlôraros, xai rr)v yl^v^r/v ^aaîkiHÛi'rtnos , xti toTs es -nô- 
Xsfiov épyoïs harjfiOvéfTlaTOs, xcti es (lèv ro VTtrJHOov iriv ivpao- 
TOTos , eis xadoLipeaiv Se tov dvduTlafJLSvov èpp(i)(ievé<7T xtos , xai 
rovTOv Tla.p6vaîoi rs es rà (lakitrla. èirôdrjtTav. {Suidas, uhi supra.) 

^ Tè yévo5 ëXxovres dito toO Ueptrwv kpr'i^ép^ov. (Genre. 
Synceli. Chron. p. ôSg.) 

' Apud Phot. Bihl. cod. LXXII. t. 1, p. I12; éd. Bekker. 

*9- 



292 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

d'Arsace, qui était assez commun chez les Perses ^ Les 
écrivains orientaux ont conservé le souvenir de cette 
tradition; car ils font tous descendre Aschek , premier 
prince des Moulouk-al-théwaif, d'Ardcschir Bahman, 
qui est le même qu'Artaxerxès Mnémon. Mais Arrien^ 
donne, aux deux Arsacides fondateurs de la dynastie 
parthe, la qualité de descendants d'un autre Arsace, 
fils d'un certain Phriapite. Quoi qu'il en soit de la vé- 
ritable origine des Arsacides , on doit présumer que 
ces princes qui , dans les commencements de leur puis- 
sance , vouliu*ent rattacher leur famille à celle des an- 
ciens rois de Perse , pour se rendre favorables les dis- 
positions des peuples , négligèrent de recourir à ce 
moyen quand ils furent les maîtres de l'empire. Les 
Perses les regardèrent toujoiu's comme des étrangers. 
On savait qu'ils appartenaient aux nations scythiques 
répandues alors dans la Perse ; mais l'origine particu- 
lière de leur famille était incertaine , comme nous 
l'atteste Justin ^. 

Le nom d'Arsace, chef delà dynastie des Arsacides, 
acquit tant de célébrité , qu'il devint le nom générique 
de tous les princes de sa famille qui montèrent après lui 
sur le trône de Perse. C'est le seul que les historiens occi- 

' Q. Curt. lib. II, cap. v, p. 28; lib. VIII, c. m, p. 584; 
éd. Snakenb. 

' Apud Phot. Bihl. cod. LVIII, t. I, p. 17. 

' « Arsaces, vir, sicut incertae originis , ila virlutis expertae. » 
(Lib. XLI, cap. iv.) 



DEUXIEME PARTIE. 293 

dentaux donnent à ses successeurs \ soit que les peupies 
eussent voulu , pai' reconnaissance , l'attribuer aux des- 
cendants d'Arsace , soit que seulement ils eussent en- 
tendu par là faire honneur au premier de cette race^. 
« Tous les rois parthcs , dit Strabon , s'appellent Arsace ; 
«I mais l'un porte en particulier le nom d'Orode , l'autre , 
«celui de Phraate, ou tel autre nom ^. » Cet usage se 
conserva jusqu'aux derniers temps de la monarchie 
ai'sacide, et l'on voit que, même après sa destruction, 
les Grecs et les Romains continuèrent de donner le 
nom d'Arsace aux princes qui gouvernèrent la Perse. 
Puisque c'est en l'année aSo avant J. C. qu'il faut 
placer ia fondation de l'empire des Arsacides , et puis- 
que leur premier prince régna deux ans seulement, 
nous fixerons à l'an 2/18 l'époque de sa mort eti'avéne- 
ment de son frère Tiridate. Ce dernier ne dut pas ce- 
pendant régner immédiatement après lui , . si , comme 
il y a tout lieu de le croire , la Parthyène rentra alors 
sous la domination des rois de Syrie. Toutefois, Tiri- 

* Polyb. Reliq. iib. X, cap. xxviii, t. III, p. 25 1; éd. 
Schweigh. — Diod. Sicul. Excerpt. ex Iib. XXXII, t. X, p. 91, 
edit. Biponlin. — Justin. Iib. XLI, capp. iv, v. — Strab. Geogr. 
Iib. XV, p. 702. 

* «Cujus mémorise hune honorem Partlii tribuerunt, ut 
« omnes exinde reges suos Arsacis nomine nuncupent. » (Justin. 
Iib. XLI, cap. V.) 

' ToioiiTOv hè xcti tô Trapà Tors IlapSuaiOJS' kpcrâxcii yàp xa- 
Aoxjvrat TrâvTSs {oi ^acriXeîs) ' ihîa Se ô (ièv Ùpwhrjs , b hè <l>paâ- 
T)7s, ô S'àXXo Ti. (Strab. abi supra.) 



294 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

date, quoique chassé du trône, dut toujours se con- 
sidérer comme roi ; et il est à peu près certain qu'il 
compta les années de son règne , non pas seulement de 
la mort de son frère, mais du temps où il se révolta 
avec lui, pour la première fois, contre les Macédo- 
niens. C'est aussi en l'an a/iS, époque où réellement 
Tiridate commença de régner, qu'Eusèbe ^ , comme 
nous l'avons déjà fait remarquer , place la fondation de 
l'empire parthe. 

Il paraît qu'après la mort d'Arsace , son frère Ti- 
ridate , forcé d'abandonner la Parthyène , chercha 
un asile chez les tribus de Scythes nomades qui ha- 
bitaient alors la Perse orientale , et qui portaient 
presque toutes le nom de Dahi ou Dahœ. Nous savons, 
en effet , par le témoignage de Strabon , que ce fut avec 
le secours de ces peuples qu'il reconquit la Parthyène. 
«Le Scythe Arsace (Tiridate), dit ce géographe, com- 
« mandait à quelques-uns des Dahœ nomades qu'on ap- 
« pelle Parni et qui habitent sur les bords de l'Ochus; 
« il fondit sur la Parthie et s'en rendit le maîti'e ^. » 
Pour fixer d'une manière précise la date de cet événe- 
ment, il faut jeter un coup d'œil sur les révolutions 
du royaume de Syrie , dont les dissensions favorisèrent 
beaucoup les conquêtes des Parthes. 

' Chronic. interpr. Hieron. p. i4i;ed. Scalig. 

' KpaâKïjs, dvr)p 'ïiKvdïjs , rd>v àaôôVTivàs é/j^v, tous Uâpvovs 
xaiXov(xévo\Js Nofiàhas , itatpoiKoijvTas tov Ù^pv , èirijXôev èiri 
T))r n«p6'yajai', «ai èxpirrftjsv aùr^a. {Qeogr. lib. XI, p. 5i5.) 



DEUXIEME PARTIE. 295 

Anliochus II, surnommé le Dieu, qui, nous l'avons 
dit, était monté sm' le trône l'an 261 avant J. C. 
régna quinze ans, et mourut environ deux ans après 
la mort d'Arsace , dans la deuxième année de la cxxxm' 
olympiade, selon Eusèbe^ c'est-à-dire l'an 2/16 avant 
J. C. Il périt empoisonné par sa femme Laodice, qui 
lit aussitôt couronner son fds Séleucus II, surnommé 
dans la suite Callinicus. Non contente d'avoir commis 
ce crime, et redoutant les droits et les prétentions de 
Bérénice, sœur de Ptolémée Évergète, roi d'Egypte, 
qu'Antiochus II avait répudiée , après en avoir eu un 
enfant, Laodice les fit périr tous deux. 

Le roi d'Egypte accom'ut pour venger le meurti'e 
de sa sœur, s'empara de la Syrie, fit mettre à mort 
Laodice , et se rendit ensuite maître d'une grande 
partie de l'Asie ; sans une révolte qui le força de re- 
toui'ner dans son royaume , il aurait pu conquérir 
tout l'empire des Séleucides^. En rentrant dans ses 
états , Ptolémée garda pour lui la Cœlésyrie ; il confia 
à un nommé Xanthippe le gouvernement des pays 
conquis au delà de l'Euphrate, et donna la Ciiicie 
à Antiochus , frère de Séleucus , qui , plus tard , fut 
surnommé Hiérax , à cause de son ambition et de 

' Chron. inlerpr. Hieron. p. i^i. 1A2. 

* Justin, lib. XXVII, capp. 1, 11. — Appian. 5j'nac. cap. lxv, 
t. I, p. 635; éd. Schweigh. — Polyaen. Strateg. lib. VIII. cap. L. 
— Val. Max. lib. IX, cap. x. — S. Hieron. Comment, in Dan. 
I. III, col. 1 1 20 ; cd. 1 7o4- 



29G HISTOIRE DES ARSACIDES. 

son avidité ^ La retraite du prince égyptien permit 
à Séieucus de respirer; la plupart des villes de Syrie 
qui l'avaient abandonné rentrèrent dans son parti, et 
il se trouva en état de se mesurer avec son ennemi. 
Le sort des armes lui fut cependant contraire : forcé 
de se réfugier dans Antioche , il envoya demander du 
secours à son frère Antiochus , promettant de lui aban- 
donner la souveraineté de toute la partie de l'Asie Mi- 
neure située au nord et à l'ouest du mont Taurus. An- 
tiochus , qui n'avait que quatorze ans et qui déjà était 
dévoré d'ambition , saisit avec empressement cette oc- 
casion d'augmenter sa puissance ; il prit à sa solde un 
corps nombreux de Gaulois, et alla se joindre à son 
frère. Ptoiémée, ne voulant pas avoir à combattre ces 
deux princes réunis , fit une paix de dix ans avec Séieu- 
cus. Délivré du roi d'Egypte, ce dernier eut bientôt 
à soutenir la guerre contre son' frère Antiochus, qui 
se servit des Gaulois pour le détrôner. Séieucus fut 
vaincu et encore une fois contraint de s'enfuir dans 
Antioche^; on crut même qu'il avait péri dans la 
bataille ; et les Gaidois , qui désiraient piller et ravager 
sans obstacle , tournèrent alors leurs armes contre 
Antiochus^. La défaite de Séieucus eut lieu, selon 

* S. Hleron. Comment, in Dan. ubi supra. 

* Poîyaen. Sirateg. lib. IV, cap. 17. 

^ « In eo praelio virtute Gallorum viclor quidem Antiochus 
«fuit; sed Galli, arbitrantes Seleucum in praelio cecidisse, in 
« ipsum Anliochum arma verlere : liberiiis depopulaturi Asiam, 



DEUXIÈME PARTIE. 297 

Frôlich, en l'année 2 43 avant J. C. et il nous semble 
qu'il n'y a aucune raison de rejeter son calcul. 

C'est à cette époque que Justin place la conquête 
du pays des Parthes par Tmdate. On sait par Appien 
que la puissance des Arsacides date des troubles qui 
suivii'ent la mort d'Antiochus II ; mais Justin est beau- 
coup plus précis ; il présente cet événement comme 
une des conséquences de la défaite de Séleucus par 
les Gaulois : « Arsace , dit-il , accoutumé à vivre de vol 
« et de brigandage , ayant appris que Séleucus avait été 
«vaincu par les Gaulois dans l'Asie, et n'ayant plus 
« rien à craindre de la part de ce prince , fondit avec 
« une troupe de brigands sur le pays des Parthes, vain- 
{( quit le gouverneur Andragoras , le tua , et s'empara 
« du pouvoir chez cette nation ^ » Il est évident que les 
brigands à la tête desquels Tiridate fit la conquête 
de la Parthyène, étaient les Dahi Parni de Strabon. 
On ne peut confondre cet événement avec la pre- 
mière rébellion d'Ai'sace : dans le premier cas , on voit 
un homme outragé , qui cherche à repousser la tyran- 
nie par la révolte ; dans le second , c'est une invasion. 

« si omneiii stirpem regiam exstinxissent. » (Justin, lib. XXVII , 
cap. n.) 

' «Hic (Arsaces) solitus latrociniis et raplo vivere, accepta 
« opiiiione Seleucum a GaUis in Asia victum , solutus régis 
«metu, cum praedonum manu Parthos ingressus, prtEfectum 
<i eorum Andragoram oppressit ; sublatoque eo , imperium gen- 
« lis invasit. » (Justin, lib. XLl, cap. iv.) 



298 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Répétons ici que le gouverneur de la Parthyène tué par 
Arsace se nommait Phéréclès ou Agathoclès, tandis 
que celui qui tomba sous les coups de Tiridate s'ap- 
pelait, comme nous venons de le voir, Andragoras. 
Les Dabi, qui accompagnèrent Tiridate dans son in- 
vasion , furent donc les véritables fondateurs de l'em- 
pire des Parthes -, il fallait que leur nombre fût alors 
bien considérable , ou qu'ils eussent été rejoints, peu 
après , par une foule de leurs concitoyens , puisque , 
nous l'avons déjà démonti^é , ils donnèrent leur nom 
à la nation persane tout entière. 

La conquête de la Parthyène fut bientôt suivie de 
celle de ^Hyrcanie^ province dont la première n'était, 
pom' ainsi dire, qu'une dépendance. La Parthyène était 
trop peu considérable pour former un gouvernement 
particulier; aussi, sous l'empire des Perses et, plus 
tard , sous celui des Macédoniens , fut-elle , ainsi que 
nous l'atteste Strabon^, toujours réunie à l'Hyrcanie 
pour la perception des impôts. Maître de ces deux 
pays, Tiridate s'occupa de lever une puissante armée 
qui le mît en état de résister à Séleucus Callinicus et 
à Théodote , roi de la Bactriane ^. La mort le délivra 

' M Non magno deinde post tempore , Hyrcanorum quoque 
« regnum occupavit. » (Justin, lib. XLI, cap. iv.) 

* ÎI Se \loi.pdva.ta , TroXkr) (xèv ovx éalt' (TVvsTéXetyovv fiSTà 
jcbv TpKavœv (xaxà) rà Hepamà, holI [xsxà tolvtclxcôv ManshàvMV 
Hpaiovvrwv , èni x^pôvovTiokvv. (Slrab. Geogr. lib. XI, p. 5i4-) 

' " Alque itu duarum civilalum imperio praedilus, grandem 



DEUXIÈME PARTIE. 299 

bientôt des craintes que devait lui inspirer ce dernier 
prince. Il fit, peu après, la paix et un traité d'alliance 
avec son fils, qui portait le môme nom, Théodole*; 
mais il avait toujours à redouter le roi de Syrie : ce- 
lui-ci pouvait vouloir se venger des Parthes , quand il 
serait délivré des Gaulois et de son frère Antiochus Hié- 
rax. Au rapport de Justin^, il ne tarda pas eftectivement 
à venir pour punir les rebelles. Tiridate le vainquit, et 
l'époque de sa victoire fut regardée depuis, par les 
Parthes, comme celle de leur indépendance. Il ne pa- 
raît pas cependant qu'au commencement de la guerre 
le sort des armes ait été favorable à Tiridate ; il faut au 
moins admettre que ce prince ne s'était pas cru capable 
de résister avec ses seules forces au roi de Syrie-, car 
nous voyons dans Strabon^ que le roi des Partlies, 
fuyant devant Séleucus Callinicus , alla chercher un 
asile chez les Scythes Apasiaces ou Aspasiatres , qui ha- 
bitaient sur les bords de l'Oxus , vers son embouchure 
dans le lac d'Aral. Ce fut, sans doute, le secours qu'il 

« exercilum parât, metu Seleuci el Theodoti, Bactrianorum re- 
« gis. » (Justin, lib. XLI, cap. iv.) 

* « Sed cito, morte Theodoti, metu liberalus, cum filio ejus 
• et ipso Theodoto fœdus ac pacem fecit. » (Id, 1. XLI, c. iv.) 

* « Nec multo post , cum Seleuco rege , ad defectores perse- 
« quendos veniente, congressus, victor fuit : quem diem Pïirthi 
« exinde solennem , velut initium libertatis , observant. » ( Id. 
Hb. XLI, cap. IV.) 

* kpaixyjs , tov KaXXivtxov (pevywv , sis tous knaatàKas èyw- 
pïj<T£. {Geogr. lib. XI, p. 5i3; éd. Tzschucke.) 



300 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

reçut de ces peuples qui le rendit assez puissant pour 

rentrer dans la Parthyène , où il combattit et vainquit 

Séleucus. 

C'est, avons-nous dit, en l'année 2Zi3 avant J. C. 
que le roi de Syrie avait été défait par les Gaulois, 
et que Tiridate avait profité de cette circonstance pour 
s'emparer de la Parthyène et de l'Hyrcanie. Séleucus 
Callinicus fut, pendant plusieurs années, occupé à 
combattre son frère Antiochus Hiérax, jusqu'à ce que 
ce dernier, vaincu dans plusieurs batailles, fût con- 
traint de se réfugier d'abord chez Ariarathe , roi de 
Cappadoce, et, enfin, auprès de Ptolémée Evergète, 
qui le retint prisonnier. La Chronique d'Alexandrie^ 
place la défaite d' Antiochus et la fondation de Callini- 
copolis dans la Mésopotamie, en mémoire de cette 
défaite , à la quatrième année de la cxxxiv^ olympiade, 
qui répond aux années 2/10 et 289 avant J. C. En con- 
séquence, Frôlich^, dont nous adoptons le calcul, as- 
signe la date de l'an 289 aux premiers préparatifs de 
guerre que Séleucus Callinicus, délivré de tout em- 
barras, put faire contre les Parthes. C'est à la même 
époque qu'il faut rapporter l'alliance de Tiridate avec 
le roi de la Bactriane dont parle Justin, et la levée 
de troupes que fit le premier pour résister à Séleu- 
cus. Nous placerons, comme Frôlich, en l'année 288 
fexpédition du roi de Syrie, la retraite du roi des 

' Chron. Atexand. p. /109; éd. Uader. 
Annales refjum et réruni Syriœ, p. 3o. 



DEUXIEME PARTIE. 301 

Parthes chez les Scythes , et la défaite du prince sé- 
leucide. 

Quoique Séleucus CalHnicus eût été vaincu parTiri- 
date , il n'avait pas , sans doute , perdu tout espoir de 
dompter les rebelles quand, rappelé dans ses états par 
de nouA^eaux troubles, dit Justin \ il donna quelque 
relâche aux Parthes. Frôlich^ pense que ces troubles 
furent causés par les entreprises d'Attale , roi de Per- 
game, qui attaquait l'empire des Séleucides du côté 
de l'Occident; il place le retom^ du roi de Syrie en 
l'an 2 38 avant J. C. Comme les ouvrages ou les frag- 
ments qui nous restent des auteurs anciens ne nous 
font pas connaître les événements qui se passaient à 
cette époque en Orient , il nous est impossible de con- 
tredire ou de (confirmer l'opinion du savant Allemand ; 
nous nous contenterons d'admettre avec lui que la re- 
traite de Séleucus s'effectua en 2 38. 

A peine délivré du roi de Syrie , Tiridate , ainsi que 
nous l'atteste Justin ^ , profita de la tranquillité donj 
il commençait à jouir pour régler la constitution in- 
térieure de son royaume , lever des armées , cons- 
truire des forteresses et mettre les villes en état de 
défense. Il fonda sur le mont Zapaortène, au rapport 

' uRevocaio deinde Seleuco novis motibus in Asiam, dato 
«laxamento, regnum Parlhicum format, mi3item legit, castella 
«munit, civitates fîrmat, etc.» (Justin, lib. XLI, cap. v. ) 

* Annales regiim et rerum Syriœ, p. 3o. 

' Loco supra laudato. 



302 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Ju même écrivain, une ville appelée Dara : elle était 
située dans un lieu fort agréable , au milieu d'une en- 
ceinte de rochers abruptes , qui la rendaient très-facile 
à défendre ^ Cette ville paraît répondre au lieu que 
Pline appelle Dareiiim, lequel, dit-il, se trouve dans 
l'Apavortène, pays d'une extrême fertilité et situé à 
l'orient de celui des Caspiens ^. Isidore de Charax ^ 
parle de cette même contrée , qu'il nomme Apavar- 
cticène et qu'il place dans la partie septentrionale de 
la Parthyène. Ce nom se trouve aussi dans la Géo- 
graphie de Ptolémée'^; diversement altéré dans les 
manuscrits et dans les éditions grecques ou latines 
de cet ouvrage, il y est néanmoins toujours recon- 
naissable. Nous pensons que c'est Pline seul qui nous 
l'a conservé sous sa forme primitive ; les diverses or- 
thographes de ce nom dans les auti'es auteurs pa- 

' « Urbem quoque , nomine Daram , in monte Zapaoï'tenon 
«condit: cujus loci ea conditio est, ut neque munitius quic- 
«quam esse, neque amœnius possit. Ita enim et praeruplis ru- 
« pibus undique cingitur, ut tutela loci nullis defensoribus 
«egeat: et soH cîrcunfijacentis tanta uberlas est, ut propriis 
«opibus expleatur. Jam fontium ac sylvarum ea copia est, uf 
Il et aquarum abundantia irrigelur, et venalionum voluplatibus 
« exorne tur. » {Justin, iib. XLI, cap. v. ) 

■ (I A Caspiis ad orientem versus regioest, Apavorlene dicta, 
«et in ea fertilitatis inclyta? locus Dareium. » (PHn. Hiit. 
natiir. VI, xviii. ) 

' In Geogr. grœc. min. t. II, p. 2. 

* Lib. VI, cap. V. 



DEUXIÈME PARTIE. 303 

raissrnt appai'tenir aux dialectes de l'ancienne langue 
persane. La contrée qu'il sert à désigner semble répon- 
dre au pays connu actuellement sous le nom d'Abiourd 
ou Bawerd^. Il forme la partie nord-ouest du Kho- 
rassan , et renferme une ville du môme nom et située 
au milieu des montagnes, qui pourrait bien être l'an- 
tique Dara. Celle-ci , sans doute , fut fondée par Tiri- 
date, en mémoire de Darius, dernier roi de Perse , et en 
haine des Grecs ; il voulait se concilier l'affection des 
peuples qu'il avait soumis. Plusieurs écrivains pai'lent 
d'une ville élevée sur le lieu même où fut tué Da- 
rius; mais, trompés par la conformité du nom, ils ont 
cru que cette ville était celle de Dara en Mésopotamie, 
tandis que nous savons par Plutarque^, Arrien' et 
Quinte-Cm'ce *, que Darius , après avoir été vaincu à 
Arbelles, se retira dans la Médie, traversa les Portes 
caspiennes, et fut assassiné dans le pays des Parthes, 
à peu près vers les lieux où s'éleva ensuite la ville 
de Dara. Justin nous dit même trè^-explicitement que 
Darius mourut dans la Parthyène ; car il fait observer 
qu'il semblait que les dieux eussent fait à dessein pé- 
rir le dernier roi de Perse dans le pays de ceux qui 
devaient un jour hériter de son empire ''. De plus, 

' Voy. Ptolémée , loc. cit. 
" In Vita Alexandri , cap. lxxvii, r.xxvni. 
' Deexpedit. Alexandri, lib. lïl, cap. xix; éd. Gronov. 
* Lib. \', cap. I sqq. 
«Credo, ita diis immortalibus judicantibus, ul in terra eo- 



304 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

il raconte que Darius fut chargé de fers dans un bourg 
de cette province nommé Thara^. Or, ce bourg pour- 
rait bien être la ville de Dara ; mais , comme elle n'é- 
tait pas encore bâtie lors de l'assassinat du roi , notre 
supposition ne serait admissible qu'en imputant à 
Justin un de ces anachronismes dont les historiens se 
sont plus d'une fois rendus coupables. 

Le P. Longuerue ^, Vaillant^ et Frôlich^ ont pensé 
que Séleucus Callinicus , après avoir été vaincu par les 
Parthes , fit contre eux une seconde expédition , plus 
malheureuse encore que la première , puisqu'il tomba 
entre les mains de ses ennemis, qui le gardèrent 
longtemps captif. M. Visconti ^ est d'un avis tout 
contraire. La source de l'opinion qui attribue au roi 
Séleucus une seconde expédition contre les Parthes , 
se trouve dans un passage des Histoires diverses de 
Posidonius d'Apamée , qui nous a été conservé par 
Athénée , et dans lequel il est question de la captivité 
de Séleucus. Voici comment s'exprime Athénée : (c Dans 
«son XVr livre, en parlant du roi Séleucus, il (Posi- 

«rum, qui successuri imperio eranl, Persarum regnum fini- 
«retur. » (Lib. XI, cap. xv. ) 

' Il Inlerea Darius in graliam vicloris a cognatis suis aureis 
« compedibus catenisque in vico Partliorum Thara vincitur. » 
[Ibid.) 

* Annal. Arsacid. p. à- 

' Imper. Arsacid. t. I, p. i3, i4. 

'' Annal, reg. et rer. Syrue , p. 3o , 3i. 

' Iconographie grecque, t. II, p. 298 et 299. 



DEUXIÈME PARTIE. 305 

(( donius) raconte comment ce prince, étant venu dans 
«la Médie et combattant contre Arsace, fut fait pri- 
«sonnier par ce barbare, auprès duquel il resta long- 
« temps et qui le traita en roi ^ » M. Visconti^ croit 
qu'Athénée ou Posidonius se sont trompés sur le nom 
du roi de Syrie , et qu'ils ont attribué à Séleucus Calli- 
nicus ce qui , environ un siècle plus tard , arriva à 
Démétrius II , surnommé Nicator. Il nous paraît diffi- 
cile d'admettre que Posidonius ait commis une pareille 
erreur; nous pouvons voir, par divers autres frag- 
ments de son ouvrage qui se trouvent dans Athénée, 
qu'il y avait souvent parlé des Parthes et qu'il con- 
naissait fort bien leur histoire. Si l'on conteste l'exacti- 
tude du passage que nous venons de citer et l'opinion 
qui en est la conséquence, il n'est pas aisé de rem- 
plir, d'une manière satisfaisante , l'espace de temps qui 
s'écoula depuis la retraite du roi de Syrie, en l'an 2 38 
avant J. C. jusqu'à sa mort, arrivée en l'an 2 2 6 ; on n'y 
parvient qu'en supposant, avec M. Visconti , que Sé- 
leucus régna tranquillement pendant ces huit années. 
Mais peut-on croire que ce prince belliqueux, une 

' Èv Se T^ éKxai^xârïf , irepi "SiéXevKOV hirjyovfxevos ( Tloaei- 
hdjvios) Toô ^atjCkéws, ûs els Mrjhtav àvekdwv xai TroXsfXMv 
Apaâxet ^^{ia\(t}TÎ<T6rf viïà toO ^apêipov , xai fhs ttoXùv ^ôvov 
Trapà Tûj ApoiàKsi hiérpiipev , dyôfxevos ^aaîkixôos, ypâÇisi xal 
TavTOL. (Athen. lib. IV, cap. xxxvni, t. II, pag. 96, 97; éd. 
Schweigh.) 

^ Iconographie grecque, t. II, p. 298, note i, 

I. 20 



:i06 HISTOIRE DES AUSACIDES. 

fois délivré des craintes que lui inspirait son frère An 
tiochus Hiérax , n'ait pas cherché à tirer vengeance des 
Parthes , bien que Posidonius nous atteste qu'il fut traité 
avec beaucoup de distinction par ses vainqueurs ? N'est- 
il pas probable d'ailleurs qu'il fut toujours, malgré sa 
captivité , considéré par ses sujets comme roi de Syrie? 
et la vie de Démétrius II ne nous offre-t-elle pas , plus 
tard, un second exemple de la même particularité? 
Pendant l'absence de Séleucus Callinicus , ses états 
furent peut-être gouvernés par ses fils Séleucus et An- 
tiochus , qui n'osèrent rien entreprendre contre les 
Parthes, sans doute parce que la captivité de leur 
père était, en quelque sorte, le gage de leur tran- 
quillité. Si, dans le siècle suivant, Je rpi des Parthes 
rendit la liberté à Démétrius II , ce fut pour qu'il s'op- 
posât aux entreprises de son frère Antiochus VII, sur- 
nommé Sidétès, qui aurait été pour les Parthes un 
adversaire fort redoutable , le jour où il serait de- 
venu seul maître de l'empire des Séleucides. On peut 
croire que Tiridate se conduisit de même à l'égard 
de Séleucus Callinicus , quand il apprit que son frère 
Antiochus Hiérax , dont l'ambition était connue , s'é- 
tait échappé de prison avec l'aide d'une de ses con- 
cubines. C'est alors que , selon Justin , le roi de Syrie 
mourut d'une chute de cheval, Antiochus n'eut pas le 
temps d'atteindre le royaume de Syrie ; il fut tué en 
route, par une troupe de brigands, à peu près vers 
le temps où son frère cessa de vivre. 



DRUXIEME PAhTIK. 307 

Quoique Justin ne dise pas que Séleucus ait en- 
trepris deux expéditions chez les Parthes , et que , 
dans la dernière , il ait été fait prisonnier , les ex- 
pressions dont il se sert en parlant de la mort de 
ce prince ne peuvent guère s'appliquer qu'à sa cap- 
tivité ^ Si le roi de Syrie eût alors été paisible- 
ment assis sur son trône , l'historien latin n'eût cer- 
tainement pas dit qu'il mourut après avoir perdu 
son royaume , amisso re^no; car on peut difficilement 
admettre, avec M. Visconti, que Justin n'entendait 
parler que de la perte de plusieurs provinces de 
l'empire de Séleucas. Une pareille supposition serait 
même en contradiction avec la tranquillité dont le 
savant antiquaire suppose que ce prince jouit à la 
fin de son règne. S'il en eût été ainsi, Justin, en ra- 
contant les malheurs causés par les guerres de Séleu- 
cus et d'Antiochus , n'aurait pas écrit qu'ils moururent 
tous deux dans l'exil, exsuies ambo, ce qui confirme 
de nouveau le système que nous avons adopté , et 
nous porte même à croire que Séleucus, quand il 
mourut, était encore captif chez les Parthes, ou qu'il 
périt en revenant dans ses états , comme le pensent 

' « Aaliochus opéra cujusdam meretricis adjutus, quam 
« famillarius noverat, deceptis custodibus , elabitur, fugiensque 
a latronibus interficitur. Séleucus quoque iisdem ferme die- 
« bus, amisso regno, equo praecipilatus, finilur. Sic fratres , 
it quasi et germanis casibus , exsuies ambo , post régna , scele- 
t rum suorum pœnas luerunt. » (Lib. XXVII, cap. m.) 



308 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

Vaillant^ et Frôiich^. Ce dernier place en l'an 2 36 
avant J. C. la deuxième expédition et la captivité de 
Séleucus. Comme ce prince mourut en l'an 226, après 
un régne de vingt ans, il resta donc prisonnier chez 
les Parthes pendant environ neuf années. 

C'est sans doute à l'époque de la captivité de Sé- 
leucus chez les Parthes, que Tiridale prit le titre de 
roi , qui lui fut peut-être accordé par le prince séleu- 
cide lui-même ; et nous pensons que l'on doit compter 
de ce temps l'ère de l'indépendance des Parthes. 11 pa- 
raît que, content des concessions qu'il obtint du roi 
de Syrie , le prince arsacide ne chercha pas à étendre 
ses conquêtes : vraisemblablement, il se considéra 
comme soumis à Séleucus , dont on ne voit point qu'il 
ait attaqué les possessions pendant sa longue captivité. 
Nous savons même , par le témoignage de Posidonius 
allégué plus haut , qu'il traita son prisonnier avec tous 
les égards dus à un roi. La conduite que tint Tiridate , 
dans cette circonstance , lui fut probablement dictée 
par sa situation politique. Les pays qu'il possédait ne 
pouvaient lui fournir les moyens de faire de nouvelles 
conquêtes dans les états des Séleucides. Il était maître 
alors de la Parthyène, de l'Hyrcanie et de quelques 
contrées limitrophes, ce qui répond aux provinces 
actuellement connues sous les noms de Tabaristan, 

' Seleucidarum Imperium, p. 61. — Arsacidarum Imperium, 
t. I, p. i4. 

Annales reg. et rer. Syriœ, p. 00, 3i. 



DEUXIÈME PARTIE. 309 

de Koumes ou Gomis, de Djordjan , de Dahistan, et 
à une petite partie du Khorassan, du Mazendéran et 
de l'Irak -Adjémi. La Parthyène s'était alors accrue, 
au rapport de Strabon \ de quelques portions déta^ 
clîées de la Médie , telles que la Comisènc et la Cho- 
rène ou Choarène, qui étaient situées en deçà' des 
Portes caspienn es; néanmoins, la monarchie arsacide 
était encore fort peu considérable. La Parthyène, qui, 
sous les Perses et les Macédoniens, avait été réunie à 
l'Hyrcanie , parce qu elle était trop petite pour for- 
mer un gouvernement particulier, était en outre fort 
pauvre. C'était un pays très-montueux, en grande par- 
tie couvert de forêts, et qui devait, par conséquent, 
être très-peu populeux. Les objets nécessaires à la vie 
y étaient si rares, à ce que nous atteste le même Stra- 
bon-, que jamais les rois ne la visitaient, parce qu'elle 
n'aurait pu fournir longtemps à leur entretien et à 
celui de leur suite. Ajoutons que les Arsacides étaient 
fort resserrés, du côté de fOrient, par les rois de la 
Bactriane , qui ne les voyaient s'élever auprès d'eux 
qu'avec une extrême jalousie -, car. Grecs d'origine, 

' ÀXXà vûv [Uapdvaia,) r)v^7)rat. Méprj h^èall T^sTlapôvijvfjs, 
Tf} TS KœfiKTïjVï} , xai rj Xù)apr]vrj- <T;^eSôv Se t< xai -rà p-éy^pi 
IluX&iv KacTr/cwr, nai Pajwv xai Ta7rtip«ov, Ôtna. tïjs MtjS/œs 
TrpÔTepov. [Geogr. XI, p. 5i4-) 

Hpàs 8è T5I ap.mpô'crjxi Sacrera xai ôpeiVTJ ()) Uapdvaia) èali, 
xai âiropos- w(7ts 8«à toOto Spôf/w Sje^/acj ttjv éavTWv ol 
faffiXeîs, ÔyXov où hvva{j.évï]s Tpé^etv rfjs xj^pas oùh] èirl fxr- 
xpôv. [Ibid.) 



310 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

comme les Séleucides , ils devaient se douter que 
ces conquérants asiatiques les confondaient dans une 
même haine , et prévoir qu'une fois vainqueiurs des 
rois de Syrie, ils ne tarderaient pas à les attaquer. 

Dans un tel état de choses, on se demande com- 
ment les Arsacides, maîtres d'un pays qui ne leur 
offrait aucune ressource , purent , non-seulement réunir 
des forces suffisantes pour la conquête de la Parthyène 
et des provinces environnantes, mais maintenir leur 
indépendance, malgré la jalousie des rois de la Bac- 
tiûane, contre toutes les attaques des rois de Syrie, 
qui disposaient de la plus grande partie des forces de 
l'Orient. On se demande comment ils parvinrent à 
chasser les Séleucides de toute la Perse et à jeter les 
fondements d'un des plus puissants empires qui aient 
jamais existé. Nous avons déjà dit que ce fut avec le 
secours d'un peuple scythe nommé Dahi, que Tiridate 
fit la conquête de la Parthyène. Nous avons dit aussi 
que ce fut chez une autre nation scythe , qui habitait 
dans les mêmes régions , sur les bords de l'Oxus , 
que le même prince se retira quand le sort des armes 
lui fut un instant contraire; et l'on a vu que les di- 
vers peuples Scythes, dont plusieurs tribus étaient de- 
puis longtemps établies en Perse, y entrèrent alors 
en si grand nombre qu'ils finirent par donner leur 
nom à quelques parties de ce pays. Il faut supposer 
que, dès l'origine, les Arsacides exercèrent, d'une ma- 
nière quelconque , une très-grande-infîuence sur toutes 



DEUXIÈME PARTIE. 311 

les tribus barbares qui erraient depuis les rives du Ta- 
nais jusqu'aux montagnes où se trouvent les sources 
de i'Oxus et du Jaxarte. iNous montrerons plus tard 
qu'ils étaient les allies de tous les peuples scythiqucs 
qui environnaient la Bactriane et qui finirent par l'en- 
vahir; on verra, alors, que ces mêmes peuples mar- 
chèrent sous les étendards des Arsacides jusqu'aux 
bords de l'Euphrate et les aidèrent à chasser pour 
jamais les Séleucides de la haute Asie. On verra aussi 
que , toutes les fois que des discordes civiles forcèrent 
quelque prince arsacide à abandonner la Perse, il 
lix)uva chez les Scythes mi asile et des secours. 

Quoique les Scythes et les Dabi, en particulier, 
fussent établis dans la Perse depuis fort longtemps, ce 
ne furent pas eux cependant qui se révoltèrent contre 
les Grecs. Arsace fit , il est vrai , soulever les Parthes , 
mais leur rébellion n'eut pas de suite; la révolution 
vint du dehors. Ce fut avec les troupes nombreuses 
qu'ils tirèrent de la Scythie indépendante, que les 
Arsacides se rendirent successivement les maîtres de 
l'Orient. Nous croyons même qu'Ars&ce et son frère 
Tiridate étaient issus de quelqu'une des familles no- 
bles qui régnaient dans ces régions. Tous les peuples 
Scythes qui habitaient la Perse avaient perdu leur 
nom générique pour ne garder que leur nom par- 
ticulier, tandis que ces deux frères sont souvent ap- 
pelés Scythes, dénomination qui s'appliquait alors 
aux nations nomades et indépendantes des région*; 



312 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

situées au nord du mont Caucase , de la mer Caspienne 
et de la Perse. Nous savons par les témoignages réu- 
nis de Tacite, d'Agathangélus, de Faustus de Byzance 
et de quelques autres écrivains, que des princes de 
la race des Arsacides commandaient aux divers peuples 
qui, soumis à une seule domination, portèrent suc- 
cessivement , depuis le iii^ siècle avant J. C. jusqu'au 
IV* de notre ère, les noms de Scythes, de Tauro- 
scythes, d'Ases , de Massagètes et d'Alains. Ces peuples 
eurent , pendant tout cet espace de temps, des souve- 
rains de la même race. Nous pouvons déterminer 
à quelle époque commencèrent les branches arsa- 
cides de Bactriane et d'Arménie , mais nous ne pou- 
vons le faire pour celle de Scythie. Agathangélus 
nous atteste qu'elle ne tenait que le quatrième rang 
dans la monarchie arsacide. En général, dans les races 
royales, quand les branches collatérales vieillissent, 
elles deviennent presque étrangères à la branche aînée, 
et il n'y a bientôt plus que l'histoire qui conserve le 
souvenir de leur origine commune. De même, dans 
la famille des Arsacides, nous verrons les branches 
collatérales perdre leur rang à mesure quelles s'é- 
loignent de leur souche. Les Arsacides de Scythie, 
nous croyons devoir le répéter ici, tenaient le qua- 
trième rang , ceux de Bactriane le troisième , et ceux 
d'Arménie, plus rapprochés de la branche aînée, le 
second; mais, sous le règne de Vologèse I", ils furent 
obligés de céder le second rang à Pacorus, roi de 



DEUXIÈME PARTIE. 313 

Médie , frère de Vologèse, et de se contenter du 
troisième. 

Si, dès son origine, la race des Arsacides, soit par 
les armes , soit par la politique , parvint à acquérir une 
vaste domination ou une grande influence dans la 
Scythie; ou bien plutôt, si, comme nous avons lieu 
de le croire, avant de s'établir dans la Perse, elle com- 
mandait déjà à plusieurs tribus de ces régions , on 
conçoit facilement qu'elle put trouver les moyens de 
s'emparer de tout l'Orient. Quand ils eurent vaincu plu- 
sieurs fois les Séleucides , les Arsacides de Perse aban- 
donnèrent probablement les anciennes possessions de 
lemr maison à une branche collatérale, celle des Ar- 
sacides de Scythie, qui subsista pendant près de six 
siècles. Ce ne serait pas la seule fois que l'Orient tout 
entier aurait été soumis à des princes qui auraient d'a- 
bord habité les pays situés au nord de la mer Cas- 
pienne : au XI* siècle, les Turcs seldjoukides sortirent 
de ces régions avec un grand nombre de tribus bar- 
bares, et, après avoir passé l'Oxus, étendirent leur 
domination depuis les montagnes de l'Inde jusqu'au 
Bosphore de Thrace et à Jérusalem-, les Kharizmiens, 
partis des mêmes contrées à la fin du siècle suivant, 
réduisirent aussi la Perse sous leur autorité. 

Il résulte de toutes les considérations qui précè- 
dent , que les Arsacides , avant de régner dans la Perse, 
ont dû commander à plusieurs nations scythiques, qui 
les aidèrent à vaincre et à chasser les Grecs des con- 



314 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

trées situées au delà du Tigre ; que la branche des 
Arsacides de Scythie était la plus ancienne des trois 
branches collatérales, et que son origine remonte aux 
premiers temps de l'existence de cette race. Nous ne 
voyons pas de raison pour ne point placer le com- 
mencement de cette branche sous le règne de Tiri- 
date I", ou au moins sous celui de son fils Artaban I", 
dont le premier Arsacide de Scythie était peut-être le 
frère. 

Nous ignorons tous les événements qui se passèrent 
dans l'empire des Parthes depuis la mort de Séleucus 
Callinicus jusqu'à la fin du règne de Tiridate I". Rei- 
nérus Reineccius^ et Jérôme Henning-, qui, les pre- 
miers parmi les modernes , travaillèrent à débrouiller 
le chaos de l'histoire des Arsacides, ont avancé que ce 
prince , «qu'ils confondent avec son frère Arsace , périt 
en combattant contre Ariarathe lïl, roi de Cappadoce. 
li est difficile de croire , d'après ce que nous venons 
de dire, que les Arsacides, qui alors avaient à peine 
franchi les montagnes de la Médie, aient pu entre- 
prendre une expédition dans l'Asie Mineure. Ce fait, 
<jui ne peut s'appliquer qu'au temps où ils avaient 
acquis toute leur puissance , est perdu de vue de- 
puis longtemps : Longuerue, Vaillant, ni aucun de 
ceux qui se sont occupés des Arsacides , n'en ont fait 
niention. Il est tiré d'un passage des Dialogues dès 

' Histor. Jalia t. III, p. 2 iZj. 
* Theatr. ^eneaiôy. t. I, p. 181 



DEUXIÈME PARTIE. 315 

morts de Lucien \ que nous examinerons ultérieure- 
ment. 

Après la mort de Séleucus Callinicus, an'ivée en 
l'an 226, Tiridate paraît avoir vécu en paix avec les 
fils de ce prince, Séleucus Céraunus et Antiochus ie 
Grand-, nous ignorons l'époque précise à laquelle il 
mourut. Le seul fait historique qui puisse aider i\ la 
déterminer, est la guerre que les Parthes eurent à sou- 
tenir contre Antiochus le Grand, sous le successeur 
de Tiridate. Cette guerre commença en l'année 21/1 
avant J, G. après la défaite et la mort d'Achaeus, qui 
s'était révolté dans l'Asie Mineure contre le roi de 
Syrie. Tiridate I" n'existait donc plus à cette époque. 
Selon le Syncelle^, il régna trente-sept ans. Comme il 
monta sur le trône en 2 48, il a dû mourir vers l'an 
211. On l'a souvent confondu avec son frère , qui se 
révolta en même temps que lui contre les Séleucides, 
Peut-être a-t-on compté les années de son règne de- 
puis le premier soulèvement des Parthes , en y com- 
prenant les deux années que régna son frère. De ce 
calcul, il résulterait que Tiridate serait mort 2 1 3 ans 
avant J. G. vers le temps même de l'expédition d' An- 
tiochus le Grand. On peut cependant douter que Ti- 
ridate ait prolongé sa vie jusqu'alors ; car il ne paraît 
pas qu Antiochus ait, à cette époque, tourné ses armes 
contre l'empire parthe pour profiter d'un changement 

' Dialo^. mort. ( Dial. 27) t. I, p. 1 i/i-i 16; éd. Dindorf. 
' Chronogr. p. 54o; cdit. Bonn 



316 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

de règne et rétablir son autorité dans les pays qui 
avaient été enlevés à ses pères; nous voyons au con- 
traire, par le témoignage de Polybe^, que ce fut 
beaucoup plus tard que ce prince se mit en marche 
pour chasser les Parthes de la Médie, dont ils s'étaient 
rendus maîtres. En 2 23, Antiochus avait donné le 
gouvernement de cette province à Molon , et celui de 
la Perse à Alexandre, frère de ce dernier. L'année 
suivante, les deux frères se révoltèrent contre leur 
souverain^, et défirent plusieurs généraux envoyés 
contre eux pour les soumettre; ils ne succombèrent 
qu'en 220 , après une guerre de trois ans. Vaincus sur 
les bords du Tigre, ils se donnèrent la mort; la Perse 
et la Médie rentrèrent alors sous la domination du roi 
de Syrie. Le récit circonstancié que Polybe ^ nous a 
laissé de cette guerre ne fait aucune mention des 
Parthes; ainsi , c'est dans l'espace de temps qui s'écoula 
entre les années 220 et 2 1 4 , qu'il faut placer leur in- 
vasion en Médie ; ils étaient déjà maîtres de ce royaume 
en 2 1 Zi, puisque, l'année suivante, la première opéra- 
tion d' Antiochus * fut la reprise d'Ecbatane , qui était 
tombée en leur pouvoir. Ce fut dans l'intervalle qu'A- 

* Reliquiœ , lib. X, S 28, t. III, p. 261 . 

' Polyb. lib. V, S8 /»o-54, t. II, p. 29532 9. 

' Lib. V, Ss 58-71 , t. II, p. 337-369, SS 79-87, p. 38A-4o3. 

* Lib. V, S 57, t. II, p. 335, 336; S 67, p. 356; SS 72-78. 
p. 369-384; § 107, p. kki.— Reliq. lib. VII, SS i5-i8, p. 6i5- 
620.— /6irf. Hb. VIII, SS 17-23, t. III, p. 43-59. 



DEUXIÈME PARTIE. 317 

chœus, l'un des généraux les plus illustres du roi de 
Syrie, se révolta dans l'Asie Mineure et prit le titre de 
roi. Antiochus , très-occupé d'une guerre malheureuse 
qu'il soutenait contre Ptolémée Philopator, ne put 
châtier promptcment le rebelle Achœus, qui mit fort 
en péril la puissance des Sélcucides. Ces circonstances 
durent paraître trop favorables aux Parthes , pour 
qu'ils n'entreprissent pas immédiatement une invasion 
dans l'empire syrien : ils y firent des progrès rapides , 
et on les voit s'avancer très-loin , puisque , comme 
nous venons de le dire , ils se rendirent maîtres d'Ec- 
batane , capitale de la Médie, située à l'extrémité sud- 
ouest de cette province. La révolte d'Achaeus avait 
commencé en 220, elle se termina, en 2i5, parla 
défaite et le supplice du rebelle ; c'est donc avant cette 
dernière année que dut avoir lieu l'envahissement de 
la Médie, peut-être en 2 1 y ou 216. Vaillant^ place 
en 2 1 6 l'avènement d'Artaban I", fils et successeur de 
Tiridate, ce qui réduirait à trente-quatre les trente- 
sept années assignées par le Syncelle au règne de ce 
prince. Cette supputation serait plus vraisemblable; 
cependant, nous verrons bientôt que ce fut vers 2 1 9 
que finit le règne de Tiridate I". Par conséquent, nous 
placerons en 2 1 6 l'invasion de la Médie par son suc- 
cesseur Artaban I" , ainsi que les hostilités entre les 
deux empires; et, en effet, Polybe nous atteste qu'au 
printemps de la troisième année de la cxl" olympiade, 
' Arsac. imper, t. I, p. 2 i , 22. 



318 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

c'est-à-dire l'an 217 av^ant J. C. Antiochus, lorsqu'il 
fut vaincu à la bataille de Raphia par le roi d'E- 
gypte, avait, pour auxiliaires, dans son armée, des 
Dahae ^ , ce qui nous porte à croire que le roi de 
Syrie était alors en paix avec les Parthes. 

Selon Moïse de Khoren, le premier prince de la 
dynastie arsacide , qu'il appelle Arschag ou Arsace le 
Vaillant, et qui n'est autre que Tiridate P, confondu 
par lui, comme par beaucoup d'autres, avec le premier 
Arsace, mourut après un règne de trente et un ans'-; 
c'est sLx ans de moins que ne le fait régner le Syn- 
celle , dont le texte a peut-être été altéré , et qui , 
d'ailleurs , est postérieur de quatre siècles à l'historien 
arménien. Le témoignage de ce dernier est confirmé 
par Samuel d'Ani^, autre historien de la même na- 
tion, qui vivait au xii' siècle. Si, comme nous avons 
lieu de le croire, il faut compter les années du règne 
de ce prince depuis la première révolte des Parthes . 
le nombre d'années qu'assignent à sa dm^ée les histo- 
riens arméniens s'accorde beaucoup mieux avec le 
système que nous avons adopté, que la supputation 
du Syncelle. Nous avons vu qu' Antiochus , ayant vaincu 
Achaeus en 2 1 5 , marcha ensuite contre le roi des 

■ Polyb. Hist. lib. V, S 79; t. II, p. 384. 

^ Mos. Rhor. Hist. armen. lib. II, cap. n , p. 85; cap. lxv, 
p. 188. 

' Samuel d'Ani , Chronogr. univers.; mss. armén. de la Bi- 
blioth. roy. n° 96, fol. 1 i verso. 



DEUXIÈME PARTIE. M'J 

Partlies, qui s'était emparé de la Média. C'est par 
supposition seulement que Vaillant^ fixe à l'an 212 
cette expédition ; il est fort douteux que trois années 
se soient écoulées entie les deux événements. Nous 
apprenons de Poiybe^ qu'Anliochus , l'année qui sui- 
vit la mort d'Achœus, était occupé dans l'Arménie; 
il convient donc de placer , en 2 1 3 , comme l'a fait 
Frôlich^, l'expédition de Médie. Pour admettre le sys- 
tème de Vaillant, il faudrait, à son exemple, faire 
commencer la dynastie des Arsacides en l'année 2 56 
avant J. C. celui que nous avons adopté ne s'accorde 
pas fort bien , comme on le voit , avec les trente-sept 
années que le Syncelle assigne à la durée du règne de 
Tiridate , qui , en conséquence , aurait fini environ une 
année avant la guerre de Médie. Il ne serait certaine- 
ment pas étonnant que le nouveau roi des Parthes 
e\jt voulu signaler le commencement de son règne par 
quelque grande conquête; mais, dans cette supposi- 
tion , il n'aurait pas choisi une occasion très-favorable , 
puisqu'alors la révolte d'Achaeus était éteinte et que 
le royaume de Syrie se trouvait en paix avec l'Egypte. 
D'ailleurs lorsqu Antiochus marcha contre les Parthes , 
en l'an 2 1 3 , la Médie était déjà conquise par eux, et 
le roi de Syrie n'y entra que pour les en chasser. On 

' Annal rerj. et rerum Syriœ, p. 36. — Arsac. imp. t. I, 
p. 22 , 23. 

* Reliq. hh, Vlll,î 2b ;i. m, p. 61.62. 
' Annal, rey. et rer. Syriœ, p. 36. 



320 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

a donc toute raison de croire que Tiridate mourut pen- 
dant la révolte d'Achaeus , et que si son successeur pro- 
fita de ce dernier événement pour faire des conquêtes, 
ce ne fut pas avant 2 i y , puisqu'en cette année nous 
voyons un grand nombre de Dahae au service d'Antio- 
chus. Ainsi, on ne peut, comme nous l'avons déjà fait 
observer, placer l'entrée des Partbes dans la Médie 
qu'en l'année suivante, 2 1 6. Comme tous les change- 
ments de règne amenaient ordinairement de grands 
troubles chez lesParthes, on conçoit qu'il dut s'écouler 
au moins deux ans avant que le successeur de Tiridate 
fût devenu le paisible possesseur du trône , et se trou- 
vât en mesure de faire des conquêtes au loin. Toutes 
ces considérations réunies nous portent à dater de l'an 
2 1 9 la mort de Tiridate et l'avènement de son succes- 
seur. Si, avec Moïse de Khoren, nous comptons trente 
et une années depuis la première révolte d'Arsace , en 
2 5o , nous verrons qu'effectivement cet événement dut 
arriver à l'époque que nous lui avons assignée. 

Justin nous apprend que Tiridate ou Arsace eut 
pour successeur son fils , dont il ne nous fait pas con- 
naître le véritable nom; il se contente de l'appeler 
Arsace^. Un fragment des Prologues de Trogue Pom- 
pée le nomme Artaban-. M. Visconti^ a déjà relevé 

' « Hiijus filius et successor regni, Arsaces et ipse nomine. » 
(Justin, lib. XLI, cap. v.) 

" Prolog, lib. XLI, ad cale. Justin, edit. varior. p. 535. 
' Iconogr. grecq. t. III, p. 5o, note i. 



DEUXIÈME PARTIE. 321 

l'erreur du P. Brotier, qui, dans ses Notes sur Tacite ^ 
retranche ce prince de ia liste dos rois parthes, parce 
que son nom ne se trouve pas dans Justin. Nous di- 
rons, avec M. Visconti, que, non-seulement Artaban 
est mentionné par Trogue Pompée , mais que , tout 
en ne le nommant pas, Justin indique fort bien que 
l'Arsacide qui combattit contre Antiochus le Grand, 
était différent du fondateur de la dynastie. Tous les 
savants qui se sont occupés de l'histoire des Parthes 
ont admis ce prince sous le nom d' Artaban P\ dans 
les listes qu'ils ont di'essées. 

Artaban succéda à son père, l'an 219 avant J. C. 
et , en 216, au plus tard , profitant des troubles qui 
déchiraient la Syrie, il pénétra dans la Médie, dont il 
se rendit maître. Plus pressé de se débarrasser d'un re- 
belle qui avait pris le titre de roi et qui aspirait à lui 
ravir la couronne , que de repousser un ennemi étran- 
ger qui convoitait seulement quelques-unes de ses pro- 
vinces , Antiochus ne s'opposa pas d'abord aux progrès 
des Parthes. Ce ne fut qu'après la mortd'Achœus, que, 
songeant à les chasser de ses états, il entra dans le 
Médie, en 2i3, avec une armée formidable. M. Vis- 
conti^, à l'exemple de Schweighaeuser, place cette 
expédition en l'année 209 avant J. C. Rien, dans les 
fragments qui nous restent du X^ livre de Polybe ^ 

' In Annal, lib. II, c. i, 1. 1, p. 362-365. 

* Iconogr. (jrecq. t. III, p. 5o, note 1. 

' Reliq. lib. X. SS 27-3i ; t. III, p. 2ZI8-261 . 



322 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

et qui traitent de la guerre d'Antiochus contre les 
Parthes, ne nous autorise à croire qu'elle eut lieu à 
cette époque plutôt qu'en 2 1 3 . Le seul motif qui ait 
pu porter le savant Schweighseuser à adopter l'opinion 
contraire, est la -date des événements rapportés par 
l'historien grec dans les livres précédents; mais, quand 
on a étudié Polybe, on ne peut méconnaître que, 
pour ne pas trop morceler le récit des faits qu'il ra- 
conte, il ne s'astreint pas à un ordre chronologique 
bien sévère. Il serait d'ailleurs fort étonnant qu'un 
prince aussi belliqueux qu'Antiochus , débarrassé de 
toute crainte dans ses états et en paix avec ses voi- 
sins , eût attendu six ans après la mort d'Achaeus pour 
combattre les Parthes. Nous nous rangeons donc à 
l'opinion de Frôlich \ et nous plaçons, avec lui , en 
l'an 21 3 avant J. C. l'arrivée d'Antiochus dans la 
Médie. 

Quoique le roi des Parthes, au rapport de Justin^, 
fût entré en campagne avec une armée de cent mille 
hommes d'infanterie et de vingt mille cavaliers, nous 
apprenons de Polybe ^ qu'il ne se crut pas assez fort 
pour résister au roi de Syrie ; mais il espérait qu'An- 

' Annal req. et rer. Syriœ, p. 36. 

" «(Arsaces) adversus Antiochum , Seleuci filium, cenlum 
• miUibus peditum, et viginli millibus equilum instruclum, 
«mira virlute pugnavit : ad poslremum in societalem ejus 
uadstimtus est. » (Justin, lib. XLI, cap. v.) 

hcoç fxèr oliv TOWT&n» tùv tôttcov [ÈxëaiTivoov) vi\iTtaev avTÔv 



DEUXIÈME PARTIE. 323 

tiochus ne s'avancerait pas au delà d'Ecbatane, et qu'il 
n'oserait pas le poursuivre au delà du dësertde Médie, 
à cause du manque d'eau et du grand nombre de trou- 
pes que conduisait le prince séleucide. Aussitôt que le 
roi des Parthes vit qu'Antiochus se préparait à franchir 
le désert, il ordonna de détruire tous les puits ou de les 
empoisonner; mais ceux qu'il en chargea ne purent 
achever leur opération , Nicomède , un des généraux 
du roi de Syrie , les ayant attaqués avec un corps de 
mille cavaliers et contraints à une prompte retraite. 
Dès ce moment, Antiochus n'éprouva plus aucune 
difficulté pour traverser le désert; il entra dans le 
royaume des Parthes, et pénétra jusqu'à Hécatom- 
pylos , leur capitale ' . Après s'être rendu si facilement 
maître de la résidence royale d'Arsace , il pensa que si 
ce prince avait été en état de lui résister, il n'aurait pas 
ainsi laissé son royaume en proie à l'ennemi , ni aban- 
donné ses frontières sans défense» , mais qu'il lui aurait 
indubitablement livi'é bataille dans l^s environs d'Hé- 
catompylos, aucun lieu ne pouvant offrir aux Parthes 
une position militaire plus favorable poïir combattre 
avec avantage^. Le roi de Syrie résolut donc, après 

•ff^eiv kpffàKfjs- T^ Vêprjpiov, tifv tovtoiç Ttpètryoipov , oii toX- 
firj<T£iv éri Sovôfxst TrjXixavrrj hsxëaXetv , xai (;x(!éXKT7« hà t^v 
ivvhpiav. (Polyb. Reliq. îib. X, îi 28; t. III, p. 2 5 1, 2 52.) 

' Polyh. Reliq. Iib. X, S 28; t lîl, p 262. 253. 

^ nXî^v fltvToO hiavxTTOLVcTaç TYfv hvvrifjLtv , Jtït \o'yi<Tà(tevoç , 
&)>, si (lèv oîos rjv Aperâjcr/s Sji fJi«x^7? Kpiveadti itpài (r<piç, ovr 



324 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

quelques jours de repos, de pénétrer dans l'intérieur 
du royaume. Il dirigea sa marche vers l'Hyrcanie, se 
porta sur Tagae, et franchit les monts Labutes, qui 
séparent cette province de la Parthyène. On peut voir, 
dans Polybe ^ , le détail de toutes les difficultés qu'il 
eut à vaincre pour achever cette entreprise , et le ré- 
cit des combats qu'il soutint contre les habitants de 
ces montagnes , qui tentèrent de lui fermer l'accès de 
leur pays. Après avoir surmonté ces obstacles, Antio 
chus, vainqueur, entra dans l'Hyrcanie, et se rendit 
maître des deux villes capitales, Tambracé et Syrin- 
gis '^ , non toutefois sans avoir éprouvé devant la der- 
nière une vigoureuse résistance. 

Nous ignorons la suite de la guerre d'Antiochus 
contre les Parthes , parce que nous avons perdu la 
partie de l'histoire de Polybe oii il en était question; 
nous savons seulement, par Justin^, qu'Artaban se dé- 
fendit avec le plus grand courage , et que le roi de 
Syrie finit par faire avec lui un traité de paix et d'al- 
liance. Suivant toute probabilité , Antiochus , après la 
conquête de l'Hyrcanie , n'eut pas autant de succès que 
dans le commencement de son expédition ; il rencontra 

àv è^e)((li}pei , Xnrœv ty)v avTOv ^œpav, ovt àv èTTiTrjheiorépovs 
ràirovs èlyfret Ttpos âyôàva rats a(peTépa.is hwâp-eai rœv irepi 
rrfvÈxaTÔfxirvlov. (Polyb. Reliq. lib. X, S 29, p. 253-a55.) 

' Reliq. lib. X, §S 29, 3o el 3i, t. III, p. 254-259. 

* Ibid. S 3), t. III, p. 259-261. 

' Lih XLI.cap. V. 



DEUXIÈME PARTIE. 32!> 

sans cloute trop de difficultés pour vaincre les Parthes; 
et, désespérant de les soumettre entièrement, il aima 
mieux leur accorder la paix que de s'exposer, plus long- 
temps aux chances d'une guerre dont il ne pouvait 
prévoir toutes les conséquences. Nous croyons même 
que ce furent les nombreux secours que les Parthes 
reçm'ent de la Scythie , qui forcèrent Antiochus à faire 
la paix. Il nous reste un assez long fragment du X* 
livre de Polybe \ où il est parlé des Scythes Apa- 
siaces, grande tribu nomade, qui habitait entre le 
Jaxarte et l'Oxus , et qui de là faisait de fréquentes 
incursions jusque dansl'Hyrcanie. Nous avons déjà dit, 
d'après Strabon, que ce fut chez cette nation que Ti- 
ridate , fuyant devant Séleucus Gallinicus , alla chercher 
un asile. On peut conjecturer, avec assez de vraisem- 
blance, que les Apasiaces donnèrent au fils l'assistance 
qu'ils avaient accordée au père , et que , attirés dans 
l'Hyrcanie par ses sollicitations , ils vinrent y attaquer 
le roi de Syrie. 

Un savant éditeur de Polybe, M. Schweighaeuser, 
a classé ce fragment parmi ceux qui sont relatifs à la 
gueiTe de la Bactriane , quoiqu'il n'ait aucun rapport à 
cet événement, et bien qu'il se place naturellement 
après les fragments qui traitent de la guerre des Parthes. 
Pendant fexpédition contre le roi de la Bactriane , An- 
tiochus ne put rien avoir à démêler avec les tribus 
scythiqucs qui habitaient la partie inférieure de l'Oxus, 

' ReUq. \ïh. X, S /i8, t. m, p 3o/i. 3o5. 



326 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

du côté de l'Hyrcanie; il ne dut avoir de rapports avec 
elles que lorsqu'il se trouva dans ce dernier pays; et 
l'on voit que Polybe , dans le fragment dont nous avons 
parlé, cherche seulement à expliquer la facilité avec 
laquelle ces tribus pouvaient y faire des incursions. Il y 
a tout lieu de croire que ce fut une de leurs invasions , 
entreprise à la demande d'Artaban , qui décida Antio- 
chus à lui accorder la paix. Le roi de Syrie, qui re- 
doutait la valeur des Scythes , sur lesquels les rois de 
Perse et Alexandre le Grand n'avaient obtenu que de 
légers avantages , ne voulut sans doute pas donner au 
roi des Parthes un prétexte pour les introduire dans 
le centre de l'Asie. Ce fut une raison de la même na- 
ture qui le porta, peu après, à accorder la paix au roi 
de la Bactriane, dont les états servaient de barrière 
aux siens contre les incursions des Scythes^. Par son 
alliance avec Artaban , Antiochus reconnut l'indépen- 
dance du prince arsacide , et lui abandonna , sans 
doute , les provinces reconquises par Tiridate sur les 
Séleucides , c'est-à-dire, l'Hyrcanie, la Comisène, la 
Chorène et la Parthyène, qui formaient la totaUté de 
ses possessions. Antiochus le Grand ne fit probablement 
que renouveler un traité qui avait pu être conclu enti'e 
Tiridate et Séleucus Callinicus pendant la captivité de 
ce dernier, et qui aurait été observé jusqu'au temps de 
l'invasion de Médie; car il ne paraît pas que, dans l'in- 
tervalle, aucune guerre ait éclaté entre les deux états. 
' Heliq. \ih. XI, S 3^;«. III, p. 38o. 



DEUXIEME PARTIE. 327 

Frôlicli, dont nous adoptons le caicul, a placé la 
guerre de Médie en l'année 2 1 S avant la naissance 
de J. C. la prise d'Hécalompylos en 212, l'invasion 
de l'Hyrcanie en 2 1 i , et la paix entre Artaban et An- 
tiochus en 210. 

Après avoir fait la paix avec le roi des Partlies, 
Anliochus tourna ses armes contre Euthydème, roi des 
Grecs de la Bactriane, qu'il considérait aussi comme 
un rebelle. Nous pouvons conduire des expressions de 
Justin ^ qu' Artaban fut l'auxiliaire d'Antiochus dans 
cette expédition ; car Polybe nous apprend que la guerre 
contre les Bactriens commença vers les frontières des 
Parthes, sur les bords du fleuve Arias, qui paraît ré- 
pondre à celui que l'on nomme actuellement Hérj-roud , 
c'est-à-dire, rivière de Hérat. Cette rivière , qui traverse 
le Khorassan , formait alors la limite occidenttde de la 
Bactriane. Lorsque les hostilités s'engagèrent entre les 
deux princes, Euthydème était campé à Tapouria, 
avec dix mille cavaliers, pour défendre le passage de 
l'Anus contre Antiochus, qui était à trois journées de 
marche. Les Bactriens furent vaincus , et Antiochus , 
victorieux, pénétra dans l'intérieur du royaume-. Frô- 
lich met la défaite d'Euthydème en Tannée 208 avant 
la naissance de J. C. ^. Il avait déjà placé en 210 la 

' « Adposlremumlnsocietatemejusadsumtus est. « ( Lib. XLI, 
cap. V. ) 

' Polyb. Heliq. Hb. X, .S 69, t. III, p. 3o5-3o8. 
Annal, reg. et rcr. Syi . p. 36. 



328 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

conclusion de la paix entre Antiochus et Artaban. 
Comme la guerre de la Bactriane commença immé- 
diatement après celle des Parthes, et qu'il paraît 
qu Antiochus , en sortant du territoire de ces derniers , 
entra sur celui des Bactriens , nous pensons qu'il n'y 
eut point , entre ces deux événements , un si long in- 
tervalle, et ïious assignerons, en conséquence, à la 
défaite d'Euthydème la date de l'année 209. Nous ne 
nous étendrons pas davantage ici sur l'expédition du 
roi de Syrie dans la Bactriane; nous en traiterons avec 
plus de détails dans la quatrième partie de notre tra- 
ravail. Cette guerre, comme celle des Parthes, et pour 
des motifs à peu près semblables , fut terminée par un 
traité de paix. Antiochus , après avoir conclu ce traité , 
pénétra dans l'Inde, où il renouvela amitié avec un 
roi appelé Sophagasène , qui lui fournit une grande 
quantité d'éléphants; il revint ensuite dans l'intérieur 
de ses états , en traversant l'Arachosie , la Drangiane 
et la Carmanie ^. 

Depuis la paix signée entre Artaban et Antiochus, 
l'histoire ne fait plus mention du premier. Il paraît 
que , content d'avoir été reconnu roi par le prince 
séleucide, il resta tranquille dans ses états, et qu'il 
n'attaqua jamais le royaume d' Antiochus. Celui-ci , 
après un règne de trente-six ans , mourut en la pre- 
mière année de la cxlviii" olympiade-, qui répond aux 

' Polyb, Reliq. lib XI,5 3/(,t ill , p. Syg-SS'i. 
Fjiiseb. Chron. interpr. Hicron. p. i/»/»; éd. Scalig. 



DEUXIEME PARTIE. 329 

années 1 88 et 1 87 avant J. C. Nous ignorons l'époque 
delà mort d'Artaban I", et par conséquent, la durée 
de son règne. Jérôme Henning ^ Onuphre Panvini^, 
et Jean Elichman , dans ses Notes sur Justin , l'ont 
fixée , par supposition , à vingt ans. Les anciens ne 
nous ayant laissé aucun témoignage positifsur ce point, 
Vaillant^, faute de mieux, a adopté l'opinion d'Elich- 
man. Nous préférons à l'autorité d'un moderne, fondée 
seulement sur des conjectures , le témoignage de 
Moïse de Khoren. Cet historien donne pour succes- 
seur à Arsace le Vaillant, que nous avons déjà démon- 
tré être le même que Tiridate ^^ un prince qui était 
son fils et qu'il appelle Ardaschès. Celui-ci serait alors 
le même qu'Artaban I". On sait que le nom d'Ar- 
daschès signifiait grand roi ; Artaban prit peut-être ce 
nom après ses victoires sur les Grecs et la conquête 
de la Médie. Les Ai'sacides , nous l'avons déjà dit, 
cherchèrent toujom's à se faire considérer comme 
les successeurs des anciens rois de Perse ; et il ne serait 
pas étonnant que , dans un moment de prospérité , ils 
se fussent arrogé un titre qu'ils s'attribuèrent sans 
contestation après que la victoire les eut placés au 
niveau de leurs anciens souverains. Il est donc fort 
probable qu'Artaban prit le titre de grand roi dans le 
commencement de son règne ; mais on ne peut pas 

' Thealr. geneal. t. I, p. 181. 
'" Lib. reip. rom. comment III, p. 266. 
Arsar imper t I,p. 3o 



330 HISTOIRE DES AhSACIDES. 

croire qu'il l'ait conservé après la paix qu'il lit avec 
Antioclîus le Grand. Cette considération n'empêche 
cependant pas d'admettre que les Arméniens aient pu 
continuer de le lui donner, à l'imitation des Parthes eux- 
mêmes , qui le lui auraient rendu par la suite , en mé- 
moire de leurs premiers exploits. Moïse de Khoren as- 
signe au règne de ce prince une durée de vingt-six ans ' . 
Nous avons déjà fixé à l'an 219 avant J. C. la fin 
du règne de Tiridate P". En partant de cette époque , 
on voit que c'est en 1 gS qu'il faut placer la mort d'Ar- 
taban I", qui ainsi eut lieu cinq ou six ans avant celle 
d' Antioclîus le Grand. Rien ne s'oppose à ce que nous 
adoptions cette date, qui se trouvera d'ailleurs con- 
firmée par celle de la mort de Mithridate I". 

Artaban P^ au rapport de Justin 2, eut pour succes- 
seur Priapatius ou, selon un ancien manuscrit, Pam- 
patius , qui s'appelait aussi Arsace. Cet liistorien le 
désigne comme le troisième roi des Parthes, parce qu'il 
confond Arsace avec son frère Tiridate , dont il ne fait 
qu'un seul et même personnage. Aucun autre écrivain 
ne parle de ce prince. Il paraît qu'il ne fit rien de re- 
marquable pendant tout le temps qu'il fut sur le trône, 
il mourut après un règne de quinze ans , laissant , ajoute 
Justin ', deux fils , Mithridate et Phraate. Le dernier, 

' Hist. armen. lib. II, cap. 11, p. 85; cap. lxv, p. 188. 
* " Tertius Parthis rex Priapatius fuit , sed et ipse Arsace» 
" dictus. » (Lib. XLI, cap. v. ) 

" Hic actis in regno quindecini aniiis decessit, rclictis duo- 



DEUXIÈME PARTIE. 331 

qui était riiînë , lui succéda par droit de naissauce. 11 est 
certain que Priapatius eut d'autres enfants , puisque Jus- 
tin^ lui-même fait mention d'Artaban II, successeur de 
Phraate II , fils de Mitliridate I*^, dont il était l'oncle pa- 
ternel, et par conséquent frère de Mithridale. On peut 
croire que Priapatius vécut en paix avec les rois de Sy- 
rie , et qu'il ne rompit jamais le traité d'alliance que son 
père avait conclu avec Antiochus le Grand. Appien ^ 
parle de cavaliers dahœ , qui étaient dans l'armée du roi 
de Syrie lorsqu'il fut vaincu par les Romains à Magné- 
sie, près du mont Sipyle, en l'an 190; ces cavaliers 
n'étaient sans doute à son service que par suite de la 
paix qui régnait entre lui et le roi des Parthes. Jérôme 
Henning-^, d'après les anciennes éditions de Justin , ne 
donne à Pampadus ou Priapatius que douze ans de 
règne; nous lui en donnons , comme nous l'avons dit, 
quinze, d'après le texte comgé de l'historien latin. 
Puisque le roi Artaban I" cessa de régner l'an 1 93 avant 
J. C. son successeur a dû mourir dans l'année 178. 

Pbraate I", fils aîné de Priapatius , lui succéda donc 
en cette dernière année 178. Il ne régna que fort peu 
de temps. Après avoir vaincu, selon Justin'*, la vail- 

fl bus fdiis, Mithridate et Phrahate : quorum major Phraliates, 
« more genlis, hères regni. « (Lib. XLI, c. v. ) 

' Lib. XLII, cap. n. 

■ Syriac. cap. 82 t. I , p. 58^. 
Theatr. geneal t. I, p. 181. 

' " (Phrahates) Mardos, validam genlem, belle domuit; nec 



332 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

lante nation des Mardes , il laissa le trône à son frère 
Mitluidate, lui donnant la préférence sui' ses nombreux 
enfants , à cause de ses belles qualités , et mettant ainsi 
l'intérêt de l'état avant celui de son propre sang. Les 
Mardes, que Pliraate soumit à son empire, étaient une 
de ces nations d'origine scythique, qui étaient répandues 
dans toutes les parties de la Perse. Ils étaient errants, 
et on en renconù'ait dans toutes les provinces. Héro- 
dote ^ en place dans la Perse proprement dite et dans 
l'Arménie ; Arrien^ et Quinte-Curce^ en indiquent dans 
les montagnes qui séparaient la Médie de la Susiane. 
Selon Pline ^, il s'en trouvait dans la Bactriane; mais 
les plus puissants et les plus connus de tous étaient 
ceux qui habitaient dans les montagnes septentrionales 
de la Médie , dans le voisinage de l'Hyrcanie et du pays 
des Tapyri, le Tabaristan des modernes. Ce furent 
sans doute ces derniers que Phraate parvint à domp- 
ter. Selon Strabon, qui plusieurs fois fait mention 
d'eux dans son ouvrage , ils s'appelaient ordinairement 
Amardes ''. Ce nom ne signifie pas Grands Mardes , 

« multo post decessit, multis filiis reliclis : quibus praeteritis , fra- 
« tri potissimum Mithridati , insignis virlutis viro , reliquit impe- 
« rium, plus regio, quam patrio deberi nomini ratus; poliusque 
« patriae, quam liberis consulendum. » (Lib. XLI, cap. v.) 

' Lib. I, S 12 5, p. 299; éd. Frider. Creuzer. 

* Arrien, Hist. indic. cap. xl; éd. Gronov. 

' Lib. V, cap. VI. 

' Pline, Hist. nat. lib. VI, cap. 18. 

^ Slrab. Geogr. Vih. XI, p. 773-795. — Dionys. Perieg. v. 733. 



DEUXIEME PARTIE. 333 

commo lo ponsait Anquctil du Perron; c'est toujours 
la même dénomination, mais dans un autre dialecte 
de la langue persane, dont nous avons déjà parlé, et 
qui plaçait un a devant beaucoup de mots. Après 
avoir vaincu les Mardes, Phraate, au rapport d'Isi- 
dore de Charax, en transporta un grand nombre dans 
la Parthyène, et les établit dans une ville appelée Cha- 
rax \ près des portes Caspiennes. C'est là le seul évé- 
nement du règne de Phraate 1" dont l'histoire nous 
ait conservé le souvenir. Les expressions de Justin ne 
permettent pas de croire qu'il ait longtemps occupé 
le trône. Jérôme Henning- lui donne arbitrairement 
un règne de huit ans, et son opinion a été adoptée 
par Vaillant ^, quoique rien ne la justifie. Nous 
sommes fort porté à croire qu'il régna encore moins 
de temps. Il paraît qu'il entreprit la guerre contre les 
Mardes au commencement de son règne. Les prépa- 
ratifs de la guerre et fexpédition elle-même ne durent 
pas coûter beaucoup de temps , puisque ce peuple ha- 
bitait sur les frontières de ses états. Comme Phraate 
eut affaire à une nation vaillante et dont le pays était 

p. 129, in Geogr. grœc. min. t. IV. — Pompon. Mel. lib. III, 
cap. II. — Steph. Byzant. sub voce ÀfxapSo/, p. 87; éd. Wes- 
termann. 

' Eis Se ri/v Xapaxa irpûiros ^aaîXevs ^paàrïjs tovs MàpSous 
(ix«TSv. (Isidor. Stathm. Parth. p. 6, in Geogr. grœc. minor. t. II; 
éd. H. Hudson.) 

■ Theatr. geneal. f. I, p. 181. 

' Arsac. imper, t. I, p. 87. 



33^4 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

frès-difïicile , il est possible qu'il ne l'ait pas soumise de 
prime - abord -, mais tout ce qu'on peut raisonnable- 
ment accorder, c'est que la gueiTe ait continué deux 
ou trois années. Justin ^ nous atteste que Phraate 
mourut peu après l'avoir terminée. Ainsi, en fixant à 
cinq années la durée entière de son règne, on ne 
s'écartera pas beaucoup de la vérité; et nous n'avons 
d'ailleurs aucun moyen d'arriver à une certitude 
absolue sur ce point. Nous ne voyons pas quelles 
autorités, ni même quelles conjectures ont pu por- 
ter M. Visconti ^ à donner à ce prince un règne 
bien plus long. Il le fait monter sur le trône environ 
1 90 ans avant J. C. et prolonge son existence jusque 
vers l'année 160. Richter^, et, après lui, M. Tych- 
sen ^ , ont pensé que Phraate I*' n'avait régné que de- 
puis l'an 181 avant J. C. jusqu'en 17/1- A une année 
près, ils s'accordent avec nous sur ce dernier point; 
et ils n'en diffèrent , quant au premier, que parce qu'ils 
ont fait commencer en l'an 256 avant J. C. la dynastie 
des Arsacides , dont l'origine , selon nous , ne remonte 
qu'à l'année 260. Ainsi , la mort de Priapatius ayant eu 
lieu 1 78 ans avant J, C. nous placerons en l'an 1 7 3 
celle de Phraate P'. Quoique ce prince eût plusieurs 

^ Lib. XLI , cap. v. 

'^ Iconograph. grecq. t. III, p. 5o et 5i. 
Richter (Cari Frieder.), ouvrage cité, p. 4a-M- 
Comment. Societ. reg. sclen. GoUiiig. récent. [Cfwimentat. IV 
de iwmmis velernni Pers. et Parth.) l. III, p. 6. 



DEUXIEME PARTIE. 335 

enfants, il choisit poiu' son successeur, comme nous 
l'avons dit plus haut, son frère Mithridate , à cause 
de ses brillantes qualités. Peut-être ses fils étaient-ils 
trop jeunes pour régner, et aima-t-il mieux laisser de 
bon gré l'empire à son frère, qui n'aurait pas manqué 
de s'en emparer après lui. En ce cas, on devrait croire 
que , par cette résolution , il cherchait à éviter les trou- 
bles qui, dans l'Orient, accompagnent ordinairement 
les changements de règnes. 

Orose désigne Mithridate I", frère de Phraate I", 
comme le sixième des rois arsacides \ et confirme par 
là le système que nous avons adopté pour le nombre 
et la succession des premiers princes de cette famille. 
Il avait probablement puisé ce renseignement dans 
Trogue Pompée ; car si , dans cette occasion , comme 
il l'a fait dans beaucoup d'autres, il avait pris pour 
guide l'abréviateur de l'historien romain, il n'aurait 
appelé Mithridate V que le cinquième des rois arsa- 
cides, parce que Justin, ainsi que nous l'avons déjà 
fait remarquer, a confondu le premier et le second 
des rois parihes. Ce prince doit être considéré comme 
le véritable fondateur de la puissance des Arsacides. 
Ses prédécesseurs n'avaient joui que d'une souveraineté 
fort précaire, leurs états ayant été envahis par les armées 
des Séleucides, dont ils avaient été obligés de recon- 
naître la suprématie. Mithridate secoua tout à fait le 

' « Mithridates , rex Parlhorum , sextus ab Arsace. » ( Oros. 
lijb. V, cap. IV.) 



330 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

joug, étendit considérablement les limites de l'empire 
parthe, porta ses conquêtes jusque dans l'Inde, sou- 
mit la Médie , la Perse, la Susiane et l'Arménie , chassa 
entièrement les Séleucides de la haute Asie, leur prit 
Séleucie , et les repoussa jusqu'aux rives de l'Euphrate 
supérieur. C'est sans doute lui qui, le premier de sa 
race, prit le titre de roi des rois. Sa puissance et la 
grandeur de ses exploits l'ont fait appeler par les Ar- 
méniens Arsace le Grand. Les anciens historiens n'en 
parlent pas avec moins d'éloges. Justin dit qu'il mou- 
rut dans une glorieuse vieillesse , après avoir égalé son 
aïeul Arsace ^ Un passage de Diodore de Sicile , qui 
nous a été conservé par l'empereur Constantin Por- 
phyrogénète, dans son recueil intitulé Des vertus et 
des vices, nous montre que Mithridate voulut joindre 
à la gloire de conquérant celle de législateur : il forma 
un code de toutes les lois qu'il trouva chez les di- 
verses nations soumises à son empire , et il se dis- 
tingua non moins par ses belles qualités que par son 
courage. « Le roi Arsace , dit Diodore , préférait à 
«tout la clémence et la bonté; il eut aussi partout de 
«très-grands succès, et il étendit fort loin les limites 
« de son empire. Il s'avança , dans l'Inde , jusqu'aux 
«pays où Porus avait régné, et subjugua tout sans 
« obstacles. Arrivé à un tel degré de puissance , il ne 
«s'abandonna pas au luxe et à l'insolence, comme 

«Non minor Arsace proavo, gloriosa seneclute decedit. » 
(Justin, lib. XLI, cap. vi.) 



DEUXIEME PARTIE. 337 

«le font beaucoup de princes; il montra de l'huma- 
unité pour ses sujets et du courage contre ses enne- 
« mis. Comme il avait soumis à sa puissance un grand 
(i nombre de peuples , il choisit les meilleures de leurs 
« lois et les donna aux Parthes^ » Son frère Arsace ou 
Vaghaschag, qu'il établit roi en Arménie, imita en- 
tièrement sa conduite; car nous savons, par Moïse de 
. Khoren , qu'à peine sa puissance affermie , il s'occupa 
de remettre en viguem- les anciennes lois du pays, 
et d'en promulguer de nouvelles pour suppléer à l'im- 
perfection de celles-là 2. Malgré la grandeur des ex- 
ploits de Mithridate l" et l'étendue de son empire, 
ses hauts faits nous sont restés presque inconnus; 
et c'est à faide seulement de quelques conjectures 
que l'on peut déterminer la date de ceux qui sont ra- 
contés par les historiens. Nous parlerons d'abord de 
la conquête de la Médie, de la Perse, de l'Elymaide et 

' Ot« ô kperâHïjs à jSacjXsùs S7r<e/Ke<av xai Çikavdpùnriav f^rfXdi- 
aois, aÙTO(j.iTrjv étrys tï)v èirippoiav twv àyidùv, xaî tijv ^2(Ti- 
Xej'av siri Ttkeïov rji^ae. Mi;^p< yàp rrjs ivhiHijs hiarsivoLS, rrfç 
imà ràv Ilûpov yevofjLévrjs yoip^s èKvpisvasv dKtvhwcjs. Eis Tt)- 
XtxovTO Ss p.éyedo5 irpotyOsis jSao-tXî/as , oOx èlrfkùicrs TpvÇiiv 
oxths \)irspr](pcLvl(tv , âirep Tafs TsksialoLis ^wrtalsiiis dxoXovdeïv 
etcodsv à\X èirisiKSiav p.èv irpos tous viroTeraynévovs , àvhpeiav 
Se TTpos TOUS àvriTarTopLévovs • xadàXov Se iroXkœv èdvûv èyxpa- 
TY)s yevôiievos, rà ttap éxialois iptarla twv vofx/fzsov xaTéhsi^e 
roh'Ripdois. (Diod. Sic. Excerpt. de virt. et vj7. Opp. tom. II, 
p. 697; éd. Wessel.) 

' Mos. Khor. Hist. nrmen. lib. II, cap. vu, p. 71-99. 



338 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

de la Babylonie sur les Séleucides; puis de la fonda- 
tion du royaume arsacide d'Arménie; nous traiterons 
ensuite des guerres de Mithridate du côté de la Bac- 
triane et de l'Inde ; enfin , nous parlerons de l'expédi- 
tion malheureuse de Démétrius Nicator, qui voulait 
reconquérir les provinces enlevées par les Parthes au 
royaume de Syrie. 

Nous n'avons, pour déterminer l'époque où la puis- 
sance des Parthes s'établit sur les bords de l'Euphrate , 
que la date de la fondation du royaume d'Arménie, 
qui en fut une conséquence, et un passage d'Orose, 
qui nous apprend que Mithridate se rendit maître de 
Babylone sous le règne du roi de Syrie Démétrius. 
Le royaume d'Arménie , comme nous le prouverons 
bientôt, fut fondé l'an i5o avant J. C. Démétrius 1", 
surnommé Soter, qui est le prince dont parle Orose, 
était fils de Séleucus IV; selon Frôlich \ il succéda, 
en 162, à son cousin Antiochus V, après avoir été 
longtemps en otage à Rome, d'où il s'échappa furtive 
ment pour monter sur le trône de Syrie ^, Après un 
règne d'environ onze ans , ce prince périt dans Tan- 
née 1 5 1 , selon le même érudit', en combattant un re- 
belle appelé Alexandre I^ala , qui cherchait à se faire 
passer pour un fds d'Antiochus Épiphane , et qui , après 
la mort de Démétrius Soter, régna quelques années. 

' Ann. reg.et rer. Synœ, p. 56. 
' Polyb. Reliq. Hb. XXXI, §§ ig-aS; I. IV. p. 52 5 538 
Annal, req. et reriim Syrite , p 6o. 



DEUXIÈME PARTIE. .^39 

C'est donc entre l'an 1 62 et i'an 1 5 1 avant J. C. qu'il 
faut placer la première guerre de Mithridate contre les 
Séleucides; car nous ne pouvons pas douter qu'avant 
cette époque toutes les régions de la haute Asie, à 
l'exception de celles qui étaient reconnues pour for- 
mer le domaine des rois parthes et des rois de la Bac- 
triane, n'appartinssent encore aux rois de Syrie. Lors- 
que Phraate I", qui régna de 178 à iy3, combattit 
les Mardes , ses voisins , il ne dépassa sans doute pas de 
beaucoup les limites qui avaient été fixées à ses états. 
Ainsi les Parthes n'avaient point alors attaqué les pos- 
sessions des Séleucides. Vn certain Timarque efSon 
frère Héraclide avaient été chargés du gouvernement 
de Séleucie et de la Médie par Antiochus Epiphane , 
qui, selon Frôlich ^ aurait régné depuis l'an 1 -76 avant 
J. C. jusqu'à l'an 1 6/». D'après les expressions de .saint 
Jérôme, dans son Commentaire sur Daniel", nous 
avons lieu de croire que c'est vers le commencement 
de son règne qu' Antiochus confia à Timarque la fonc- 
tion dont il s'agit; conséquemment , vers l'an lyô, 
Séleucie et la Médie n'étaient point encore tombées 
au pouvoir des Parthes. Au rapport de Trogue Pom- 
pée ^, Timarque en conserva le gouvernement jus- 
qu'au règne de Démétrius I", surnommé Soter, qui 

' Frôlich, Annal, reg. et rer. Syriœ , p. àli, 53. 
' S.Jérôme, Comment, in Dan. cap. vin, t. V, p. 674. 676; 
edit. Veron. 

' Trog. Pomp. Prol. 1. XXXIV, ad cale. .lusl. éd. Var. p.53i. 



340 HISTOIRE DES ARSACIDES 

le lui ôta en l'année 162 , selon Frôlich ^ Justin in- 
dique la Médie comme la première province envahie 
par les Parthes , et il dut effectivement en être ainsi , 
à cause de sa position et de son importance. La pre- 
mière tentative des Parthes pour subjuguer ce pays et 
les régions voisines doit donc être postérieure à i'an 
162. Vers la fin de son règne, Antiochus Epiphane, 
selon saint Jérôme^, porta la guerre en Arménie, où 
il n'y avait point encore de roi arsacide; il combattit 
et vainquit Artaxias, qui s'en était déclaré roi. Frô- 
lich' place cette expédition en l'année 1 65. Le prince 
séleucide parcourut ensuite les régions de la haute 
Asie, appelées satrapies supérieures, d'où il alla à Ec- 
batane, selon Josèphe *, puis dans l'Elymaïde, sous 
prétexte de lever lui-même les tributs de la Perse 
proprement dite, mais réellement pour piller les tré- 
sors du célèbre temple de Diane Anaïtis; il y trouva 
la mort en l'année 16/1 selon Vaillant^ et Frôlich ^. 
Le deuxième livre des Macabées " nous atteste qu'a- 
près la mort d' Antiochus, les armées de ce prince 
occupaient la Perse et la Médie. Pendant tous ces évé- 

' Annal, rer. et reg. Syr. p. 52 , 5^. 

* Loc. cit. 

^ Ubi supra. 

* Antiq.jud. Hb. XII, cap. vu et viii, t. II, p. 189 et 207; 
éd. Oberthûr. 

''' Seleucid. imperium, p. 191, 192. 
" Annal, reg. et rer. Syr. p. 5o, 5i. 
' Macah. Il, IX, 1, 3. 



DEUXIÈME PARTIE. 341 

nements , il n'est , en aucune manière , question des 
Parthes; ce qui nous paraît être une forte raison de 
croire qu'ils n'avaient point alors franchi les limites 
assignées à leurs états par les traités faits avec les rois 
de Syrie. 

Depuis un assez long temps, les princes séleucides, 
pour être sans doute plus à portée de veiller aux af- 
faires de l'Asie Mineure et de l'Egypte, avaient fixé 
leur résidence habituelle à Antioche; ils faisaient ad- 
ministrer les pays situés à l'orient de l'Euphrate par 
de simples gouverneurs, qui résidaient à Séleucie, leur 
ancienne capitale, ou bien à Babylone, qu'on a sou- 
vent confondue avec la première. Antiochus Epiphane , 
comme nous l'avons déjà dit, avait confié cette im- 
portante fonction à deux compagnons de ses plaisirs, 
Timarque et son frère Héraclide; celui-ci était chargé 
en particulier de l'administration des finances ^ Nous 
avons vu qu'ils conservèrent, jusqu'au règne de Dé- 
métrius I", le gouvernement qui leur avait été con- 
fié. Après la mort d'Antiochus Epiphane, son fils An- 
tiochus, qu'on surnomma Eupator, fut placé sur le 
trône, à peine âgé de neuf ans-, il n'eut qu'un règne 
éphémère. Démétrius, fils de Séleucus IV Philopator, 
qui était en otage à Rome depuis longtemps , s'enfuit 

' SarpâTT^f ixèv éywv svBaÇu^&Jrt Tjfjiap;^ov, èiti Se toLts itpo- 
aàhots ÙpcDikeihrjv , àS&Xi^&j fier âXXj/Xojv, àfz^w Se atiToïiysvo- 
(xévco iraihtxd). ( Appian. Syr. cap. xlv, t. I, p. 6o5; éd. 
Schweigh.) 



34^2 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

secrètement par le secours de l'historien PolybeS qui 
nous a conservé les détails de son évasion ; et il se 
rendit bientôt maître du royaume de Syrie , en faisant 
mourir le jeune roi Antiochus V et son tuteur Lysias, 
selon les récits de Josèphe ^, de Justin ^ et d'Appien *, 
tandis que , si l'on s'en rapporte à l'auteur du premier 
livre des Macabées ^, les soldats de Démétrius les au- 
raient massacrés tous deux , et ce prince aurait été in- 
nocent de leur mort. Cet événement arriva , suivant 
Frôlich, en l'an 162 *". Appien nous donne lieu de 
croire que ce fut peu après la mort de Lysias et du 
jeune roi que Démétrius fit la guerre au rebelle Ti- 
marque. Il dit en effet que, dès le commencement de 
son règne , ce prince fut surnommé Soter ou Sauveur 
par les Babyloniens, parce qu'il les avait délivrés de 
la double tyrannie de Timarque , qui avait été mis 
à mort par son ordre, et d'Héraclide, qui avait été 
chassé"^. Timarque avait, sans doute, profité, pour se 
révolter, des troubles causés par l'arrivée de Démé- 
trius ; car il paraît qu'il était resté fidèle au fils d' An- 
tiochus Épiphane , son bienfaiteur. Nous voyons dans 

■ Reliq. lib. XXXI. S$ ig-aS; tom. IV, p. 525-538. 

' Antiquit. jud. lib. XII, cap. x. 

' Lib. XXXIV, cap. m 

* In Syriac. cap. XLVii, 1. 1, p. 607 ; éd. Schweigh. 

' vu, 2, 3, A. 

Annal, reg. et rer. Synœ, p. 56. 

Jôv TE Avaiav «aï tô iraihiov ètt' txvTÔ) hia(pdeipa5 , nai Hpa- 



DEUXIÈME PARTIE. 343 

.losèphe' qu'après la mort d'Antiochus, ses troupes 
restèrent longtemps encore dans quelques provinces 
qui faisaient partie du gouvernement de Timarque, et 
qu'on en tira des renforts pour faire , en Syrie , la guerre 
aux Juifs. Il est fort probable que le meurtre d'Antio- 
chus Eupator fut le prétexte de la révolte de Timarque, 
qui ne voulut pas reconnaître Démétrius, et qui pré- 
tendit s'emparer de la souveraine puissance. Ce der- 
nier acte , dont aucun historien ne nous a conservé le 
souvenir, nous est attesté par une médaille extrême- 
ment rare du Cabinet de la Bibliothèque royale, que 
M. Visconti- attribue avec raison à Timarque, gou- 
verneur de la Babylonie. Le rebelle y prend le titre 
de (jrand roi, qui avait déjà été usurpé par quelque 
prince de la Bactriane, dans l'intention peut-être de 
s'attacher plus fortement les peuples de ces contrées. 
L'usage n'accordait ce titre qu'aux princes qui devaient 
exercer un empire absolu sur tout fOrient. Aucun 
des successeiu's d'Alexandre ne le prit , pas même les 
Séleucides , qui y avaient cependant plus de droit 
que les autres, puisqu'ils avaient hérité de presque 
toutes les provinces de l'empire des Perses. Le té- 
moignage de Trogue Pompée sert à confirmer celui 

xXeihrjv èxêaXœv, «ai Tînap^pv STravic/li(xevov âvekùv, «ai ràXXa 
TTOvtjpws Tïjs BaêuX&Jros riyorjixsvov • £<p' w wai S«oT))p , àpla/xi- 
vwv Twi> BaêuXcovjcov , wvofiéurdij. (Appian. iSynac. /oc. cit.) 

' Anttrj.jud. lib. Xil, cap. x, S 3. 

" Ivonogr. grecq. t. III, p. 188, 189 



344 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

qui résuite de la médaille citée , car cet historien donne 
à Timarque le titre de roi; et ce qui vient encore à 
l'appui de notre opinion sur l'indépendance et la puis- 
sance acquises par ce dernier, c'est que Trogue Pompée 
l'appelle roi des Mèdes\ Frôlich pense que Timarque 
fut tué dans la première année du règne de Démé- 
trius, c'est-à-dire l'an 162 avant J. C. Il nous paraît 
fort difficile d'admettre cette date; car si, comme il 
y a tout lieu de le croire , la mort d' Antiochus Eupator 
servit de prétexte à larévolte du gouverneur de Baby- 
ione , on ne peut guère croire que celui-ci périt dans 
la même année. Il faudrait supposer, en effet, que 
Démétrius, encore mal affermi sur son trône, aurait 
poussé la guerre contre Timarque avec une extrême 
activité , et qu'il aurait été assez favorisé par la fortune 
pour vaincre du premier coup un rebelle qui pouvait 
disposer d'une grande partie des forces de l'Orient, 
et qui osait s'arroger le titre de grand roi. Ce n'est 
donc , à notre avis , qu'en l'année suivante , 161, 
que Ton peut , avec quelque raison , placer la dé- 
faite et la mort de Timarque , dont la chute fut 
peut-être hâtée par la haine que lui portaient les 
Babyloniens; car Appien ^ nous atteste qu'il les gou- 
vernait d'une manière très-tyrannique. Leur aver- 
sion pour lui était telle , que , selon le même écrivain , 

' Prol. lib. XXXIV, ad cale. Justini; edit. var. p. 53 1. 
* In Syrinc. cap. XLVii, t. 1, p. 607 ; éd. Schweigh. 



DEUXIEME PARTIE. 345 

iJs donnèrent à son vainqueur le surnom de Soter ou 
Sauveur. 

La révolte de Timarque dut causer dans l'Orient 
des troubles de longue durée; on peut présumer que 
Démétrius, alors fort occupé des affaires de la Syrie 
et de la Cappadoce, ne put pas rétablir entièrement 
son autorité, et que le roi des Parthes chercba à pro- 
fiter de cet état de choses pour ajouter à son empire 
les provinces qui avaient été gouvernées par Timar- 
que. Tout concourt d'ailleurs à nous prouver que c'est 
vers cette époque qu'il faut placer l'accroissement de 
la puissance des Parthes. Il est évident qu'elle ne se 
développa pas avant cette révolte; car Orose dit posi- 
tivement^ que lorsque Mithridate V\ roi des Parthes, 
se rendit maître de Babylone, il en chassa le gou- 
verneur qui y avait été placé par le roi séleucide. 
Cette conquête dut avoir lieu sous le successeur im- 
médiat de Timarque, ou sous celui de ses successeurs 
qu'Antiochus Épiphane avait investi des fonctions de 
gouverneur à Babylone. Nous pensons que, par Baby- 
lone , il faut entendre , dans le passage d'Orose , la ville 
de Séleucie, qui, dès lors, avait remplacé l'ancienne 
capitale de la Chaldée , et qui en causa la ruine totale. 
Ces deux villes auront été confondues par Orose, 
comme elles le sont par plusieurs autres écrivains. La 

' « Mithridates, victo Demetrio praet'ecto, Babyloniam urbem 
« finesque ejus universos viclor invasil. » (Oros. lib. V, cap. iv.) 



346 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

prise de Séieucie ouBabylone par le roi Mithridate dut 
être l'une des dernières conquêtes de ce prince sur les 
Grecs; elle paraît avoir eu lieu sous le règne de Dé- 
métrius, vers l'époque de sa mort. En l'an i53 avant 
J. G. Héraclide, dont nous avons déjà parlé, et qui 
avait échappé à la disgrâce de son frère Tiinarque en 
fuyant hors de la Syrie, s'était, selon Polybe \ retiré 
à Rhodes, pour y préparer les moyens de se venger 
de Démétrius. Les habitants d'Antioche étaient alors 
en pleine révolte contre leur souverain. De concert 
avec son ennemi Ariarathe, roi de Gappadoce, ils 
lui suscitèrent un compétiteur dans la personne d'un 
jeune homme de basse extraction, qu'ils nommèrent 
Alexandre, et qu'ils firent passer pour un fils d'An- 
tioclîus Epiphane. Laodice, fdle non supposée de 
ce roi, entra dans leur projet; Héraclide fut chargé 
de les conduire l'un et l'autre à Rome, où il obtint 
bientôt un décret du sénat qui conférait à Alexandre 
le titre de roi de Syrie. Fort de falliance des Ro- 
mains , ce dernier débarqua à Ptolémaïs , sur les côtes 
de la Phénicie; la haine que l'on portait à Démé- 
trius réunit promptement une armée autour de lui ^. 
L'année suivante , selon Frôlicli ^, il fut vaincu par 
le prince séleucide dans une bataille dont Justin 

' Reliquiœ, lib. XXXIII, SS iZj et 16; t. IV, p. 6iZ», Giô- 
Gig; éd. Schweigh. — Justin, lib. XXXV, cap. i. 
Josèphe, Antiquit.jud. lib. XIII, cap. n. 

Annal rer. cl leq. Sy. p. 60. 



DEUXIEME PARTIE. dkl 

fait mention ^. Cet échec ne le rebuta pas : soutenu 
par les troupes du roi d'Egypte -, d'Attale, roi de 
Pergame, et d'Ariarathe, roi de Cappadoce, il livra 
une nouvelle bataille, en l'an i5i, à Démétrius, qui 
fut vaincu et tué , selon l'auteur du premier livre des 
Macabées '■^, et selon Josèphe ^ et Justin *. Appien a 
donc commis une erreur en disant que ce prince mou- 
rut dans l'exil ^. Alexandre, surnommé Bala, du nom 
d'une des concubines d'Antiochus Epiphane qu'on lui 
donnait pour mère, fut alors, sans contestation, re- 
connu roi de Syrie. 

Les guerres qui, pendant toute la durée de son 
règne, occupèrent Démétrius dans la partie occiden- 
tale de ses états, l'avaient empêché de s'opposer aux 
progrès des Parthes dans l'Orient. La nouvelle de la 
révolte d'Alexandre Bala ayant débarrassé ceux-ci de 
toute espèce de craintes, ils durent profiter de cette 
circonstance pour s'emparer de Séleucie ou Baby- 
ione, après en avoir chassé le gouverneur. Ce fut 
alors qu'ils étendirent leur domination jusqu'aux bords 
de l'Euphrate; et ce fait résulte du témoignage d'Ap- 

' Lib. XXXV, cap. i. 

* Cap. X, V. 48. 

^ Antiquit. jud. lib. XIII, cap. ii. 

* Lib. XXXV, cap. i. 

* Kai Aï)(i-)JTpi05 [xèv hà IlToke(xaïov è^éTisa& rifs àp)(i}s, 
xai èT£XsÛT);(Tev. (Appian. Syriuc cap. i,xvu), l.I, p. 687; éd. 
Schweigh.) 



348 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

pien, qui, après avoir parlé des troubles du règne 
de Démétrius, mentionne immédiatement l'occupa- 
tion de la Mésopotamie par les Parthes. « Les Parthes 
«qui antérieurement, dit-il, s'étaient révoltés contre 
« l'empire des Séleucides , leur enlevèrent alors la Mé- 
«sopotamie, qu'ils réunirent à leiu's possessions ^ » 
Nous ne pouvons d'ailleurs douter que, vers la fm 
du règne de Démétrius Soter, les Parthes n'aient fait 
une grande expédition dans la partie occidentale de 
l'Asie ; car toutes les données chronologiques qui nous 
sont fournies par l'histoire tendent à prouver que' le 
royaume arsacide d'Arménie fut fondé en l'année i 5o 
avant J. C. un an seidement après la défaite et la 
mort du roi de Syrie. La fondation de ce royaume fut 
donc le fruit des dernières conquêtes des Parthes sous 
le règne de Démétrius Soter. 

Quelques lignes de Justin ^ et d'Orose ' sont tout 
ce que l'antiquité nous a laissé sur l'histoire des pre- 
mières conquêtes que le roi des Parthes Mitliridate I" 
fit sur les Séleucides , dans les régions situées au delà 
de l'Euphrate. Nous avons déjà vu qu'elles dm^ent 
toutes être faites sous le règne de Démétrius I", sur- 
nommé Soter, entre deux époques déterminées d'une 

' TlapdvaToi ts, lïpocLTroalàvtss dira lïjs twv SeXeuxjSwr àp- 
yfjs, MscTOTroTafi/av es écirjrovs TTepiéa-ircurav , r) toïs SeXsux/Sais 
{nrj^xouer. ( Appian. Syriac. cap. xlviii.) 

" Lib. XLI, cap. VI. 
Lib. V, cap. iv et x. 



DEUXIEME PARTIE. 349 

manière assez précise : l'année i 60 avant J. C. dans 
laquelle, fort probablement, arriva la mort de Ti- 
marqiie, gouverneur grec de Babylone, qui avait pris 
le titre de grand roi, et dont, sans doute, la rébellion 
facilita aux Parthes la conquête d'une partie considé- 
rable de l'Orient; et l'année i5o avant J. C. dans 
laquelle fut fondé le royaume arsacide d'Arménie. 
Après la défaite de Timarque, Démétrius envoya de 
nombreuses troupes contre les Juifs ^•, il chassa de la 
Cappadoce Ariarathe, et y établit roi le frère de ce 
dernier, qui s'appelait Oropherne ou Olophénus ^. Frô- 
lich ^ place cet événement en l'année iSg; mais il 
semble qu'il dut plutôt avoir lieu l'année suivante ; 
car Polybe nous atteste que le prince détrôné arriva 
à Rome pendant l'été, lorsque le consul Sextus Ju- 
lius César et son collègue entraient en charge *, c'est- 
à-dire en l'an lôj avant J. C. Il y a donc tout lieu 
de croire qu'il avait été chassé de ses états, par le 
le roi de Syrie , l'année précédente. Depuis ce temps , 
Démétrius ne prit plus aucune part aux affaires ; 
il abandonna entièrement le soin du gouvernement 

' Joseph. Antiquit. jud. lib. XII, cap. x, S§ 2 , 3. 

' Polyb. Reliq. lib. XXVI, S 20; t. IV, p. 58 1 -583. 

^ Annal, rer. et reg. Sjr. p. 59. 

* Ô |Sa(TjXeûs kpiapâdïjs irapsyévsTO sis rrjv Péiirjv, slt B-e- 
psias oicTYjç- TÔTS Se, Trapei\')]<pôrci)v ràs àpyàs tôv itspi tôv 
Sé^ov iovXiov , k.tX (Polyb. Reliq. lib. XXXII, S 20, l. IV, 
p. 58i, 582.) 



350 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

pour ne plus se livrer qu'aux plaisirs. C'est vraisem- 
blablement à cette époque que l'on doit placer les con- 
quêtes des Parthes. Démétrius, au rapport de Josèphe', 
s'enferma dans un palais qu'il avait fait bâtir dans le 
voisinage d'Antioche , et qui se nommait Tetrapyrgion . 
parce qu'il était défendu par quatre tours. Il s'y aban- 
donna sans retenue à la volupté , jusqu'à ce que les 
habitants d'Antioche, indignés de sa conduite, se ré- 
voltèrent contre lui en i5/i. Alexandre Bala vint, 
l'année suivante, lui disputer la couronne, et la 4ui 
enleva avec la vie , en l'année i 5 1 . 

Il est fort probable qu'à l'exception des régions voi- 
sines de Babylone et de Séleucie, les rois séleucides 
ne possédaient en toute souveraineté , dans l'Asie in- 
térieure, que la grande Médie, dont la capitale était 
Ecbatane, et qui avait toujours fait partie du domaine 
royal des anciens monarques persans. Toutes les con- 
trées environnantes étaient soumises à des princes 
particuliers qui étaient leurs vassaux. Quand les rois 
des Parthes fm'ent maîtres de la Médie , ils voulurent , 
sans doute , en qualité de grands rois et de successeurs 
des rois de Perse, contraindre ces petits princes à re- 
connaître leur autorité et à leur rendre hommage. 
Nous voyons, par le témoignage de Justin^, que, poiu" 
les y obliger, ils leur firent de longues guerres. Ces 
dynastes, accoutumés depuis longtemps à la domina- 

' Antiquit. jud. lib. XIII, cap. ii. 
' Lib. XLI, cap. VI. 



DEUXIÈME PARTIE. 3r>l 

tion des Séleucides, devaient préférer la suzeraineté 
de monarques faibles, toujours occupés de guerres 
avec les rois d'Egypte et avec ceux de l'Asie Mineure, 
mal affermis sm* leur trône , et hors d'état d'appesantir 
leur joug sur eux , à celle de princes aussi entreprenants 
que les rois parthcs, qui étaient lem's voisins, et qui 
pouvaient disposer de plus grandes forces, grâce aux 
secom's que leur fournissaient sans cesse les tribus 
scythiques du Nord. Ils n'ignoraient pas d'ailleurs que . 
les rois parthes prétendaient exercer sur eux l'autorité 
suprême en vertu de titres plus sacrés, et que ces nou 
veaux maîtres, après les avoir vaincus et subjugués, 
ne seraient plus occupés qu'à appesantir le joug qu'ils 
leur auraient imposé. Aussi les dynastes dont nous 
entendons parler ne se soumirent-ils que très-diffici- 
lement à la suprématie des Parthes. Ils se hâtèrent, 
toutes les fois que les Séleucides reprirent quelque 
puissance et repassèrent l'Euphrate, de se joindre à 
eux avec toutes leurs forces, tant ils détestaient la do- 
mination des Arsacides. Ces derniers, en effet, quels 
que fussent les titres sur lesquels ils appuyaient leurs 
prétentions, n'en étaient pas moins, pour ces petits 
princes , des étrangers qui voulaient , comme les Grecs , 
se rendre maîtres de f Asie, et dont le joug était bien 
plus pesant que celui de ces derniers, à cause surtout 
de la différence qui existait entre les mœurs de deux 
peuples, dont l'un était fort peu civilisé. Cette aver- 
sion subsista longtemps après la chute de la puissance 



352 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

des Séleucides; car, lorsque les armées romaines pé- 
nétrèrent au delà de l'Euphrate et du Tigre , sous la 
conduite de Lucullus et de Pompée, ces généraux 
reçurent des ambassadeurs de divers princes de l'O- 
rient qui leur offraient des secours contre les Parthes. 
Le premier royaume feudataire des Séleucides que 
Mithridate \" attaqua, fut celui des Mèdes. Vaillant^ 
a cru sans fondement qu'il s'agissait du peuple qui ha- 
bitait la Médie proprement dite , dont la capitale 
était Ecbatane. On peut supposer, d'après les expres- 
sions qu'emploie Justin ^ à l'occasion de cette guerre , 
qu'elle aurait éclaté entre deux peuples indépendants; 
ce qui ne se rapporte, en aucune manière, à la partie 
de la Médie dont nous parlons , qui n'eut jamais de 
princes particuliers depuis la destruction de fempire 
des Mèdes par Cyrus. Nous croyons qu'il est question , 
dans Justin , des peuples qui habitaient la partie de 
la Médie appelée Atropatène. Feu M. de Sainte-Croix^ 
partageait, à cet égard, notre opinion. L' Atropatène , 

' Arsacid. imper, t. I, p. ài. «Media regio est majoris Asiae 
« maxima , liabens Hyrcaniam et Parlhiam ad orium ; et dicitur 
« Media minor, quam occupavit Arsaces Mithridates. Pars altéra 
■> quae occidentalis est, Armeniam conterminam habens, major 
M vocalur, et Atropatène, a satrapa Atropate, cui data est, dicta. 
« Haec reges suos deinde habuit. » 

' « Dum haec apud Baclros geruntur, intérim inter Parthos 
«et Medos bellum orltur. » (Justin, lib. XLI, cap. vi.) 

Mém. de l'Académie des inscriptions [Recherches historiques 
et géographiques sur la Médie) , t. L, p. i lO, note (i. 



DEUXIEME PARTIE. 353 

située sur la frontière de l'Arménie, du côté du sud-est, 
n'en était séparée que par l'Araxe; elle comprenait 
toutes les régions montagneuses et toutes les vallées 
qui environnent le lac de Mantiane, appelé par les 
Arméniens Caboudan, et par les modernes lac d'Our- 
miah, ainsi que les cantons situés entre ce lac et la mer 
Caspienne. Le royaume de l'Atropatène , comme l'at- 
teste Polybe\ n'avait point été conquis par Alexandre, 
quoique M. de Sainte-Croix^, qui pense que Polybe 
s'est trompé, affirme le contraire. Rien ne prouve, en 
effet, dans les historiens dont nous possédons les ou- 
vrages, que le conquérant macédonien, ni aucun de 
ses généraux, soient entrés dans cette pai'tie de la 
Médie. Strabon ^ confirme notre remarque en disant 
qu'Atropatès , qui alors en était le gouverneur, empê- 
cha les Grecs d'y pénétrer, et se déclara roi de ce pays. 
Selon Arrien *, ce serait Alexandre qui y aurait envoyé 
comme satrape ce même xAitropatès , pour surveiller 
les projets d'un certain Exodatès, qui s'était révolté 
contre lui. Tous ces faits sont également admissibles, 

' Polybe, lib. V, cap. lv, t. II, p. 33i, 332. 

■ Mémoires de l'Académie des inscriptions [Recherches histo- 
riques et géographiques sur la Médie) , t. L, p. 109. 

' fi S' éripa (ispis (tî;» Mrjhias) ètjliv rj ArpoTràTios Mrjhîa. 
Tovvofxa h'é(7^ev à-nb toû ArpaTrarou Yiyefxàvos, Ôs èxcoXvcrsv vira 
"zoîs MaKeSôfft ysvéadai xai Taxjrrjv, [lépos oïxrav fxsyakrjs Mrjhias. 
Kai S)) xai jSactXeùs dvayopsvdeis Ihia (Twéra^e xad' aittijv t^v 
p^iwpav TOLvrrjv. (Slrab. Geogr. lib. XI, cap. xii.) 

* De exped. Alexandr. lib. IV, cap. xvni; éd. Borheck, 



354 HISTOIRE DES AKSACIDES. 

et il est facile de les concilier. Très-probablement 
Atropatès, gouverneur de la Médie supérieure pour 
le roi de Perse, la défendit d'abord contre quelques 
détachements envoyés par Alexandre. Il n'est pas moins 
certain que ce dernier n'y entra jamais. Informé, sans 
doute , des difficultés que présentait la conquête de ce 
pays, et forcé de porter ses armes dans d'autres ré- 
gions, Alexandre aura fait la paix avec Atropatès, et 
l'aiura confirmé dans la possession de son gouverne- 
ment , pour s'en faire un allié ; conduite qiii , dans tous 
les temps, a généralement été suivie par les conqué- 
rants de l'Asie. Arrien^ nous apprend qu' Atropatès , 
reconnaissant envers Alexandre, lui livra un Mède 
appelé Baryaxès, qui, après la mort de Darius, avait 
usurpé le titre de roi. Il conserva sa souveraineté 
sous les successeurs de ce prince , et la transmit à ses 
descendants, qui régnaient encore du temps de Stra- 
bon^. Ils se maintinrent, pendant ce long espace de 
temps, en faisant à propos des traités de paix et des 
alliances par mariage avec les familles des rois d'Armé- 
nie, de Syrie et des Parthes. Parmi les successem^s 
d' Atropatès, on remarque Artabazane, qui vivait du 
temps d'Antiochus le Grand , et qui , selon Polybe ^ , 

' De expei. Aleœandr. Lib. VI, cap. xxix. 

* il haho^rf (TÛ>^£Tai fié^pt vw èf èxsivoi) irpàs re tous kpfis- 
vlcûv ^aaiXéae Ttoir}(Tafiéva)v èTriyafiias téSv txrlspov , xai "^vpœv, 
xai fiera TaÛTa TletpQvalaiv. {Gcogr. XI, pag. 523.) 

' Hislor. lib. V, 55. 



DEUXIÈME PARTIE. 355 

chercha à étendre les limites de ses états en soumet- 
tant à sa domination les peuples ses voisins, mais fut 
ensuite contraint de conclure la paix avec le roi do 
Syrie, l'an 220 avant J. C. selon Frôhch '. 

Justin nous donne lieu de croire , par les expressions 
dont il se sert '■^, que la guerre entre les Mèdes de l'A- 
tropatène et les Parthes fut assez longue; ce qui n'est 
pas fort étonnant lorsque l'on considère la constitu- 
tion physique du pays, qui était très-montagneux et 
peu favorable à la cavalerie des Parthes. Les deux 
peuples obtinrent alternativement des succès dans 
cette guerre ; mais enfin la victoire resta aux Paithes , 
qui étaient plus puissants que les Mèdes ; et Mithridate 
confia le gouvernement de la Médie à Bacasis, per- 
sonnage probablement issu de la race royale d'Atro- 
patès ^. Vaillant ^ pense que ces événements eurent 
lieu en l'année 162, avant la révolte de Timarque 
contre Démétrius Soter. C'est une supposition inadmis- 
sible , car les deux peuples alors n'étaient pas voisins. 
Pour que les rois des Parthes eussent quelque chose à 
démêler avec ceux de l'Atropatène, il fallait, de toute 

' Annal reg. et rer. Syr. p. 34- 

^ u Cum varius utriusque populi casus fuisset, ad poslremum 
« Victoria pênes Parthos fuit. His viribus auctns Mithridates 
« Mediae Bacasin praeponit. » (Lib. XLI, cap. vi.) 

^ Sainte-Croix, Mémoires de l'Académie des inscriptions ( Re- 
cherches historiques et qéographiqnes sur la Médie), tom. L, 
p. 110, noie d. 

* Arsacid. imper, t. I, p. 4o el /ji. 

a3. 



356 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

nécessité , que les premiers eussent conquis la portion 
de la Médie soumise aux Séleucides, et nous savons 
qu'à cette époque elle était encore placée sous l'admi- 
nistration de gouverneurs envoyés par les rois de Sy- 
rie. C'est donc ^Taisemblablement après l'an 1 60 qu'il 
faut , comme nous l'avons déjà dit, placer la guerre des 
Parthes avec l'Atropatène , et l'établissement de Bacasis 
comme gouverneur de cette province. 

Après avoir terminé la guerre contre les Mèdes et 
les avoir soumis, Mithridate augmenta son armée en 
y incorporant leurs troupes, et s'avança vers l'Hyr- 
canie, au rapport de Justine Nous avons vu que, 
vers l'année 2/18 avant J. C. Tiridate I" avait fait la 
conquête de ce pays. Il faut supposer, avec Vaillant^, 
qu'il ne l'avait pas soumis entièrement , ou que les 
Hyrcaniens, au temps de Mithridate I", se révoltèrent 
contre les Parthes. Nous aimons mieux admettre cette 
dernière hypothèse ; car il est fort difficile de croire 
que les princes arsacides eussent attendu jusqu'à l'avé- 
nement de Mithridate I", pour attaquer ou soumettre 
un pays qui était dans lem' voisinage , et qui avait tou- 
jours été réuni à celui sur lequel ils régnaient. Peut- 
être, cependant, s'agit-il seulement d'une expédition 
contre les peuplades barbares qui habitaient les mon- 
tagnes de la partie méridionale de l'Hyrcanie, connue 

' « His viribus auclus Mithridates Mediae Bacasin praeponit, 
» ipse in Hyrcaniam proficiscitur. » (Lib. XLI, cap. vi.) 
^ Arsacid. inip. I. I, p. /|i. 



DEUXIEME PARTIE. 357 

jusqu'à nos joui's sous le nom particulier de Diiem, et 
qui se maintint presque toujours indépendante. Nous 
aurons , dans la suite , l'occasion de parler des révoltes 
de ces peuplades contre plusieurs autres rois arsacides. 
Longtemps après, sous le règne des Sassanides, nous 
verrons, par le témoignage des historiens, qu'elles n'é- 
taient pas soumises, et que même elles se rendirent fort 
redoutables aux rois de Perse. 

A son retour de l'Hyrcanie , Mithridate , selon le 
même Justin^ , fit la guerre au roi de l'Elymaïde, pays 
situé vers l'embouchure du Tigre , dans les montagnes 
qui avoisinent la Séleucie située sur l'Hédyphon, et 
qui forment la limite entre la Susiane et la Perse pro- 
prement dite. Cette région, bien plus éloignée de la 
Parthyène que ne l'était l'Ati'opatène , s'en trouvait sé- 
parée par toute fétendue de la Médie. On peut con- 
clure de là qu'avant la guerre , elle était entièrement 
soumise aux Parthes. Quoique Justin dise qu'après la 
défaite du roi de l'Elymaïde, Mithridate réunit ce petit 
royaume à sou empire, il est probable que le vain- 
queur n'exigea du vaincu que la reconnaissance de sa 
suprématie ; car nous avons la certitude , d'après plu- 
sieurs passages de Strabon-, que, de son temps, les 
Elyméens conservaient encore leur indépendance. Jus- 

' «Unde reversus (Mithridates) bellum cum Elymaeorum 
« rege gessit ; quo victo , hanc quoque gentem regno adjecit. u 
( Loc. cit. ) 

^ Geocjr. lib. XI, p. 522 et 524; lib. XV, p 732. 



358 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

tin ^ lui-même cite ce peuple parmi ceux qui four- 
nirent des secours à Démétrius II, fils de Démétrius 
Soter, lors de l'expédition que ce prince entreprit, 
l'année ilii, pour recouvrer les provinces que les 
Parthes lui avaient enlevées au delà de l'Euphrate. 
Tacite^ nous atteste aussi que , sous le règne d'Arta- 
ban III, vers l'année 87 ou 36 avant J. G. les Ély- 
méens étaient indépendants et même ennemis des 
Parthes. Leur pays renfermait , au rapport de Stra- 
bon^, plusieurs temples pleins de richesses. Il y en 
avait un, entre autres, qui était dédié à la Diane des 
Perses , désignée par les auteurs grecs sous le nom 
d'Anaïtis; il renfermait des trésors fort considérables, 
que le roi de Syrie Antiochus Epiphane voulut s'ap- 
proprier; mais, repoussé par les prêtres, qui, selon 
le même Strabon et selon Polybe '', avaient appelé à 
leur secours les peuples du voisinage, ce prince trouva 
la mort dans son entreprise sacrilège. Le texte de Stra- 
bon attribue cette tentative malheureuse au roi Antio- 
chus le Grand ^. Nous croyons que le géographe grec 
a commis une erreur, et qu'il confond Antiochus 

' Lib. XXXVI, cap. 1. 

' Annal, lib. VI, Hh. 

' Geogr. lib. XVI, p. 7 4^. 

* Reliq.]ïb.XXXl,$ ii,t. IV, p. 5i3et5a. 

' Avrio^^ov fxèv ovv tov M^yav tô tov HrjXov <Tv\àv iepàv èirt- 
Xeipv<TOLVTa , àveiXov èTridéfievoi xaiff avTOVs oi TzXijcriov ^àp^a- 
pot. (Strab. Geogr. lib. XVI, p. 'jkk.) 



DEUXIÈME PARTIE. 359 

le Grand avec Antiochus Epiphane. Le premier ^ 
et le second livre des Maccabées^, Justin', Josèphe* 
et Sulpice Sévère^ s'accordent à dire que ce dernier 
prince moui'ut en pillant un temple de l'Elymaïde 
ou de la Perse , ou peu après avoir été repoussé , dans 
cette entreprise, par les prêtres et les habitants du 
pays. Le récit de ces auteurs , à part le nom du prince 
séleucide, ne diffère de celui de Strabon que par 
le nom de la divinité à laquelle était consacré le 
temple que le roi de Syrie voulut spolier. Strabon 
rapporte que c'était un temple de Bélus. Saint Jérôme, 
qui l'a suivi dans son Commentaire sur Daniel^, en 
fait un temple de Jupiter, ce qui reviendrait au même. 
Selon l'auteur du deuxième livre des Maccabées^, le 
temple était celui de Nanée, déesse assyrienne. D'après 
Polybe et Josèphe, il aurait été consacré à Diane. Ce 
ne serait encore là qu'une différence apparente ; cai* 
vraisemblablement la Nanée des Assyriens répondait 
à la Diane des Grecs et à la déesse Anaïtis des Perses. 
Comme on voit, par le témoignage de Strabon^, qu'il 
y avait dans l'Elymaïde plusieiu's temples fort riches, 

' Cap. VI, vers, i, 2 , 3,4 sqq. 

^ Cap. 1, vers. 12, i3, ilx, i5 sqq. cap. ix, vers, i, 3 sqq. 

Lib. XXXII, cap. II. 
* Antiquit.jud. lib. XU, cap. ix, t. I , p. 620, 621. 
"■ Lib. II, cap. xxxiii. p. 33o, edit. Elzev. 

Comment, in Dan. cap. xi. T. III, col. 1 133, ecl. Paris. 170/i. 

Cap. I , vers. 1 5. 
■ Geogr. \ïh. XVI, p. 7/1/1. 



360 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

il est assez probable que le roi de Syrie aura voulu 
les piller tous, et que de cette circonstance provient 
la légère discordance qui se fait remarquer dans les 
récits des historiens. 

Saint Jérôme est le seul écrivain ancien qui ait par- 
tagé l'opinion de Strabon quant au nom du spoliateur. 
Justin \ d'accord , en apparence , avec le géographe 
grec, a évidemment confondu les deux rois de Syrie 
dont nous parlons ; on voit, par la place où se trouve , 
dans son livre , le récit de la mort d'Antiochus , que , 
dans Trogue Pompée , son original , il était question 
d'Antiochus Epiphane et non d'Antiochus le Grand. 
D'après toutes ces considérations , et malgré l'opinion 
de savants aussi recommandables que le P. Frôlich^ 
et M. Visconti ^ , nous ne balançons pas à croire 
que Strabon s'est trompé. Aurélius Victor^ nous ap- 
prend qu'Antiochus le Grand mourut massacré par ses 
propres soldats , peu de temps après la paix honteuse 
qu'il avait faite avec les Romains; et nous ne voyons 
nulle part qu'il eût porté ses armes jusque dans l'Ely- 
roaïde. Poiu* terminer siu' ce point, nous dirons, avec 
M. Tôchon, qui, dans un mémoire fort savant'', s'est 
déjà occupé de cette question , sans toutefois la décider , 

' Lib. XXXII, cap. II. 

' Annal, reg. et rer. Syr. p. Ai- 

Iconogr. grecq. t. Il, p. Sog. 
' De viris illust.,cap. liv, p. 221 ; edil. Anist. lySS. 

Disscrl. sur Vcpoq. de la mori d'Antiochus Evergète, p. 53. 



DEUXIÈME PARTIE. 301 

qu'il faudrait supposer que l'Elymaïde avait été une 
contrée bien fatale aux rois séleucides, puisque trois 
d'entre eux y auraient trouvé la mort en voulant pil- 
ler un de ses temples; car on attribue au roi Antio- 
chus Sidétès, dont nous parlerons bientôt, le même 
malheur et la même cupidité, et c'est avec aussi peu 
de fondement qu'à Antiochus le Grand. 

Le P. Frôlich^ place en l'année 187 avant J. C. la 
mort d' Antiochus le Grand , et celle d' Antiochus Epi- 
phane dans l'année i6/i^. Strabon, après avoir parlé 
de la prétendue tentative faite par le premier de ces 
princes pour piller un temple de l'Elymaïde, raconte 
qu'à peu de temps de là , le roi des Parthes fit une pa- 
reille entreprise , et enleva de grands trésors de deux 
temples situés dans le même pays. « Le Parthe, dit-il, 
((informé de ce qui était arrivé à Antiochus, et sa- 
(( chant qu'il y avait des temples fort riches chez les 
(( Elyméens, qui n'étaient nullement disposés à se sou- 
u mettre, attaqua ce peuple avec de grandes forces, et 
(( enleva du temple de Minerve et de celui de Diane , 
u surnommée Zara, un trésor de dix mille talents^.» 
On ne peut douter que le roi des Parthes dont il 

' Annal, rer. etreg. 5yr. p. 4i- 

' Ibid. p. 52 et 53. 

" Ex hè rcbv èxaivù) (jv^ëdvTùûVTraihevdeis b Wapdvctîos, yj^àvois 
{i&lepov, dxovoov xà iepà likovGicL'ntap aÙToTs , bpwv S' àiteiOodr- 
ras, èfiêâXXst fxsTà Swàfzsws \ieyakrjs' xtxi tô, ts Tfjs kdrfvis 
iepov erXe, xai to liis ÀpTé(xiho5, xà A|apa (leg. xà Zipa), xoti 
Yipe TokàvTOùv (ivpicov yàlav. {Geogr. lib. XVI, p. 7/i4) 



362 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

s'agit dans ce passage, ne soit Mithridate l" , le même 
qui, selon Justin ^, fit la guerre aux Elyméens : il se 
rendit coupable de la profanation des lieux sacrés 
de l'Élymaïde dix ans , au plus tard , après la tentative 
d'Antiochus Epiphane , lorsque la mémoire de cet évé- 
nement était encore toute fraîche , comme le prouvent 
les expressions qu'emploie Strabon. Ce géographe se 
serait exprimé autrement , s'il avait entendu parler de 
l'entreprise attribuée à Antiochus le Grand, qui serait 
arrivée vingt-trois ans auparavant. Les circonstances 
de la vie d'Antiochus Epiphane étaient fort connues 
des anciens; et il serait très-étonnant que Strabon, 
qui s'était occupé de l'histoire des Parthes , les eût 
ignorées , ou qu'il eût à dessein négligé d'en faire men- 
tion dans l'endroit même de sa Géographie où il avait 
à en parler. On ne peut guère croire cjue , si deux rois 
de Syrie avaient trouvé la mort dans ces mêmes ré- 
gions et pour le même cause , il n'eût pas fait remar- 
quer ce singulier rapprochement. 

La situation politique des Parthes , à l'époque dont 
nous nous occupons, concourt à prouver que le géo- 
graphe grec s'est trompé, et que c'est à Antiochus 
Epiphane qu'il faut rapporter son récit. En effet, la 
première invasion des Parthes dans l'Élymaïde ne 
put avoir lieu qu'après la conquête de la Médie, 
lors de la guerre dont parle Justin'^, et qui éclata 

Lib. XLI, ca[i. VI. 
' Jd. Uml. 



DEUXlÈiME PARTIE. 363 

incontestablement après la mort de ce roi de Syrie. 
La spoliation du temple de Diane par le roi des 
Partlies fut suivie , selon le même Strabon , de la 
prise d'une grande ville du même pays, qui s'appelait 
Séleucie, et qui était située sur le fleuve Hédyphon^ 
Cette ville avait d'abord porté le nom de Solocé , et 
il paraît qu'elle était l'une des plus considérables de 
l'Elymaide. Pline, qui en fait mention 2, donne le nom 
d'Hédypnus au fleuve nommé Hédypbon par Stra- 
bon. Or, il est difficile de supposer que Séleucie et les 
contrées voisines de l'Euphrate et du Tigre soient tom- 
bées entre les mains des Parthes avant la soumission 
des Elyméens, qui leur en fermaient le chemin. Mais 
on admettra sans peine que Mithridate , déjà maître 
de toute la haute Asie, ait pu aisément s'emparer de 
l'Elymaide, qu'il dominait et pressait de tous les cô- 
tés . Nous placerons , en conséquence , après cette con- 
quête , la prise de Séleucie sur l'Hédyphon. 

Le texte de Justin^ semble indiquer qu'à la même 
époque Mithridate vainquit encore plusieiu's autres 
nations et les réunit à son empire. La soumission de 
l'Elymaide et de l'Assyrie dut nécessairement entraî- 

' tipédï} Se xat TTpos râ) HSu^ôjvtj TroTafxô) SeXsOxeia, fieyakt) 
'ïsàXis. 2oX<ixî; S' shoasito TrpoTepov. [Geogr. lib. XVI, p. 74^.) 

' Hist. nat. lib. VI, cap. xxxi. 

' «Imperiumque Partliorum a monte Caucaso, multis po- 
«puiis in ditionem redactis, usqiic ad flumcn Euphratem pro- 
« lulit. » (Lib. XLI,cap. VI.) 



36/i HISTOIRE DES AKSACIDES. 

ner celle de la Susiane, de la Perse proprement dite, 
de la Carmanie et des pays limitrophes. Les souve- 
rains de ces contrées , enveloppés de tous côtés par 
les Parthes, et sans moyens de communication avec 
les princes séleucides , qui étaient d'ailleurs hors 
d'état de les secourir, furent dépouillés de leurs pos- 
sessions, ou contraints de subir le joug des Arsacides 
et de contribuer à l'accroissement de leur puissance. 
Bientôt après, les Parthes firent la conquête de l'Ar- 
ménie -, ils y établirent une branche de leur race 
royale , qui s'y maintint , avec plus ou moins d'indépen- 
dance, jusqu'à l'an 428 de J. C. Après tous ces suc- 
cès, l'empire des Parthes, parvenu au plus haut 
degré de splendeur, s'étendit, comme le dit Justin, 
depuis le mont Caucase, voisin de l'Inde, jusqu'aux 
bords de l'Euphrate. La mort de Démélrius Soter, 
l'usurpation d'Alexandre Bala, la guerre qu'il eut à 
soutenir contre Démétrius Nicator, fils de Soter, et la 
révolte de Tryphon contre ce dernier, donnèrent à 
Mithridate le temps d'affermir sa domination sur les 
pays qu'il avait enlevés aux Séleucides. Ceux-ci, très- 
occupés de leurs guerres intestines, durent, pour le 
moment , renoncer à recouvrer leurs provinces orien- 
tales. C'est à cette époque que l'empire des Parthes, 
d'abord faible et chancelant , fut définitivement cons- 
titué. Il comprenait toutes les provinces de fAsie ren- 
fermées entre l'Indus et l'Euphrate, la mer Persique 
et la mer Caspienne, le mont Caucase et le fleuve 



DEUXIÈME PARTIE. 3G5 

Oxus, c'est-à-dire la Perse et l'Arménie tout entière. 
Il ne nous reste plus maintenant qu'à fixer, d'une 
manière certaine , la date de cette grande révolution. 
Nous avons déjà prouvé que toutes les conquêtes de 
Mithridate sur les Séleucides durent se faire après la 
défaite et la mort de Timarque , gouverneur de Ba- 
bylone, qui s'était révolté contre son souverain, Dé- 
métrius Soter. Cet événement, comme nous f avons 
dit, arriva probablement l'an 160 avant J. C. Il n'est 
guère croyable que les Partlies aient attaqué les états 
du roi de Syrie immédiatement après; ainsi on ne peut 
placer qu'en l'année 1 58 la conquête d'Ecbatane et 
de la Médie proprement dite. Mithridate fit ensuite 
la guerre aux Mèdes de l'Atropatène et leur imposa 
un gouverneur. Comme la lutte fut opiniâti^e et le ré- 
sultat longtemps incertain, on ne peut lui supposer 
une durée de moins de deux années : elle dut donc 
finir en i56. Nous assignerons à la soumission des 
Hyrcaniens révoltés la date de i55. La guerre de 
l'Elymaïde remplira toute Tannée i5/i. La conquête 
de Séleucie, de Babylone et de toute l'Assyrie, ainsi 
que la soumission des autres pays de l'Orient, se 
sera effectuée dans les années i53 et 162. Enfin, 
c'est en i5i et i5o que nous placerons la guerre 
d'Arménie et l'établissement d'une branche arsacide 
sur le trône de ce pays. Ces dates se trouvent d'ac- 
cord avec la chronologie des Arméniens, qui datent 
de l'an i5o la domination des Parthes en Arménie. 



366 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

On peut donc , sans craindre de se tromper, fixer à la 

même époque le commencement de la grandeur des 

Arsacides. 

Quoiqiie nous ayons assigné pour date à leur éta- 
blissement en Arménie l'an i5o avant J. C. et quoi- 
qu'après les considérations que nous avons présen- 
tées, il soit difficile de contester cette date, l'opinion 
contradictoire de Fréret nous force de nous arrêter 
plus longtemps que nous ne l'aurions voulu sur cette 
importante question. Il est nécessaire de détruire Ter- 
reur dans laquelle il est tombé , et que son nom 
pourrait servir à propager, si nous ne la réfutions 
pas d'une manière complète. Fréret, jusqu'à ce jour, 
est le seul savant qui, en France, se soit occupé de 
ce point d'histoire; il a fixé à l'an 128 avant J. C. 
le commencement du règne des Ai'sacides en Armé- 
nie, et voici comment il s'exprime à cet égard ^ : «Il 
«paraît, dit-il, qu'après la mort d'Artaxias, l'Arménie 
« redevint une province du royaume des Séleucides , 
(( ce qui continua jusqu'à la mort d'Antiochus Sidétès, 
(itué dans un combat contre les Parthes, l'an i3o 
« avant J. C. Ce fut alors qu'ils s'emparèrent de TAr- 
«ménie, oii ils envoyèrent une colonie et dont ils 
<( formèrent un royaume séparé. Le premier roi de ce 
« pays , nommé Valarsacès , était frère d'Arsacès II , 
« siu-nommé le Grand par les Parthes. » Un peu plus 

' Mém. deVAcad. roy. des itvtcript. {De Vannée arménienne) , 
loin. XIX, p. gy. 



DEUXIÈME PARTIE. 367 

bas, il ajoute ; u La première année du règne de Va- 
"lai'sacès répond, dans la clii'onologie de Moïse de 
«Khoren, h l'an i83 des Séleucides, à l'année même 
«de la défaite de Sidétès, qui amva en hiver; etl'é- 
« poque du nouveau royaume doit être fixée au prin- 
(( temps de l'an 128.» 

On voit qu'il y a une différence de vingt-deux ans 
entre le système de Fréret et celui que nous avons 
adopté ; elle provient de ce que le savant académicien 
confond , comme Moïse de Khoren , le roi des Parthes , 
vainqueur de Démétrius Nicator, avec celui qui triom- 
pha d'Antiochus Sidétès; en sorte qu'il a été obligé de 
placer après la défaite de ce dernier l'avènement de 
Valarsace, premier prince arsacide qui ait occupé le 
trône d'Arménie. Il sera facile de s'en convaincre par 
les paroles mêmes de l'historien arménien, que nous al- 
lons rapporter : (( Arsace le Vaillant, ayant régné trente 
(( et un ans , son fils Ardaschès régna après lui vingt- 
ci six ans ; il fut remplacé par son fds Arsace le Grand , 
(i qui fit la guerre à Démétrius, fils de Démétrius Soter. 
« Ce prince était venu à Babylone , avec une armée ma- 
<( cédonienne , pour le combattre; il lui livra bataille, 
« fut vaincu et fait prisonnier par Arsace , qui l'em- 
« mena dans la Parthie , chargé de chaînes de fer, d'où 
(( il fut appelé Séripédès. Son frère Antiochus Si- 
"détès, informé de la retraite d' Arsace, se mit en 
« marche pour reprendre l'Assyrie ; Arsace revint alors 
(( avec une armée de cent vingt mille homme. Antio- 



368 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

(( chus , au cœur d'un hiver rigoureux , vint lui présen- 
(tter la bataille clans un lieu resserré, où il périt 
«avec son armée, et Arsace fut alors le maître de la 
(( troisième partie du monde ^ » 

Nous ne pouvons douter que le roi des Parthes 
dont nous nous occupons, c'est-à-dire Mithridate l", ne 
soit le même que le prince appelé , par Moïse de Kho- 
ren, Arsace le Grand; toutes les considérations se réu- 
nissent pom' le prouver. Il faut donc croire que ce der- 
nier fut réellement le vainqueur du roi de Syrie Dé- 
métrius Nicator. Mais, comme nous savons, d'après le 
témoignage de Justin'^, que ce ne fut pas le vainqueur 
de Démétrius qui battit Antiochus Sidétès, et que le 
premier de ces deux princes séleucides fut vaincu par 
Mithridate V"^ , le second , par Phraate II , fils et suc- 
cesseur de Mithridate P", il faut aussi reconnaître que 

T^iuiul^n [\\l'2^k) wfipli'ii/j^ tnJu , L-ilrui "ii^ y^putuipi^ii 
npiLJt 'itnniu , nuuj uiuituiauiutt^ 'hnnph nnnpU \\P2J"^ > "P k"}^'- 
QUJI- lT*fr5- , uiiumkrnuinjh "p '^^IriIhiJtnlruij , nnn.i_nj '\^lriJtinpli 
Y^j^uiJqjfulriuj- DUJiiqp p if_'punnui Irlfu p fKtiln.lrio'u Yf^u/Lh'n.n^ 
ij'liinuw'b aonnL. , u. uiututlrnutnjlrtuf^ p mvunmwiL-P-h iTîuutlMlïgutL. i 
tji'p Ituiihuii lT»7-»u//r/i// uiuinUÈL. p uiiupp-ku ^uhin-lrnA Irnliui^ 
P^hnl^ Liuuiujlio_^, ni^umtt u. Tlh'nliujpn^l^ulj LnsbquML, : L. [iiluiqlriJUi 
B-np.op %np/tlb \\pn.puiqi_nj \\UuipnDinj uaûltuifu \\r2J^k'''Lî VHJ ' 
nthjfi nV\unpliu : \\u ^ \\C2J^'k"{J ^P^""'"'"'"^ apt-priu. tuLti.pl^ 
rLiÀipAlruii , U. ^^îhutpnonu p uuiuutpL AjkpuÊjUnjlM ^^Lpahaii, 
muimui^jt 'uJÎâi uiuiinirpiuqiluJL. iuiliAnuL uthnpu, u. Lnplijp ^^lu^ 
"ijq tpA qopo.^ , Il \\p2J"k '"tp^ kCP"Ct •'"'"A^ W2l}""P^f"'- (MOS. 

Khor. Hist. armen.,{\\i. II, cap. ii, p. 85.) 
' Lib. XXXVIII.cap. IX. 



DEUXIÈME PARTIE. 309 

Moïse de Khoren a confondu les deux princes arsacides. 
Le nom d'Arsace , que portaient tous les rois parthes , 
a pu être la cause première de cette erreur. Valarsace 
ou Vagharschag , premier roi arsacide d'Ai^ménie , était , 
ainsi que Moïse de Khoren l'atteste expressément dans 
plusieurs passages de son Histoire ^ frère d'Arsace le 
Grand, qui est notre Mithridatel"; et comme il fut 
placé par ce dernier sur le trône d'Arménie, après 
ses victoires sur les rois de Syrie, l'historien armé- 
nien, qui avait trop allongé la vie d'Arsace le Grand, 
a été forcé de rapprocher beaucoup de l'époque de 
la mort de ce prince le règne de Valarsace. Il est cer- 
tain, d'après Justin ^ et Appien^, que ce futPhraatell 
qui vainquit Antiochus Sidétès. Valarsace étant frère 
d'Arsace le Grand ou Mithridate I", père de Phraate , 
et ayant été créé roi par lui , on ne peut absolument 
pas admettre qu'il soit monté sur le trône après la dé- 
faite du roi de Syrie, à la date adoptée par Fréret; il 
faut, de toute nécessité, qu'il ait commencé de régner 
longtemps auparavant. Nous verrons bientôt qu'à 
l'époque assignée par le savant académicien à l'avéne- 
ment de Valarsace, il y avait neuf ans que Mithri- 
date I" était mort. On pourrait , avec plus de raison , 

' Hist. armen. \ih. I, cap. vin, p, 22; lib. II, cap. m, p. 86; 
cap. xxvn, p. i3o; cap. lxviii, p. 188. 

' Lib. XXXVIII, cap. IX, x; lib. XXXIX, cap. i ;lib. XLII, 
cap. I. 

^ Appian. Syriac. t. I, p. 630; éd. Schweigh. 

1 ■ ^4 



370 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

supposer que Valarsace fut établi roi , après la défaite 
et la prise deDémétrius Nicator, quelques années avant 
la mort de Mithridate ; mais les calculs chronologiques 
suivants prouveront incontestablement que cet événe- 
ment eut lieu à l'époque que nous avons fixée , c'est- 
à-dire en l'année i 5o avant J. C- 

Moïse de Khoren^ donne pour successeur à Arsace 
le Grand ou Mithridate P"" un prince qu'il appelle Ar- 
schagan, et qui monta sur le trône la treizième année 
du règne de Valarsace , roi d'Arménie. En partant de 
la date que nous avons adoptée pom* le commence- 
ment de son règne, nous trouvons que Mithridate 1" 
dut mourir et son successeiu* monter sur le trône en 
l'année iSy avant J. C. année qui tombe précisément 
entre la défaite de Démétrius et celle d'Antiochus , con- 
formément au récit de Justin. Une erreur de chrono- 
logie en amène toujours d'autres : Moïse de Khoren , 
après avoir prolongé considérablement la vie d'Arsace 
le Grand, et retardé, en conséquence, l'avènement 
de Valarsace, est obligé, pour faire concorder ses cal- 
culs avec la vérité historique, de raccourcir arbitraire- 
ment la durée du règne d'un des successem's d'Arsace. 
Si l'on additionne , d'après son système chronologique , 
les années que régna chacun des rois parthes men- 
tionnés dans son ouvrage, ou dans son abréviateur 
Samuel d'Ani, on trouve qu'il existe entre le résultat 
de ce calcul et la vérité une différence de vingt ans. I^a 

Hisl. unnen. lib. Il, cap. lxv, p. 188. 



DEUXIEME PARTIE. 37J 

durée totale de l'empire des Arsacides en Perse , selon 
ces deux historiens, n'aurait été que de quatre cent 
cinquante-six années , tandis qu'elle fut , en réalité , 
de quatre cent soixante et seize. 

A l'époque où, selon nous, remonte la fondation 
du royaume arsacide d'Arménie , c'est-à-dire en l'an i 5o 
avant J. C. les Parthes se trouvaient dans les circons- 
tances les plus favorables poiu" étendre leurs conquêtes , 
et fonder de nouveaux royaumes. Mithridate était en- 
tièrement maître de ia haute Asie et tranquille posses- 
seur des provinces qu'il avait enlevées aux Séleucides ; 
il lui était, par conséquent, facile d'envahir l'Arménie , 
et d'y placer pour roi un de ses frères. Ce ne fut environ 
que neuf années plus tard , que Démétrius Nicator en- 
treprit une expédition contre lui , dans le but de recou- 
vrer les provinces enlevées à ses prédécesseurs. Après 
la défaite et la mort d'Antiochus Sidétès, le roi des 
Parthes ne se trouvait pas , à beaucoup près , dans une 
position assez avantageuse pour tenter de nouvelles 
conquêtes ; non-seulement il ne put songer à pour- 
suivre ses avantages contre les Grecs, mais encore il 
fut obligé de se porter sur la frontière orientale de ses 
états pour repousser les invasions des Scythes, et il 
périt en combattant ces barbares. Après sa mort, 
ses successeurs furent fort longtemps occupés de la 
guerre contre les Scythes et de la révolte d'Himérus. 
On ne peut donc supposer que , dans cet état de 
choses, le vainqueur d'Antiochus, ou ses successeurs , 



372 HISTOIRE DES AKSAGIDES. 

aient songé à établir une brandie de leur race en 

Arménie. 

Que Moïse de Khoren, comme nous l'avons déjà 
dit, se soit évidemment trompé de vingt ans sur la 
chronologie des Parthes et sur l'époque de la fonda- 
tion du royaume d'Arménie, en plaçant ce dernier 
événement immédiatement après la mort d'Antiochus 
Sidétès , c'est ce qu'il n'est pas difficile de prouver par 
les renseignements chronologiques qu'il nous a trans- 
mis lui-même sm' les rois d'Arménie, prédécesseurs 
du célèbre Tigrane; ils confirment pleinement notre 
système. Moïse de Khoren les a tirés, pour la plu- 
part , des ouvrages de Mar Ibas Cadina , historien sy- 
rien , qui vivait en Arménie sous le règne de ces 
princes , et dont il nous a conservé un grand nombre 
de fragments précieux. Sans nous arrêter, pour le 
moment, à discuter fopinion de Fréret, qui place 
en l'an 129 ans avant J. C. la mort d'Antiochus Si- 
détès, arrivée, selon nous, en l'an i3i , nous con- 
tinuerons d'admettre , comme nous l'avons déjà fait , 
la première de ces deux dates. Tigrane, selon Moïse 
de Khoren , eut pour prédécesseurs sur le trône d'Ar- 
ménie , trois princes , comme lui de la race des Arsa- 
cides, et tous trois fils l'un de l'autre; leurs règnes 
forment un total de soixante ans. Si nous partons de 
l'an 128, date de la fondation du royaume d'Armé- 
nie, selon Fréret, qui suit, sur ce point, Moïse de 
Klioren , nous trouvons que Tigrane dut monter sur 



DEUXIEME PARTIE. 373 

le tronc en l'an 68 avant J. C. ce qui est absolument 
contraire à la vérité, puisque nous savons, d'après le 
témoignage positif des historiens grecs, que Tigrane 
fut reconnu roi par les peuples de Syrie vers l'an 8/i , 
et qu'à cette époque, depuis plusieurs années déjà, il 
régnait en Arménie. Si, au contraire, nous prenons 
notre point de départ h l'an i 5o avant J. C. nous re- 
connaissons que Tigrane dut ceindre le diadème vers 
l'an 90, date qui paraît d'accord avec tous les rensei- 
gnements historiques que nous possédons. 

Nous avons déjà dit que Moïse de Khoren a com- 
mis une errem' en prolongeant beaucoup trop la 
vie d'Arsace le Grand ou Mithridate I" , et en plaçant 
la fondation du royaume d'Arménie après la mort 
d'Antiochus Sidétès. Nous avons vu qu'il avait été , en 
conséquence , forcé de diminuer de vingt ans la durée 
du règne de l'un des successeurs de Mithridate ; nous 
pensons que c'est le règne d'Arschagan qui a été rac- 
courci de ce nombre d'années. Moïse de Khoren donne 
un règne de trente ans à ce prince, dont il fait le suc- 
cesseur immédiat de Mithridate I" , et qui , comme 
nous le prouverons par la suite , est le même que Mi- 
thridate II. Ai'schagan monta sur le trône de Pei'se, 
la treizième année du règne de Valarsace. Si nous pre- 
nons pour point de départ l'année 128 avant J. C. 
date assignée par Fréret à l'avènement de ce dernier 
prince , Arschagan aurait commencé à régner l'an 1 1 5 , 
et serait mort vers 85, époque avec laquelle coïncide 



374 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

effectivement la mort du roi Mithridate II. iVIalgré la 
justesse de ce rapprochement, il se trouve contredit 
par les documents historiques que Moïse de Khoren 
nous a conservés sur les premiers rois d'Arménie. Selon 
cet historien , Ardaschès , troisième prince arsacide 
d'Arménie , monta sur le trône dans la vingt-quatrième 
année d'Arschagan\ qui, d'après le système deFréret, 
répondrait à l'an 91 avant J. C. Comme ce roi régna 
vingt-cinq ans, il en résulterait que l'avènement de 
son fils Tigrane aurait eu lieu vers l'an 66 avant J. C. 
or ceci est en contradiction avec tous les renseigne- 
ments qui nous restent sur ce prince. Si nous admet- 
tons, pour un moment, ce que plus tard Moïse de 
Khoren nous prouvera lui-même, c'est-à-dire qu'il a 
volontairement abrégé de vingt ans la durée du règne 
d'Arschagan , par suite du faux système qu'il avait 
adopté; et si nous donnons à ce roi un règne de cin- 
quante ans, suivant notre opinion surfépoque delà 
fondation du royaume d'Arménie, il n'existe plus de 
difficulté, et les Arméniens se trouvent d'accord avec 
les écrivains de fantiquité , grecs ou romains. La trei- 
zième année du règne de Valarsace en Arménie, qui 
répond à la date de la mort d'Arsace le Grand , si l'on 
part de l'an 1 5o, nous porte à l'année 187 avant J. C. 
pour le commencement du règne d'Arschagan. Le pe- 
tit-fils de Valarsace , appelé Ardaschès, étant monté sm* 
le trône dans la vingt-quatrième année du règne d'Ar- 
Hist. armen. iib. II, cap.x, p. 102. 



DEUXIÈME PARTIE. 375 

schagan , son avènement au trône devra être placé 
vers l'an i i /i ou i i3 avant J. C. Comme il régna 
vingt-cinq ans, on trouvera que son (lis Tigrane com- 
mença de régner vers l'an 89 ou 88, ce qui est parfaite- 
ment d'accord avec les faits que nous connaissons 
d'autre part. Tigrane aura donc pris , d'après notre sys- 
tème, les rênes du gouvernement en Arménie, la 
quarante-neuvième année du règne d'Arschagan. Notre 
calcul est conforme au récit de Moïse de Khoren lui- 
même , qui , bien qu'il ne fasse régner que trente ans 
seulement ce roi des Parthes, ne laisse cependant pas 
que de placer à la quarante-neuvième année de son 
règne l'avènement de Tigrane, Cette contradiction 
manifeste prouve bien que , si l'historien arménien ré- 
duit de trente années le temps que la couronne de 
Perse resta sur la tête d'Arschagan, c'est par une con- 
séquence forcée du système erroné qu'il avait adopté. 
Dans l'édition de son Histoire d'Arménie publiée à 
Amsterdam, en 1 696, par Thomas, évêque de Vanant, 
on lit, en effet, ces paroles bien précises : u Après Ar- 
« daschès P", son fils Tigrane régna en l'an quarante- 
aneuf du règne d'Arschagan, roi de Perse^ » La même 
phrase se retrouve dans la traduction latine des 
frères Whiston , qui, toutefois, influencés par le pas- 
sage du même ouvrage où Moïse de Khoren donne 

"bj. {Hist. armen. \ib. II, cap. xin, p. 108.) 



376 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

trente ans de règne à Arschagan, et croyant d'ail- 
leurs que le royaume d'Arménie avait commencé vers 
l'an i3o avant J. C. proposent, dans la table chro- 
nologique placée à la fin de leur édition ^ de lire, 
dans le texte de Moïse de Klioren, dix-neafan lieu de 
quarante-neuf, et de changer le nom d' Arschagan en celui 
d'Arschancf, successeur de ce roi. Ils se fondent, poiu* 
justifier cette variante, sur fautorité d'un manuscrit. 
Néanmoins, nous persistons à maintenir, dans le texte 
de l'historien arménien, la date quarante-neuf, qui, 
d'ailleurs, dans l'édition d'Amsterdam et dans celle de 
Londres, comme dans les deux manuscrits siu" lesquels 
ont été imprimées ces deux éditions, est exprimée en 
toutes lettres et non en chitTres, ce qui est une garantie 
contre une chance d'erreur. Le double témoignage qui 
résulte du manuscrit dont s'est servi l'évêque Thomas 
et de la copie qui a été suivie dans fédition de Lon- 
dres, peut être victorieusement opposé à fautorité du 
manuscrit allégué par les frères Whiston dans leur table 
chronologique , manuscrit où il paraît que les années 
du règne du roi des Parthes Arschagan étaient expri- 
mées en chiffres ou en letti'es numérales. Il faut cepen- 
dant avouer que l'erreur qui se fait remarquer dans 
Moïse de Khoren, relativement à la dmée de ce règne 
réduite de trente années, a probablement toujoiu-s 

Séries regum, etc. ex Mosis historiis decerpta, ad cale. Mos. 
Klior. Hist. armen. p. 898 



DEUXIÈME PARTIE. 377 

existé dans le texte; et nous devons croire qu'elle 
provient de l'opinion erronée qu'il s'était formée sur 
l'époque de l'établissement des Arsacides en Arménie. 
On retrouve, en effet, le même nombre dans laChrono- 
graphie de Samuel d'Ani', qui est tirée, en grande 
partie, de l'ouvrage de Moïse de Klioren. Ce dernier 
historien, comme nous l'avons déjà dit, et comme 
nous aurons encore occasion de le faire remarquer, 
était bien plus curieux de soigner son style que de 
coordonner les matériaux dont il se servait pour la 
composition de son ouvrage ; il se sera sans doute trouvé 
fort embarrassé pour faire concorder la quarante-neu- 
vième année d'Arschagan, indiquée, dans les sources 
où il puisait, comme la première année de Tigrane, 
avec la chronologie qu'il avait adoptée , et qui ne peut 
attribuer à Arschagan qu'un règne de trente ans. Quant 
à nous, une date qui paraît fournie par une autorité 
respectable , et qui remplit une lacune que , sans son 
secours , on rencontrerait dans la chronologie des Ar- 
sacides, cette date nous semble mériter la préférence 
sur un calcul chronologique qui est entaché d'une er- 
reur capitale; car, nous le répétons, Moïse de Rhoren , 
après avoir confondu le roi des Parthes, vainqueur 
de Démétrius Nicator, avec celui qui défit Antiochus 
Sidétès, n'a pas osé, pour rester conséquent avec 
lui-même, changer une date, parce que, sans doute, 

' Mss. arm. de la Biblioth. roy. n° 96, fol. 12 v". 



378 HISTOIRE DES A1\SAGIDES. 

il l'avait trouvée dans quelque historien persan d'un 

grand poids. 

Nous allons présenter diverses considérations qui 
donneront une nouvelle force à notre système. Moïse 
de Khoren rapporte qu'Ardaschès , petit-fils de Valar- 
sace , qui monta sur le trône d'Arménie la vingt-qua- 
trième année du règne d'Arschagan, c'est-à-dire l'an 
ii3 avant J. C. était un prince fort ambitieux. Il 
ajoute que, fâché de ne tenir que le second rang en 
Asie, Ardaschès osa s'arroger le titre de roi des rois, 
contraignit, par la force des armes, le roi de Perse de 
se soumettre à sa domination; fit bâtir une résidence 
royale en Perse; ordonna que, dans ce royaume, 
on battît monnaie en son nom, et obligea Arschagan 
à se contenter du second rang^ Il est fort probable 
qu'Ardaschès ne put faire toutes ces usurpations, ni 
s'élever à ce haut degré de puissance, dès le moment 
même où il monta siu" le trône d'Arménie. Les chan- 
gements de règne , dans la monarchie arsacide , comme 
dans tous les états qui se sont succédé en Asie, ont 
presque toujours causé de grands troubles; et, avant 
que le prince appelé au trône par la naissance et la vic- 
toire eût pu s'y affermir, il lui fallait , sans doute , em- 
ployer plusieurs années à combattre ou détruire ses ri- 
vaux, et à consolider ensuite sa puissance. On conçoit, 
dans cet état de choses , qu'Ardaschès , placé sur le trône 
l'an 1 1 3 , la vingt-quatrième année d'Arschagan , n'au- 
Mos. Khor. Hist. armen. lib. II, cap. x, p. 102. 



DEUXIÈME PARTIE. 379 

rait guère pu avoir des démêlés avec un prince qui, 
s'il n'avait régné que trente ans, serait mort six ans 
après, vers l'an loy. On se fortifie surtout dans cette 
opinion lorsque l'on considère que ce dernier, maître 
d'un empire puissant, ne dut perdre qu'après une 
guerre longue et malheureuse , une suprématie dont 
il était en possession par son droit d'aînesse, par la 
grandeur de ses états et par droit de succession. Il faut 
donc admettre que le règne d'Arschagan dm^a plus de 
trente années, et que ce fut postérieurement à l'an 107 
qu'Ardaschès manifesta ses projets, et contraignit le 
roi des Perses à reconnaître sa suprématie. Ce n'est 
pas ici le lieu de nous occuper de fépoque où le roi 
d'Arménie usurpa le titre de roi des rois; il est vrai- 
semblable que ce fut pendant la vieillesse d'Arschagan 
ou Mithridate II. Comme nous ne possédons qu'un 
fort petit nombre de renseignements sur f état poli- 
tique de l'Asie vers ce temps, il est difficile de déter- 
miner la nature et les causes des différends qui durent 
s'élever enti'e les deux rois. Nous avons lieu de croire 
que Mithridate II ne laissa point d'enfant pom' lui suc- 
céder, soit que ses fils fussent morts avant lui, soit que , 
comme beaucoup de rois parthes , il eût pris le parti 
de s'en défaire pour se mettre à l'abri de leurs pro- 
jets d'usurpation. On a déjà fait remarcpier avant nous 
que, pendant la vieillesse des rois parthes, leur empire 
était presque toujours troublé par les divisions des 
princes qui prétendaient à la couronne. Il est facile 



380 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

de concevoir que, si Mithridate II n'avait point d'hé- 
ritier en ligne directe , ce dut être une raison de plus , 
pour le roi d'Arménie, d'attaquer le royaume des 
Parthes, déjà affaibli par ces divisions et par les longues 
guerres qu'il avait été obligé de soutenir contre les 
Scythes orientaux, sous le règne d'Arschagan et sous 
celui de ses prédécesseurs. 

Pendant que Mithridate l" franchissait les limites 
fixées par les rois de Syrie aux états des premiers rois 
parthes, soumettait à sa domination la plupart des 
princes de la haute Asie , s'empai'ait de Séleucie et de 
Babylone, et chassait les Macédoniens de toutes les 
contrées situées à l'orient de l'Euphrate, le royaume 
de la Bactiiane , fondé par des Grecs révoltés contre 
les Séleucides , quelques années avant celui des Arsa- 
cides, s'élevait au plus haut degré de splendem% pour 
s'écrouler peu après et agrandir de ses débris l'empire 
des Parthes, qui déjà était immense. A peu près vers le 
temps où Mithridate 1" monta siu* le trône des Parthes , 
celui de la Bactriane fut occupé par Eucratide, qui ne 
se rendit pas moins illustre par ses grandes conquêtes , 
mais qui ne fut pas assez heiu^eux pour transmettre à 
ses successeurs la puissance qu'il avait su acquérir. 
Son royaume , affaibli par les guerres continuelles qu'il 
eut à soutenir contre les peuples de la Sogdiane, de 
la Drangiane et de l'Inde, ne put se défendre contre 
tous ces ennemis quand ce prince , à son retour de la 
conquête de l'Inde, eut perdu la vie par les mains de 



DEUXIÈME PARTIE. 381 

son fils parricide. Les Grecs de la Bactriane, après s'être 
vu enlever une partie de leurs états , furent contraints 
de reconnaître la suprématie des Arsacides, jusqu'à ce 
qu'ils fui'ent dépouillés de ce qui leur restait par les 
peuples Scythes qui habitaient au nord de i'Oxus, et 
dont nous rechercherons ailleui's l'histoire et l'origine. 
Justin^ trace, d'une manière aussi concise qu'éloquente, 
les destinées différentes des deux empires. Il est facile 
de découvrir les causes de la prospérité du royaume 
des Parthes, et de s'expliquer la chute rapide de la 
puissance des Bactriens, malgré le talent militaire et 
le com^age de leurs princes. Les Parthes, voisins des 
tribus guerrières de la Scythie, d'où ils tiraient leur 
origine, purent toujours trouver facilement chez elles 
des secours pom' combattre les Grecs et les expulser 
de l'Asie. D'ailleurs, dans le cours de leurs conquêtes, 
leurs forces durent s'accroître de celles d'autres peuples 
Scythes plus anciennement établis dans la Perse, et de 
celles mêmes des natiu-els du pays ; car ceux-ci , quoi- 
qu'ils regardassent les Parthes, aussi bien que les Grecs, 
comme des étrangers, devaient cependant préférer 

' Il Eodem ferme tempore , siculi in Parthis Milhridates , ita. 
« in Bactris Eucratides , magni ulerque viri, régna ineunl. Sed 
« Parthorum fortuna felicior, ad summum hoc duce imperii fas- 
II tigium eos perduxit. Bactriani autem, per varia beila jactati, 
«non regnum tantum, verum etiam libertatem amiserunt : si- 
« quidem Sogdianorum et Drangaritanorum Indorumque bellis 
« fatigati , ad postremum ab invalidioribus Parthis , velut ex- 
« sangues, oppressi sunt. » (Lib XLI, cap vi.) 



382 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

les premiers : ils étaient mêlés depuis longtemps avec 
eux, et sans doute il existait entre les Perses et les 
Parthes quelques rapports de langue , de mœurs et de 
religion. Les Grecs de la Bactriane, au contraire, des- 
cendant des colonies ou des garnisons établies dans ce 
pays par Alexandre le Grand ou par les Séleucides, 
se trouvaient dans une position défavorable : placés 
dans une contrée très-éloignée de leur patrie origi- 
naire; environnés, de tous les côtés, de nations guer- 
rières et turbulentes, qu'il était difficile de sul^juguer à 
cause de la nature des régions qu'elles habitaient, 
ils ne purent maintenir leur indépendance , avec beau- 
coup de peine, que pendant un peu plus d'un siècle. 
On a vu avec quelle facilité les rois séleucides furent 
chassés de l'Asie occidentale , bien qu'ils fussent à por- 
tée de renforcer journellement leurs armées avec des 
mercenaires ou des aventuriers venus de la Grèce. Les 
rois de la Bactriane étaient, par leur position, hors 
d'état de se procurer de pareils secours. Livrés à leiu's 
seules forces, ils eurent bientôt épuisé tous leurs moyens 
dans les guerres continuelles qu'ils avaient à soutenir 
contre les Barbares qui les environnaient. Au milieu 
de ces cuconstances difficiles, la postérité des colons 
grecs dut être peu nombreuse ; et il est à croire qu'elle 
ne fut pas suffisante pour résister aux attaques redou- 
blées des Scythes, qui finirent par lui ravir la liberté. 
C'est Justin qui raconte qu'Eucratide, revenant vain- 
queur do l'Inde, fut tué par son fils, qu'il avait associé 



DEUXIÈME PARTIE. 383 

au trône, L'iiistorien latin ajoute que, pour rendre 
encore son panicide plus horrible, l'assassin fit passer 
son char sur le corps sanglant de son père , qu'il aban- 
donna sans sépulture ^ Bayer pense qu'ils portaient 
tous deux le même nom '^. Justin, le seul écrivain de 
l'antiquité qui fasse une mention précise du fils, ne 
nous dit cependant pas comment il s'appelait ; mais 
Strabon ^, parlant du roi des Bactriens qui eut à sou- 
tenir contre les Parthes une guerre dans laquelle il 
perdit une partie de ses états, lui donne le nom 
d'Eucratide. Comme il ne paraît pas qu'Eucratide I", 
vainqueur de l'Inde, ait jamais combattu contre les 
Parthes, qui lui auraient enlevé plusieurs de ses pro- 
Arinces, ainsi que Strabon le dit d'un roi également 
appelé Eucratide, il ne peut être question, dans cet 
écrivain, que du fils d'Eucratide I",et ce fds sera alors 
Eucratide IL Après avoir raconté les guerres d'Eucra- 
tide P'dans l'Inde et son assassinat, Justin* ajoute aussi 
que, pendant que ces événements se passaient dans 
la Bactriane, la guerre éclata entre les Mèdes et les 

' « Unde (India) cum se reciperet,a filio, quem socium 
« regni fecerat, in itinere interficitur ; qui non dissimulato par- 
« ricidio, velut hostem, non patrem interfecisset, et per sangui- 
«nem ejus currum egit, et corpus abjici insepultum jussit. » 
(Lib. XLI , cap. VI.) 

'^ Bayer, Hist. regni Grœc. Bactr. p. q5. 

" Geogr. lib. XI, pag. 5i5, 5i6 et 517. 

* ■ Dura haec apud Bactros geruntur, intérim inicr Parlhos 
«et Medos bellum oritur. » (Lib. XLL cap. vi.) 



384 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

Parthes; puis il parie de tous les faits antérieurs à 
l'établissement des Arsacides sur le trône d'Arménie, 
faits dont nous avons fixé la chronologie. On peut 
en conséquence , et avec assez de probabilité, placera la 
même époque que la fondation du royaume arsacide 
d'Arménie , c'est-à-dire en l'an 1 5o avant J. G. la mort 
d'Eucratide P" et l'avènement de son fils parricide. 

Lorsqu'il eut vaincu les Séieucides, étendu les li- 
mites de son empire jusqu'aux rives de l'Euphrate et 
fondé le royaume d'Arménie, Mithridate, débarrassé 
de toute crainte du côté de l'Occident, dut tourner ses 
regards vers l'Orient, où fassassinat du roi de la Bac- 
triane et les troubles qui en furent très-probablement 
la conséquence lui présentaient une occasion favo- 
rable pour agrandir ses états. G'est donc vers ce temps 
que nous placerons la guerre qu'il fit à Eucratide II. 
L'histoire ne nous a pas conservé les détails relatifs 
à cet événement. On sait seulement, par Strabon ^ 
qu'une partie du royaume de la Bactriane tomba au 
pouvoir des Parthes. Elle se composait vraisembla- 
blement des provinces limitrophes de la Parthyène, 
telles que fArie, la Margiane et l'Ariane, qui, après 
avoir dépendu de la Bactriane, ont ensuite fait partie 
de l'empire des Arsacides. Strabon nous apprend 
même, dans un autre passage de sa Géographie, que 

' À^e/XovTO 8è ( oi Tla.pdvaîoi ) xai trjs Ba«Tptav);s ^épos 
^ia<Tâ(isvot TOUS Sxv^as' xai êri 'apàtspov tov$ tsepi BOxpar/Sar. 
[Geoçjr. lib. XI, p. bib.) 



DEUXIÈME PARTIE. 385 

les Parthes s'emparèrent alors de deux satrapies de la 
Bactriane proprement dite, appelées Aspionès et Tou- 
rioaa^. Selon Moïse de Khoren-, Arsace le Grand, qui 
est pour nous Mithridate I", se rendit maître de la 
ville de Bahl, la même que la Bactra des Grecs. Il est 
probable qu'après ces conquêtes, le roi de la Bac- 
triane fut obligé de reconnaître, malgré lui, la su- 
prématie de Mithridate. Il se soumit, sans doute, à 
cette condition , afin de conserver le gouvernement 
du reste de ses états; mais il n'attendait qu'une occa- 
sion favorable pour secouer le joug que les circons- 
tances l'avaient forcé de subir. Aussi voyons-nous que , 
lorsque Démétrius Nicator repassa l'Euphrate dans 
le dessein d'aller reconquérir les provinces enlevées 
à son père, les Bactriens le pressèrent, par des am- 
bassadeurs , de venir les défendre , et lui fournirent 
des secours^. Vaillant* place en l'an i/i6 avant .T. C. 
la réunion d'une partie de la Bactriane à l'empire 
des Parthes et la soumission de son roi. Nous avons 
déjà dit que la guerre qui eut pour résultat ces deux 
événements, ne put commencer qu'après l'an i5o. 
Nous adoptons , en conséquence , le calcul de Vail- 

' Trjv Te kcntidûvov xai rrfv Tovpiovav à(pyjpr}vro Evxpar/Sav oi 
UoLpdvaïoi. (Lib. XI, p. 5i6 et 5 17.) 

^ Hist. armen. lib. II, cap. lxv, p. 188. 

^ Joseph. Ant. Jud. lib. XII, cap. vu. — Justin, lib. XXXVI, 
rap. I. — Bayer. Hist. reg. Grœc. Bactr. p. 96. 

* Arsacid. imper, tom. I , p. ii4- 

1 . a 5 



386 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

lant , qui nous paraît exact , mais en ce point seule- 
ment ; car , selon lui , la guerre entre les deux 
royaumes n'aurait duré qu'une année , et Eucratide I" 
aurait été assassiné l'an i /ly avant J. C. Il nous semble 
impossible de supposer que les Grecs de la Bactriane, 
qui ne manquaient pas de courage, et qui, peu de 
temps auparavant, sous leur dernier roi, avaient eu 
assez de force pom' faire la conquête d'une partie de 
l'Inde, aient cédé, en si peu de temps, dans une guerre 
où il s'agissait de leur liberté. Nous croyons approcher 
beaucoup plus de la vérité en plaçant le commence- 
ment de cette lutte en 1 4 9 , un an après la mort 
d'Eucratide, ce qui lui donne une durée d'environ 
trois années. 

Les anciens rois de Perse furent toujours les sou- 
verains de toutes les régions de l'Inde situées sur les 
deux rives de l'Indus , depuis les montagnes qui avoi- 
sinent la source de ce fleuve jusqu'à son embouchure 
dans l'Océan. Hérodote^ et Ctésias^ nous attestent po- 
sitivement le fait; la plupart des choses qu'ils racon- 
tent des Indiens se rapportent aux peuples qui habi- 
taient les contrées dont nous venons de parler, et 
s'appliquent même , en grande partie , aux nations qui 
les occupent actuellement. On voit, d'après le témoi- 
gnage des historiens d'Alexandre , que ces pays étaient 

' Lib. III.S 94 et 98, t. II, p. 121 et 125; lib. IV. S M, 
t. II, p. 236; éd. Schweigh. 

* Apud Phot. Bihlioth. cod. 72 , p. 45; éd. Bekker. 



DEUXIÈME PARTIE. 387 

alors, comme ils le sont encore , possédés par un grand 
nombre de princes particuliers. Ceux-ci, avant l'arri- 
vée du conquérant macédonien, étaient sans doute 
vassaux du grand roi , de même que leiu's successeurs 
l'ont été, jusqu'à nos jours, de toutes les dynasties 
qui ont successivement dominé dans la Perse ou dans 
le nord de l'Inde. Ils obéissent maintenant, pour la 
plupart , au chef suprême des Afghans. Tour à tour 
faibles ou puissants, soumis ou indépendants, ces pe- 
tits princes ont, de tout temps, vu leur autorité dé- 
pendre du plus ou moins de force des grands états 
qui les environnent. La destruction de l'empire des 
Perses par Alexandre dut amener leur indépendance. 
L'auteur du Modjmel-al-téwarikh nous a conservé à 
ce sujet plusieiu's faits curieux, qu'on ne trouve pas 
dans les historiens occidentaux, et tpi'il a tirés d'un 
ancien livre indien, traduit d'abord en arabe par 
Abou-Saleb-ben-Schoaïb-ben-Djaméa, puis en persan, 
l'an /ti y de l'hégire ( i o 2 6 de J. C. ) , par Abou'lhassan- 
al-ben-Mohammed d'Halep^ Il parle d'un prince ap- 
pelé Kéfend, qui n'était pas indien d'origine, et qui 
régnait sur les pays situés vers les bouches de l'Indus. 
Aussitôt que ce prince apprit les victoires d'Alexandre 
sur Darius, il s'empressa d'envoyer des ambassadeurs 
au conquérant macédonien pour faire alliance avec 
lui ; peu après , il rassembla ses forces et celles de ses 
alliés, secoua le joug des Perses, détruisit les temples 
' Mss. persan.s delà Bibliothèque royale, n° Gi, fol. 6r) r. 

25. 



388 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

du feu, chassa les garnisons persanes, et les força de 
chercher, avec leui' chef Mehrèh, un asile chez les 
Scythes , que , par anachronisme , notre auteur appelle 
Turks '. Ce récit est d'accord avec le témoignage des 
écrivains anciens, grecs ou latins, qui, de leur côté, 
nous apprennent que la Scythie fut le dernier espoir 
des Perses , et qu'elle servit de refuge aux généraux et 
aux satrapes de Darius cjui survéciu'ent à la destruc- 
tion de l'empire. Après la bataille d'Arbèles, qui décida 
du destin de la Perse, ce prince, sans armée, résolut 
de se retirer chez les Scythes , espérant qu'avec leur se- 
coiu-s il parviendrait à reconquérir ses états. Dès cju'ii 
eut achevé la conquête de la Perse et pris possession 
du trône de Darius, le vainqueur entra dans l'Inde 
pour faire revivre les droits des souverains auxquels 
il succédait; il soumit successivement tous les chefs 
indiens qui régnaient sur les bords de l'Indus, de 
l'Hydaspe et de l'Hyphasis, jusqu'à l'Océan; ils se recon- 
nurent ses vassaux , comme eax et leurs prédécesseurs 
s'étaient reconnus les vassaux des anciens rois de 
Perse. 

Il est fort probable qu'après la mort d'Alexandre, 
ces princes indiens recouvrèrent, une seconde fois, 
leur indépendance. Nous voyons, en effet, les rois de 
Syrie, Séleucus Nicator et Antiochus le Grand, être 
obligés de recourir à la force des armes pour les faire 

' Mss. persans de la Bibliothèque roy. n° 62, fol. 77 v. el 
78 r. 



DEUXIEME PARTIE. 389 

rentl'er sous la domination grecque ; ce ne fut pas sans 
peine qu'ils triomphèrent de la valeur des Indiens. Hé- 
rodote nous atteste que ceux de ces peuples qui étaient 
voisins des provinces persanes de Pactyice et de Cas- 
patyre , passaient pour être très-belliqueux ^ ; et ce qui 
le prouve , c'est la résistance opiniâtre qu'ils opposèrent 
à Alexandre. Tels ils étaient alors, telles sont de nos 
joui's les tribus patanes , afghanes et autres qui habitent 
les mêmes régions. Les rois de Syrie , ni , après eux , 
les rois grecs de la Bactriane, qui, par leur voisinage , 
semblaient avoir plus de facilité pour établir une do- 
mination stable sur les peuples dont il s'agit, ne réus- 
sirent à les dompter complètement. Apollodore , Mé- 
nandre et Eucratide I*', quoiqu'ils aient porté leurs 
armes victorieuses depuis les frontières méridionales 
de la Bactriane jusqu'aux bouches de i'Indus , n'exer- 
cèrent jamais sur eux une autorité beaucoup plus 
longue que le séjour de leiu*s ai'mées dans ces con- 
trées. Chacun de ces princes fut obligé de recommen- 
cer l'ouvrage de son prédécesseur. 

Ce fut sans doute à l'imitation des Achéménides, 
d'Alexandre le Grand , des rois de Syrie et de la Bac- 
triane, pour la même raison et en vertu des mêmes 
droits, que les princes Arsacides entreprirent la con- 
quête de l'Inde. Le premier d'entre eux qui porta ses 
armes vers cette vaste contrée, fut Mithridate I"; nous 
avons sur ce point le témoignage formel d'Orose. Mi- 

' Lib. III, S 102. t. II. p. 128. 



390 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

thridate, pour nous servir des expressions de l'écrivain 
ecclésiastique , « soumit toutes les nations établies entre 
« l'Hydaspe et l'Indus, étendit jusqu'à l'Inde les limites 
u de son sanglant empire ^ » Selon Diodore de Sicile, il 
s'avança jusqu'aux régions qui avaient été autrefois sou- 
mises à Porus^, et qui sont situées à l'orient de l'Indus , 
entre l'Hydaspe et l'Hyphasis. Eucratide I", roi de la 
Bactriane , avait conquis plusieui's des pays dont nous 
venons de parler, mais sa fin malheureuse dut amener 
de nouveau l'affranchissement des peuples qu'il avait 
soumis. Il est donc fort probable qu'après la mort de 
ce prince, les Indiens ne reconnurent plus l'autorité 
des Bactriens, et qu'ils étaient indépendants lorsque 
Mithridate I" entreprit son expédition. Elle doit être 
postérieui'e à la guerre de la Bactriane, et , par consé- 
quent, à l'an 1 /i6 avant J. C. Orose nous atteste^ posi- 
tivement qu'elle eut lieu antérieurement à la guerre 
du même roi des Parthes contre Démétrius Nicator, 
laquelle, comme nous le verrons bientôt, commença 
l'an ilii avant J. C. Ainsi, en supposant qu'il n'y eut 
aucun intervalle entre ces deux guerres , celle de l'Inde 

' « Omnes praeterea gentes , quae inter Hydaspem fluvium et 
« Indum jacent, subegit. Ad Indiam quoque cruentum extendit 
'< imperium. » (Oros. lib. V, cap. iv.) 

^ Mé^^pi yàp TÎ7S ivhiKijs Siare/vas , Tffs virù tov ïlcopov 
yevoixévrjs x/âpas è}tvpiev(Tev ÙKtvhùvœs. (Diod.Sicul. lib. XXXIII, 
vol. II, part. II, p. 187; éd. Lud. Dindorf.) 
Lib. V, cap. IV. 



DEUXIÈME PARTIE. 391 

aura duré au moins quatre années entières; ce qui n'a 
rien d'étonnant , lorsque l'on considère le grand nombre 
(le difficultés que les Parthes durent avoir à surmon- 
ter, soit par la vaillance des peuples qu'ils combat- 
taient, soit par la nature, l'étendue et l'éloignement 
des pays qu'ils eurent à parcourir. 

Il paraît que Mithritate pénétra assez avant dans 
l'Inde. L'histoire ne nous a pas conservé le récit dé- 
taillé de cette expédition; nous savons seulement par 
Orose, déjà cité plus haut, que Mithridate s'avança 
jusqu'au fleuve Hydaspe et à l'Hyphasis. Nous pensons 
que ses conquêtes ne furent pas plus durables que celles 
des rois qui, avant lui, avaient fait des invasions sem- 
blables. Après sa mort, l'empire des Arsacides ne se 
trouva point dans une position assez favorable pour 
retenir les princes indiens sous le joug. Les peuples 
scythcs, venus du nord de l'Oxus, ne tardèrent pas à se 
rendre maîtres des mêmes contrées, après avoir con- 
(piis la Bactriane. Quand , plus tard, la fortunese mon- 
tra moins contraire aux Arsacides, sous Mithridate II, 
les rois parthes reconnurent, sans doute , fimpossibilité 
de maintenir lem' souveraineté sur des régions aussi 
éloignées du centre de leiu* monarchie; ils prirent le 
parti de faire ce qu'ils avaient déjà fait en Arménie, 
c'est-à-dire, d'établir dans ces contrées lointaines une 
branche de la famille royale. En fixant leur résidence au 
milieu des Indiens ou dans leur voisinage , les princes 
de cette branche purent bien plus facilement affermir 



392 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

leur domination et la transmettre à leurs descendants. 
Dans la suite des temps, il ne resta probablement aux 
Parthes , de toutes les conquêtes de Mithridate I", que 
les provinces situées sur les frontières de l'Inde et de la 
Perse, nommément la Drangiane et l'Arachosie, et 
celles qui s'étendent jusqu'aux rives de l'Indus, vers 
,,son embouchure. De ce côté, les possessions des Perses 
n'ont jamais été bien distinctes de celles qui apparte- 
naient aux Indiens. Dans sa description abrégée de 
l'empire parthe\ Isidore de Charax dit que l'Arachosie 
portait le nom d'Inde blanche; encore de nos jours, 
on trouve dans le même canton un grand nombre 
d'Indiens. Strabon étend, du côté de l'Orient, les limites 
de cette province jusqu'aux bords de l'Indus, et la fait 
dépendre de l'Ariane ^. Selon le même géographe , la 
région la plus éloignée de l'empire des Parthes, vers 
l'Orient, sur les frontières de l'Inde, était la Ghoarine, 
située à dix - neuf mille stades de l'Ariane , pour le 
voyageur qui traversait l'Ai'achosie ^, sans doute dans 

' Geog. grœc. min. t. II, p 8. 

* Ka/ j; Apa)(Ci)(TÎa. Se oO croXû âirodév èdi, xaî axirt} toïs 
voriois fiépecTt rœv opœv ÙTro-mirTcoxiiia, xai (ié^pi roi) Ivhoi) 
'SfOTO.fiou TSTOLnévï}, fiépos ovffa Tïjs kpiavijs. (Strab. lib. XI, 
p. 5i6.) 

^ Ilepi ravTa hé tsov xà (léprj Trjs bp.ôpov ttj IvSjx); xai tijv 
\(a(tprivifv eîvai (TvpiSaiver éali 8s tûv vtto toïs ïlaipdvalois aiiTij 
TipO(T£)(S(TlâTrf Tïf iv^iKff- hié)(_£i hs TJ)? A.piavfj5 S«' Xpa^MTMv xai 
rfjs Xe;^3-e/(T>;s ôpeivrjs alahiovs fxvpiovi èwaxi(TX,i^iovs. (Slrab. 
Geogr. lib. XV, p. 726.) 



DEUXIÈME PARTIE. 393 

la direction du sud-ouest. M. de Sainte - Croix ^ sup- 
pose que le texte de Strabon est corrompu en cet en- 
droit, et qu'on doit lire Drangiane au lieu de Choa- 
rine. Nous croyons qu'il s'est trompé , et qu'il fait une 
supposition purement gratuite. Le passage du géogra- 
phe grec est fort clair-, il n'en serait certainement pas 
de même si l'on faisait la correction demandée par le 
savant académicien. Pour peu qu'on lise avec atten- 
tion ce passage , on voit bien évidemment que Stra- 
bon veut parler de la dernière province de l'empire 
des Parthes, du côté de l'Inde; c'est-à-dire d'une con- 
trée située au delà de l'Arachosie et dans cette direc- 
tion. Si l'on substituait Drangiane à Choarine, il s'a- 
girait, au contraire, d'une province de Perse située 
en deçà de l'Arachosie. 

Quoique les Arsacides de Perse eussent établi une 
branche de leiu* race dans l'Inde, il est certain , connne 
nous venons de le dire , qu'ils conservèrent la posses- 
sion de quelques cantons de cette contrée. On peut 
même croire, d'après le témoignage du Périple de la 
mer Erythrée , attrD)ué à Arrien , que , bien qu'unis 
par des liens de parenté avec les princes qui régnaient 
sur les Scythes de l'Inde, ils tentèrent plusiem's fois 
de passer f Indus , et de se rendre maîtres d'une grande 
et riche cité appelée Minnagar, qui était située sm' la 
rive gauche du fleuve et qui comptait au nombre des 

' Mém. de rAcail. des Inscr. [Mém. sur l étendue de l'empire 
des Parthes), tom. L. p. 106 et 107. 



39/1 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

villes royales des Indo- Scythes'. Ces dernières inva- 
sions ont dû arriver avant le ii* siècle de l'ère chré- 
tienne-, mais, comme nous ne les connaissons par 
aucun autre témoignage, il nous est impossible d'en 
parler d'une manière plus circonstanciée. 

Orose place après la guerre de l'Inde l'expédition mal- 
heureuse de Démétrius Nicator contre les Parthes^. 
Pour en déterminer l'époque précise , il est nécessaire 
de faire connaître , en peu de mots , ce qui s'était passé 
en Syrie depuis les grandes conquêtes de Mithridate I*^ 
et la fondation du royaume d'Arménie. Les Grecs de 
Syrie, épuisés par les guerres civiles qui suivirent la 
mort de Démétrius Soter et l'usurpation d'Alexandre 
Bala , ne furent pas longtemps en état de porter des 
secours à leurs compatriotes de la haute Asie, op- 
primés par les Parthes. Démétrius Soter était mort 
dans l'année i5i avant J. C, en combattant contre 
Alexandre Bala. Le fils réel ou supposé d'Antiochus 
Epiphane resta maître de l'empire , qui lui fut bientôt 
disputé, dans le cours de l'année iliS , par Démétrius, 
fils de Démétrius Soter. Quoique fort jeune encore, 
ce prince partit de Crète , où il avait été élevé , et 
retourna en Syrie pour reconquérir le trône de son 
père , avec l'appui du roi d'Egypte et de la plus grande 
partie des Syriens, qui étaient mécontents de la mol- 

' Geog. (jrœc. min. tom. I, p. ua. 

^ « Demetrium ipsum secundo sibi belio occurrentein (Mi- 
« ihridales) vicit et cepit. » (Gros. lib. V, cap. iv.) 



DEUXIÈME PARTIE. 395 

lesse d'Alexandre Bala. Après deux années de com- 
bats, ce dernier, vaincu par Ptolémée Philométor, 
alla chercher un asile chez un des princes des Arabes 
du désert. Il y trouva la mort; Démétrius II, qui prit 
le surnom de Nicator, Vainqueui% resta seul maître 
de l'empire des Séleucides, l'an ik6. Mais il devait 
bientôt, à son tour, mécontenter ses sujets par sa 
conduite politique : il licencia toutes ses armées , ren- 
voya les soldats qui avaient porté les armes contre lui, 
et ne garda , selon l'auteur du premier livre des Mac- 
cabées ^ et selon Josèphe ^ , que les éti'angers qui 
l'avaient aidé à monter sur le trône de son père. 
Diodote , surnommé Tryphon , qui avait servi sous 
Alexandre Bala , profita de la disposition générale des 
esprits pour se révolter; les habitants d'Antioche sui- 
virent bientôt son exemple, ainsi que la plus grande 
partie de la Syrie. En i /i5 , Diodote alla chercher chez 
les Arabes un jeune eniant appelé Antiochus , qui 
était fils d'Alexandi'e ; il le fit proclamer roi , sous le 
nom d'Antiochus Epiphane Dionysus. Pendant environ 
deux ans, Démétrius Nicator soutint la guerre contre 
Tryphon , non en personne , mais par ses généraux , 
qui fui'ent toujours vaincus; la plupart des provinces 
du royaume tombèrent au pouvoir du rebelle, qui, 
las de régner sous le nom d'un enfant, le fit périr en 
l'année i 43, se croyant assez fort pour se faire recon- 

' Cap. XI, V. 38. 

^ Antiq. jud. lib. XIII, cap. iv; 0pp. loin. 1 , p. 6l\à, 6/»5. 



390 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

naître comme roi et pour achever de chasser Démé- 
trius. La guerre recommença avec une nouvelle fureiu", 
mais sans succès pour ce dernier, que la perspective 
de sa chute inévitable ne put tirer de sa léthargie, et 
qui devint, par sa lâcheté, un objet de mépris aux 
yeux de ses sujets ^ Voyant enfin que presque tous 
ils s'étaient révoltés contre lui , et que Tryphon al- 
lait rester maître de ses états, Démétrius, en l'année 
1^1, résolut de regagner l'affection des peuples de 
Syrie par quelque brillant exploit, qui pût leur faire 
oublier la mollesse honteuse dans laquelle il avait 
passé plusieurs années de son règne : il entreprit une 
expédition dans la haute Asie, avec l'intention d'en 
chasser les Parthes, de recouvrer les provinces qui 
avaient été enlevées à son père , et d'en tirer de nou- 
velles forces pour combattre Tryphon. Pour tous 
les faits relatifs à l'histoire de Syrie et antérieurs à cette 
entreprise , nous avons admis sans restriction la chro- 
nologie du P. Frôlich ^, qui nous paraît mérit€;r pleine 
confiance; et nous assignerons, comme lui, à l'expé- 
dition de Démétrius Nicator la date de l'an i 4 1 avant 
J. C. Cette date concorde avec le calcul du premier 

' « Reciperato paterno regno Démétrius , et ipse rerum suc- 
« cessu corruptus, vitiis adolescentiae in segnitiam labitur; 
« tanlumque conlemplum apud omnes inertiae, quantum odium 
« ex superbia pater habuerat, contraxit. » (Justin, lib. XXXVI, 
cap. I. ) 

Annal, rer. reg. Syriœ, p. ôS-y/i- 



DEUXIÈME PARTIE. 397 

livre des Maccabées\ qui place la guerre contre les 
Parthes en l'an i 7 -2 de l'ère de Séleucus, ce qui revient 
au même, si l'on suit la manière de compter des Sy- 
riens. 

Quoique Justin ^ dise positivement que Démétrius 
Nicator, pour réparer son honneur et regagner l'es- 
time de ses sujets, entreprit une expédition contre les 
Parthes, et que, de son côté, Josèphe ^ confirme le 
fait, M. Visconti, se fondant sur un passage du pre- 
mier livre des Maccabées, conjecture que le roi de 
Syrie ne s'était porté vers l'Orient qu'afm d'y cher- 
cher des forces pour combattre Tryphon. «Appien, 
« Justin et Josèphe , dit-iP , supposent tous que Démé- 
« trius II avait passé l'Euphrate pour faire la guerre 
« aux Parthes; j'ai préféré ici, comme au chapitre xiii, 
i(le récit de l'auteur des Maccabées, suivant lequel 
(I Démétrius ne s'était transporté en Orient que pour 
«lever de nouvelles forces et pour les opposer aux 
(( progrès de Tryphon. Ce récit est plus vraisemblable. 
((Le prince séleucide, dépouillé par son compétiteur 
(( de la principale partie de ses états , ne pouvait songer 
(( à chasser les Parthes de ses frontières. Nous avons 

' Cap. XIV, vers. 1. 

' « Itaque cum ab imperio ejus passim civitates deficerent, 
« ad abolendam segnitiae maculam , bellum Parthis inferre sta- 
«tuil... (Lib. XXXVI, cap. I.) 

' Ant.jud. lib. XIII, cap. v, tom. I, p. 65o, 65 1. 

* Iconogr. grecq. (om. III, p, 5^, not. 1. 



398 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

(( vu ailleurs combien le récit que les auteurs pro- 
« fanes font de plusieurs événements de cette époque 
«est fautif, et comment les récits contraires qu'on 
« trouve dans l'auteur sacré , qui est plus ancien , sont 
« confirmés par les découvertes numismatiques. » Il 
serait difficile , en raisonnant dans cette supposition , 
d'expliquer comment une guerre éclata entre les deux 
états ; et cependant nous ne pouvons pas révoquer en 
doute cette guerre, lorsqu'elle est attestée par le té- 
moignage formel de tous les écrivains de l'antiquité, 
et lorsque nous savons qu'elle se termina par la dé- 
faite et la captivité de Démétrius. De l'opinion adoptée 
par M. Visconti, il résulterait, quoiqu'il ne le dise pas 
formellement , que les Parthes , à l'époque dont il s'agit , 
n'étendaient point leur domination jusqu'aux bords de 
l'Euphrate , puisque , selon le premier livre des Mac- 
cabées , Démétrius aurait été chercher des forces dans 
les provinces de son empire situées au delà de ce fleuve 
et jusque dans la Médie. N'avons-nous pas vu cepen- 
dant que, sous le règne de Démétrius Soter, les Parthes 
avaient conquis tout le pays jusqu'à l'Euphrate, pris 
Séleucie, Babylone, et fondé le royaume d'Arménie, 
qui, d'après Moïse de Khoren\ avait alors pour capi- 
tale Nisibe, dans la Mésopotamie? S'il restait aux Sé- 
leucides quelques possessions au delà de l'Euphrate, 
c'étaient peut-être Edesse et l'Osrhoène , royaume qui , 

' Lib. I, cap. vu, p. 21; lib. Il, cap. vi. p. 91; cap. vu, 
P- 99- 



DEUXIÈME PARTIE. 399 

selon l'historien syrien Denys de Tel-maliar*, ne fut 
fondé qu'en l'an i36 avant J. C. encore est-il impos- 
sible d'affirmer que ce pays n'était pas déjà tombé au 
pouvoir des Parthes ou des Arsacides d'Arménie. Mais, 
si à cette époque, comme nous le pensons, il conti- 
nuait de rester soumis aux Séleucides , on doit recon- 
naître qu'il n'avait pas une assez grande étendue pour 
que l'opinion de M. Visconti se trouve justifiée. Tous 
les écrivains de l'antiquité attestent que Démétiius 
abandonna son royaume de Syrie, dans le dessein 
d'attaquer celui des Parthes. Justin 2, que nous avons 
déjà cité, l'affirme de la manière la plus positive. 
Trogue Pompée 3, dans les Prologues de sa grande his- 
toire, que nous ne possédons plus, le disait également. 
Appien mentionne aussi le fait, ajoutant que Démé- 
trius entreprit cette expédition , à l'exemple de Séleucus 
Nicator\ ce qui pourrait induire en erreur et faire 
croire que celui-ci avait eu à soutenir quelque guerre 
contre les Arsacides, tandis que ces derniers n'ont 
commencé à régner que longtemps après sa mort. 
Toutefois , il serait possible qu'avant l'établissement de 
cette dynastie, Séleucus eût effectivement entrepris 
contre les Parthes rebelles une expédition dont l'his- 

Apud Asseman. Biè/. orient, tom. I, p. 388. 
' Lib. XXXVI, cap. I. 
Ad cale. Justin, éd. varier, p. 532 et 533. 
Eiri Te napdvahvs xai Ôhe (lerà 'S.éXevxov ècrlpàTenae. ( Ap- 
pian. De hell. Syr. c. lxvii ; 0pp. t. I, p. 638, éd. Schweigh.) 



/400 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

toire ne nous aurait pas conservé le souvenir. Josèphe , 
qui connaissait le premier livre des Maccabées , et qui 
souvent en emprunte les expressions , parle aussi de la 
guerre de Démétrius contre les Parthes ; il dit ^ que 
ce prince passa l'Euphrate avec l'intention de se rendre 
maître de la Mésopotamie et de Babylone, ce qui 
prouve incontestablement qu'il en avait perdu la pos- 
session. L'historien juif ajoute même que Démétrius 
comptait sur le succès de son entreprise contre les 
Parthes pour combattre Tryphon avec plus d'avan- 
tage ^. Nous verrons bientôt que cette version est la 
plus vraisemblable. Orose enfm, le dernier écrivain 
qui ait fait mention de la malheureuse expédition de 
Démétrius contre les Parthes ^ , paraît s'être trompé 
en ce point seulement, que, confondant Démétrius 
Soter avec son fds , qui portait le même nom , il s'est 
trouvé induit à croire que le premier de ces princes 
avait fait deux fois la guerre à Arsace. 

' Ô hè àrjfirJTptos hiaSàs eis rr)v Me(70TtoTa(ilav rjxe, raiTtjv 
jSouXôfxevos «ai rrjv BaêwXwva xaTacp^efv, k. t. X. (Joseph. Anti- 
quit.jud. lib. XIII, cap. v; 0pp. t. I, p. 65o et 65 1.) 

" TavTais (ô Irjfiijrptos) èTtoLpdeis rats èXir/civ ép(xr)ae 'zspàs 
avTOÙs, ei xaTaal péypaiTO tous Jlàpdovs, xa« yévoiTO aOrw hùvap.is, 
Tov Tpv^wra Tsokenrjffai hteyvods, xai rrjs "Lyplas èxëi'Xsïv. [Ant. 
jud. lib. XIII, cap, v; 0pp. tom. I, p. 65i.) 

' « Mithridates.... victo Demetrio praefecto, Babyloniam ur- 

« bem fmesque ejus universos victor invasit Demetrium 

« ipsum secundo sibi belle occurrentem, vicit et cepit. » (Oros. 
lib V, cap. IV. ) 



DEUXIÈME PARTIE. 401 

Si Ton examine avec attention le passage du pre- 
mier livre des Maccabées , qui sert de fondement à 
l'opinion de M. Visconti, on verra qu'il ne contredit 
cependant en rien les récits des auteurs profanes. L'au- 
teur dit, il est vrai, dans le premier verset du cha- 
pitre XIV : « En l'année 172, le roi Démétrius assembla 
«son armée et alla en Médie, pom' s'y procui'er des 
« secours qui le missent en état de faire la guerre à 
(iTryphon'. » Toutefois, si M. Visconti avait lu avec 
attention le verset suivant, il y aurait remarqué que 
Démétrius , en pénétrant dans la Médie , n'entra pas 
dans une province qui lui appartenait, mais bien 
dans les états du roi des Parthes; l'auteur sacré le 
dit positivement : «Et Arsace, roi de Perse et de 
« Médie , ayant appris que Démétrius était entré dans 
« ses états , envoya un de ses capitaines pour le prendre 
«vif et le lui amener^.» C'est la faiblesse extrême 
dans laquelle il est à présumer qu'était tombé Dé- 
métrius, qui a trompé M. Visconti. Il n'a pas cru 
possible qu'un prince hors d'état de résister chez 

' Kai èv ersj hevrépco xai éëhofirjuoff'lcà xoù SHarotrlù) cvin;- 
yays ù^rjfiiJTptos à (SawiXeùs ràs hwâ^ets aÙToii- xaî siropsvdïj 
eis Mrjhetxv tov èirienicuraadat ëorjdetav ctiirù) , Ôircos TSokefiijaTf 
TovTpv^Mva. (I Macc. cap. xiv, vers. 1.) 

" Kaj rJKOVtrev kpaixijs, à êacjXevs Tffs Uepaihos xai Mrjheias , 
ôtt ^\de IrjfiTJTptos eis xà Opta airov, xai à'jré<rfet\ev ëva tùv 
àp^dvTùiv «OtoO ffvXkaietv «VTdv ÇeDvra. (I Macc. cap. xiv, 
vers. 2.) 

I. 26 



402 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

lui à un usui'pateur , eût osé affronter une puissance 
aussi formidable que celle des Parthes. Cette faiblesse 
même, qui aurait dû naturellement empêcher une telle 
expédition , en fut cependant le seul et vrai motif. Le 
livre des Maccabées nous atteste que Démétrius n'eut 
pas d'autre but que de trouver les moyens nécessaires 
pour triompher de Tryphon. Josèphe, que nous avons 
déjà cité, n'est pas moins explicite à cet égard. Les 
faits qui vont être rapportés, montreront d'ailleurs 
que l'entreprise de Démétrius n'était ni aussi insensée 
qu'on pourrait le croire, ni aussi impossible que le 
pense M. Visconti. 

A l'époque où elle eut lieu, il n'y avait pas long- 
temps que les provinces limitrophes de l'Euphi^ate et 
du Tigre , ainsi que la Médie et les autres pays de la 
haute Asie , faisaient partie de l'empire des Arsacides ; 
ils ne leur étaient pas complètement soumis , les con- 
quérants n'ayant point encore eu le temps d'y affermir 
leur domination. Les Grecs et les Macédoniens qui ha- 
bitaient en grand nombre ces contrées , et les princes 
qui avaient été forcés de reconnaître la suprématie des 
Parthes, n'attendaient, les uns et les autres, qu'une 
occasion favorable pour briser le joug qui leur était 
imposé. Aussi Justin dit-il que les peuples de l'Orient, 
accoutumés à l'ancienne domination des Macédoniens 
et fatigués de l'insolence de lem's nouveaux maîtres , 
non moins que de la cruauté personnelle du roi des 
Parthes , virent avec plaisir l'arrivée de Démétrius dans 



DEUXIÈME PARTIE. i03 

la haute Asie^ Bien plus, l'expédition de ce prince, 
selon le témoignage de Josèphe , fut le résultat des pres- 
santes sollicitations des Grecs établis dans ces conti'ées. 
(i Les Grecs et les Macédoniens qui habitaient dans les 
(c satrapies supérieures, lui envoyaient, dit l'historien 
«juif, de fréquentes ambassades, promettant que, s'il 
« venait vers eux , ils se soumettraient à sa puissance , 
« et se joindraient à lui pour faire la guerre à Arsace, 
«roi des Parthes -. » Ce furent ces promesses et l'espé- 
rance qu'elles lui faisaient concevoir de tirer, des pro- 
\ances qu'il se flattait de reconquérir, des forces pom' 
vaincre Tryphon , qui engagea Démétrius à passer l'Eu- 
phrate et à marcher contre les Parthes. Bayer^, dont 
nous partageons l'opinion, pense que Josèphe enten- 
dait par les Macédoniens, les Grecs établis dans les 
provinces voisines de l'Euphrate et dans la Médie ; et 
que , sous le nom de Grecs , il désignait ceux qui s'étaient 
fixés dans la Bactriane et vers l'Inde , attribuant ainsi 
ces deux dénominations différentes h une diversité 

' « Cujus (Demetrii) adventum non inviti Orientis populi vi- 
>i dere; el propter Arsacidae, régis Parthorum, crudelitatem , et 
'( quod veteri Macedonum Imperio assueti novi populi super- 
« biam indigne ferebant. » (Justin, lib. XXXVI, cap. i.) 

' Kai yàp oi Tavrrf xoLTOixovvres ÈXXrjves xai MaxeSàres au- 
veyJHç èirpeaSevovTo TSpùs avrov (A)7fx>;Tp<ov), ei TSpbs aiiTois 
i(pix.oiro, 'Ba.pahcbaeiv p.èv avTOÙs vitKi'/yovp.evoi , avyxarairoXe- 
firjfTetv Se ÀpffiHïfv rbv Tlàpdtov (Saor/Xéa. (Joseph. AnI. Jud. 
lib. XIII, cap. V, p. 65i.) 

' Histor. regn Grœc. Bactr. p. 96 . 



iiOk HISTOIRE DES ARSACIDES. 

d'origine. Justin compte, en effet, les Bactriens parmi 
les peuples qui fournirent des secours à Démétrius^ 
Il y avait alors fort peu de temps qu'ils avaient été 
forcés de se soumettre aux Parthes; le souvenir de leur 
origine et de la puissance que naguère ils exerçaient, 
devait leur rendre le joug des Arsacides d'autant plus 
insupportable, et les disposer à soutenir de toutes leurs 
forces le premier prince séleucide qui se montrerait , 
avec une armée , à l'orient de l'Euphrate. 

Lorsqu'il entreprit la guerre dont nous parlons , Dé- 
métrius, comme l'atteste Josèphe^, avait donc le pro- 
jet de transporter au delà de l'Euphrate le centre de 
sa puissance ; et , sans les revers qu'il éprouva , il au- 
rait trouvé dans les satrapies supérieures des secours 
suffisants pour chasser Tryphon du royaume de Syrie; 
c'est ce que pense l'auteur du premier livre des Mac- 
cabées, aussi bien que Josèphe. Malgré l'opinion con- 
traire de M. Visconti, le récit de ces deux historiens 
ne contredit en aucune manière celui de Justin. 
L'armée de Démétrius, n'en doutons pas, se serait 
considérablement renforcée par les secours de toute 
espèce que lui auraient fournis et les Grecs établis 
dans la haute Asie , et les princes qu'il aurait affranchis 
du joug des Arsacides. 

• Justin, lib. XXXVl , cap. i. 

* Ô Se ^rffirjrptos ^ovkà\i£vos.... râv àvcù aarpaitreiù) 

èyxpoLTïfs yevônevos èvTevdev 'nsoteïadai ràs ÔXrjs rPjs Saurtkeias 
d^opfxàs. {Antiquit. jud. lib. XIII, cap. v, t. I, p. 65o et 65 1.) 



DEUXIÈME PARTIE. 405 

Les historiens nous ont laissé ignorer tous les dé- 
tails de cette guerre ; mais il paraît qu'elle se fit à peu 
près comme toutes celles qui ont eu lieu dans les 
mêmes contrées, c'est-à-dire, en suivant les rives de 
l'Euphrate. Il est permis de croire , d'après les expres- 
sions d'un passage déjà cité de Josèphe ' , que Démétrius 
s'empara de Babylone ; Moïse de Khoren^ nous atteste 
ie même fait. Josèphe nous apprend aussi que les peu- 
ples des pays que traversa le prince séleucide, le re- 
çurent avec joie, et joignirent leurs forces aux siennes, 
pom' combattre le roi des Parthes ^, qui finit néan- 
moins par le vaincre , détruisit entièrement son armée 
et le prit vivant. Outre Josèphe et Justin*, Trogue 
Pompée^, le premier livre des Maccabées®, Orose^ et 
le Syncelle^ nous ont conservé le souvenir des revers 
et de la captivité de Démétrius. Avant ce désastreux 

' Voy. ci-dessus, pag. Aoo, note j. 

* Hisl. armen. lib. II, cap. ii , p. 85. 

' Ae^afzérwv h'avrov irpodrj^Cûç twv èv Tfj "X^po-, aitva.yaywv 
Sûrafxtv è-KoXéfiricTS "Sfpàs tov Apo-ax);!', «ai Tr)v alpa^iàv âirajjav 
ÔTToêaXiwv, aÙTÔs ÇôJv zkriÇOif. [Antiquit. jud. lib. XIII, cap. v.) 

» Lib. XXXVI, cap. i; lib. XXXVIII, cap. ix. 

^ Ad cale. Just. éd. varior. loc. cit. 

" Cap. XIV, vers. 3. 

' Lib. V, cap. IV. 

' 27paTeiio-as Se (ô IrjpLïJTplos) èTtkpahir)v sis 'Ra^vkùva, 
aiyj^ictkùnos yheTai tnrô ÀptrâKOv xai eîs tj)v napdiKr)v àvayOeU 
èÇ>po\)psïto (Tthrjpeodeis- Ôdev xai 'Silrjphrjs èXéyero vatepov. 
(Syncell, t. I, p. bbl\: éd. Guil. Dindorf.) 



406 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

événement, la fortune avait cependant semblé favo- 
riser le roi de Syrie. Il est probable que ses exploits ne 
se bornèrent pas à la prise de Babylone et des cantons 
riverains de l'Euphrate ; la ville de Séleucie lui ouvrit 
sans doute ses portes , et lui fom^nit vraisemblablement 
de grands secours , car nous lisons dans Justin que Dé- 
métrius vainquit les Parthes en plusieurs batailles'. 
Selon l'auteur du premier livi'e des Maccabées^, il pé- 
nétra jusque dans la Médie , où très-probablement il 
trouva le terme de ses succès. Justin rapporte aussi 
que , dans le cours de cette guerre , Démétrius fut sou- 
tenu par les Perses, les Elyméens et les Bactriens^. 
Les deux premiers peuples purent effectivement l'ai- 
der, pai'ce qu'ils se trouvaient sur sa route ou dans le 
voisinage; mais les Bactriens, à cause de leur éloigne- 
ment, ne lui Rusent utiles qu'autant qu'ils opérèrent, 
comme on doit le croire , une diversion en attaquant 
les Parthes du côté de l'Orient. Il ne paraît pas que le 
roi des Parthes ait marché en personne contre Démé- 
trius; on lit dans un verset déjà cité du premier livre 

' « Multis praeliis Parthos fudit. » (Justin, lib. XXXVl, cap. i.) 
Et plus loin : « Namque Demetrius , cum bellum Parthis intu- 
olisset, et multis congressionibus victor fuisset, etc.» (Lib. 
XXXVIII. cap. IX.) 

" Cap. XIV, vers. 2. 

' « Itaque cum et Persarum, et Elymaeorum , Bactrianoruni- 
« que auxiliis juvaretur, multis praeliis Parthos fudit. >' (Justin, 
lib. XXXVI, cap, r ) • 



DEUXIÈME PARTIE. 407 

des Maccabées^ qu'il envoya un de ses capitaines poui* 
le prendre vif et le lui amener. Le mêfne verset nous 
apprend, de plus , que ce capitaine marcha contre Dé- 
métrius , défit son armée , le prit et le conduisit auprès 
d'Arsace , cpii le fit mettre en prison -. 

Mithridate lut peut-être obligé de rester dans l'O- 
rient pour résister aux Bactriens qui l'attaquaient de ce 
côté pendant que Démétrius s'avançait du côté de l'Oc- 
cident. Les expressions dont se sert Justin , en parlant 
de la captivité du roi de Syrie , nous portent à croire 
que ce prince ne fut pas vaincu et pris en bataille ran- 
gée par les Parthes. Son malheur paraît avoir été le 
résultat d'une trahison ; cai* suivant cet historien , on 
trompa Démétrius par de fausses propositions de paix ; 
et ce fut sous le prétexte d'enti'er en négociation avec 
lui, qu'on parvint à s'emparer de sa personne ^. Le roi 
des Parthes lui fit alors parcourir ses états, le menant 
particulièrement dans les pays qui s'étaient révoltés en 
sa faveui*, et le montrant partout comme un exemple 
éclatant de l'instabilité de la fortune '. Il fenvoya en- 

' I, xiv, 2. 

■ Kai èitopevdrj «ai èirira^s Tr)v 'urapsfiSoXrfv àyjfirjTpiov, xai 
(TvvéAa^ev airàv , xai rjyaysv avrov tspàs Apaàxrjv, xa< édsro 
avràv èv (^vXoLKfj. (I Macc. cap. xiv, vers. 3.) 

^ i< Ad postremum tamen , pacis simulatione deceptus ( De- 
«metrius), capitur. i> (Justin, lib XXXVI, cap. i.) Et plus loin : 
« Repente insidiis circumventus , aniisso exercitu , capitur » 
(lib. XXXVIII, cap. IX ). 

* « Traductusque per ora civitatium, populis, qui desciveranl. 



408 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

suite dans l'Hyrcanie, où on le retint prisonnier; et, 
malgré sa captivité, il y fut traité avec beaucoup de 
douceur et d'une manière conforme à son rang^ Pour 
rendre moins cuisant le chagrin que son malheur 
devait causer à Démétrius, Mithridate continua de 
tenir à son égard une conduite vraiment royale; il 
lui donna en mariage une de ses filles appelée Rodo- 
gune, et il promit de le rétablir dans son royaume 
de Syrie, dont, pendant son absence, le rebelle Try- 
phon s'était rendu maître^. Le roi des Parthes mourut 
avant d'avoir pu accomplir sa promesse ; et Démétrius 
resta longtemps encore prisonnier dans l'Hyrcanie. 
Appien place après la mort de Mithridate le mariage 
du roi de Syrie avec une princesse arsacide; ses ex- 
pressions ambiguës pourraient même faire supposer 
qu'il croyait que Démétrius avait été vaincu et pris 
sous Phraate II, fils et successeur de Mithridate I". 
«Démétrius captif, dit-il, vécut dans la résidence 
«royale de Phraate, et le roi lui donna en mariage sa 
« sœur Rodogune^. » 

« in ludibrium favoris oslenditur. » (Justin, lib. XXXVI, cap. i.) 
' « Missus deinde in Hyrcaniam , bénigne et juxta cultum 
« pristinae fortunae habetur. » (Justin, ibid.) 

' «Cui (Demetrio) Arsacides , Parthorum rex, magno el 
« regio animo , misso in Hyrcaniam , non cultum tantum regium 
« praestitit : sed et fiHam in matrimonium dédit, regnumque 
« Syriae, quod per absentiam ejus Trypho occupaverat, restitu- 
« tnrum promiltil. » (Justin, lib. XXXVIII, cap. ix.) 

Vevàfxevos «j;^fjtâXwTos (ô A>;fji)7Tpjos), hiairav eîx,ev èv <l>paâ- 



DEUXIEME PARTIE. 409 

Poui' réfuter l'opinion d'Appien et démontrer que 
Démétrius Nicator s'allia, du vivant de Mithridate I", 
à la famille royale des Arsacides, il est nécessaire 
de déterminer l'époque du mariage de la reine Cléo- 
pâtre , épouse du roi de Syrie , avec le frère de ce 
prince, Antiochus Sidétès. Ce mariage, selon nous, 
fut une conséquence de l'alliance contractée par Dé- 
métrius avec la fille de son vainqueiu*; car Cléopâtre 
put , dès lors , se croire autorisée à briser un lien que 
son mari n'avait pas respecté. Restée sans défense 
après la défaite de Démétrius, et tombée entre les 
mains de Tryphon , cette princesse , poiu* se soustraire 
au pouvoir du rebelle, s'enferma avec ses enfants dans 
la ville de Séleucie, sur le bord de la mer ; elle y fut 
bientôt rejointe par un grand nombre de soldats que 
la cruauté de Tryphon avait déterminés à abandonner 
cet usurpateur ^ . C'est alors que Cléopâtre appela au- 
près d'elle Antiochus , frère de son mari , en lui pro- 
mettant de partager avec lui son trône et sa couche. 
Il est fort probable que ce qui engagea la reine à 
prendre cette double résolution, ce fut tout à la fois 
la crainte de perdre une couronne que Tryphon pou- 
vait, à chaque instant, lui enlever pour toiijoiu's, et 
la nouvelle du mariage que le roi son époux venait 
de contracter; tel est au moins le sentiment d'Ap- 

Tow ^aaiksùjs- xal Pohoyévrjv é^ev^ev aura trjv àSeX^^v ô jSa- 
aCkeiis. (Appian. in Syriac. cap. Lxvii.) 

' Joseph. Aniiqmt. Jud. lib. Xlli, cap. vu, 1. 1, p. 655. 



410 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

pien'. Le premier livre des Maccabées^ nous atteste 
que la lyA* année de l'ère des Séleucides, laquelle 
répond, selon la manière de compter des Juifs, aux 
années iSg et i38 avant J. C. vit Antiochus entrer 
en Syrie. D'un autre côté, nous savons, par Josèphe, 
que le prince séleucide était arrivé dans ce pays avant 
que Cléopâtre l'eût invité à s'y rendre. L'historien juif 
rapporte, en effet, qu'aucune ville ne voulait le rece- 
voir, à cause de la crainte qu'inspirait Tryphon; il 
ajoute qu Antiochus n'acquit une certaine importance 
que lorsque la reine l'eut appelé auprès d'elle^. On 
ne peut guère présumer que ces événements, et par 
conséquent le mariage de Cléopâtre, eurent lieu au 
commencement de la ly/i" année de l'ère des Séleu- 
cides ; il est beaucoup plus probable qu'ils arrivèrent 
dans le cours de cette année ou dans l'année suivante. 
Nous leur assignerons donc la date de l'an i38 avant 
J. C. en admettant que le mariage de Démétrius avec 
Rodogune, fille du roi des Parthes, avait été célébré 

' É«Te<rs 8é xoLi ^ï}(i7jTpiov es tïjv ^aaiksiav èiravskdôvra r) 
y\)vi) KXeo-zïràTpa, %o\o<pov)'iaa.i7a., %tà Kv^ov ts yà[iii Vohoyévrjs- 
%î 6v S)) xat kvTiOyw tw àSeX^w t» àrjfirfTpîa 'SxpoyeyàfirjTO. 
(Appian. in Syriac. cap. Lxvni.) 

' Cap. XV, vers. lo. 

' ÀXùûfiévs 8é xai ÀvTtô;^» tô A);fi);Tp/ow àSeX^ô , Ôs èirsHa- 
XePro lùûTïjp, xai ixr)hsp.iàs avràv TSÔ'keùJs hs^ofiév)]? htà Tpw- 
(^u)va, 'ssépiTtsi tspàs aÙTOv KXeoTrfiérpa, xctkSaa TSpos aù-rriv èiri 
Te yéi(JLCf} Kal ^aaiXsia. (Joseph. Antiq.jud. Hb. XIII, cap. vu, 
S I , lom. I, pag. 655.) 



DEUXIÈME PARTIE. 411 

quelque temps auparavant, c'est-à-dire en 139, deux 
ans environ après Ja délaite du roi de Syrie. Cette 
date s'accorde avec le récit de Justin \ qui, après avoir 
parlé du mariage de Démétrius, ajoute que le roi 
des Partbes lui promit de l'aider à chasser Tryphon , 
l'usurpateur de ses états. Ce dernier mourut en l'an- 
née lyS de l'ère des Séleucides, d'après le calcul de 
Frôlich^, que nous admettons , mais en ce point seu- 
lement; car, cette année répondant aux années i38 
et iSy avant J. C. nous préférons placer dans la 
dernière la mort de ce rebelle , afin que les événe- 
ments ne se trouvent pas trop pressés. En effet, si le 
mariage d'Antiochus avec Ciéopâtre n'eut lieu, comme 
nous l'avons déjà dit, qu'en i38, on ne peut accorder 
moins d'une année poiu" les défaites de Tryphon, sa fuite 
dans Dora en Phénicie, le long siège de cette place, 
la nouvelle fuite de Tryphon à Orthosia , puis à Apa- 
mée, oîi, au moment d'être pris, il se donna la mort^. 
Ce ne fut certainement pas dans cette dernière pé- 
riode de la vie de fusurpateur , que le roi des Parthes, 
dont la mort , d'aillem's, arriva vers la même époque, 
put promettre à son prisonnier de le remettre en pos- 
session du trône de Syrie , en l'aidant à chasser Try- 

' Lib. XXXVIII, cap. IX. 

" Annal, reg. et rer Syr. pag. 80. 

' Strab. GeogrÀib. XIV, p.668.— Joseph. ^«iiç.jW. lib. XIII, 
cap. VII, tom. I, pag. 655, 656. — Frontin. Strat. lib. II, 
cap. xni. — Appian. in Syriac. cap ixvm. 



412 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

plion , qui n'était pas alors fort redoutable. C'est contre 
Antiochus et Cléopâtre, maîtres , dans ce moment, de 
presque tout le royaume, qu'il lui aurait fallu tourner 
ses armes. Il est donc hors de doute que Démétrius, 
captif chez les Parthes, se maria, non avec la sœur, 
mais avec la fille de son vainqueur, et que ce ma- 
riage eut lieu l'an 189 avant J. C. dans le temps où 
nous voyons Tryphon maître encore de toute la Syrie, 
à l'exception de Séleucie , qui était entre les mains de 
la reine Cléopâtre. 

L'auteur du premier livre des Maccabées , qui à 
été suivi pai' Frôlich\ place en l'année 172 de l'ère 
des Séleucides l'époque de l'expédition de Démétrius 
contre les Parthes ; cette date, selon la manière de 
compter en usage chez les Syriens ou chez les Juifs, 
répond aux années i/n et i/io avant J. C. Frôlich 
pense que la défaite et la captivité de Démétrius eurent 
lieu en l'an 1 /i 1 , ou , au plus tard , dans le printemps 
de l'année suivante^; Vaillant^ a daté ces événements 
de l'année 1 3 9 ; mais nous croyons qu'il assigne une 
trop longue durée à une guerre qui n'exigea sans doute 
qu'une seule campagne, les peuples qui avaient ap- 
pelé le prince séleucide ayant dû aplanir devant lui 

' Annal, reg. et rer. Syr. pag. 76. 

■^ « Utrum praelia ista hoc anno omnia, an potius pars in vere 
« anni sequentis commissa sint , ac lum captus sit Démétrius , 
«cerlo definire non possumus» {Annal reg. et rer. Syr, p. 76.) 
Selcucid. imper, pag. 160; Arsacid. imper, pag. A6. 



DEUXIEME PARTIE. /il3 

la plus grande partie des difficidtés; en sorte que, 
dans l'espace de quelques mois, Démétrius, parti de 
la Syrie, put pénétrer au cœur de l'empire des Par- 
thes. Nous verrons ailleurs que , par la même raison, 
l'expédition d'Antiochus Sidétès se fit avec une égale 
rapidité. Ainsi, en plaçant le commencement de celle 
de Démétrius dans les six derniers mois de l'année 
1 6 1 avant J. C. on ne peut guère craindre de se 
tromper, non plus qu'en assignant pour date à la cap- 
tivité du roi de Syrie les premiers mois de l'année 
1 /lo. Pour n'avoir pas lu avec assez d'attention le 
passage d'Orose relatif à la guerre de Démétrius Ni- 
cator contre Mithridate I", Vaillant a été conduit à 
croire que le roi de Syrie fut vaincu et pris dans le 
second combat qu'il livra au roi des Parthes ^ -, tandis 
"que l'écrivain ecclésiastique, sans distinguer toutefois, 
d'une manière claire , Démétrius Nicator de son père 
Démétrius Soter-, a entendu parler seulement de la 
seconde guerre que les Séleucides eurent à soutenir 
contre les Arsacides, durant la vie de Mithridate V\ 
Par suite de la défaite de Démétrius, les pays de 
TAsie situés à l'orient de l'Euphrate durent naturel- 

' «Secundo tantum praelio cum Parthis commisso, supera- 
« tum fuisse Demetrium tradit Orosius. E contrario post multa 
« praelia, si Justino credimus. » (Vaillant, Imper. Arsac. tom. I, 
pag. 46.) 

^ « Demetrium ipsum sibi secundo belio occurrenlem et 
« vicit et cepit. » (Oros. lib. V, cap. iv.l 



4U HISTOIRE DES ARSACIDES. 

lement retomber sous la domination des Parthes ; il 
est au moins certain qu Antiochus Sidétès fut obligé 
d'en faire de nouveau la conquête , quand il porta ses 
armes dans la Médie pour venger les revers de son 
frère. L'histoire ne nous a pas conservé le souvenir 
des combats qui replacèrent ces régions sous le sceptre 
des Arsacides-, il est fort probable que les généraux 
et les gouverneurs grecs, épouvantés par la captivité 
de leur roi et la destruction de son armée, ne firent 
pas une vigoureuse résistance. On peut croire aussi 
que les Parthes rentrèrent, presque sans combat, en 
possession de iem^s anciennes conquêtes. Si la Méso- 
potamie entière ne fut pas comprise au nombre des 
premières contrées enlevées par Mithridate I" aux rois 
de Syrie, il paraît certain, du moins, qu'il en soumit 
la plus grande partie, puisque, selon Moïse de Kho- 
ren\ il donna la ville de Nisibe à son frère Valai^sace, 
roi d'Arménie. En tout cas , on ne peut douter qu'a- 
près la défaite de Démétrius, la Mésopotamie n'ait 
été envahie tout entière par les armées parthes ; car 
c'est en l'année i36 avant J. C. que le patriarche 
Denys de Tel-mahar place la fondation du royaume 
particulier d'Édesse^. Comme cet événement arriva 
trois ou quatre ans, au plus, après la captivité de 
Démétrius; il est à croire qu'il fut une des consé- 

' Moïse de Khoren , Hist. urmen. lib. I, c. vu. 
^ Apud Asseman. Biblioth. orient, tom. I,p. 338. 



DEUXIEME PARTIE. 415 

quences des victoires de Mithridate I"'. Les princes 
de l'Elymaïde, de la Perse et de la Bactriane, qui 
avaient profité de l'arrivée du roi de Syrie, pour se 
révolter contre les Parthes, ne tardèrent sans doute 
pas non plus à rentrer dans le devoii'; et le roi Mi- 
thridate se trouva , sans contestation , maître de toute 
la haute Asie et l'un des plus puissants monarques 
de cette partie du monde. 

Les malheurs de Démétrius Nicator et les victoires 
de Mithridate P' répandirent jusqu'en Europe le nom 
des Parthes. Les Romains, qui, à cause des rapports 
fréquents qu'ils entretenaient avec les rois de Syrie, 
et de la part active qu'ils s'attribuaient dans leurs 
affaires, devaient attacher beaucoup d'importance à 
être informés avec soin de ce qui se passait en Orient, 
apprirent alors h connaître la puissance des Arsa- 
cides; ils eurent, pour la première fois, à ce qu'il 
paraît, des relations avec eux, à foccasion des Juifs, 
qui, dans le même temps, firent alliance avec la ré- 
publique romaine. L'auteur du premier livre des 
Maccabées ^ rapporte que le grand prêtre Simon, 
de la race des Asmonéens, envoya en ambassade à 
Rome un certain Numénius, qui fut chargé de porter 
au sénat un bouclier d'or, du poids de mille livres, 
et de solliciter l'alliance du peuple romain. Les Juifs 
obtinrent ce qu'ils désiraient; l'ambassade revint, 

' Cap. XIV, vers. 22. 



416 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

l'année suivante, avec des lettres adressées à tous les 
peuples et républiques de l'Asie alliés des Romains, 
ainsi qu'à tous les princes de l'Orient, pour leur 
notifier l'alliance qui était contractée entre les deux 
peuples, et leur défendre d'attaquer les Juifs ^ Parmi 
ces lettres, il y en avait ime pom* Démétrius, roi de 
Syrie, qui, quoique captif chez les Parthes, n'en 
était pas moins considéré comme le légitime posses- 
sem' du royaume de Syrie , la république romaine 
ne reconnaissant ni l'usm-pateur Tryphon, ni Antio- 
chus, frère de Démétrius, qui n'avait pas encore eu le 
temps d'acquérir une grande puissance. Une autre 
lettre était adressée au roi des Parthes, Arsace^. D'a- 
près le premier livre des Maccabées, l'alliance enti'e 
les Romains et les Juifs fut conclue sous un consul 
qu'il appelle simplement Lucius ^. Selon Frôiich *, 
il s'agit de Lucius Calpurnius Pison, qui fut consul 
en l'année i3g avant J. C. avec Lucius Popiiius 
Lénas , et qui se trouvait alors seul à Rome , son col- 
lègue étant occupé à faire la guerre en Espagne, où 
il commandait les armées de la république. Comme 
celte alliance et sa notification aux princes de l'Orient 
eurent lieu dans l'année qui suivît la prise de Démé- 



' I Maccab. cap. xv, vers, ib-2'd. 
'^ Ibid. cap. XV, vers. 22. 

Ibid.cap. XV, vers. 16. 

Annal, rer. e( reg. Syr. pag. -78. 



DEUXIÈME PARTIE. 417 

trius Nicator , le roi Arsace mentionné dans le pre- 
mier livre des Maccabées, ne peut, être que Mithri- 
date I", vainqueur du roi de Syrie. La notification 
diplomatique que les Romains firent à ce prince, de 
lem' alliance avec les Juifs, n'eut pom* lors aucune 
suite; les deux empires étaient trop éloignés l'un de 
l'autre. C'est longtemps après , qu'il s'établit entre eux 
de fréquents rapports; ils furent la conséquence de 
l'intervention active des Romains dans les affaires de 
l'Asie, et la conséquence aussi des événements qui 
rendirent limitrophes les possessions de ceux-ci et le 
territoire des Parthes. 

Le mariage de Démétrius Nicator avec Rodogune , 
qui dut se célébrer, comme nous favons démontré, 
en l'année iSg avant J. C. pendant que Tryphon 
était maître de fempire des Séieucides, est le dernier 
événement du règne de Mithridate I" dont on ait 
conservé le souvenir. L'histoire des Arsacides passe 
immédiatement à la guerre que le roi de Syrie, An- 
tiochus Sidétès, entreprit pour venger ia défaite de 
son frère , et qui commença , ainsi qu'on le verra 
plus loin, dans Tannée i 3i avant J. C. Au rapport de 
Justin ^ Phraate II, fils de Mithridate I", régnait alors 
sur les Parthes; c'est donc entre ces deux époques 
qu'on doit placer la mort du vainqueur de Démétrius ; 
car il ne faut pas , comme Moïse de Khoren ^5 le 

' Lib. XXXVIII. cap. x; Hb. XLII, cap. i. 
' Moïse de Khoren, Hist. armen. lib. II, c. 11. 

I . .27 



418 HISTOIRE DË8 ARSACIDES. 

confoiiflre avec son fils, qui vainquit Antiochus Sidé- 
tès -, Justin distingue ces deux princes d'une manière 
trop précise pour qu'il soit permis d'hésiter. Rien , 
dans tout ce qui nous reste des écrivains grecs ou la- 
tins, ne peut nous porter à assigner pour date à la 
mort de Mitbridate P^ l'une plutôt que l'autre des 
huit années comprises entre ces deux points extrêmes. 
Vaillant a donc pris au hasard la détermination de 
placer cet événement dans l'année li-j avant J. G.'. 
M. Visconti, qui, depuis lui, s'est occupé de l'histoire 
des Arsacides, n'a point admis cette date; mais il s'est 
contenté de dire, dans son Iconographie grecque^, 
que la mort du roi Mithridate était postérieure à 
l'année 160 qui précéda la naissance de J. G. D'a- 
près les considérations que nous avons exposées plus 
haut, il aurait pu en fixer la date après l'année 189, 
puisque, dans le temps où Tryphon était entière- 
ment maître du royaume de Syrie, le roi des Parthes 
vivait encore et promettait à Démétrius son appui 
pour chasser l'usurpateur. Plus récemment, dans un 
travail déjà cité sur les rois arsacides et les rois sas- 
sanides, publié en \Soli, M. Richter^ est revenu, 
comme M. Tychsen'\ à l'opinion de Vaillant. Quoi- 

' Vaillant, Arsac. imper, lom. 1, pag. 47- 
"' Tom. III, pag. 54- 
^ Ouvrage cité, pag. Ug. 
Commentât, recentior. Soc. reg. scient. Gottingensis (De numis 
veterum Persarnm comment. VI), tom. III, pag. 56. 



DEUXIÈME PARTIE. 419 

qu'elle ne s'appiiie sur aucune preuve , elle paraît ce- 
pendant mériter Ja préférence; et nous l'adoptons, 
non point, avec le savant français, comme une pro- 
babilité , mais parce que nous avons , pour l'admettre , 
des autorités qu'il ne pouvait pas connaître. 

On a déjà vu que lorsque Mithridate I", qui est 
appelé par les Arméniens Arsace le Grand , eut vaincu 
les Séleucides, il étendit les limites de ses états jus- 
qu'aux bords de l'Euphrate , et créa roi d'Arménie , 
l'an i5o avant J. C. son frère Valarsace. Moïse de 
Khoren^ nous atteste que ce fut dans la treizième 
année du règne de ce dernier, que mourut le roi des 
Parthes, vainqueur de Démétrius Nicator. Le témoi- 
gnage de l'historien arménien assigne donc, et d'une 
manière plus positive que ne le fait Vaillant, l'année 
1 3 y avant J. C. pour date à ce grand événement; or 
cette date tombe précisément entre les deux époques 
extrêmes que nous avons déterminées, c'est-à-dire 
entre le mariage de Démétrius Nicator avec la prin- 
cesse Rodogune , en 1 3 9 . et la guerre d'Antiochus 
Sidétès contre Phraate II . en 1 3 1 . 

Moïse de Khoren indique le nombre d'années que 
régna chacun des rois arsacides de Perse; mais il ne 
nous apprend point , en particulier . combien de temps 
le trône fut occupé par Arsace le Grand ou Mithri- 

uiJh^^. (Hist. armen. lib II, cap. lxv, pag. 188.) 



/i20 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

date I". Nous ne pouvons déterminer la durée de ce 
règne que par le rapprochement de divers passages de 
son Histoire d'Ai^ménie avec le témoignage de quel- 
ques autres écrivains. Nous citerons surtout Samuel 
d'Ani , savant chronoiogiste , qui affirme que Mitliri- 
date I" régna cinquante-six ans \ Nous pensons qu'il 
avait tiré ce renseignement de l'Histoire même de 
Moïse de Khoren , quoiqu'on ne le trouve plus main- 
tenant dans le texte de cet historien , fort altéré par 
les copistes qui nous l'ont transmis, comme on peut 
facilement s'en convaincre en comparant avec ce texte 
plusiem's autres passages que Samuel d'Ani avait ex- 
traits du même ouvrage. On ne remarque dans ses ci- 
tations aucune des inexactitudes que présentent les 
éditions de Moïse de Khoren imprimées , soit à Ams- 
terdam, soit à Londres. Si, dans le cas dont il s'agit, 
ce dernier historien n'était pas son autorité, ce serait 
le seul fait important de l'histoire ancienne de la Perse 
et de l'Arménie que Samuel n'aurait pas emprunté à 
Moïse de Khoren ; et il n'y a aucune raison de croire 
qu'il l'ait puisé ailleurs, bien qu'il eût consulté un 
grand nombre d'autres historiens. Lorsque, partant de 
l'année 137 avant J. C. date certaine de la mort de 
Mithridate I" ou Arsace le Grand , on remonte de cin- 
quante - six ans en arrière , on ti'ouve que , d'après 
les Arméniens, son règne aurait commencé l'an 198 

' Chronogr. manuscrits arméniens de la Bibliothèque royale , 
n' 96, fol. 13 r. 



DEUXIEME PARTIE. i'21 

avant J. C. c'est-à-dire précisément à l'époque où 
l'on voit mourir Artaban I"; et nous avons démontré 
que cet Artaban est le prince nommé par les Armé- 
niens Ardasclîès, dont ils font le prédécesseur im- 
médiat d'Arsace le Grand ou Mithridate I", quoiqu'il 
y ait eu , entre les règnes de ces deux rois , ceux de 
Priapatius et de Phraate P'. On se rappelle sans doute 
comment nous avons expliqué l'extrême didérence 
qui existe entre les données des Arméniens , relatives 
à la durée des règnes des rois parthes, et celles des 
écrivains grecs ou latins; nous avons fait voir que 
les historiens d'Arménie n'ont point tenu compte des 
princes qui s'emparèrent, pour quelque temps, de 
l'autorité souveraine, ou qui, héritiers légitimes du 
trône, en furent dépouillés par des usurpateurs issus 
de leur sang , lorsque ces derniers parvinrent à trans- 
mettre la couronne à leur postérité. Les écrivains ar- 
méniens ont également passé sous silence les guerres 
civiles qui suivirent la mort de presque tous les rois 
parthes : dans leurs récits, la succession royale ne 
paraît point interrompue , parce que , de tous les pré- 
tendants , ils n'ont conservé le souvenir que d'un seul , 
de celui qui, vainqueur de ses adversaires, sut se 
maintenir sur le trône; et parce qu'ils comptent les 
années de son règne, sans doute à son exemple, du 
moment que le trône fut vacant. La succession à la 
couronne étant une cause presque sans cesse renais- 
sante de querelles entre les princes du sang, plusieurs 



422 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

rois, pour prévenir la guerre civile, prirent le parti 
d'associer à l'empire un de leurs enfants, comme le 
firent, en France, les premiers rois de la troisième 
race ; et il paraît que , chez les Parthes , comme chez 
nous, lorsque les princes associés restèrent seuls sur 
le trône , ils continuèrent à compter les années de leur 
règne, de l'année où ils avaient reçu le titre de roi. 
C'est ainsi que nous expliquons la longue dm^ée du 
règne de Mitliridate I", qui, selon les Arméniens, 
occupa le trône pendant cinquante-six ans -, tandis que , 
selon nous, il n'en régna réellement que trente-six. 
Nous éclaircirons plus loin les difficultés qu'on ren- 
contre dans les historiens grecs et dans les historiens 
arméniens lorsque l'on veut fixer la durée du règne 
de Phraate III. 

Sans Justin , nous ignorerions l'existence des rois 
Priapatius et Phraate P^ qui occupèrent le trône des 
Parthes avant Mithridate P' et après Artaban 1". Il pa- 
raît qu'aucune action d'éclat, aucun fait digne de mé- 
moire ne signalèrent le règne de Priapatius ; l'historien 
latin ne place sous le règne de Phraate I" que la sou- 
mission des Mèdes , qui furent vaincus par ce prince. 
Il y a tout lieu de croire que l'ouvrage de Trogue 
Pompée ne contenait pas beaucoup plus de détails-, 
car les Prologues qui nous restent de son Histoire ne 
mentionnent , parmi les premiers successeurs du fon- 
dateur de la monarchie parthe, qu'Artaban et Mithri- 
date, surnommé Théos, qui s'empara do la Médic et 



DEUXIÈME PARTIE. 4t>3 

de la Mésopotamie ^ A l'exemple du P. Longuerue^ 
et de MM. Silveslre de Saey ^ et Visconli ^ , nous ad- 
mettons la correction de Vaillant ^ qui substitue, dans 
le texte latin , le nom de Mithridate à celui de Tigrane, 
lequel ne paraît s'y être introduit que par suite d'une 
erreur de copiste. L'abrégé de Justin prouve suffisam- 
ment que, dans cet endroit, il ne doit être question 
que de Mitbridate I"; et d'ailleurs, il est avéré qu'au- 
cun des princes aisacides qui régnèrent sur la Perse 
ne s'appela Tigrane. Les personnes qui connais- 
sent les Prologues de Trogue Pompée , savent dans 
quel état d'altération ils nous sont parvenus; aussi ad- 
mettront-elles sans difficulté cette correction. D'autre 
part, il ne serait nullement surprenant que les histo- 
riens arméniens , s'ils ont réellement négligé de parler 
de rois aussi obscurs que Priapatius et Phraate 1", 
eussent atti'ibué les années de leurs règnes à Arsace le 
Grand, c'est-à-dire à Mithridate F. Mais nous avons 
beaucoup de peine à croire que ces historiens eussent 
entièrement passé sous silence les deux princes dont 
il s'agit, si Mithridate F était parvenu au trône par la 

' (. Successores deinde cjus Artabanus, cl Tîgranes (leg. 
«Milhridates) cognomine Deus: a quo subacta est Media et 
« Mcsopolaniia. » (Trog. Ponip. Prolog, lib. XLI, pag. 535; ad 
cale. edit. var.) 

^ Annal arsacid. p. 8. 

^ Mémoires sur diverses antiquités delà Perse, |)ag. 35. 

* Iconographie grecque . tom. III, pag. 69. 

' Arsacidarum imperium , lom. T, pag. Sg. 



424 HISTOIRE DES ARSACIDES^ 

voie directe de la succession. Les omissi'ons de ce 
genre, qu'on remarque dans ia chronologie armé- 
nienne, nous paraissent devoir être expliquées, soit 
par des usurpations à main armée, soit par une asso- 
ciation au trône, antérieure à i'époque où un prince 
régna seul ou sans contestation. Quoique l'histoire ne 
nous ait conservé aucun fait qui range Mithridate I" 
dans lune de ces deux catégories, nous ne voyons pas 
une autre manière de lever les difficultés chronolo- 
giques que présente la durée de son règne. 

Il y a tout lieu de croire que Priapatius, fils d'Arta- 
hanr, était un prince sans quahtés éminentes, et même 
incapable de régner; on peut penser que, à l'exemple 
de plusieurs de ses successeurs , il remit, de son vivant 
a 1 un de ses fils le soin de gouverner l'état et de com- 
mander les armées. Une prédilection particulière 
comme l'histoire des Parthes nous en montre beau^ 
coup dauti-es du même genre, ou bien les brUlantcs 
qualités de Mithridate , qui le rendirent si célèbre dans 
la suite , et dont il avait peut-être déjà donné quelques 
preuves , furent sans doute les raisons qui firent préfé- 
rer ce prince à son frère aîné Phraate. Après la mort de 
Hriapatius, des circonstances qui nous sont restées in- 
connues auront mis Phraate en état de faire valoir son 
di'oit d'aînesse, et d'éloigner du trône, pour quelque 
icuips, Mithridate, que ses talents et le choix de son 
Pere y avaient appelé. Le règne de Phraate I", nous 
I avons déjà dit , fut de courte durée . peut-être ce prince 



DEUXIÈME PARTIE. 425 

Jaissa-t-il des enfants trop jeunes pour régner; peut-être 
aussi connaissant, comme l'affirme Justin ^ les vertus 
et le mérite de son frère, préféra-t-il l'état à sa propre 
famille; peut-être enfin, et c'est la supposition la plus 
probable, aima-t-il mieux, pour prévenir la guerre 
civile , léguer , au préjudice de ses enfants, le trône 
à son frère , qui s'en serait d'aOleurs emparé malgré 
lui et malgré eux. Dans cette hypothèse , Mithridate 
aurait déjà porté le titre de roi; il ne serait donc 
point étonnant qu'il n'eût pas tenu compte du règne 
de son frère, et qu'il eût daté le sien de son asso- 
ciation au trône. Les rapprochements que nous allons 
faire pour fixer l'époque de sa naissance et, par con- 
séquent, la durée de sa vie, puisque nous connais- 
sons la date certaine de sa mort, prouveront qu'en 
l'année 198 avant J. C. c'est-à-dire au temps où son 
père Priapatius monta sur le trône, Mithridate était 
parvenu à un âge assez avancé pour administrer les 
affaires, et que déjà il avait pu donner des preuves 
de son com^age et de ses talents. 

Lucien , dans son livre des Macrobii ou Hommes qui 
ont vécu lomjtemps, nous a conservé un passage du 
géographe et historien Isidore de Charax, dont, jus- 

' « Nec multo post decessit (Phrahates), multis filiis reli- 
« ctis : quibus praeleritis, fratri potissimum Mitliridali, insignis 
« virlutis viro , reliquit imperiuiii. Plus regio quam palrio 
« dcberi noinini ratus : poliusque patria; , quani liberis, consu- 
wlcndum. » (Justin, lib. XLI, cap. v.) 



226 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

qu'à ce jour, personne , à notre connaissance , n'a fait 
usage pour l'histoire des Parthes, quoiqu'il nous pa- 
raisse s'y rapporter et l'éclaii'er d'une lumière assez 
vive. Cet auteur s'exprime ainsi : « Artaxerxès , sur- 
ce nommé Mnémon, contre qui Cyrus, son frère, fit 
« la guerre, mourut de maladie, sur le trône de Perse , 
«à l'âge de quatre-vingt-six ou quatre-vingt-quatorze 
«ans, comme le rapporte l'historien Dinon. L'autre 
<( Artaxerxès , roi des Perses , qu'Isidore de Charax dit 
(( avoir régné du temps de ses pères , périt par la per- 
ce fidie de son frère Gosithrès, après avoir vécu quatre- 
« vingt-treize ans ^. » Ces renseignements, qui ont dû 
être tirés d'un des grands ouvrages composés sur la 
Perse par Isidore de Charax , ne se trouvent pas , non 
plus que beaucoup d'autres du même écrivain, dans 
le seul livre que nous possédons de lui. Ce livre, 
intitulé Staihmes parthiqiies , n'est qu'une nomencla- 
ture ti'ès-abrégée des lieux situés sur une route qui tra- 
versait l'empire des Parthes depuis les bords de l'Eu- 
phrate jusqu'aux frontières de l'Inde. On a été fort 
embarrassé pour savoir quel est cet Artaxerxès , roi de 

' ApTa^éfj^rjs b Mr>ffi«ov èiiixkrjdeis , èÇi'àv Kvpos b àSeX^os 
èffpaTstio'aTO , ^aaikevoov èv îlépcrais èrsXevTijae r>àa(a, ê^ xai 
ôyhoTJKOvra èrôiv ysv6(isvo5- ûs Se Ae/vwv iatopsï, TSTTapwv xaî 
èvevtjKovTct. kpra^ép^ïjs, êrspos Ylepcrcôi' ^aaîksxis , ov <^r]aiv 
iiii Twr 'nsa.zépwv tmv éavrô 'laihcopos b XapaMj;i'Ô5 «juyypa^eùs 
^aatkeieiv , étr} rpia xai èvevtJKOvra ^lovs, sTtiSa'Xfi ràSeX^» 
TcocriOpii èho'XoÇ'ovijdtj. { Lucian. Macroh. 0pp. lom. Vlll , 
pag. 116; cdent. Lehman.) 



DEUXIEME PARTIE. 227 

Perse, dont parle Isidore. Selon les Grecs, trois rois 
de Perse portèrent ce nom : Artaxerxùs surnommé 
Longue-Main, fils du roi Xerxès que les Grecs vain- 
quirent à Salamine ; Artaxerxès Mnémon , contre qui 
Cyrus se révolta-, et enfin son fils , qui est plus connu 
sous le nom d'Ochus. Le roi iVrtaxerxès mentionné par 
Isidore de Charax ne peut être Artaxerxès Mnémon; 
car Lucien, immédiatement avant de citer Isidore, 
parle de ce dernier prince, en rapportant, d'après 
Dinon , auteur d'une histoire de Perse , qu'il avait vécu 
quatre-vingt-six ou quatre-vingt-quatorze ans. Sur ce 
point il est d'accord avec Plutarque, qui donne au 
même roi un règne de soixante-deux années, et qui, 
comme Dinon , le fait vivre quatre-vingt-quatorze ans^. 
Pour avoii' lu avec trop peu d'attention Plutarque, 
M. de Sainte-Croix a confondu les années du règne 
avec celles de la vie de ce prince-; c'est une erreur 
que nous relevons en passant. L' Artaxerxès d'Isidore 
ne peut pas être non plus Artaxerxès Longue-Main , 
puisque Lucien le place après Mnémon, et ne lui 
donne pas son surnom ordinaire , qui était si connu des 
Grecs qu'il faisait , pour ainsi dire , partie de son nom ; 
d'ailleurs, il ne paraît point, par ce que nous savons 

' Plutarch. in Vita Artaxerx. 0pp. tom. V, pag. 5o5; edent. 
Reiske. 

" Sainte-Croix, Mémoire sur l'étendue de l'empire des Partîtes, 
ou Remarques sur les Statlimes parlliiques d'Isidore de Charax, 
dans le tom. L des Mém. de l'Acad. des inscript, pag. 80. 



428 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

de ce prince, qu'il ait prolongé sa vie aussi long- 
temps. On ne peut donc s'arrêter, parmi les anciens 
rois de Perse, qu'à Artaxerxès Ochus, qui, selon le 
savant Larcheri, monta sur le trône en l'année 36] 
avant J. G. Ge prince régna vingt-trois ans, d'après 
Diodore de Sicile^ ou vingt et un ans seulement, 
selon le Ganon chronologique joint par Théon à son 
Commentaire sur l'Almageste de Ptolémée^ il fut 
assassiné par l'eunuque Bagoas, qui mit sur le trône 
Arsame, frère d'Ochus. Gérard VossiusS et, depuis 
lui, M. de Sainte-Groix 5 ont supposé qu'Isidore de 
Charax avait voulu parier de ce prince. « Si Artaxerxès 
«Mnémon, dit l'académicien français, a poussé sa car- 
«rière jusqu'à quatre-vingt-treize ans, son fils Ochus, 
« qui lui a survécu de vingt et un à vingt-trois ans, à 
« pu sans doute aussi mourir dans un âge très-avancé. „ 
Cette raison est hien plus spécieuse que solide; car 
Ochus était le dernier fils « qu'Artaxerxès Mnémon 
avait eu d'une de ses filles, appelée Atossa. dont il 
était devenu éperdument amoureux, et dont il avait 

; Chronologie d'Hérodote, à la suite de sa traduction fran- 
çaise d'Hérodole, loin. VII, pag. 698. 
' Diod. Sicul. lib. XV, cap. xciii. 

' Théon, Comment, sur l'AImag. p. Uo; édit. d'Halnia. Paris 
1022. ' 

De hislor. Grœc. lib. IV, cap. x. 
'^ Mcm. de l'Acad. des Inscr. lom L , pag. 81 . 
' I^lularch. in V,ta Arlaœerx. 0pp. lom. V, pag. U^h, 5o4. 



DEUXIÈME PARTIE. /i29 

fait son épouse^ après que Statira eut été empoison- 
née par Parysatis , mère d'Artaxerxès ^. La mort de 
Statira suivit celle de Cyrus le Jeune, qui succomba 
en combattant contre son frère l'an /loi avant J. C. 
selon Larcher^. Nous ignorons combien de temps 
s'écoula enti'e ces deux catastrophes; mais nous sa- 
vons qu'un intervalle de soixante et un ou soixante- 
trois ans sépare la mort de Cyrus le Jeune de celle 
d'Ochus , d'où il résulte que ce dernier ne peut être 
l'Artaxerxès dont parle Isidore de Charax. Avant nous, 
le savant Dodwell avait déjà conjecturé qu'il ne fallait 
point placer le règne de ce dernier prince à une époque 
aussi reculée, et qu'il avait dû vivre au temps où les 
Parthes dominaient en Asie* ; les paroles mêmes de Lu- 
cien donnent lieu de le croire. Si tel n'avait pas dû être 
leur sens , se serait-il servi de ces expressions : « du temps 
de ses pères, » è-rv) twv zscnépwv tuv eauT»? Vossius-' et 

' Plutarch. in Vita Artaxerx. 0pp. tom. V, pag. 490. 

' Ctésias, apud Phot. BihUolh. cod. 72, pag. 4A;ed. Bek- 
ker. — Plularcb. in Vita Artaxerx. 0pp. tom. V, pag. 48i, 
Zi82. 

. ' Chronologie d'Hérodote, à la suite de sa traduction fran- 
çaise d'Hérodote, lom. VII, pag. 677. 

* « Partlus itaque rerum polienlibus quaerendus erit Arta- 
«txerxes illePersarumrex, qui coaevus fueritparentibuslsidori. » 
(Dissert, de Isid. Charac. in Geogr. cjrœc. minor. l. II, p. 58.) 

^ « Ergo Isidorus eo Artaxerxem vocat làv èiti tûv 'vsa.Tépaiv, 
« ut distinguât ab duobus ejus nominis, qui antiquiores erant. » 
(Ger. Voss. De hislor. grœc. lib IV, cap x.) 



430 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

M. de Sainte-Croix' reconnaissent que ces mots ex- 
cluent d'autant plus toute possibilité d'appliquer le 
passage aux deux premiers Artaxerxès , qu'on le trouve 
immédiatement avant une phrase où il est question 
du dernier d'entre eux. Mais se rapporte-t-il mieux à 
Artaxerxès Ochus , qui n'est ordinairement désigné , 
par les anciens auteurs, que sous le dernier de ces 
noms? et Isidore aurait -il employé les expressions 
dont il s'est servi , s'il avait voulu parler d'un des an- 
ciens rois de la Perse, qui avait vécu environ quatre 
siècles avant lui ? Cette opinion , il est vrai , devait 
être moins choquante pour Vossius que pour nous; 
car ce savant croyait qu'Isidore écrivait peu de temps 
après Alexandre, sous le règne de Ptolémée, fils de 
Lagus ^. On doit supposer qu'il n'avait point lu les 
Stathmes parthiques ; autrement, il n'aurait pas placé 
à une époque aussi reculée l'autem^ de la description 
d'un empire qui ne fut fondé que cinquante-six ans 
après le temps où il fait vivre Isidore, et qui n'acquit, 
qu'un siècle environ plus tard, l'étendue que lui as- 
signe ce dernier écrivain. Enfin, au temps où, selon 
Vossius, Isidore aurait vécu, la ville d'où il tirait son 
Surnom n'avait pas encore reçu le nom de Cliarax. 
Il a dû composer son livide vers le commencement 
de l'ère chrétienne ; car le dernier fait historique dont 
il y soit question se rapporte à l'an 3o avant J. C. 

Mém. de l'Acad. des Jnsci'ipt. (om L, pag. 8i. 
Ger. Voss. De histor. (jrœc. lib. IV, cap. x. 



DEUXIEME PARTIE. 431 

et le premier auteur ancien qui cite Isidore de Charax, 
est Pline le Naturaliste '. Au reste, Vossius, mieux 
instruit plus tard, place l'écrivain grec sous le règne 
d'Auguste^. Enfin Dodwell a tente , avec plus de science 
que de succès, et contre le témoignage de l'antiquité, 
de le rapprocher de nous jusqu'au temps d'Adrien^; 
mais M. de Sainte-Croix est revenu à un système fondé 
sur des faits positifs, et il adopte, comme nous, l'o- 
pinion qu'Isidore vécut vers le premier siècle de l'ère 
chrétienne '*. Ce géographe était né dans la ville de 
Charax , située à l'extrémité de la Babylonie , vers les 
bords du golfe Persique. Fondée par Alexandre, qui 
lui donna son nom, cette ville fut agrandie ensuite 
par un roi de Syrie, que Pline ^ appelle Antiochus, et 
qui paraît être Antiochus le Grand; elle prit alors le 
nom d'Antioche. Plus tard, elle reçut celui de Charax 
Spasini (rempart de Spasinès), du premier chef arabe 
qui s'y rendit indépendant des Séleucides. Alexandre 
l'avait peuplée de vétérans grecs , et Isidore était peut- 
être un de leurs descendants. Or, sous le règne des 
trois anciens Artaxerxès, il n'y avait pas de Grecs dans 
cette partie de l'Asie-, et Isidore ne se serait certaine- 

' Hist. nat. lib. VI, cap. xxvn. 

^ De natur. art. lib. 11, sive De Phiîoloy. 0pp. t. III, p. 5o, 
col. 2. 

■' Disserl. de Isid. Characeno in Geogr.rjrœc. min. t. II, p. Sy-yS. 
* Mém. de l'Acad. des Inscripl. loni. L, pag. 8o. 
*■ Hist. nul. lib. VI, cap. xxvir. 



432 HISTOIRE DES ARSAGIDES. 

ment pas servi des expressions cpi'ii emploie, s'il se 
fût agi de temps aussi reculés. Elles semblent indiquer, 
au contraire, que quelques générations seulement 
s'étaient succédé depuis le prince dont il parle, et 
même que ce prince avait régné sur ses aïeux, circons- 
tance qui ne pourrait , en aucune manière , s'appliquer 
aux rois de Perse de la race des Achéménides. Il faut 
donc, de toute nécessité, revenir à l'hypothèse de 
Dodwell, et chercher à une époque plus rapprochée 
de la domination des Parthes le prince mentionné 
par Isidore de Charax. Toutefois, nous ne pensons pas 
qu'il faille aller aussi loin que le savant critique an- 
glais, qui pense que l'Artaxerxès en question a dû 
être un des rois qui gouvernèrent la Perse propre- 
ment dite sous la suprématie des Arsacides. Nous 
sommes d'avis que c'est bien plutôt parmi les Arsa- 
cides eux-mêmes qu'on le trouvera; car il ne paraît 
pas que les petits princes de l'Elymaïde aient jamais 
étendu leur autorité jusqu'aux rives occidentales de 
l'Euphrate , où était située la ville de Charax. L'opinion 
de Dodwell n'a d'autre fondement que la qualifica- 
tion de roi de Perse qui est donnée par Isidore à Ar- 
taxerxès; ce n'est pas là un argument sans réplique. 
On sait que les noms de Perses et de Parthes ont été 
très-souvent confondus par les anciens. Bien qu'aucun 
des rois parthes que nous connaissons n'ait porté le 
nom d'Artaxerxès , est-ce une raison sulFisante pour 
rejeter notre système? Nous avons déjà vu que ce nom. 



DEUXIÈME PARTIE. 433 

diversement altéré, selon les temps et les lieux, n'avait 
pas, dans l'origine, d'autre sens que celui de grand roi; 
qu'il n'est probablement pas le nom propre des sou- 
verains à qui l'histoire l'applique, et que les Ai'mé- 
niens l'attribuent, sous la forme arménienne à'Arda- 
schès, à plusieurs rois parthes qui ne le portèrent pas 
comme nom propre. S'ils ne le donnent point en par- 
ticulier à Mithridate 1°', ce n'est pas Un motif de croire 
qu'il ne l'ait pu prendre comme nom de dignité , puis- 
que son prédécesseur l'avait reçu, bien qu'il fût moins 
puissant. Par desjraisons que nous ne connaissons 
point, les Arméniens ont mieux aimé l'appeler simple- 
ment du nom d'Arsace , commun à tous les rois de sa 
race. En admettant donc que c'est parmi les rois 
parthes qu'il faut chercher l'Artaxerxès d'Isidore de 
Charax, on devra supposer que le géographe grec 
nous a transmis le nom de ce prince sous la forme 
antique qu'il avait dans la langue des Perses, forme 
qui , sans doute , était encore en usage au temps d'Isi- 
dore , dans les contrées voisine^ de sa patrie , quoiqu'on 
se servît alors plus communément des diverses alté- 
rations que, d'âge en âge, avait subies ce nom chez les 
Perses et chez les Arméniens. 

Comme il nous paraît démontré qu'Isidore de 
Charax a voulu parler d'un roi dont ses aïeux 
avaient été les sujets, et qui ne peut être qu'un des 
monarques parthes , il s'agit de trouver parmi ceux-ci 
un prince à qui puissent s'appliquer les diverses cir- 
I. 28 



434 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

constances rapportées par l'historien grec. H iaut 
d'abord que l'époque où il aura vécu ne soit ni trop 
rapprochée , ni trop éloignée du temps d'Isidore , pour 
justifier les expressions quemploie ce dernier. On ne 
doit point interroger la Hste des princes qui régnèrent 
avant Mithridate I"; car la ville de Charax, située dans 
la Babylonie, à l'occident de l'Euphrate et près de son 
embouchure dans le golfe Persique, ne dut recon- 
naître la souveraineté des Parthes qu'après la conquête 
de Séleucie et de Babylone , c'est-à-dire vers l'an \ 5o 
avant J. C. Mais rien n'empêche de croire que ce fut 
à Mithridate P' que se soumirent les princes de Cha- 
rax. Il est , de tous les rois parthes , le seul auquel ses 
grandes actions et ses grandes qualités aient pu méri- 
ter le surnom de ^rand roi ou Artaxerxès; et, comme il 
mourut en l'an i Sy avant J. C. son règne n'est ni assez 
éloigné ni assez rapproché du temps où vécut Isidore , 
pour que cet historien n'ait pas pu dire que ses pères 
avaient vécu sous ce règne. Quelques expressions de 
Justin , que nous allons rapprocher de celles d'Isidore , 
serviront à donner un degré de plus de probabilité à 
notre conjecture. L' Artaxerxès dont parle l'écrivain de 
Charax mourut dans une vieillesse fort avancée, à l'âge 
de quatre-vingt-treize ans. Selon Justin, Mithi'idate, 
après avoir égalé la renommée de son aïeul, mourut 
dans une glorieuse vieillesse Msidore dit qu Artaxerxès 

' «Non minor Arsace proavo, gloriosa senectule decedil. » 
(Justin, lib. XLI, cap. vi.) 



deuxikmf: partie. 435 

périt par la perfidie de son frère Gosithrès ; Justin 
se sert des mots adversa valetudine arreptus\ qui pour- 
raient nous faire soupçonner qu'il périt par le poison; 
et, dans un autre endroit de son ouvrage 2, il emploie 
l'expression de necem, en parlant de ia mort du même 
prince, particularité qui tend à nous confirmer dans 
cette opinion. Nous savons aussi, par le témoignage 
de Justin, que, quoique Mithridate P fût fort avance 
en âge quand il mourut, il avait encore des frères vi- 
vants , puisque l'un d'eux , Artaban , monta sur le trône 
après la mort de Phraate II, fds de Mithridate 3. 

Si donc l'Artaxerxès d'Isidore de Charax est notre 
Mithridate F^ celui-ci étant mort, comme nous l'avons 
vu, dans l'année iSy avant J. C. il en résulte qu'il 
sera né en 280, sous le règne de Tiridate, son bis- 
aïeul, frère du fondateur de l'empire. Dans cette sup- 
position , à l'époque de la mort de son aïeul Artaban P^ 
1 93 ans avant J. C. il devait être âgé de trente-sept 
ans; dès lors son père Priapatius avait fort bien pu 
l'associer au trône et lui donner le commandement 
des armées; mais il ne régna seul qu'en 178, à l'âge 
de cinquante-sept ans. 

Outre le titre de roi des rois que portait Mithri- 
date I", et qu'il fut sans doute le premier à prendre 

Lib. XLI, cap. vi. 
' «Post necem Milhridatis, Parthorum régis, Phrahates 
-filiusejus rex constituitur. .. (Lib. XLN, cap. 1^ 
Ju.stin. lib. XLII, cap. 11. 

28 



430 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

parmi les rois Arsacidcs, ii prit ou reçut le litre distinc 
tif de Théos (le Dieu); c'est ce que nous apprend le 
passage corrigé des Prologues de Trogue Pompée \ 
qui a été cité plus haut. Nous verrons , par la suite , que 
le même surnom fut également porté par Phraate III. 
Cependant, on ne l'a trouvé jusqu'ici sur aucune des 
médailles arsacides à légendes grecques que nous 
possédons. Sur plusieurs d'entre elles on lit le titre 
de Théopator (fds d'un père dieu), que M. Visconti^ 
attribue avec beaucoup de raison, ce nous semble, à 
Phraate II, fils de Mithridate ï". Il existe aussi un 
grand nombre de médailles à légendes grecques , que 
leur travail permet de faire remonter au temps de 
Phraate II, et sur lesquelles le titre de Autocrator (sou- 
verain indépendant) est joint à celui de Théopator. 
Le prince arsacide , comme l'a fort bien démontré 
M. Visconti ^, s'arroge le premier de ces deux titres , 
à l'imitation de l'usurpateur Tryphon, qui vivait à la 
même époque , et qui avait été élevé sur le trône par 
les soldats de Démétrius Nicator, roi de Syrie, mé- 
contents de l'injustice de ce prince. Tryphon, sans 
doute pour flatter ceux qui faisaient toute sa force 
et qui lui avaient donné la com'onne, prit la qualifica- 
tion d'Autocrate , parce qu'elle rappelait l'origine de sa 
puissance, et qu'elle était, aux yeux de ses partisans, 

' Prolog, lib. XLI, ad caic. Justin, p. 535, edit. varior. 
Visconti, Iconographie grecque , tom. III, pag. 59 el 60 
Ibid. pag. 60. 



DEUXIÈME PARTIE. 437 

la marque de son attachement et de sa reconnaissance. 
Aucun autre des rois de Syrie ne s'est attribué ce sur- 
nom, qui a été pour M. Visconti une raison de rap- 
porter à Pliraate II les nombreuses médailles arsacides 
où il se trouve réuni avec celui de Théopator. Try- 
phon était mort depuis peu de temps , lorsque Phraate 
devint roi, et ses monnaies devaient être fort com- 
munes dans les pays envahis , sous son règne , par les 
armées parthes -, d'ailleurs, le surnom d'Autocrate dési- 
gnant celui qui possède l'autorité souveraine, il dut 
être adopté avec empressement par un prince plein 
d'activité, qui commandait ses armées en personnel 
Comme on rencontre aussi sur plusieurs médailles, 
qui paraissent être du même temps , le titre de Auto- 
crator joint à celui de Philopator, M. Visconti^ en a 
conclu, avec beaucoup de sagacité, qu'elles appar- 
tiennent au même prince arsacide-, il pense, de plus, 
qu'elles nous autorisent à croire que Phraate II avait, 
avant la mort de son père , été associé à la dignité 
royale. Enfin, toutes les médailles où l'on voit ces 
deux surnoms réunis lui paraissent avoir été frappées 
du vivant de Mithridate I", lorsque son fds régnait 
avec lui; tandis que celles, au contraire, où l'on trouve 
le surnom de Autocrator réuni à celui de Théopator, 
ou bien ce dernier seul, am'aient été frappées après 
sa mort. Ce système nous semble fort admissible, et 

' Visconti, Iconographie (jrecqae, loin. III, pag. 69 et 60. 
' Ibid. pag. 60 et 61. 



438 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

cette association de Phraate II à son père est parfai- 
tement d'accord avec les considérations que nous 
avons déjà fait valoir. Mithridate I" agit sans doute 
ainsi pour éviter la guerre civile après sa mort, et 
pour assurer sans contestation à Phraate la succession 
au tfône. Il nous est impossible de fixer d'une manière 
précise l'époque des médailles qui paraissent appar- 
tenir à Phraate II, parce qu'elles ne portent pas de 
date ; mais on peut en classer approximativement quel- 
ques-unes. Celles, par exemple, où se lit le surnom 
de Théopator, doivent avoir été frappées postérieure- 
ment à l'an iSy avant J. C. époque de la mort de 
Mitliridate ; et les pièces où se trouvent réunis les titi'es 
de Aatocrator et de Philopator, ont dû l'être entre les 
années i A i et i Sy avant J. C. car c'est à la première 
de ces deux époques , au plus tôt , que Tryphon dut 
se rendre entièrement indépendant. 

Quoique l'auteur des Prologues de Trogue Pom- 
pée nous atteste que Mithridate I" portait le surnom 
de Théos (le Dieu), on ne le trouve sur aucune mé- 
daille qu'on puisse attribuer à ce prince. Il ne le prit, 
sans doute , que pour se conformer à un usage des an- 
ciens monarques de l'Asie. Ce fut peut-être un motif 
pareil qui engagea Alexandre à se faire décerner les 
honneurs divins, et les rois de Syrie Antiochus II, 
Antiochus IV, Démétrius I", Démétrius II et Antio 
chus XII à s'attribuer le surnom de Théos ^ On voit, 
Frôlich, Annal, reg. et rer. Syr. pag. 45, 47» 5i. 55, ôg, 



DEUXIÈME PARTIE. 430 

ijiir les monuments persans expliques par M. Silvestre 
de Sacy ^ que les premiers princes de la dynastie 
des Sassanides prenaient le même litre, se préten- 
dant issus de la race des dieux. Nous avons des mé- 
dailles de Tigrane, roi d'Arménie, qui le lui donnent 
aussi -. Tout fastueux qu'il était en apparence , ce 
titre n'avait pas une autre signification cpie le mot 
latin divas, et il s'employait à peu près de même. 
Bien qu'il paraisse généralement avoir été réservé a^ix 
grands monarques de l'Asie , il fut quelquefois aussi 
porté pai' des princes d'un rang très-inférieui'; parmi 
les petits souverains d'Edesse, il y en eut un que 
Denys de Tel-mahar ^ appelle Maanou , et à qui avait 
été décerné le surnom d'Aliaha ou le Dieu. 

Nous avons déjà fait observer que toutes les mé- 
dailles arsacides à légendes grecques que l'on possède 
ne doivent pas être antérieures à Mithridate I", mal- 
gré l'opinion contraire de quelques savants respec- 



1 i3. — Vaillant , Imper. Seleucid. pag. u8, 96, 129, i49- — 
Coins of the Seleucidœ, from the cabinet of Duane, pag. 66, 
67, 68, 9^, 95, 96, 109, 110. — Visconli, Iconogr. grccq. 
tom. II, pag. 817, 333. 

* Mémoires sur diverses antiquités de la Perse, pag. 3i , 
38, 39 et passim. 

^ Coins ofthe Seleucidœ, from the cabinet of Duane, pag. i45. 
— Visconti, Iconographie grecque, tom. Il, pag. 262. 

^ Apud Asseman. Bihlioth. orient, tom. I, pag. A 18 sqq. — 
Bayer. Uist. osrhoena, pa^^ 80. 



440 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

tables' : ils en ont attribué quelques-unes à ses pré- 
décesseurs, sans aller toutefois aussi loin que Vaillant, 
qui en accordait un bien plus grand nombre à ces 
princes. Les médailles qui portent les légendes : BAZI- 
AEQE APZAKOY, da roi Arsace, ou BAEIAEQZ ME- 
rAAOY APZAKOY, du grand roi Arsace, et que M. Vis- 
conti^ attribue à Tiridate; celles où on lit: BAZIAEQZ 
MEfAAOY APZAKOY EHKDANOYZ, que le même anti- 
quaire rapporte à Phraate P'^, nous paraissent les unes 
et les autres appartenir à Mithridate T"; nous parta- 
geons d'ailleurs son sentiment sur toutes les médailles 
qu'il donne à ce dernier prince *. La non-conformité 
qui se fait remarquer entre les têtes , les légendes et les 
divers accessoires que l'on y voit, ne doit pas, à ce 
qu'il nous semble , empêcher de les attribuer au même 
roi. En effet, quelle importance peut-on attacher aux 
dissemblances que jDrésentent entre elles les têtes gra- 
vées sur des médailles frappées en des villes diverses , 
et par des artistes plus ou moins inhabiles? Les diffé- 
rences qui existent entre les attributs et les costumes 

' Pellerin, Recueil de médailles de ivis, pag. 182 et 3' suppl. 
pag. à. — Eckhel, Doctr. numm. veter. tom. III, pag. 624 sqq. 
— Tychsen, Comment. II de numis veter. Pers. et Parthor. 
pag. 9, 18, in Comment. Societ. scient, reg. Gotting. récent. 
tom. I. — Visconti, Iconog. grecq. tom. III, pag. 4? à 52. 

'^ Iconoçjr. grecq. lom. lll.pag. 47- 
Ibid. pag. 5i. 

• Ibid. pag. 54, 55 et 56. 



DEUXIÈME PARTIE. 441 

ne prouvent rien non plus ; car telle ville pouvait en 
adopter un , et telle ville en adopter un autre qui ne fût 
pas semblable. La similitude des attributs sur quelques 
médailles des rois de Syrie antérieurs à Mithridate P^ 
et sur des médailles arsacides, ne prouve rien non 
plus en faveur de l'opinion de ceux qui ont attribué 
celles-ci aux prédécesseurs de ce roi; tout ce qu'on 
est en droit d'en conclure, c'est qu'elles ont été frap- 
pées dans les mêmes villes. D'autre part, la multi- 
plicité des objets que ces médailles représentent, 
donne à penser qu'elles ne proviennent pas d'une 
seule ville , et que les accessoires qui s'y trouvent n'y 
ont pas été placés parce qu'ils plaisaient à tel ou tel 
prince; car ce n'étaient pas les rois eux-mêmes qui 
faisaient frapper ces monnaies. Nous ne reviendrons 
pas , à cet égard , sur ce que nous avons dit aillem's ; 
cependant, nous ferons encore observer ici que la di- 
versité des titres, sur les médailles que nous attribuons 
à Mitbridate I", n'infirme en rien ce que nous avons 
avancé. Les Grecs nouvellement soumis aux Arsacides 
durent être fort embarrassés dans le choix des titres 
qu'ils donneraient à leurs nouveaux maîtres; ils se 
trouvèrent , en définitive , obligés de faire pour eux 
ce qu'ils étaient accoutumés de faire pour les rois 
de Syrie. Jusqu'au règne d'Antiochus Epiphane , on ne 
remarque, sur les médailles des Séleucides, aucun 
autre titre que celui de roi. Frôlich ' en mentionne 
' Annal, reg. et rer. Syr. pag. A3. 



Hii^l HISTOIRE DES ARSACIDES. 

une seule où l'on voit le surnom de Philopator donné 
à Seleucus IV. L'usage de multiplier les sm'noms ne 
commença qu'avec le règne d'Antiochus Epiphane : 
ce prince prit sur ses médailles ceux de Dieu, à' Il- 
lustre et de Victorieux, B-eôs ^ ê7rt(pavvs , vixï]<p6pos^. Ce- 
pendant, cette innovation ne fut pas adoptée dans tous 
ses états : on connaît un très-grand nombre de mé- 
dailles sur lesquelles il ne porte que le simple titre 
de roi '^ , comme tous ses prédécesseurs ; il en est de 
même pour plusieurs de ses successeurs. On ne doit 
donc pas êti^e étonné de voir, sur quelques médailles 
de Mithridate V\ cette simple légende : du roi Arsace. 
Les Grecs des provinces enlevées aux Séleucides fai- 
saient pour lui ce qu'ils avaient fait pom' leurs anciens 
souverains. Tl est probable qu'il n'y eut pas , dès les 
premiers temps de la conquête , un usage établi à cet 
égard : les rois ai'sacides, n'ayant point encore eu 
d'occasion d'exprimer leurs titres dans une langue qui 
leur était étrangère, ne durent pas exiger de leurs 
nouveaux sujets plus que ceux-ci n'accordaient à leurs 
maîtres légitimes. Ce n'est sans doute que lorsque 

' Vaillant, Itnp. Seleuc. pag. io4, io5. — Frôlich, Annal, 
reg. efrer. Syr. pag. A5, k']- — Coins of the Seleuc idée , ftvm the 
cabinet of Duane , pag. 66 , 68. — Visconli , Iconogr. grecq. 
loni. II, pag. 3i7 el 3 18. 

' Vaillant, Imp. Seleuc. pag. 106, 107. — Frôlich, Annal. 
re(j. el rer. Syr. pag. 45, Ix'], Ag, 5i . — Coins of the Seleacidœ, 
from the cabinet of Duane ^ pag. 66, 67. — Visconti, Iconogr. 
grecq. tom. II, pag. 3i5 et 3 16. 



DEUXIÈME PARTIE. 443 

Mithridrate fut le paisible possesseur de la plupai't 
des provinces qui avaient appartenu aux anciens mo- 
narques de la Perse, qu'il prit les titres de grand roi 
et de roi des rois, portés par ces princes, dont il se 
regardait comme le successeur; il dut y joindre alors 
les surnoms que s'attribuaient les rois de Syrie ses 
contemporains. Il était monté sur le trône pendant le 
règne d'Antiochus IV, surnommé Théos et Epiphane 
ou Illustre; il régna pendant plusieurs années, en 
même temps que ce roi, et on peut croire que c'est 
à l'exemple du prince séleucide, que les Grecs lui 
donnèrent le surnom d'Epiphane sur les médailles 
qu'ils frappèrent à son effigie. Jusqu'à ce jour, on 
n'en connaît aucune, parmi toutes celles qu'on peut 
lui attribuer, où se lise le surnom de Dieu, qu'il 
était en droit de prendre , aussi bien que celui d'Epi- 
phane, et qu'il portait, en effet, ainsi que l'atteste 
l'auteur des Prologues de Trogue Pompée. Nous ne 
balançons donc pas à croire qu'il faut restituer à Mi- 
thridate I" toutes les médailles arsacides qui se dis- 
tinguent par une sorte de pureté dans le travail, et où 
l'on trouve, avec le titre ordinaire de roi, de grand 
roi ou de roi des rois, le seul surnom d'Epiphane. 
M. Visconti\ d'après Eckhel^, les attribue à Phraate I", 
prédécesseur de Mithridate. Ce ne fut sans doute, 
comme nous l'avons déjà dit , qu'à l'imitation du 

' Iconogr.greeq. tom. III, pag. 5i cl 52. 
" Doctr. numm. vêler, tom. III, pag. *526. 



/i44 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

roi de Syrie Antiochus IV, que le prince arsacide, 
quel qu'il soit, qui est représenté sur ces médailles, 
prit le surnom d'Epiphane. Antiochus monta sur le 
trône l'an 1-76 avant J. C. et mourut en i6li. Nous 
avons vu que Phraate P' avait dû commencer de ré- 
gner l'an 1-78 avant J. C. et mourir, au plus tard, 
dans l'année lyS. Ces deux princes furent donc con- 
temporains pendant environ trois années seulement, à 
moins qu'on n'attribue au dernier un plus long règne , 
et qu'on ne suppose , avec M. Visconti ^ , qu'il occupa 
le trône depuis l'année 190 avant J. C. jusqu'en iG5. 
Quoique Phraate I" ne régnât point sm* des contrées 
où la langue grecque était en usage, nous admettons 
toutefois que quelques villes grecques lui étaient sou- 
mises. Il n'est guère à présumer, même dans cette hy- 
pothèse, qu'elles aient pu frapper beaucoup de mé- 
dailles en son nom , dm^ant la coiu'te durée de son 
règne; ni que, pendant les trois années qu'il régna en 
même temps qu' Antiochus IV, il ait pu prendre le sm*- 
nom d'Epiphane. D'ailleurs , comme le fait fort bien 
observer M. Tychsen ^, il serait le premier et le seul 
des Ai'sacides qui eût pris les surnoms d'un roi de 

' Iconogr. grecq. tom. III, pag. 5o et 5i. 

' « Fatendum tamen hune primum litulum esse , quem rex 
" Parlhus vivo Seleucida usurpaverit ; reliquos plerumque ali- 
« quanlo posl sumserunt. » (Tychsen, CommcnUitio IV de nuinis 
veteram Persariim, pag. 6 , in Comment. Societ. reg . scient. Gotting. 
recentior. (oni. III. ) 



DEUXIÈME PARTIE. 445 

Syrie encore vivant; tous les autres rois parthes ne se 
les attribuèrent qu'après la mort du prince séleucide. 
Considérons , de plus , que le roi de Syrie n'avait peut- 
être pas lui-même encore reçu le surnom d'Épiphane ; 
car, nous l'avons dit, l'usage de le décerner à Antio- 
chus IV , sur les monnaies , ne fut pas généralement 
adopté dans ses états , ou du moins il ne fut pas suivi 
pendant toute la durée de son règne. On sait qu'il 
existe un grand nombre de médailles qui ne lui don- 
nent que la qualification de roi; et, parmi celles qui 
présentent des titres plus fastueux, on n'en connaît au- 
cune d'une date qu'on puisse rapporter aux années oîi 
les deux princes dont il est question , occupaient simul- 
tanément le trône; tandis qu'on en possède plusieurs 
de la première espèce , portant des dates qui coïn- 
cident avec cette époque. Il est donc fort difficile 
d'adopter l'opinion qui attribue à Phraate I" les mé- 
dailles arsacides dont il s'agit. Il existait, dans le ca- 
binet du duc de Devonshire \ une médaille à légende 
pareille , que M. Tychsen '^ rapporte à Mithridate T" 
par l'unique raison que le prince qu'elle représente 
est barbu, au lieu que celles qu'on donne à Phraate I""^ 
offrent une image sans barbe. Cetle raison nous pa- 
raît très - faible ; et , à notre avis , elle ne peut être 
d'aucun poids dans la question ; car, sur beaucoup 

' Haym, Tesoro Britanmco , tom. II, pag. 3i. 
* Comment. IV de numis Persarnm, pag. 7, in Comment. So- 
ciet. recj. scient. Gotling. récent, toni. III. 



4/i6 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

dr médailles, un même prince est représenté avec 
ou sans barbe , selon les diverses époques de sa vie , 
et souvent sur des pièces qui portent une même date. 
Outre un petit nombre de rapports entre les attributs 
qui se trouvent sur ces médailles et sur quelques mon- 
naies des premiers rois de Syrie , l'absence du surnom 
de Philhellène ou ami des Grecs est, sans doute, le 
motif qui a porté Eckhel , ainsi que MM. Tychsen 
et Visconti, à penser que la série dont nous nous 
occupons appartient , non à Mithridate I", mais à l'un 
de ses prédécesseurs. Il est certain que, depuis ce 
roi jusqu'à la fin de la monarchie , les princes arsacides 
portent tous le titre de Philhellène sm' les médailles 
frappées par les villes grecques. L'absence de ce sur- 
nom ne nous paraît pas toutefois une raison con- 
cluante; car nous croyons que toutes ces médailles 
datent des premiers temps où la domination des 
Parthes s'établit sur les bords du Tigre et de l'Euphrate. 
Les Grecs qui venaient de combattre les rois parthes 
et d'être subjugués par eux , ne pouvaient pas donner 
la qualification d'amis à des conquérants que leur bar- 
barie et leur insolence rendaient insupportables aux 
vaincus-, comme nous l'avons dit, ils ne cessaient, au 
contraire, par de fréquents messages , d'appeler à leur 
secom's, pour qu'il les délivrât du joug des barbares, 
le roi de Syrie Démétrius Nicator, qu'ils regardaient 
comme leur légitime souverain. Il est fort probable 
que ce fut seulement après la défaite de ce malheu- 



DELXIÈMK PARTIE. Mil 

reux prince, que les rois Arsacides, sentant de quelle 
importance il était pour eux de ménager les Grecs de- 
venus leurs sujets par le sort des armes, songèrent à 
lem* accorder quelques privilèges pour se concilier Iciu 
affection et les empêcher de regretter la domination de 
leurs anciens souverains. Il paraît qu'ils les laissèrent 
alors jouir d'une espèce de gouvernement municipal; 
nous en avons du moins la certitude pour Séleucie. 
Chacune des villes grecques de la Mésopotamie, de la 
Babylonie et de l'Assyrie formant une sorte de répu- 
blique , sous la protection des rois parthes , le titre de 
(ptXé'XXrjv, que l'on trouve sur prescpie tontes les mé- 
dailles arsacides à légendes grecques, ne serait alors 
que la consécration du fait de la reconnaissance de 
toutes ces petites républiques par ces princes. Le sur- 
nom d'Epiphane que les rois Parthes adoptèrent, et 
qu'ils conservèrent jusqu'à la fin de leur empire, est 
pour nous une preuve suffisante qu'il faut rapporter 
non pas à Tiridate ou à Phraate I", comme le font 
Eckhel, Pellerin et MM.Tychsen et Visconti\ mais à 
Mithridate I" toutes les médailles qui présentent, d'un 

' Eckhel, Docir. niimm. veter. lom 111, pag. 52/i sqq. — Pel- 
lerin, Recueil de médailles de rois, pag. i3~ sqq. 3' Suppl. 
pag. à- — Tychsen, Commentatio II de nurnis vêler. Pers. et 
Parth. pag. lo, ii,iii Comment. Societ. reç^. scient. Gottinq. re- 
centior. toni. I; Commentatio IV, pag. 8, in Comment. Societ. 
reg. scient. Gottiny. récent lom HT — \ hconù , Iconogr. grecq. 
lom. 111, pag. /I7 à 52 



448 HISTOIRE DES ARSACIDES. 

côté , une tête couverte d'une espèce de bonnet phry- 
gien, et, au revers, un homme assis, vêtu d'un cos- 
tume oriental , la tiare en tête et l'arc à la main , avec 
la légende BAZIAEQZ APZAKOY, ou BAZIAEQZ ME- 
rAAOY APZAKOY; nous atti^buons au même roi les 
pièces où l'on voit , sur l'une des deux faces , un prince 
sans barbe, la tête ceinte d'un diadème, et, sur l'autre 
face , un revers semblable à celui que nous venons de 
décrire, ou une tête de cheval, et la légende BAZI- 
AEQZ MErAAOY APZAKOY EHI 4) A NOYZ. Quant à l'at- 
tribution des médailles qui offrent, d'un côté, un 
prince barbu, la tête ornée d'un diadème et de pen- 
dants d'oreilles, et, au revers, un personnage assis, 
tenant un arc à la main et entouré de la légende 
BAZIAEQZ BAZIAEQN MEfAAOY APZAKOY EHKDA- 
NOYZ, nous sommes du même avis que les savants 
recommandables dont nous ne pouvons partager l'o- 
pinion sur les points indiqués plus haut. Nous n'hé- 
sitons pas à reconnaître, au revers des médailles de 
cette dernière catégorie, le roi lui-même, représenté 
dans l'attitude décrite par Dion Cassius , lorsque cet 
historien raconte l'entrevue du roi Phraate IV avec 
les envoyés de Marc- Antoine ^ 

' Lib. XLIX, tomll, pag. 780; éd. Slurz. 
FIN DU TOME PREMIER. 



O 



Il 



t 



B^^é» .. 



MARIO 1974 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UN.VERSITY OF TORONTO UBRARY 



DS Saint-Martin, Antoine Jean 

329 Fragments d'une histoire des 

P2S2 Arsacides 

ta